OH LA VACHE ! : « Envole-moi, loin de cette fatalité qui colle à ma peau. »

« Si considérable qu’elle soit, la différence entre l’esprit de l’homme et celui des animaux les plus élevés n’est certainement qu’une différence de degré, et non d’espèce.»
Charles Darwin — citation en exergue du livre
« There’s no place like home. »
Le magicien d’OZ
« Le devoir, c’est de sentir ce qui est grand, de chérir ce qui est beau,
et non pas d’accepter toutes les conventions de la société,
avec les ignominies qu’elle nous impose. »
Gustave Flaubert — Madame Bovary (1857)
 Oh la vache    Un livre.
   Un dessin de vache en couverture dont on ne sait pas bien si elle saute de joie ou si elle est crucifiée tel un « bœuf écorché » qui aurait retrouvé sa tête et qu’on aurait retourné.
   Un nom, David Duchovny : celui qui a cherché pendant neuf longues années (j’ai regardé la série, et des longueurs il y en avait) sa sœur Samantha enlevée par des extraterrestres.
   De quoi attiser ma curiosité de lectrice et de végane… donc j’ai lu le livre (parce qu’il faut lire les livres).
*
   Elsie est une jeune vache laitière qui est née dans la ferme des Bovary. Elle coule des jours tranquilles dans le pré avec sa pote Mallory. Elle se dit qu’elle taquinerait bien un peu du taureau, parce qu’après tout son existence est toute tracée : avoir des petits et donner son lait aux gentils fermiers qui prennent soin d’elle.
   Point final, fin de l’histoire, du moins fin de celle que tout le monde se raconte. Et le monde s’en accommode bien, n’est-ce pas ?
   « L’innocence, c’est bien joli, mais le monde a d’avantage à nous offrir. »
   Un soir, nos p’tites peaux vaches en rut ont décidé de faire le mur et d’aller draguer les beaux mâles cornés. Elsie part chercher quelque chose pour faire sauter la clôture (et aussi pour s’éloigner un peu de toute cette tension sexuelle) et se dirige vers la maison de ses maîtres. Elle se retrouve attirée par une lumière (non, pas un ovni ; oubliez X-Files), celle de la télé du salon (qu’elle nomme « le Dieu de la Boîte »). Au travers des fenêtres, seule à l’extérieur, elle sera témoin de la réelle fin de l’histoire — la sienne et celle de tous les autres animaux d’élevage : l’abattage. Des rivières de sang. Des océans de sang. Un monde de sang. Le sang des miens.Le boeuf écorché - Rembrandt
   Perte de conscience. Prise de conscience. Elsie comprend tout. Elle qui depuis toujours est traumatisée par l’abandon de sa mère, partie alors qu’elle n’était qu’un veau, comprend que cette dernière lui a été retirée pour être menée à la mort.
   Alors dans la tête d’Elsie va germer l’idée un peu folle que, peut-être, elle peut s’affranchir de sa condition : « Je ne voulais pas donner naissance à une autre vache dans ce monde horrible. » Une autre vie pour elle est possible. Elle doit partir et trouver un endroit pour se réaliser, être une vache mais une vache libre.
   Elsie n’a de Bovary que le nom. Duchovny, dans ce début de roman, fait d’avantage un tour du côté des Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir que de celui du roman de Flaubert. Mallory est Zaza, l’amie de Simone, qui se résignera à la vie matérielle, eût-elle dû en perdre la vie.
   Elsie, à l’instar de Simone, refuse le rôle qu’on lui impose et son combat sera pour sa mère, pour son amie et pour ses semblables. Une lutte pour faire entendre ses voix trop longtemps étouffées.
   Partir, mais où ? Elsie doit se trouver un nouveau home sweet home. Ce sera l’Inde, le pays des vaches sacrées. Dans son périple elle ne sera pas seule. Il y aura Jerry le cochon qui ne veut pas finir en bacon et qui choisira « La terre d’Israël » et se fera baptiser Shalom, et Tom le dindon anorexique qui ne veut pas engraisser à l’approche de Thanksgiving et partira pour la Turquie (bah oui : Turquie = Turkey = dindon — quel esprit ce David !).vache sacrée en Inde
   « On n’est jamais aussi bien que chez soi. » Telle une Dorothy, Elsie et ses acolytes partent pour mieux revenir, car le chez soi c’est aussi le retour à un état de nature, vivre en étant soi pour ne pas devenir ce que l’on a décidé pour nous. Comme dans Le Magicien d’Oz, leur route de briques jaunes sera semée d’embûches (imaginez-vous un peu prendre l’avion, alors que vous êtes une vache, un cochon ou un dindon…), de rencontres (comme Joseph le dromadaire, mannequin d’une marque de cigarettes célèbre à la retraite), d’assoupissements…
*
   Un petit roman facile à lire (excellemment traduit par Claro, écrivain et traducteur, entre autre, de La Maison des Feuilles) , dans lequel je suis rapidement entrée. Bien sûr, ce livre est bourré de clichés, surtout dans tous les passages où Elsie nous fait part de ces conversations avec son éditrice, un peu réfractaire à la morale et prônant le divertissement avant tout. Mais cela ne m’a pas dérangée, car je pense que les clichés sont parfois de bonnes vérités à rappeler. Et puis, j’ai ri.
   Quant à la cause…
  David Duchovny On peut trouver l’approche un peu welfariste, David Duchnovny n’étant à priori que végétarien et mettant souvent en avant la question écologique. Mais c’est sans compter, de-ci de-là des réflexions assez poussées sur l’exploitation du vivant. Quand Elsie comprend que le cuir est de la peau de vache morte, de dire « N’y a-t-il donc aucune limite à votre cruauté ? », Jerry de parler d’un « putain d’holocauste » quand il explique pourquoi il veut se casser fissa de la ferme. L’auteur interroge même le lecteur sur l’utilisation des chiens à des fins sécuritaires : est-ce vraiment leur place ? Non, vraiment David Duchovny est sincère et son message est clair : « Je crois qu’il vaut mieux vivre et laisser vivre ». Pour son premier roman, il a choisi de mettre sa notoriété au service d’un engagement pur.
   La déception : son projet était au départ de faire un film d’animation, un film familial qui aurait touché un large public. Mais ni Disney ni Pixar n’en ont voulu et c’est bien dommage. Je me suis imaginée toutes les scènes du livre sur grand écran 3D et ça en jette. Pour nous consoler, pauvres lecteurs, Elsie (sur les conseils de son éditrice) nous a dévoilée la BO du film. Ça donne ça :
THE BEATLES
LED ZEPPLIN — Black Dog
CREEDENCE CLEARWATER — Susy Q
ROCKY — le thème du film
GUNS N’ROSES — Welcome to the jungle
BARBARA STREISAND
NEIL DIAMOND
WHITNEY HOUSTON — The greatest love of all
PATRICK HERNANDEZ — Born to be alive
STEVE MILLER — I want to fly like an eagle
   C’est bon non ?
K.Le magicien d'Oz
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