OINK – Le boucher du paradis : « Another a brick in the Wall. »

Cover Oink de J. Mueller « Je pense que tout ce système de production à grande échelle de l’éducation, apparemment construit pour « mon » bien-être et dans le but d’enseignement, est fondamentalement l’une des pires idées collectives de l’histoire moderne, comparable aux asiles de fous et à l’élevage industriel. »
 John Mueller

 

   Dans un monde et un futur qui est peut-être le nôtre, une dictature religieuse a hybridé l’homme et le cochon (notre plus proche cousin), afin d’engendrer une progéniture d’esclaves vouée toute entière au travail, mais pas n’importe lequel, non, le sale boulot, la sordide besogne que tous préfèrent voir faite par d’autres : l’abattage.
   Ces chimères génétiques ont l’apparence du cochon, mais tiennent sur leurs deux jambes et parlent. Ils naissent et grandissent enfermés dans un grand abattoir-internat religieux, reçoivent une éducation qui leur scelle leur destin :  » Vous êtes nés pour servir ! « . Et ils vont servir, même si c’est mener à la mort leurs congénères à quatre pattes et sans parole, eux.
   Seulement voilà, quand on donne aux sans-voix, la possibilité de s’exprimer et de dialoguer avec eux, et par là-même de se faire comprendre et d’ordonner, on court le risque de l’émancipation et la rébellion.
   Oink a un tuteur, Robinet, qui a compris qu’il pouvait s’affranchir du dogme, du mensonge par sa pensée :  » suis enfin un animal libre  » et en perdra la vie. Mais cet événement, va ouvrir les yeux de son protégé qui n’aura de cesse de faire tomber le mur autour de lui et d’atteindre le paradis.
     Je ne suis pas très BD (excepté Satrapi, Sfar ou Taniguchi), mais quand je suis tombée sur celle-ci en tant que vegan je ne pouvais pas faire l’impasse.
  J’ai été frappée par les illustrations sombres, ultra-violentes mais magnifiques dans leur exécution.  oink1
   L’auteur a voulu y dénoncer une éducation dont il a été victime, un système éducatif qui trie les hommes comme il trie les poussins : « toi, on te garde, toi, à la casse ».
  Des générations de chair à canon, de chair à saucisse pour les multinationales : nées pour servir, pour engraisser la grande machine, pour des salaires dérisoires, pour des survies qui le sont toutes autant.
   Comment se réaliser pleinement en tant qu’Homme, si dès le plus jeune âge, on a pas la chance de naître dans un milieu favorable et que l’école où l’on passe le plus clair de son temps ne nous élève pas (je parle d’hauteur intellectuelle, d’avoir les armes pour comprendre le monde) un tant soit peu ?
   Mueller a donc illustré son propos en usant de l’imagerie de ce que les hommes pratiquent de plus sordide, banalement et  en toute impunité : l’élevage intensif. Et tout y est : les animaux à hublots, les femelles encagées , les charniers sanguinolents, les corps démembrés, le mâle reproducteur (ici de l’espèce humaine) promis à d’innombrables souffrances pour quelques gouttes de sève séminale, et la peur et les larmes dans les yeux des bêtes qui sentent la mort proche.  oink2
    Oink atteindra le paradis, qui n’aura de paradis que le nom.
   Il poursuivra sa route pour atteindre l’au-delà du paradis, des terres sans domination, sans contrainte, sans exploitation : l’Anarchie. Il y contemplera un lever de soleil.
   Mais rattrapé, finira sa vie comme il l’a commencé : en prison.
   Il sera pendu. Car de nos jours, c’est ce que l’on fait, on est éleveur français en colère, alors on pend les cochons. Et ça passe. Il faut dire que pour le coup, l’éducation à bien fait sont travail, tous petits, déjà, on nous apprend de jolies comptines spécistes qui nous apprennent à pendre les cochons, à boire du lait, à manger des œufs et surtout à vouloir plein de sous-sous. Je ne suis pas croyante,  je ne crois pas au paradis, mais pour tous les animaux du monde à qui on donne la vie pour de simples estomacs, une chose est sûre : ici, maintenant, c’est l’enfer.
Un petit cochonOink pendu
Pendu au plafond
Tirez lui la queue
Il donnera du lait
Tirez-lui la queue
Il pondra des œufs
Tirez lui plus fort
Il donnera de l’or
Combien en voulez-vous?
K.

 

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4 réflexions sur “OINK – Le boucher du paradis : « Another a brick in the Wall. »

    1. Les dessins sont vraiment de qualité et très forts, très parlants. Je ne l’ai pas mis dans mon article, mais c’est une édition retravaillée par l’auteur, qui a été publiée à l’origine en 1995 (il avait 21 ans). Il avait donc dû bien potasser le sujet de l’élevage intensif pour être si juste. De rien pour le partage, on pouvait quand même pas garder ça pour nous. Belle soirée. K.

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  1. Merci pour cette analyse sincère, profonde et engagée. Moi et ma compagne sommes sur la route de la transition pour devenir végétariens ! Belle oeuvre que cette BD que je projette de m’offrir à noël, j’espère cependant que ton article n’aura pas tout spoilé et que l’histoire me réservera d’autres surprises.

    Aimé par 1 personne

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