JOYEUX BESTIAIRE… — QUATRE MICRONOUVELLES SUR JOY SORMAN — SUR DEUX DE SES ROMANS

QUATRE MICRONOUVELLES SUR JOY SORMAN

 

I

 

   Elle aurait pu être là sous l’improbable soleil de juin, assise à une table de la terrasse du Café de Flore pendant que d’une fenêtre grande ouverte non loin se serait échappée Sabrina Salerno cherchant du bon temps ; on aurait pu lui avoir servi un petit noisette au lait de soja vanille et, plus tard, elle serait partie nonchalamment pour ne pas avoir à regarder parigots et touristes commander le plat du jour : saucisse de Montbéliard. C’est pas que, comme de ces féministes pragmatiques, elle aurait eu peur de faire du bruit pour réclamer un suprême de pistache à la Tournier, mais pourquoi pas aller voir, matinale, dans le 93, parce qu’après tout ça balance pas qu’à Paris.
Jean Loup SIEFF (1933-2000), Café de Flore, Paris, 1980
 

 

II

 

   Depuis sa place au café, elle aurait pu — œil de lynx — voir passer un gaillard dégingandé entre grande tringle et fort des Halles et noter quelque chose sur son petit carnet au crayon à papier, quelque chose comme tous les morceaux sont là, des pieds à la tête : un boucher. Elle se serait imaginé son prénom, un truc pas commun genre Pim. Lui prenant vie dans tous les sens du terme : il ferait un boulot salissant et concret. Pas peur le type de crécher la cale du grouillot où se pratique l’art magistral de la découpe de carcasse et où se nettoie la merde. Elle l’aurait suivi en rêve ou cauchemar depuis ses études jusqu’à son succès professionnel lui et son obsession pour la barbaque, scrutant les pensées du drôle de zig qu’aurait une curieuse libido et l’envie frénétique de s’endormir, fœtal, dans le corps éventré d’une grande bête crevée. Elle aurait entendu ses pensées à Pim : « La boucherie commence là où finissent les bêtes […] commence à l’abattoir. » Elle l’aurait suivi son boucher anatomiste absorbé par les derniers réflexes exaspérés de l’animal dépouillé, jusque dans les champs où l’on ne voit plus morte ou vivante la plèbe animale — le prolétariat de l’élevage.
halles boucherie doisneau

 

III

 

   Elle — se serait promenée flânant soleil printanier parfums des jardins parisiens alentour magnolias tilleuls marronniers rosiers lilas puis boulevards et avenues traversant la Rue aux ours. Alors songerait que celui qui fut le premier des animaux, un roi au panthéon des bêtes, un grand fauve, dans un conte prendrait femme hybridation colère villageoise exil enfant-ours dont on chasse l’humanité à coups de fouet, sous le fouet de cet homme est peut-être passé tout le règne animal — […]. Enfant-ours deviendrait homme en dedans l’ours. Amitié avec les filles du spectacle, cirque, zoo, au milieu de la foule anonymese dissimule nombre d’hommes aigris, mécontents du monde dans lequel ils sont nés et qui tracassent les bêtes désarmées pour se soulager […].
montreur ours

 

IV

 

   Vous passeriez devant une librairie, vous voudriez entrer voir ce qu’il y a à lire. Vous la verriez elle par son nom en lettres MAJUSCULES sur le dos carré collé de ses romans neufs et bien rangés. Ses titres — l’air de rien énigmatiques — vous donneraient soudain envie d’en savoir plus. Vous iriez vous asseoir à une table de la terrasse du Café de Flore, vous disant que peut-être après tout pourquoi pas, l’auteure des livres que vous auriez achetés aurait été quelques minutes plus tôt encore à la même place que vous occuperiez par hasard en sirotant un jus de fruit là sous l’improbable soleil de juin en lisant l’un ou l’autre roman animalier de Joy Sorman.
sorman

 

M.

 

roman de joy sorman

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