AU CŒUR PUR DU VÉGANISME — L’ABOLITIONNISME SELON MÉRYL PINQUE : UN ENGAGEMENT DE LA NON-VIOLENCE — À PARIS 8 UNIVERSITÉ LE 22 NOVEMBRE 2016

VÉGANISME — L’ABOLITIONNISME SELON MÉRYL PINQUE : UN ENGAGEMENT DE LA NON-VIOLENCE — PARIS 8, 22 NOVEMBRE 2016
« Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. »
Milan Kundera
« Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé »
Antoine de Saint-Exupéry — Le Petit Prince
« Il y a autant de souffrances et de morts dans un verre de lait, une crème glacée ou un œuf que dans un steak. »
Gary L. Francione
paris-8-meryl-pinque   Mardi dernier en fin d’après-midi nous n’avons pas regagné notre domicile comme d’ordinaire après le travail. Nous nous sommes retrouvés dans les transports en commun pour nous rendre à l’Université Paris 8 « Vincennes Saint-Denis » afin d’assister à une conférence donnée par Méryl Pinque. L’écrivaine n’était pas là pour nous parler de son travail d’écriture — qu’au demeurant nous recommandons très vivement (La caricature de Dieu) — ou même de son travail de critique littéraire et biographe puisque, entre autres, elle est lauréate du premier prix de la Société des amis de Colette pour son travail « Colette : la sauvagerie comme panacée. », car dans le milieu du véganisme elle est plus connue pour être la porte-parole de Vegan.fr et celle qui a collecté les textes passionnants de Bêtes humaines ? Pour une révolution végane aux éditions Autrement.

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meryl-pinque   Nous l’ignorions, mais à l’heure où nous nous apprêtions à écouter Méryl Pinque dans l’une des salles de la très belle bibliothèque de l’Université de Saint-Denis, en plus de la naissance récente du Parti Animaliste, allait être rendu public le manifeste cosigné par pas moins de 30 ONG : Animal Politique. Si nous évoquons cet événement, certes significatif, c’est qu’en contrepoint au discours de M. Pinque la mobilisation qui veut inciter le Gouvernement et les arcanes de la société française à prendre sérieusement en considération la condition animale vient souligner la dichotomie à laquelle oblige la praxis politique entre théorie zoopolitique globale et pratique individuelle du véganisme. Car nombre de représentants d’Animal Politique sont véganes. C’est même sans conteste (et quoi d’étonnant à cela ?) à leur initiative qu’a lieu cette interpellation en règle de l’État et ses appareils, quand malheureusement cet engagement-là revient de facto à renoncer à ce qui est le cœur même du véganisme : la fin immédiate de l’exploitation animale, autrement dit : l’abolitionnisme.
   En préambule, Méryl Pinque nous a parlé brièvement de ceux qui sont à l’origine morale du véganisme, et que la culture mainstream n’a pas historiquement retenus pour cela : les grecs antiques Pythagore et Empédocle. Ainsi l’éthique animale traverse-t-elle l’Histoire puisque Pythagore est le premier végétarien connu, si ce n’est végétalien puisque lui et ses disciples étaient appelés « les légumistes ». Pinque ne tarit pas d’éloges au sujet des beaux textes d’Empédocle, aussi pour s’en rapprocher peut-on lire à son sujet l’excellent texte du philosophe Patrick Llored dans Pour une révolution végane.
   Plus tard au sortir du Moyen-âge, hélas les animaux n’étaient sinon chez quelques rares originaux, toujours pas considérés. Avec René Descartes, la philosophie acheva d’enfoncer le clou dans la chair animale mise au pilori d’une science balbutiante cherchant à la fois le principe de vie et affirmant l’exclusivité divine de l’Homme (âme) dans le monde des fabuleux animaux-machines. Et si Jérémy Bentham posait de son côté la question de la souffrance animale, arguant qu’elle devait être évitée, il ne s’opposait pas à l’exploitation des animaux en tant que telle, élaborant de la sorte aux côtés des travaux de Kant, Locke ou Hume l’idée du welfarisme, le fameux « bien-être » des animaux exploités humainement […].
   Si c’est au 19ème siècle que la notion de « bien-être animal » est véritablement apparue, disons sciemment, aujourd’hui le cadre au sein duquel sont visées les lois — assez nombreuses — qui accompagnent une diminution du tort fait aux animaux n’est rien d’autre qu’un néowelfarisme : il n’empêche pas que les animaux soient réifiés, traités en objets de productions, en pures marchandises, car ils restent des propriétés aux yeux des humains et de la loi.
*
   C’est là que Méryl Pinque argumente en faveur de l’approche abolitionniste des droits des animaux de Gary L. Francione. D’autant plus qu’en somme, les idées de Francione ne sont guère connues ni relayées en France — elles sont très peu présentes dans les milieux militants et les médias —, au grand dam de notre conférencière qui pense que cette théorie est la plus pragmatique et la plus logique en lieu et place de l’oxymore consistant à demander « plus d’humanité » dans l’exploitation et la mise à mort d’êtres sentients, c’est-à-dire qui ont une conscience d’eux-mêmes, sont sensibles et souffrent et en cela possèdent une intégrité. En quoi, demande M. Pinque, y a-t-il cohérence à évoquer la valeur morale d’un animal tout en continuant d’en revendiquer la possession ? C’est parfaitement incompatible.
   L’approche abolitionniste des droits des animaux peut se décliner en six points factuels :
– Refus de l’exploitation animale ici et maintenant
– Pas de réglementation possible
– Le véganisme individuel est la base
– Les animaux ont un statut moral éminent (sentience)
– Condamnation du spécisme
– Non-violence
gary-l-francione   Ainsi cette approche est-elle radicale à la fois par son exigence et sa simplicité (facilité) de mise en œuvre. Dès lors que tout le monde ou presque trouve que les combats de chiens ou la corrida sont d’horribles pratiques, être lucides et responsables implique que chacun d’entre nous reconnaisse que pourtant dans 99% des cas l’exploitation animale n’a lieu que pour les plaisirs des humains (nourriture, habillement, loisirs, sport, etc.) tandis qu’on peut aisément — surtout en ce premier quart du 21ème siècle — se passer des produits d’origine animale puisqu’il n’y a pas de nécessité à en consommer, sinon à trouver ça bon, plaisant, mais en réalité plus par habitude qu’autre chose.
   Il n’y a aucun argument valable contre l’abolition, et la réglementation existante en vigueur est insuffisante. Par exemple, à l’heure où le nombre des êtres humains dépasse les 7 milliards, il est illusoire en tenant compte que notre démographie cumulera probablement à 10 ou 12 milliards, de vanter des « élevages fermiers et bio » en rêvant à un passé idéalisé qui n’a d’ailleurs pas tout à fait eu lieu ; cette lubie d’un élevage local à l’ancienne n’est pas une solution.
   Qui plus est, la situation des animaux dans notre société hyper mécanisée où eux-mêmes sont plus machinés que jamais, n’est pas sans rappeler l’époque où, aux États-Unis, les abolitionnistes de l’esclavage alors appelés « immédiatistes » étaient opposés aux « gradualistes » qui craignaient avoir beaucoup à perdre en libérant les esclaves. Économiquement parlant il n’en a rien été, bien au contraire, et l’on voit bien qu’on ne peut pas contraindre quelqu’un à quelque chose en prétendant le faire avec humanité !
   Quant aux campagnes ciblées visant à ce que le grand public prenne conscience de l’horreur dans le foie gras ou la fourrure, etc., Méryl Pinque le dit sans ambages : en bonne partie, malgré l’effet escompté le grand public y voit une hiérarchie des souffrances et il ne fait pas la connexion avec l’exploitation tout court. Et de plus, les actions militantes sont timides à dire aux gens qu’ils sont directement responsables des images qu’on leur montre.pas-de-3eme-choix
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   Face à la souffrance endurée par tant d’animaux qu’il est impossible d’en réaliser l’ampleur, être végane à travers soi est la seule réponse rationnelle. Ce mode de vie éthique répond justement à la question fondamentale de l’offre et la demande. Car effectivement, force est de constater qu’un consommateur est un donneur d’ordres. Ainsi, si chacun voulait bien sortir de l’hypocrisie et la mauvaise foi, un non végane ne devrait pas s’offusquer des images violentes issues des abattoirs ou d’ailleurs qu’on lui montre, parce qu’il est justement celui pour qui les bourreaux travaillent. Devant nous il y a ces animaux dont nous ne savons rien et à qui nous prenons tout, y compris la vie, quand cependant comme nous ils ne désirent qu’une chose, perdurer dans leur être. L’approche abolitionniste est un antispécisme qui s’oppose à toutes formes de discriminations et dont l’exigence est commune à celles des luttes convergentes (antiracisme, antisexisme, antihomophobie, etc.). Il n’y a pas de différence de traitement possible entre les êtres, quels qu’ils soient, et en cela il faut assurément condamner la théorie de la similitude des esprits (similar minds position) laquelle unit « le statut moral d’animaux non-humains à leur possession de caractéristiques cognitives propres aux humains » comme dit G. Francione. On jugerait immoral d’exploiter un gorille quand pendant ce temps-là on pourrait pratiquer la vivisection sur des millions d’autres animaux (souris, lapins, chiens, ….) ? Ça n’a pas de sens, c’est illogique et injuste.
   Méryl Pinque met en avant la nécessité d’être non-violents dans notre partage de l’approche abolitionniste. Comment en effet justifier l’être si nous demandons que d’autres arrêtent leurs brutalités sur les animaux ? Il faut parler de son véganisme autour de soi, faire savoir, et ainsi participer à ce que la solution vienne de la société civile, par le bouche à oreille, l’exemple, l’éducation — laquelle est primordiale (comme contrecarrer certaines actions…) — car il est facile dans sa vie de tous les jours « d’appliquer la non-violence dans son assiette » dit M. Pinque, dans sa manière de se vêtir, etc., où tout commence en réalité par soi : c’est donc avec soi que tout change. Peut-être peut-on donner des conseils de lecture, comme l’excellent essai de Carol J. Adams La Politique Sexuelle de la Viande que Méryl Pinque juge à raison être une œuvre féministe majeure pour la libération animale et la révolution sociale.
   Notre conférencière, dont les apparitions sont rares et précieuses, l’avoue : elle ne croit guère en la politique. Il faut bien reconnaître que les demandes d’amélioration du sort des animaux sont dérisoires, restent des « mesurettes ». On aimerait que les partis animalistes, antispécistes, et que les manifestes aboutissent à leur objectif commun avec le véganisme abolitionniste : à la fin de l’exploitation animale purement et simplement. Hélas les structures du monde économico-politique sont ainsi faites qu’il y faut diluer nos prétentions éthiques qui ne devraient pas souffrrenard-fleur-petit-princeir d’être réduites de la sorte, voire quasi invisibilisées et, si admises comme telles, difficiles à renforcer par la suite dans un monde qui les aura accueillies parce que jugées « raisonnables » et verra d’un mauvais œil qu’on revienne à la charge, estimant en avoir assez fait… morne statu quo.
   A contrario, la politique ne peut pas réglementer et ralentir une prise de conscience et un engagement personnel éthiques en actes.
   C’est pourquoi sans relâche, les abolitionnistes doivent incarner les valeurs d’une « humanité réellement humaine » comme le formule Pinque. Ces valeurs, on s’y engage au-delà de la geste politisée, en son âme et conscience, en ce que Méryl Pinque nomme joliment du terme de « pacte de non-agression initial. »
   C’est bien là — intimement et bienveillamment — l’origine du nouveau monde.
K&M
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Documentation
   L’Université Paris 8 a très aimablement remis une liste d’ouvrages sur la condition animale, ainsi qu’un prospectus de colloques au centre Pompidou. Les voici numérisés.

droits-des-animaux-doc

animalemement-doc

   Nous vous conseillons de visiter les sites suivants :
   Vegan.fr
   Les Droits des Animaux : L’Approche Abolitionniste
   GHOST DOG — Blog informatif végan abolitionniste & féministe
   « Colette : la sauvagerie comme panacée. » par Méryl Pinque
   Site Véganisme abolitionniste
   Animal Politique — Le manifeste
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2 réflexions sur “AU CŒUR PUR DU VÉGANISME — L’ABOLITIONNISME SELON MÉRYL PINQUE : UN ENGAGEMENT DE LA NON-VIOLENCE — À PARIS 8 UNIVERSITÉ LE 22 NOVEMBRE 2016

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