« ARTS ET CAUSE ANIMALE » : UNE CONFÉRENCE — UN LUNDI SOIR AVEC VEGAN FOLIE’S

 

Conférence 21 mars 2016
   Profitant de notre semaine de congés, nous nous sommes rendus à Paris hier soir afin d’assister à l’une des conférences organisées par Vegan Folie’s dont le thème était « Arts et cause animale ».
   Nous sommes arrivés vers 18h30 rue Leopold Bellan devant l’Espace Jean Dame. LàSandwich Vegan Folie's commençait de se mettre en place des tables afin que les participants puissent prendre des forces. Nous nous sommes régalés d’un bon sandwich crème d’avocat tomates séchées et tofu fumé (il y a avait aussi les fameuses pâtisseries Vegan Folie’s). Sur ce, nous avons pu saluer Céline Naissant, David Volpi et Rosa B. tables conférenceIl y avait là également Ludovic Sueur que nous ne connaissions pas encore… Nous voilà prêts pour la lecture de la pièce « Peau de vaches » tout en en écoutant la bande son de Stéphanie Valentin. Étant donné que Rosa B. ne souhaite pas être prise en photo, c’est sa doublure BD qui s’est elle-même proposée pour la dédicace. Si si… Le scénariste de « Sentience » David Volpi était présent tout comme à la dernière Vegan Place. Nous ayant reconnus […] il a voulu nous faire une dédicace. Vraiment, on ne pouvait pas refuser.Dédicace D. Dolpi
Quand Volpi reconnait les Veganautes...   Dans la salle nous avons constaté que nous étions plus nombreux qu’on ne l’aurait cru. Et c’est tant mieux ; nous étions plus d’une centaine. Forts d’un nouveau badge chacun acheté au stand L214 à l’entrée, nous nous sommes confortablement installés, appareil photo*, cahiers de notes et stylos en main. Go Vegan !butin vegan
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Res publica
   C’est Jacques Boutault, le maire du 2ème arrondissement, qui a ouvert cette séance en rappelant combien il est choquant aujourd’hui que la cause animale figure parmi les grands oublis de la République, laissant les animaux être traités tels des objets et non les êtres sensibles qu’ils sont, abandonnant par-là ses propres valeurs — ses fondamentaux — quand il serait plutôt temps d’« abolir les barrières entre les espèces ». Cet accueil a été très appréciable dans le même temps que fait en toute convivialité.
    Amandine, la créatrice et gérante de Vegan Folie’s, qui est aussi à l’initiative de ces conférences mensuelles, nous a parlé de son engagement sans faille contre le spécisme. Concernant les arts, elle a tenu à nous parler de Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer, de la chanson « Rouge sang » de Renaud, et aussi du film d’animation Chicken Run en tant qu’exemples d’œuvres engagées, antispécistes, voire amenant la question de la zoopolitique. Pour Amandine, l’Art est un bon support pour le militantisme, c’est un média idéal pour mettre en lumière la cause animale.
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— Faire que les cœurs s’ouvrent —
   La première personne à donner son témoignage était Céline Naissant. On la connaît bien maintenant pour sa pièce de théâtre engagée « Peau de vaches ».
   Lorsqu’elle était enfant, Céline Naissant avait chez ses grands-parents un lapin qu’on appelait Grandes Oreilles. Elle n’imaginait pas qu’on puisse le manger. Et bien entendu, tout le monde s’accordait avec elle a dire qu’on mange pas son ami Grandes Oreilles, cela ne se fait pas. Ainsi, elle a pu longtemps faire coexister son amour sincère pour les animaux et son goût pour la chair. Comme elle le dit, elle a dû décimer à elle seule des troupeaux de vaches entiers ! Elle avait plutôt une attitude snob face à l’idée du végétarisme. Pour autant, alors qu’elle n’était pas résolue à changer, c’est, entre autres, de voir les images des abattoirs de Charal filmées par L214, qui lui a fait prendre conscience. Elle a travaillé durant 14 ans dans le journalisme (presse, TV, radio), et couvert notamment le domaine de la santé. À l’occasion de monter sur scène, c’est là qu’elle s’est dit que le théâtre était pour elle le lieu idéal pour s’exprimer et faire passer ses idées, éviter surtout de parler dans le vide et de crier en vain contre les carnistes tout autour. Le théâtre permet la catharsis. Et le retour positif de spectateurs devenus végétariens ou véganes après avoir vu « Peau de vaches » continue de la galvaniser. La pièce repartira bientôt en tournée, et l’auteure ne désespère pas qu’elle soit jouée à l’étranger.
   Avec BeBee Productions, Céline Naissant a en projet de faire une série TV culinaire à la fois drôle et engagée. Artiste(s) à suivre !
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— Même quand ils chassent pas, ils sont là —
   En second c’est l’invité le photographe Ludovic Sueur qui s’est adressé à l’assemblée. L. Sueur résume son parcours avec la cause animale tel quel, et c’est impressionnant :
1990 — végétarien par éthique
2001 — végétalien par éthique
2006 — photographe des animaux libres et sauvages
2008 — Militant
2014 — première exposition. Thématique : l’individualité animale
Ludovic Sueur, vous l’aurez compris, se préoccupent des animaux depuis longtemps. Il lui tient à cœur de faire œuvre au sujet des animaux qu’il considère bien sûr sentients — ce sont des êtres sensibles — mais porteurs de cette subjectivité telle qu’elle est en réalité une individualité. Les animaux, y compris les insectes, mal connus, sont des personnes.
   Ce photographe qui a travaillé pour des magazines comme Terre Sauvage et Image & Nature ne fait rien à moitié dans son travail. Il fait ce constat terrible qu’en France, 70% des terres sont exploitées pour l’agriculture (souvent chimique et intensive). On n’y voit par conséquent guère d’animaux. Pour en voir, il faut dans notre pays aller au cirque, au zoo, ou bien faire avec ceux qu’on tolère dans nos villes. Par ailleurs, lorsqu’on veut vraiment voir des animaux sauvages pour les photographier, on a vite fait d’entrer dans des « propriétés privées » et, par voie de fait si l’on ose dire, on se heurte aux propriétaires qui vous en chassent. En parlant de chasseurs, même quand on n’est pas en période de chasse, ceux-là aussi vous houspillent qui trouvent que « vous dérangez les animaux ». Ah oui : dès fois qu’il y en ait moins à tirer plus tard…
   « Armé » de son appareil photo japonais, histoire d’acheter du matériel que des travailleurs les moins exploités possible ont fabriqué, L. Sueur part en affût avec tout son barda. Pour les photos du numérique car dans les pellicules il y a de la gélatine animale. Idem pour les papiers d’insolation… même pour lier les fibres des feuilles A4 standard, alors svp n’imprimer jamais cet article.
   Il est délicat d’approcher les animaux sauvages. Dû aux précieuses […] activités humaines, l’animal qui voit un bipède adopte l’attitude de la distance de fuite infinie. Là où vous serez il ne restera pas. Imaginez que, pour prendre des photos d’insectes et faire the cliché, certains n’hésitent pas à les geler — les insectes — afin qu’ils soient moins vifs, pour ralentir leurs mouvements et qu’ils « gardent la pose » (on tue bien des animaux pour les donner en pâture aux grands prédateurs pour assurer le coup). On en apprend tous les jours n’est-ce pas ? — De manière générale, la photographie animalière n’est pas animaliste.
   Les difficultés sont les mêmes en montagne, par exemple, que dans les campagnes amplement conquises par la déforestation. De la sorte, les animaux d’élevage qu’on a emmené brouter en altitude durant l’été ne laissent presque plus rien à manger à la faune sauvage quand la saison hivernale vient. Dans toutes ces conditions, très difficile d’atteindre l’animalité libre et qui se laisse un tant soit peu approcher.
   Le spécisme, on le trouve aussi dans les choix d’expositions des lieux cotés, nous explique Ludovic Sueur. Un sujet décalé sur les humains intéressera beaucoup plus qu’un autre sur les animaux, et qu’importe le propos du photographe. Pourtant, Sueur a à cœur de faire ressortir chaque personnalité animale. Une mouche est une personne, et il va au bout de sa démarche artistique et éthique, même si c’est difficile de trouver des endroits en France où les insectes ne sont pas décimés. Un des projets qu’il aimerait réaliser, c’est saisir les personnalités des animaux marins. Les poissons aussi souffrent, ont des comportements sociaux et par conséquent, sont envisageables, n’en déplaise à Emmanuel Levinas. Pour le moment, ne pouvant plonger pour ce faire, Ludovic photographie des paysages marins vu des terres, laissant à penser cet invisible — ces milliards d’animaux qui y vivent — et qui sont pris aux pièges des hommes : la surpêche, le plastique, la pollution, etc. Il donne à voir, intériorisé, le désastre existant non vu. Mais ailleurs il existe aussi des lieux où l’animal est citoyen et respecté. C’est le cas à Athènes, où le chien Loukanikos qui était aux côtés des anti-austérité est devenu une figure héroïque. Athènes : sorte de zoopolis miniature. Le photographe désire aussi photographier des vieux animaux d’élevage, de ceux qui ont vécu leurs années « normales » de vie. Et faire un livre (en crowdfunding), pour rendre ses œuvres plus accessibles (coût) au grand public. Continuer d’exposer. Une très belle rencontre !intervention Ludovic Sueur
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— Le véritable déclic —
   Grand fan de Science-fiction, David Volpi est également un fervent ami des animaux. C’est quand il a vu le film « Le Jugement » de Maxime Ginolin qu’il s’est dit qu’il ne pouvait demeurer impassible face à la souffrance animale.
   Sans conteste, David Volpi nous montre que la publicité n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de dénaturer plus encore la nature animale. Ainsi de la viande hachée souriante de Giraudi Smiley Meals, ou bien de la pub sur le lait qui fait appel à la collaboration des consommateurs avec les producteurs laitiers qui sont en crise : il y a cette éleveuse qui pose devant l’une de ses vaches. Il faut qu’on se sente un peu coupable. Si on buvait encore plus de lait, mangeait plus de fromage, on pourrait endiguer la « crise du lait ». Mon œil ! Elle est belle la tradition. Non ; les oubliées qui (sur)produisent malgré elles, se sont les vaches mais ça, chut ! on ne le dit pas, l’amour est dans le pré…
   Comme on ne veut pas non plus spoiler l’histoire de « Sentience » qu’on n’a pas encore lue et qu’on chroniquera ultérieurement, contentons-nous de dire le bel engagement de Volpi :
Pour le Tome 1 il verse 50% de ses droits d’auteurs à Pro Anima car son sujet est l’expérimentation animale.
Pour le Tome 2 il verse 50% de ses droits d’auteurs à L214 car son thème est l’élevage intensif.
Pour le Tome 3 il verse (à priori) 50% de ses droits d’auteurs à l’Association Végétarienne de France car la thématique en sera le végétarisme et le véganisme.
   Avec lui donc, le scénariste de « Sentience » NOUS engage à user de notre pouvoir de consommateurs par les achats que nous faisons lors de nos choix. Comme il le dit, il a pensé cette bande dessinée comme devant comporter une dimension pédagogique forte. Il use de toutes les techniques scénaristiques pour donner des éléments concrets sur la condition animale tout en laissant le lecteur, alors tout entier disposé et à l’imaginaire grand ouvert, s’imprégner des informations qui vont le faire réfléchir tout en se divertissant. Pour lui, divertir et impliquer ne sont pas antinomiques. Il convient de faire du lecteur un acteur dans l’histoire contée.
   Si à un moment donné le héros de « Sentience » est un chien, D. Volpi n’a pas souhaité qu’il parle, mais que les humains l’entendent seulement aboyer. De la sorte, il évite un inapproprié et irréaliste anthropomorphisme, situation qui est propre à démontrer que l’incompréhension inter-espèces mène à l’indifférence.
   C’est avec beaucoup d’aménité et d’intelligence que Volpi nous a parlé de sa bande dessinée. Coup double : le dessinateur choisi, Tyef, est végétarien à tout le moins et acquis à la cause animale. Ça n’était pas dans les conditions d’embauche pour le graphisme, mais c’est plutôt bien tombé. L’art sert la diffusion des idées, et ici la cause animale est une très grande cause au service de laquelle mettre son art et son militantisme. David Volpi termine son allocution en disant que, fort de ce qui le distingue, l’homme a un devoir de protection envers les plus faibles, et non d’exploitation. Une notion qui épouse parfaitement celle, philosophique et éthique, du care (soin) que défend notamment Corine Pelluchon. Il escompte que voit le jour bientôt un projet sur la corrida. On souhaite bon vent à ce jeune talent plein de perspicacité et de sympathie !Intervention David Volpi
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— Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité (Nietzsche) —
   Pour finir, notre rencontre avec la caricature de Rosa B., vous savez : Insolente Veggie. Est-il encore utile de présenter cette dessinatrice à l’humour impeccable, aux tournures d’esprit aussi brèves, concises et efficaces que ses coups de crayons ?
   Comme nombreux sont celles et ceux qui la connaissent et, sur le net ou dans sa BD éditée par La Plage, savent de quoi l’on parle, disons simplement que Rosa nous a fait part de la question des limites auxquelles elle réfléchit beaucoup dans son travail. Elle se demande par exemple quel message on envoie quand on est végétalien ? Quand nous croyons que ce que nous avançons est évident et va susciter l’adhésion d’autrui, en réalité les gens ne comprennent rien, ou pas grand-chose. C’est pourquoi l’auteure a choisi d’aborder son œuvre par le biais du dessin de presse, à la façon caricaturiste. À quoi sert-il de rester prostré contre des images insupportables et s’enfermer dans des sentiments nauséabonds ? Rosa B. préfère transformer l’horreur pour la comprendre sans en rester aux émotions brutes.Invités de la conférence
   Les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015 l’ont énormément interrogée. Elle a pris conscience du risque pour sa vie quand on dessine de façon engagée. C’est pourquoi elle ne veut pas aborder la question des relations entre la religion et le carnisme dans son travail. D’abord elle ne veut pas choquer mais amener à penser, et ne désire pas être attaquée pour cela. Cela explique qu’en toutes circonstances publiques elle envoie sa propre caricature à la rencontre des autres. C’est une manière de se protéger que de garder l’anonymat physique. Et puis, il faut bien le dire, le dessin d’elle est vraiment très agréable, IV est pleine d’esprit et d’humour, elle est très mâture et sous cette caboche illustrée il y en a ! Avec Insolente Veggie, Rosa B. est parvenue à rendre pas  mal de gens véganes, et cela la rend très heureuse. Quelques traits d’un personnage complexe et très empathique !dédicace IV K&M
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— Conclusion —
   On est rentrés chez nous dans notre banlieue ravis, en grande discussion sur les artistes et les œuvres entrevus. On espère avoir l’opportunité de retourner à l’une ou l’autre de ces très motivantes et enrichissantes conférences.
K&M

 

* certaines images sont floues car notre petit appareil n’aime pas la faible luminosité, ou alors on n’est pas doués !…

oeuvres

    Et pour voir la conférence intégralement :

https://youtu.be/T-c43Lir644?t=2s

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