ROYAUME D’HORREUR ET MORT DE LA POÉSIE

   Les hommes ont toujours été cruels envers leurs frères dans l’évolution.
   S’il fut un temps pas si lointain où le poète pouvait encore témoigner tout en usant d’analogie avec sa propre vie, que pourrait-il bien dire aujourd’hui – là où les mots sont impuissants à transfigurer l’effroyable réalité de la mécanisation du Mal dont les fleurs sont en plastique, où pour les bêtes le paradis est tout à fait artificiel, et où nous envahie face à l’horreur un spleen qui laisse… sans voix ?
M.

Baudelaire Albatros

L’ALBATROS
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Charles Baudelaire – 1841
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