EN SPECTATEURS ET AUDITEURS DU « GRAND ORCHESTRE DES ANIMAUX » — À LA FONDATION CARTIER

LGODA
 « Près de 50% des habitats figurant dans mes archives sont désormais si gravement dégradés, si ce n’est biophoniquement silencieux, que beaucoup de ces paysages sonores naturels, naguère si riches, ne peuvent plus être entendus que dans cette collection. »
Bernie Krause — musicien et bioacousticien
   Chers lectrices et lecteurs,
   Aujourd’hui nous sommes allés à la Fondation Cartier boulevard Raspail à Paris afin d’y voir l’exposition Le Grand Orchestre des Animaux. En tant qu’antispécistes et véganes comment ne pas profiter de nos vacances et de la capitale tranquille comme Les Baux-de-Provence en hiver ? C’est donc en transports en commun que nous nous y sommes rendus, curieux de connaître cette exposition qui promettait autant de visuel que de sonore, bref que du haut en couleurs. Et nous n’avons pas été déçus.
   Dès l’entrée l’œuvre d’Adriana Varejão nous met dans l’ambiance, là à l’extérieur devant le bâtiment tout de verre de la Fondation. Ce qui n’est après tout qu’un mur carrelé s’avère aussi être une fresque ornithologique superbe, chaque carreau étant peint à la main, et c’est entre forêt paradisiaque et ciel édenique que nous pénétrons à l’intérieur, passant sous un grand mur végétal où, justement, un pigeon ramier, un vrai, pioche avec science et adresse les branches qu’il sélectionne avec soin pour nicher.
Passarinhos 1
Passarinhos
   Puis il y a cette fresque d’allure rupestre qui nous évoque un temps ancien de nos ancêtres à l’aube du néolithique qui changea tellement de choses pour la Nature… Ce vrai faux palimpseste est du chinois Cai Guo-Qiang, un artiste plasticien. Et pour parler de ce silence animal qui s’installe là où l’humain impose sa dominance, quoi de mieux que de la poudre à canon sur pochoir au lieu de l’antédiluvienne méthode de soufflage des ocres ?
Cai Guo-Qiang White Tone
Mayabu Miyazaki Geai   Nous avons ensuite été happés par les vidéos très esthétiques de Manabu Miyazaki, qui donne à voir ce que l’ordinaire ne nous convie point à voir de nos propres yeux. Qui là un ours noir sur le chemin des animaux, et ce même lieu visité plus tard comme un ailleurs par un renard, un homme et son dalmatien, un geai, un loir, une mésange; et aussi l’étrange « time lapse » de ce cerf mort qui peu à peu se désagrège et connaît, lui aussi, dans son retour à la matière pure, des visites nombreuses sous le cycle des saisons…
Mayabu Miyazaki 3
Mayabu Miyazaki
Mayabu Miyazaki 2
   Il faut admirer aussi les peintures joyeuses de Pierre Bodo, Moke ou JP Mika qui nous ravissent par leurs explosions de couleurs vives comme excessive par extraordinaire est la biodiversité dans la réalité. Et ici les animaux ont quitté la scène politique de leur ferme ou de leurs exotiques demeures, pour composer orchestre, groupe, jam ou band hétérogènes merveilleux dans l’espace imaginaire qu’ils inspirent aux artistes et aux humains dans leur enfance, chantant pour nous la richesse du vivant, dans ce que sont ces assemblages de toiles et d’acrylique : un lieu de rencontre  — hinterland.
Pierre Bodo
JP Mika Les bruits de la nature
Moke
   Cependant la naturalité des êtres de la Nature, pris sur le fait de leur vie qui n’appartient qu’à eux nous capte peut-être plus encore. Et nous restons là, calmes, silencieux, devant ces photographies sublimes d’Hiroshi Sugimoto comme devant de minces fenêtres qu’il suffirait d’ouvrir pour passer de l’autre côté, dans le monde des animalités avec leurs structures, leurs signes, leurs langages; et nous mesurons la chance que nous avons de vivre dans un monde où ces êtres-là existent encore. Mais pour combien de temps ?
Hiroshi Sugimoto 2
Hiroshi Sugimoto
Expo 2
Expo 3
*
   Mais la révélation le plus forte pour nous ce jour, fut-elle celle de l’univers sonore animal dévoilé par le bioacousticien Bernie Krause. Ou plutôt devrait-on dire : les univers sonores, véritables strates acoustiques captivantes parce qu’elles nous parlent du monde et du monde qui l’habite.
Bernie Krause
   Hélas, nous le savons bien, la biodiversité est déjà fortement amoindrie par les activités humaines. Aussi n’est-ce pas une surprise mais tout de même un choc : la bio-Planctonsharmonie, elle aussi, disparaît. Peu à peu elle fait silence. C’est ubuesque, grotesque, un peu comme si la plaisanterie de John Cage, 4′33″ (« quatre minutes trente-trois secondes de silence »), devait être rejouée à l’infinie. Cela ne rimerait plus à rien. Ce qui nous saisit dans ce dont nous parle Bernie Krause, c’est en effet de vivre l’étrange expérience d’une dé-composition, littéralement celle d’assister à l’effacement de l’œuvre vivante du monde, au démantèlement de son orchestre. C’est en passant dans un couloir illustré par de magnifiques photographies de planctons (qui constituent 98% de la biomasse océanique), et des informations sur la malheureuse détérioration des habitats écosystémiques depuis le tout début de l’ère industrielle (1750), que nous avons visité des salles nous rapprochant visuellement de la microbiodiversité mise en vidéos artistiques, et surtout entendue grâce au travail d’une vie de B. Krause, la raréfaction irrémédiable des harmonies biophoniques.
bilan 2
bilan
images des sons   C’est à n’en pas croire ses yeux : l’informatique qui met en images ces sons du vivant, on croirait que cela compose un urbanisme. C’est à proprement parler, une incroyable architecture.
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   Si vous le pouvez, aller voir Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. C’est une très belle exposition et aussi une invitation à méditer sur l’état du monde en dehors de nos éphémères histoires humaines, qui pourtant mises ensemble ont un impact négatif (mortel) durable sur le vivant, et à terme bien sûr sur la possibilité que des humains puissent encore pour longtemps s’émerveiller du bel et grand orchestre des animaux.
Les diplomates - B. Morizot   Pour l’anecdote, croisant à la librairie à l’étage un jeune homme emportant Les Diplomates de Baptiste Morizot et lui glissant rapidement que c’est un excellent choix, ce dernier nous a répondu: « Eh bien je le lui dirais, c’est mon meilleur pote ! Et je ne l’ai pas encore lu. » Car la sélection de livres présentée pour l’occasion par la Fondation est tout à fait impeccable (si ce n’est un Onfray et un Porcher par trop ambigus). De quoi compléter idéalement le cheminement de connaissances et de questions abordé par Le Grand Orchestre des Animaux. Comme quoi une prise de conscience est en marche qu’il faut que nous continuions de soutenir de toute notre énergie de vivants, pour que perdure et ne se taise jamais la somptueuse biodiversité dont nous sommes.Sélection livres à l'expo
K&M
   Une vidéo comme celles de Tim Lama et Edwin Sholes, « Les oiseaux artistes« , sur le paradisier :
   Entretien avec la passionnant Bernie Krause :
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