LUCILLE PEGET ET LA CONDITION ANIMALE — PORTRAIT D’UNE FEMME POLYMORPHE ET VÉGANE QUI (S’)ENGAGE

LUCILLE PEGET ET LA CONDITION ANIMALE — PORTRAIT D’UNE FEMME POLYMORPHE ET VÉGANE QUI (S’)ENGAGE
Lucille Peget
« […] j’aime beaucoup le concept de dissonance cognitive car c’est précisément ce que nous retrouvons dans différentes sphères des sociétés humaines qui ne sont plus en adéquation avec nos connaissances et besoins fondamentaux et donc pleines de paradoxes. »
L. Peget
      On connaissait Lucille Peget pour son travail associatif permettant à tout un chacun d’assister à des conférences sur la question animale pensée sous divers angles.
    On la retrouve aujourd’hui pleinement engagée aux côtés d’Europe Écologie Les Verts. Avec la Commission Condition Animale, une porte s’ouvre, celle de donner une voix politique aux sans voix, aux oubliés des scrutins : les animaux.
   C’est l’occasion pour nous de l’interroger sur son parcours, le pourquoi de son engagement, et de mettre en lumière la récente et nécessaire prise de position d’EELV sur ce sujet.
  À l’approche de la COP21, il apparaît en effet crucial que les prémisses de la réflexion zoopolitique s’amorcent.
K&M
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   Lucille Peget ; vous faites partie de la commission nationale condition animale duEELV Condition Animale parti écologiste et vous êtes candidate aux élections régionales des 6 & 13 décembre 2015 du rassemblement écologiste et citoyen en tant que personnalité d’ouverture issue de la société civile, EELV. Mais avant cela, vous avez travaillé à la RTBF et êtes directrice de la galerie d’Art good friday et de l’Association La Nuit avec un Moustique. On peut dire que votre parcours est plutôt orienté dans l’Art Contemporain et les médias. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?
    Oui, en réalité je suis comptable de formation initiale (rires), c’est assez tard que j’ai assumé mon attirance pour les arts dont on dit (aux jeunes) que ces métiers sont difficilement accessibles et peu rentables (ce qui est vrai). Avant de me reconvertir et de reprendre des études plus spécifiques à mes aspirations, j’ai travaillé comme comptable dans différentes structures comme le Festival’Automne à Paris (théâtre, musique, danse, art contemporain) où j’ai énormément appris aux côtés de Sabine Châtel la chef comptable qui était par ailleurs tourneuse d’artistes comme Goran Bregovic. Parallèlement, j’ai suivi des cours d’arts plastiques et de photographie en auditrice libre à la Sorbonne.
Ensuite, je me suis installée à Besançon pour suivre une formation universitaire de type « commissaire d’exposition » et pour valider mon stage de fin d’année je suis allée travailler à Montréal comme responsable de publication d’un événement d’arts vidéo et électroniques et c’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic et que j’ai décidé d’organiser mes propres événements.
   En fait, ce qui me plaît fondamentalement dans toutes les formes d’arts, (que ce soit les arts plastiques, le théâtre la danse ou la musique), c’est cette alternative au langage qui permet d’exprimer et de partager les choses d’une autre manière et de rendre l’échange plus universel que celui de la langue qui se heurte aux barrières des frontières (et je n’aime pas les frontières).
Je devais aller m’installer au Canada mais comme rien ne se passe jamais comme on le prévoit c’est en Belgique que je suis allée.
   J’ai donc créé l’association Contener et mis en œuvre le festival pluridisciplinaire itinérant sur le thème de l’eau Infiltrations.
   Initialement cette association devait explorer plusieurs thèmes concernant l’écologie et le développement durable mais devant le succès du festival Infiltrations, je n’ai pas été en mesure de consacrer mes recherches et mon travail à d’autres domaines que celui de l’eau. Ensuite, j’ai eu envie de me tourner plus spécifiquement vers l’art contemporain tout en conservant la volonté d’orienter les lignes directrices de la galerie vers une dimension écologique et humaine. Une galerie ça coûte beaucoup d’argent alors comme je n’ai pas la chance d’être fortunée, pour financer ma galerie, j’ai travaillé en parallèle quelques semaines dans une école à discrimination positive de Bruxelles où j’ai aidé des enfants venant, pour la plupart, d’un centre de réfugiés et c’est l’un de mes plus beaux souvenirs professionnels. Ensuite, j’ai intégré la RTBF comme responsable de continuité des programmes (gestion des événements de diffusion depuis la régie finale).
   Avec good friday, j’expose des artistes émergents comme des artistes confirmés (Damien Hirst ou Tracey Emin). Même si j’aime toutes les formes d’arts, j’ai une préférence pour la photo et l’art vidéo, à l’occasion de l’événement Du Coq à l’Âme, les artistes belges Wilmes&Mascaux ont présenté des vidéos d’animaux filmés à l’occasion de leurs nombreux voyages. Je m’intéresse également à la danse contemporaine, j’ai invité la danseuse Kaori Ito qui pour l’événement « l’animal que donc je suis » a présenté un spectacle explorant la proximité entre l’humain et l’animal, sa démarche étant d’encourager chacun à aller à la rencontre de sa propre animalité. J’ai également travaillé avec l’auteure et metteuse en scène végane Céline Naissant qui est venue présenter sa pièce Peau de vaches.*
    Après 6 ans passés en Belgique, j’ai décidé de rentrer en France et me voilà avec une nouvelle structure La Nuit Avec un Moustique qui comme l’association Contener a pour projet initial de travailler sur plusieurs thèmes de l’écologie et du développement durable mais dont, pour l’heure, la réflexion se tourne principalement vers la dimension politique de la question animale, je dis toujours que j’ai ouvert la boite de Pandore lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet vaste et complexe.
   En effet, l’animal ce n’est pas uniquement notre animal de compagnie ou la vache témoin placée dans un pré, ces animaux avec lesquels notre conscience est en paix.
chalutier-peche-profonde   C’est aussi et c’est surtout, selon les chiffres de la FAO[1], 1000 milliards d’animaux marins, 67 milliards d’animaux terrestres dans le monde et environ 1 milliard d’animaux terrestres qui sont sacrifiés chaque année en France pour notre alimentation.**
   À la lecture de ces chiffres, il relève de l’évidence que le petit élevage français est anecdotique et que nous sommes aujourd’hui majoritairement dans un élevage intensif qui implique des conditions de « vie » déplorables pour les animaux, nous sommes donc loin de la rassurante image d’Épinal du troupeau de vaches qui broutent paisiblement dans leur pré. En plus des misérables conditions de vie des animaux les conditions de leur mise à mort sont tout aussi déplorables. Les images des abattoirs d’Alès révélées par L214, dont je salue le travail, ont profondément choqué en France mais aussi à l’étranger. Or, il faut savoir que ces images reflètent la réalité de tous les abattoirs. Ces mêmes abattoirs qui, lorsqu’ils se font épingler, invoquent des raisons de cadence pour justifier le manque de respect de la réglementation en matière de bien-être animal. Indépendamment de la question de la cadence, qui de toute façon est inhérente à l’importante quantité d’animaux consommés, comment peut-on envisager sérieusement de mettre à mort un animal dans le respect de son bien-être ? — c’est une notion paradoxale puisque dans « bien-être » il a « être » et dans « mise à mort » il y a « mort ».
   Ensuite, il y a toutes les autres pratiques comme l’expérimentation animale. La France détient le triste record de l’utilisation d’animaux de laboratoire dans Europe entière, à savoir 2,2 millions en France sur 11,5 millions. Ce qu’il est important de savoir c’est qu’on n’expérimente pas uniquement des médicaments sur les animaux mais tout un panel de produits utilisés dans notre quotidien. Et que, par ailleurs, ces tests sont exercés sur une large catégorie d’animaux comme les singes, les chats, chiens, les lapins et pas uniquement sur des souris comme on a tendance à le croire. Ce que je pointe ce n’est pas la gravité en fonction de l’espèce mais l’ignorance dans laquelle nous sommes maintenus au regard de ces pratiques. Audrey JOUGLA, auteure de l’ouvrage Profession : animal de laboratoire a d’ailleurs réalisé un travail remarquable à ce sujet. Il faut savoir par ailleurs que des alternatives à l’expérimentation animale existent. Il y a également les animaux travailleurs, les animaux dits de loisirs, les animaux élevés spécifiquement pour leur fourrure ou encore pour servir de gibier dans la chasse.Le-quotidien-atroce-des-elephants-travailleurs-de-New-Delhi
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   Vous êtes végane. Avec l’Association La Nuit avec un Moustique, vous avez amorcé un lien entre l’Art, la philosophie, et la question animale. Qu’est-ce qui a déclenché chez vous le besoin de devenir végane, et de le conjuguer à vos activités, et d’aller aujourd’hui plus loin en vous impliquant dans le champ politique ?
   Des raisons éthiques, écologiques et sanitaires donc éminemment politiques… L’histoire que je vais vous raconter n’est pas très originale, (le coup du lapin semble fréquent, demandez donc à mon amie à Catherine Hélayel, avocate et écrivaine végane, j’ai également lu récemment une histoire similaire dans une publication de OneVoice ) :
   Quand j’étais petite, j’avais un lapin qui courrait partout et que mes parents ont décidé de « placer » chez mon parrain qui avait des clapiers. J’avais une dizaine d’années, je rendais régulièrement visite à « Jeannot » (tous les lapins s’appellent Jeannot). Un jour nous sommes allés déjeuner chez mon parrain et à la fin du repas on m’a annoncé que je venais de manger Jeannot, que je venais de manger mon ami donc… J’étais une enfant et je ne comprenais pas la situation paradoxale qui était celle d’avoir mangé mon ami, et le discours des adultes qui prétendaient que mon lapin était vieux et qu’il était normal de le manger. (Je pense qu’à ce moment-là je me suis demandé s’ils n’allaient pas aussi essayer de me faire manger mes grands-parents…)
   Enfant, les animaux sont nos meilleurs amis (les animaux domestiques, mais aussi ceux que l’on retrouve dans les contes et les dessins animés ainsi que les peluches qui accompagnent nos premiers rêves lorsque nous sommes bébé et plus tard même…) et progressivement nous intégrons l’idée que c’est dans l’ordre des choses, au même titre que la mort qui fait suite à la vie, que de les manger… Et puis vient l’heure de la remise en question d’une éducation, d’une culture, d’un système avec lesquels on peut difficilement être en adéquation. Comment peut-on d’une part aimer les animaux, être sensibles à leurs souffrances et d’autre part y contribuer, même indirectement, et c’est peut-être même ce qui s’avère être le plus fallacieux puisqu’on se pense en paix avec notre conscience alors qu’il n’en est rien. C’est d’ailleurs précisément tout l’inverse qui se passe puisque nous agissons en contradiction avec au moins deux éléments de connaissance qui s’opposent : « j’aime les animaux ; je ne veux pas les voir souffrir, cependant je sais que les élevages et les conditions de mise à mort qui me permettent de les manger me sont insupportables. » Ce paradoxe, c’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive ou le paradoxe de la viande dont parle très bien Martin Gibert dans son ouvrage « Voir son steak comme un animal mort », j’aime beaucoup le concept de dissonance cognitive car c’est précisément ce que nous retrouvons dans différentes sphères des sociétés humaines qui ne sont plus en adéquation avec nos connaissances et besoins fondamentaux et donc pleines de paradoxes.
   Et puis il y a l’écologie. On sait aujourd’hui qu’une majorité des gaz à effet de serre est imputable à la production de viande et qu’il faudrait la diminuer, si ce n’est l’arrêter complètement (car c’est comme essayer de fumer moins, il y a un moment où on se remet à fumer autant, si ce n’est plus, parce que notre conscience est allégée par l’idée que nous fumons moins). Or, à l’horizon de la COP21 la prise en compte de cette tetsumi kudoproblématique brille par son absence ou par de trop timides prises de positions publiques et politiques. C’est principalement la société civile (citoyens militants et associations) qui lance des alertes et propose des solutions. Autrement dit, on  — pas moins de 195 États — nous explique qu’il faut réduire les émissions de GES et la cible principalement mise en cause concerne les énergies. La transition énergétique ne va pas être une grande révolution dans nos pratiques quotidiennes  — en tous les cas moins au titre des pratiques personnelles qu’au titre des intérêts financiers qui y sont inhérents mais ça c’est une autre question.
   Or, réduire ou stopper notre consommation de viande relève d’une véritable remise en question personnelle et sociétale, que l’on ne susurre que du bout des lèvres pour ne pas effrayer ceux qui veulent que ça change mais surtout sans bousculer leurs habitudes… Et autant dire qu’avec l’évolution constante de la population mondiale[2], sidémographie on ne change pas nos comportements en profondeur, la COP21 restera un souvenir qui aura apaisé les consciences et qui aura surtout coûté très cher. Je voudrais entendre tous les jours « diminuez ou arrêtez de manger de la viande, du poisson et des laitages, pour les animaux, pour l’environnement, pour le climat et pour votre santé ». Mais cela implique de se confronter à une réalité déplaisante, de faire preuve d’honnêteté intellectuelle et de courage politique que même Naomi Klein et Al Gore, grands pourfendeurs de la réduction des GES ne semblent pas avoir. Ils évitent consciencieusement la question de l’élevage et donc de la consommation de produits d’origine animale.
   Or, si on veut vraiment se battre pour la réduction de gaz à effet de serre, il y a un moment où il faut mettre les pieds dans le plat et avoir le courage de ses opinions en donnant toutes les clefs aux citoyens, qui seront les premiers acteurs de ce changement, et ce en évoquant même le sujet qui fâche : le steak.
   Je pense qu’il faut également considérer le déséquilibre dans lequel nous sommes, dû au fait que la population humaine ne cesse d’augmenter. Nous sommes aujourd’hui plus de 7 milliards d’humains à partager la planète alors que lorsque je suis née en 1974 nous n’étions que 4 milliards et 2 milliards quand mes grands-parents sont nés dans les années 1920… C’est à la lumière de ce type de données — et non au regard de connaissances obsolètes qui ne seraient plus en adéquation avec la contemporanéité — qu’il faut considérer notre monde pour comprendre pourquoi aujourd’hui il est nécessaire de réviser l’ensemble de nos pratiques de consommation et d’alimentation. Nous sommes tout simplement trop nombreux pour continuer à manger des animaux à la manière de nos aïeux qui en plus d’être beaucoup moins nombreux n’en consommaient principalement qu’à l’occasion des week-ends ou des fêtes.
   Nous savons également qu’en plus d’être une aberration éthique, consommer de la viande a un impact écologique qui a des incidences sur les pollutions des sols et de l’eau, sur la vitesse de déforestation, sur la faim dans le monde et la destruction de la biodiversité.
   Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, du fait des comportements humains et de son impact global sur l’écosystème terrestre, que nous appelons anthropocène. La planète a connu plusieurs ères sur plusieurs millions d’années et l’humain en quelques dizaines d’années est parvenu à tout bouleverser. Ça encourage à réfléchir quand même…
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   Qu’est-ce que la Commission Condition Animale en théorie ? Quels sont ses objectifs et ses actions pratiques ? Pour EELV, quelles ont été les motivations pour la création de cette commission ?
   La commission condition animale est un organe d’EELV qui a été créé pour se consacrer exclusivement à la condition animale et c’est unique en France, il s’agit donc d’une véritable avancée pour la cause animale dans le champ politique. Les membres de cette commission ne sont pas uniquement d’EELV mais aussi des membres ou représentants d’associations de protection animale ou encore des militants de la société civile.Lucille-Péget-engagement vegan
La commission est dotée de 6 pôles qui permettent une prise en compte transversale de la question animale :
– Élevage
– Expérimentation animale (songez à notre triste record…)
– Alimentation
– Animaux de divertissement
– Faune sauvage
– Animaux dans la ville
   Ces différents pôles exercent un travail de veille quant à l’actualité et les dispositions juridiques en France et à l’étranger. Ainsi, quotidiennement l’actualité est défrichée et commentée. Ces discussions et réflexions internes font le cas échéant l’objet de propositions de mesures en fonction de l’échelon politique concerné.
   Ces pôles mettent également en lumière des problématiques qui ne relèvent pas de l’évidence notamment parce qu’elles sont bien cachées et ne font pas quotidiennement la une de l’actualité, je pense à l’élevage intensif et à l’expérimentation animale.
   Les candidates dont la tête de liste Emmanuelle Cosse, Annie Lahmer, et moi-même présenteront les nombreuses mesures votées au programme d’EELV pour les régionales.Emmanuelle Cosse et Laurence Abeille
   Nous serons en compagnie de la députée Laurence Abeille et de Jacques Boutault, mairie du 2eme arrondissement de Paris qui œuvrent quotidiennement pour la cause animale. Lolita Lempicka, Catherine Hélayel et Céline Naissant seront présentes pour soutenir ces propositions en faveur du droit animal.
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   Que pensez-vous de la position du Gouvernement actuel quant à l’écologie et aussi vis-à-vis de l’animalité dans la société française ?
   On peut dire que l’animalité est la grande absente des questionnements du gouvernement cependant les choses changent grâce à des personnes comme Laurence Abeille qui fait un travail remarquable depuis plusieurs années.
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   Récemment en Angleterre, le chef du Labour (parti Travailliste) Jeremy Corbyn — qui est végétarien — a mis la question animale au centre de son parti d’opposition en nommant Kerry McCarthy Secrétaire d’État à l’Environnement, à l’Alimentation et aux Affaires rurales de son cabinet fantôme. McCarthy est végane depuis 1992. Quel est votre avis concernant cet engagement au sein même d’un grand parti impliqué dans la vie des travailleurs, donc dans la lutte sociale et y associant le combat contre l’exploitation animale ? Pensez-vous qu’une situation politique semblable puisse survenir bientôt en France ?
   Je ne connais pas bien la politique britannique, je connais mieux celle des Pays-Bas et de la Belgique. En tous les cas une chose est certaine, c’est qu’une secrétaire d’État à l’Environnement, à l’Alimentation et aux Affaires rurales végane va avoir une influence notamment sur le monde agricole qu’elle va logiquement encourager à des pratiques plus écologiques, respectueuses de l’environnement et du monde animal et que cela aura, bien entendu, des répercussions positives sur la vie des agriculteurs et des citoyens.
   Oui, j’espère que la France va s’affranchir de ses vielles pratiques poussiéreuses et prendre exemple sur des pays comme la Grande Bretagne, où d’ailleurs j’ai vu un mémorial  dédié aux des animaux de guerre en mémoire de ceux morts au combat…, j’avais trouvé ça très juste.ANIMALS IN WAR Memorial
   Nous pourrions aussi nous inspirer des Pays-Bas avec son jeune parti animaliste Partij voor de dieren (doté deux députés, deux sénateurs, un député européen et de représentants à l’échelon local). Ou encore de la Belgique et ses trois ministres du bien-être animal….
   […] La Suisse…
   En fait de nombreux pays européens sont en « avance » sur le sujet. Il faut bien qu’il y ait des précurseurs…
   Je suis confiante. Cependant certains animalistes devraient se politiser un peu plus car pour avoir des représentants et défenseurs de la condition animale en politique il faut les élire (ces représentants). C’est également une manière de renforcer la présence animaliste à tous les échelons (communal, départemental, régional, comme c’est le cas présentement au national et à l’européen..). C’est très important pour que les mentalités et dispositions juridiques évoluent en France.
   Il n’y a pas de parti animaliste en France, en tous les cas pas pour l’instant et si il en existe un jour, je lui souhaite de remporter suffisamment de voix pour avoir des sièges et représenter effectivement la cause animale.
   Aujourd’hui, nous avons EELV qui a offert une place en position éligible à l’animaliste que je suis dans le cadre des élections régionales et je remercie la tête de liste Emmanuelle Cosse à ce titre. Ainsi, même si toute la liste n’est pas végane, parce qu’elle œuvre pour d’autres causes, il y a la possibilité d’avoir une représentante animaliste de plus (parce qu’il y en a déjà beaucoup) au sein du parti et de continuer à faire avancer les choses  — également de l’intérieur.
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   EELV, c’est fondamentalement l’écologie. Mais d’ordinaire dans notre pays, l’écologie a toujours donné lieu à des réflexions environnementales prisant les intérêts humains, sans toutefois même montrer une volonté d’abolir l’exploitation animale. C’est une position associée à la mouvance alimentaire et de consommation bio, le retour au naturel, le local, etc., fort welfariste, c’est-à-dire tournée au final pour le bien-être humain. EELV ne s’occupe-t-il pas tardivement de la question animale, vu le péril écologique, et surtout de celle de la souffrance des animaux ?
   C’est normal de se soucier des intérêts humains mais il serait logique dans l’optique d’améliorer la condition humaine, de justement prendre en compte la condition animale pour les raisons que j’ai déjà exposées comme notamment l’aspect éthique. Je suis certaine que nous serions bien plus à l’aise avec nous même si nous n’étions pas victimes de cette dissonance cognitive que j’évoquais plus tôt. Mais également pour les raisons écologiques et environnementales évoquées tout à l’heure.
   Par ailleurs, les raisons écologiques et environnementales comme le réchauffement climatique, la pollution des sols et eaux, la déforestation, l’aggravation de la faim dans le monde liées à l’élevage sont bien entendu des éléments qui impactent au quotidien la vie humaine qui doivent être pris en compte. Ainsi, les visions court termistes et individualistes (ou réservées à une partie de la population privilégiée notamment parce qu’elle est la mieux située sur le globe), doivent être abandonnées pour laisser place à des comportements rationnels écologiques qui auront une incidence positive sur l’ensemble de la planète.
   Je dirais qu’il vaut mieux tard que jamais. Ça va prendre du temps pour déconstruire toutes les pratiques d’exploitations animales (alimentation, expérimentation, loisirs…). C’est tellement ancré dans une sorte de normalité et de logique que cela doit passer par une remise en question qui n’est envisageable que grâce à la connaissance et donc à l’éducation.
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   Les femmes se sont emparées de la question animale très tôt sur des terrains différents (Brigitte Bardot, Carol Adams, Diane Fossey, Jane Goodale, Mélanie Joy, Méryl Pinque, Florence Burgat, Corine Pelluchon, Catherine Hélayel, Andonia Dimitrijevic, Céline Naissant, on ne les citera pas toutes). Avec votre première session de conférence de La Nuit avec un Moustique il n’y avait que des intervenantEs. Mais, la seconde fois le 6 juin 2015 (Du Coq à l’Âme), la gent masculine était fortement représentée. Est-ce dû au hasard du calendrier, ou une décision de montrer que la pensée pour l’animalité n’est pas réservée qu’aux « éco-féministes » ?
   C’est un hasard complet. Je ne serais pas capable d’avancer des statistiques mais j’ai l’impression que c’est assez équilibré non ?
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Gina Pane enterrement d'un rayon de soleil - land art   Enfin revenons à l’Art contemporain. Dans votre galerie figurent des artistes qui ont (eu) aussi pour préoccupation les questions environnementales, humaines et animales. Ça n’est pas pour autant un fait récent. Dans les années 70 des artistes ont travaillé sur ces sujets. On pense notamment au Land Art et à sa réflexion sur les interactions et l’impact de l’Humanité sur la Nature (Gina Pane, Robert Smithson, Tetsumi Kudo, etc.). L’évolution de l’Art depuis n’a pas pris à bras-le-corps le sujet de la condition animale, sinon au travers de l’hybridation, de la génétique, comme par exemple Carsten Höller.carsten höller oiseau sélection génétique Il est question de science — et de — fiction, mais jamais de la réalité crue que vivent les animaux maintenant sous le joug humain. C’est à l’image de l’Art en général (littérature, cinéma, théâtre) à l’exception de rares initiatives. Est-ce pour combler ce manque que vous avez initié La Nuit avec un Moustique ? Émerge-t-il des nouveaux courants alliés à l’animalité selon vous ?
   Je suis complètement d’accord avec vous.
   Pour combler un manque je ne sais pas, mais aller à la recherche des artistes qui interrogent la condition animale s’est révélé en effet assez laborieux d’autant plus que je suis assez exigeante. Ce qui me vient à l’esprit :
En théâtre, Peau de vaches de Céline Naissant.
En danse contemporaine, Kaori Ito.
En littérature Sylvain Tesson, notamment avec la nouvelle Les Porcs que je recommande vivement à tous et que je rêve de mettre en scène ou de voir adaptée.
En photographie : Vincent Munier.
En techniques mixtes : Marieve Pelletier.
En Art vidéo et photo : Wilmes&Mascaux.
En Art contemporain le Taïwanais Vincent J.F. Huand.kaori ito
   Et puis il y a des œuvres cinématographiques qui font réfléchir. Je pense à La Planète des Singes, à Soleil Vert (mais ça ne nous rajeunit pas), à Avatar[3] de James Cameron (qui est végane) ou encore aux courts métrages d’Isabella Rossellini[4] mais ce n’est pas suffisant à mon goût. Et c’est vrai que dans le cadre d’événements comme le Festival International du Film d’Environnement la programmation consacrée à l’animal est assez peu fournie et de surcroît il s’agit souvent la relation entre l’animal et l’humain et non de l’animal pour lui-même en tant qu’être.

 

photo vincent munier

 

Suite aux événements du 13 novembre 2015, EELV fait savoir que la rencontre ci-dessous n’aura pas lieu. Date reportée au 28/11, même horaire, même endroit.
entête infos
Dans une salle d’attente, cinq créatures se laissent aller aux confidences. Que fairepeau-de-vaches-affiche d’autre en attendant sagement son tour lorsqu’on a la langue bien pendue ? La bienséance laisse vite place aux petits secrets enfouis. Ce quintette «attachiant » va découvrir au fil de l’attente que les brins d’herbe cachent souvent une épaisse forêt sombre et inquiétante.
**Quelques chiffres
   [1] Food and Agriculture Organization of the United Nations. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture est une organisation spécialisée du système des Nations unies, créée en 1945 à Québec. Son siège est à Rome, au Palazzo FAO, depuis 1951.  K&M
   [2] Sur les prévisions démographiques d’ici la fin du siècle : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/06/13/onze-milliards-de-terriens-en-2100-dont-3-milliards-auront-plus-de-60-ans_3429978_3244.html  K&M
   [3] En France citons un film d’animation de SF précurseur dont la thématique écologiste interroge la notion de totalitarisme et de technocratie à travers le Temps : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gandahar  K&M
   [4] Cf. I. Rossellini et son Bestiaire d’Amour sur : http://www.theatre-odeon.eu/fr/2014-2015/spectacles/isabella-rossellini-bestiaire-d-amour  K&M
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