QUE MILITER EST ÉDUQUER ET INVERSEMENT — UNE JOURNÉE AVEC 269LIFE LIBÉRATION ANIMALE ET VEGAN FOLIE’S — LES DROITS DES ANIMAUX HONORENT NOS ENFANTS

QUE MILITER EST ÉDUQUER ET INVERSEMENT — LES DROITS DES ANIMAUX HONORENT NOS ENFANTS
   Samedi 10 décembre, à l’occasion de la célébration de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme adoptée à Paris au Palais de Chaillot en 1948 par 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale, nous avons décidé de répondre présents aux côtés des 269Life Libération Animale — Tiphaine Lagarde et Ceylan Cirik — devant l’Assemblée nationale pour faire savoir notre volonté de voir accordés aux animaux les droits qui leur reviennent.dscn5792
   Paris revêtait ce jour-là une étole de frimas brumeux qui n’a pas découragé environ deux cents militan-t-e-s bel et bien là pour soutenir les valeurs antispécistes et progressistes défendues par Tiphaine dans un vibrant discours qui trouve à la fois son essence et sa transcendance dans cette formule qui dit qu’il faut que « ces trois mots ne soient pas vains : liberté, égalité, fraternité. »dscn5785
   C’est avec beaucoup d’émotion et de détermination que Tiphaine et Ceylan ont animé ce rendez-vous, et dans la tenue douloureuse qui les habite toujours, où toutes et tous donnèrent tantôt dans le recueillement silencieux, tantôt dans la voix qui porte et transpercent ensemble les murs en pierre de taille de l’Assemblée nationale afin qu’y résonnent longtemps l’appel des sans-voix relayé par les véganes de France. Des personnes sont venues parfois tout spécialement de très loin pour participer à cet événement qui, même s’il n’a pas rassemblé autant de monde qu’on pouvait l’espérer, a été à notre avis un très grand moment symbolique.

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   Ce fut pour nous l’occasion de retrouver des amis militants avec qui on s’était concertés pour se retrouver à l’angle de la rue de l’Université et de la rue de Constantine, puisque la réunion n’était pas autorisée devant l’entrée de l’Assemblée… ou alors d’en croiser d’autres comme les amis de Rev’ Animal ou bien carrément de faire la rencontre des tenaces et sympathiques gens de Vegan Corporation.
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   Le soir, après avoir déambulé du côté des halles et dîné à la Brasserie du 2ème Art, nous avons rejoint l’Espace Jean Dame qui, grâce au travail d’Amandine de Vegan Folie’s et L214, et au soutien du maire du 2ème arrondissement Jaques Boutault, devient un des temples des conférences animalistes. Nous y étions pour assister à la conférence La Question animale à l’école en présence du psychologue clinicien et ancien psychologue scolaire Joël Lequesne et de Dominic Hofbauer, co-rédacteur aux Cahiers antispécistes, éducateur en éthique animale chez GAIA (Global Action in the Interest of Animals).
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« Entre tendresse des sentiments et tendreté de la viande on ne demande pas aux enfants de choisir »
   Nous avons énormément apprécié l’intervention faussement placide de Joël Lequesne. Le psychologue nous a rappelé combien rares sont finalement les enfants qui font acte de rébellion et refusent catégoriquement de manger de la viande — des animaux. Si les désastreuses interventions des lobbies comme par exemple Interbev dans les écoles primaires sont elles aussi rarement remises en question, il faut saluer les parents d’élèves de la ville de Saint-Denis qui ont fait une pétition afin qu’Interbev ne vienne pas farcir les têtes de leurs enfants de toutes ces delicatessen qu’on leur assène d’ordinaire dès tout petits.
dscn5798   C’est qu’en effet — et ce n’est pas nous autres qui n’avons pas toujours été végétaliens qui dirons le contraire — c’est en premier à la maison, en famille, qu’on apprend à mépriser les animaux et à les considérer comme des marchandises d’abord et avant que si l’on veut, on mange… C’est dans le milieu familial que s’exerce l’apprentissage du carnisme, lequel s’ancre sur les enjeux soco-affectifs majeurs. Aux plus jeunes on demande (…) rapidement « tais-toi et mange », le débat s’effaçant derrière l’improbable mastication de chair animale pourvu qu’on soit prompte à emboiter le pas à l’injonction viriliste, où manger ensemble signifie que l’on doit devenir comme nos ogres de parents : ils mangent des enfants animaux (veau, agneau, chevreau, etc.). J. Lequesne nous invite à lire le texte Children who choose not eat meat de Karen M. Hussar et Paul L. Harris (Harvard University, 2009).
   Les habitudes alimentaires vont de pair avec les loisirs qu’on pratique en famille. C’est là qu’on sort ensemble voir les animaux au Salon de l’Agriculture, qu’on se promène au zoo, qu’on va au spectacle du cirque et que, somme toute, on intègre la banalisation du transport des bêtes comme de la marchandise, de leur captivité dans des cages, du dressage et de tout le reste comme d’une parfaite normalité.
   Pourtant — vous vous souvenez ? …nous oui — il y a une véritable complicité, comme qui dirait naturelle, qui s’établit entre les enfants et les animaux, à tel point qu’il y a entre eux une communication non verbale immédiate qui les relie, ce que Sigmund Freud avait perçu dans son travail, même si cela est très peu mis en avant :
   « L’enfant ne ressent aucune différence entre son propre être et celui de l’animal ; c’est sans étonnement qu’il trouve dans les contes des animaux pensants, parlants ; il déplace un affect de peur inspire par son père sur le chien ou sur le cheval, sans avoir en cela l’intention de ravaler son père. C’est seulement après avoir grandi qu’il se sera suffisamment éloigné de l’animal pour pouvoir injurier l’homme en lui donnant des noms de bêtes. »
in Une difficulté de la psychanalyse — 1917
   Ou bien encore, Joël Lequesne nous propose-t-il de lire que :
   « La relation de l’enfant à l’animal ressemble beaucoup à celle du primitif à l’animal. L’enfant ne présente pas encore la moindre trace de l’orgueil qui, par la suite, pousse l’Homme civilisé adulte à séparer sa propre nature de tout le règne animal par une ligne de démarcation tranchée. Sans hésiter, il accorde à l’animal d’être pleinement un égal, reconnaissant sans inhibition ses besoins ; il se sent sans doute davantage parent de l’animal que de l’objet, qui est vraisemblablement énigmatique pour lui. »
in Totem et tabou — 1913
   D’ailleurs dans l’exercice de son métier, le psychologue déclare qu’il se vérifie à chaque fois que les enfants considèrent spontanément que les animaux font partie de la famille. À la question « combien êtes-vous à la maison ? » ils répondent sans réfléchir en incluant le ou les animaux de compagnie vivant avec eux.
   Les enfants découvrent assez tôt la violence faite aux animaux, ils ont accès aux images, voient que c’est légal, que la loi l’accepte, et cela, dit J. Lequesne « […] agit sur leur petite boussole morale. » Mais est-ce une bonne influence ? À cela Lequesne ajoute, nous faisant indéniablement penser aux travaux de Carol J. Adams, que « manger sans penser ou manger avec sa panse » c’est comme « penser avec son dscn5799sexe » ; cela a à voir avec l’appropriation du corps des autres, et c’est absolument fondamental dans les dynamiques (valeurs, actions, communication, échanges, etc.) dans notre société — et on ajoute : société comprise comme cette « culture » qui se produit contre la « nature », autrement dit y appuie sa domination. La famille est un espace de protection (ou censé l’être…) où l’on apprend qu’il y a des violences socialement acceptables (combats de coqs, corrida, chasse, pêche) qui sont même des loisirs, qu’on en soit spectateur ou acteur. Mais quel est donc l’effet psychologique de la corrida sur l’enfant ? Tient-on compte du risque traumatique ? Et dans la même idée, on emploie comme si de rien n’était tout un vocabulaire inducteur dont la polysémie permet de normaliser la logique de la chasse et/ ou de l’exploitation animale, comme quand on parle de « gibier », de « nuisible », etc.
   À l’école, c’est le même schéma qui a lieu. Sous couvert des « Objectifs visés et éléments de progressivité » (point 5.2.1. du Bulletin officiel spécial n° 2 du 26 mars 2015 « Annexe — Programme de l’école maternelle ») les sorties scolaires « pédagogiques », par exemple comme souvent, au zoo, ne sont que des occasions d’« observations faciles », dit J. Lequesne, sur des animaux qui « sont des représentants très pauvres de leurs espèces » et sont assimilables à une sorte de voyeurisme, c’est tout. Quand on songe qu’ont aisément accès aux écoles les puissants lobbies tels Interbev, celui de la corrida (même si plus régional), ou encore celui de la chasse qui se donne pour être spécialiste de l’écologie, garant de la « régulation », du « repeuplement » tout en pratiquant le « tir aux cocottes » (c’est-à-dire : sur des animaux élevés et relâchés pour être chassés), pas étonnant que les enfants lobotomisés finissent par adhérer rapidement à ces modèles pour devenir eux-mêmes ce que l’on sait.
   Parallèlement les enseignants ne sont pas formés à l’éthique animale, même lorsqu’ils ont en charge de valoriser les Sciences et Vie et de la Terre. Lequesne abonde dans le sens de Jacques Derrida qui dans L’Animal que donc je suis décrit l’animal comme cet animot qui n’est qu’un concept, qui plus est un concept anthropocentriste qui sert d’enclos pour les individus différents de l’Homme. L’urgence de la déconstruction c’est notamment de valoriser des ouvrages pour enfants comme Respecter les animaux (chez Actes Sud) plutôt que le sempiternel et irréaliste Martine à la ferme. Certes, dans ses premières années l’enfant apprend la décentration, autrement dit apprend qu’il n’est pas seul. « Mais les autres ne sont alors que des humains » dit le psychologue. L’égocentrisme est alors quelque chose de partagé. Un comportement collectif spéciste. Il devient « un centrisme sur les humains » ou bien perpétue la vision du monde anthropocentré puisque « on n’élargit pas le cercle de compassion aux animaux. »respecter-les-animaux-acte-sud
   Alors bien sûr, à l’école, l’attitude de l’enseignant est déterminante. Selon qu’on va laisser les choses telles quelles ou qu’on saura orienter le regard et le sens critique, et empathique des enfants afin qu’ils ne deviennent pas quelque part eux aussi les victimes des images de suicide food ou de la corrélation forte qu’on observe entre des enfants qui torturent des animaux car ils sont des victimes à l’école, ou tout autre sens autour de cette « corrélation entre la cruauté animale et la maltraitance humaine. »
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— Du Faux-lobbying comme du Faux-gras —
   En seconde partie de conférence c’est Dominic Hofbauer qui a eu la gentillesse de venir nous parler de sa vision de l’éducation au travers de son travail et son expérience avec Gaia (Groupe d’Action dans l’Intérêt des Animaux) — Voice of the Voiceless, qui existe depuis 1992.
   Dominic Hofbauer a dit beaucoup de choses autour des deux missions qui animent son quotidien auprès des enfants dans les écoles, et pour les animaux. Son rôle avec Gaia, c’est d’informer des réalités de la condition animale et de faire appliquer et progresser les lois.dscn5801
   Ainsi, nous mettant plusieurs fois dans la peau des élèves qu’il rencontre, Hofbauer nous a fait participer à des quizz passionnants où l’on constate le fossé politique (étatique) entre la Belgique et la France quant à la condition animale. Là-bas, pas moins de trois ministres, oui : 3 ! s’occupant, par région (flamande, wallonne, et Bruxelles-Capitale) du bien-être animal, et ce sans attache avec le Ministère de l’Agriculture afin d’éviter justement les conflits d’intérêts. Les Belges sont parvenus à faire voter au Parlement que depuis 2014 il n’y ait plus d’animaux sauvages dans les cirques, et à interdire (2015) les élevages de fourrure.
   Hofbauer intervient dans les écoles dans le cadre des cours de morale et de citoyenneté, où l’on parle d’éthique, où l’on aide les enfants à développer leur jugement personnel et à prendre conscience des altérités animales, entre autres — ce qui s’avère une très belle approche aussi pour voir grandir son intégrité dans tous les sens du terme.
   Il y a beaucoup de choses à savoir et à voir concernant Gaia, comme ci-dessous l’éthologue Magdalena qui montre aux enfants dans la vidéo avec son ami Crusoë,  le corbeau de Nouvelle-Calédonie, les capacités cognitives des animaux.
   Bien sûr, les interventions de Gaia ne sont pas abolitionnistes mais, comme qui dirait « welfaristes », cependant elles participent d’une émancipation de l’espèce humaine vis-à-vis d’elle-même et du tort qu’elle fait aux animaux. Ça n’est pas négligeable, sans compter que les enfants comprennent vite qu’il ne faut pas blesser les animaux, qu’il faut les traiter avec respect, et qu’on peut même se passer de les manger. Il devra leur en rester quelque chose à l’avenir. Pas rien. Vous dire enfin que Dominic Hofbauer est végane, et que donc sa démarche s’inscrit dans des actions de « mal nécessaire » consistant à faire progresser la cause animale pas à pas. Vous trouverez toutes informations complémentaires sur le site de GAIA.
*
   À l’issu de la conférence, Amandine a très aimablement tendu le micro à des personnes représentant une récente association qui a pour nom Education Ethique Animale. Les objectifs de cette association sont de :
  • Promouvoir l’éthique animale dans l’éducation et développer les valeurs d’empathie, de respect, d’altruisme et de responsabilité.
  • Encourager l’expression de la sensibilité chez les jeunes et ainsi améliorer le climat scolaire et réduire les violences.
(On peut les suivre ci-dessous)
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    Ça a été une journée au coude à coude avec les appareils de l’État, puisque l’Assemblée nationale a pour rôle de voter les lois, et que l’Éducation nationale a pour mission d’éduquer les jeunes générations à comprendre le monde dans l’enchevêtrement de ses réalités. Ce sont nos institutions. C’est à nous de décider.
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Documents
Lectures recommandées par Joël Lequesne :
Son texte L’empathie à l’épreuve du spécisme

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Children who choose not to eat meat de K. M. Husser & P. L. Harris

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Textes de S. Freud mentionnés dans l’article :
Rejoindre les lyonnais 269Life Libération Animale pour aider l’association et la ferme refuge :

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Sans oublier le site de nos amis de Vegan Corporation qui militent un peu partout depuis le sud de la Seine-et-Marne et le nord de la région Centre.

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Pour les plus jeunes, ou pas, GAIA Kids ici.
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5 réflexions sur “QUE MILITER EST ÉDUQUER ET INVERSEMENT — UNE JOURNÉE AVEC 269LIFE LIBÉRATION ANIMALE ET VEGAN FOLIE’S — LES DROITS DES ANIMAUX HONORENT NOS ENFANTS

  1. Oh que oui: l’ enseignement du respect des Animaux, partie fondamentale du Vivant, devrait être une évidence pour notre ministère de l’ Education National et ses professeurs de tout niveau.
    Le Monde n’ en serait que meilleur.

    Aimé par 1 personne

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