MA VIE EST UNE POMME : JE M’APPELLE JEANNE MAS

« I look inside myself and see my heart is black.
I see my red door and must have it painted black.
Maybe then I’ll fade away and not have to face the facts
It’s not easy facin’ up when your whole world is black. »
Paint it Black — The Rolling Stones. 1966
« En rouge et noir, j’exilerai ma peur
J’irai plus haut que ces montagnes de douleur »
En rouge et noir — Jeanne Mas. 1986
« On ne pense plus qu’à soi aujourd’hui, on ne pense plus qu’à son trou du cul.
La mort est une fiction médiatique. »
Je m’appelle Jeanne Mas — Thomas Lélu. 2005
jeanne mas
   Un samedi soir à Maubeuge, j’ai sept ans et c’est l’heure du Top 50. Comme à chaque émission, je vais me dandiner sur chaque chanson, inventant des chorégraphies, chantant à tue-tête et en yaourt (de soja of course) si la chanson est anglo-saxone.
Mes pauvres parents n’ont pas beaucoup le choix : subir le spectacle imposé par leur progéniture (je danse juste à côté du téléviseur) ou partir dans la cuisine feignant terminer la préparation du repas.
J’ai sept ans et en cet été 1986, c’est sur le tube « En rouge et noir » que je me défoule.
À ce moment précis, je ne sais pas encore que mon destin et celui de Jeanne Mas sont scellés : toutes les deux nous serons véganes.
   C’est pendant ces vacances en Espagne que la petite Jeanne fait le lien entre l’animal et la viande qu’on lui sert dans son assiette : le mignon lapin vendu sur le marché, le cochon qui hurle à la mort et les oreilles, suspendues à des crochets, d’un taureau qui a perdu la « bataille » (ne la perdent-ils pas toujours ?). Et là, à jamais le dégoût de la chair morte qu’on va lui forcer à avaler, ça et tout le reste. « Ce veau ne méritait pas de mourir; pas pour moi. Je suis devenue son cimetière et celui de toutes ces bêtes qu’on me force à manger. Mon sang est-il encore le mien ? »
Et le corps adolescent de Jeanne va enfler de souffrances, de mal-être, qui sont celui des bêtes et qui seront les siens. Et à voir son enveloppe charnelle telle un tombeau, on finit par l’abîmer, toujours un peu plus : boulimie, anorexie, malnutrition, alcool et drogues douces…
Dans sa gloire naissante, l’artiste qui doit assurer de nombreux spectacles va davantage tomber dans les pommes que s’en nourrir.
S’en suivra sa première grossesse, où par peur du jugement et d’attenter à la santé de son enfant, elle se forcera à remanger de la carne. Sa deuxième grossesse, quant à elle, sera vécue pleinement et sans heurts en tant que végétarienne. Jeanne Mas a un profond respect de la vie. Mais c’est surtout ses obsessions alimentaires de jeunesse, sa peur de la nourriture, qui lui feront prendre le chemin d’une alimentation végétale et maison, afin de vivre et de bien vivre, pour ses enfants d’abord et pour elle ensuite, tant ces nourritures la remplissent d’énergie et de vitalité.
Dans un long passage du livre, elle raconte son désarroi et sa colère face à un jeune enfant obèse à qui la mère donne les restes de son repas (nous sommes dans un fast-food américain) : pauvre gamin bouffi de sucres et de graisses, promis à une mort prématurée par la main même de celle qui lui à « donner » la vie.
Et nombre d’entre nous de penser la même chose…
jeanne mas   Un témoignage donc, tout en pudeur, l’auteure appose son nom et son image sur la couverture, elle est connue mais en aucun cas ne parlera de son succès. Pas de croustillant racoleur sur le milieu du showbiz, ici on nous parle d’existence, pas de carrière et c’est tout à son honneur. Même si je dois avouer que ma curiosité (non je ne lis pas Closer) aurait voulu d’avantages d’anecdotes sur cette végé « au pays des stars » et des noms, oui des noms ! Un livre qui à mon goût donc, manque de Jeanne Mas telle qu’on la connaissait.
En contrepartie, l’ancienne punkette, donne des conseils d’équilibre alimentaire, démontre les bienfaits sanitaires du végétarisme, nous apprend à lire les étiquettes et partage également ses recettes perso de boissons hyper-vitaminées.healthy-smoothie
   Jeanne Mas est végane pour les bonnes raisons, de plus, dès qu’elle en a l’occasion, elle prête son image et sa voix aux militants de la cause animale (FUDA, Mode Sans Fourrure), mais pour convaincre, elle choisit l’argument santé, peut-être pour rallier en douceur un lectorat hétéroclite (anciens fans, curieux, végétariens débutants).
J’ai envie de dire : malheureusement.
Si pour être bien dans sa peau on mange végétal, tant mieux, mais qui nous empêchera, de temps en temps, de s’autoriser un morceau de fromage artisanal ou une belle et fine tranche de véritable jambon de Parme, l’occasion faisant le larron et faisant fi de « ces montagnes de douleur » .
Moi aussi « je me suis souvent perdue dans des mensonges qui tuaient », c’est quand j’ai réalisé que j’étais une criminelle en puissance que le déclic a été quasi immédiat et irréversible. Prenons nos responsabilités.
   En 1986, j’ai sept ans et je danse dans le salon. J’aime mes parents et eux m’aiment au point de me supporter.
Je suis « innocente » et le monde me ment, je ne suis pas libre de mes choix.
Ouvrir la porte rouge…porte rouge
« En rouge et noir, drapeau de mes colères,
Je réclame un peu de tendresse. »
K.
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4 réflexions sur “MA VIE EST UNE POMME : JE M’APPELLE JEANNE MAS

    1. Oui c’est vrai, vu que c’est un engagement qu’elle a depuis longtemps. Elle avoue également avoir voulu écrire sur son végétarisme depuis un moment. Peut-être que l’ampleur que prend le mouvement lui a facilité la tâche. K.

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