JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU VÉGÉTARIENNE — SUR LE FILM « GRAVE » DE JULIA DUCOURNAU

 « GRAVE » DE JULIE DUCOURNAU
   Vous êtes véganes ? Vous allez au ciné parfois ? N’allez pas voir ce film. Ou peut-être que si.
   Quelques mots sur Grave, le dernier film de Julia Ducournau.
   Le pitch : « Justine intègre l’école vétérinaire dans laquelle ses parents ont étudié et où ils se sont rencontrés. Là l’y attend sa sœur aînée. Normal de suivre la voie familiale, d’autant que dans cette famille-là, on est végétarien… »
   Sympa non ?!  Seulement voilà, il faut passer le cap du bizutage, la violence en groupe, les humiliations, subir les rites sexualisés des « vétérans » et « vénérables » élèves des classes supérieures… et avaler le rognon de lapin cru si on ne veut pas être mis au ban et échouer. Moins sympa, non ?!

   Et là, c’est le film choc : c’est à la fois une révélation qui est aussi une descente aux enfers. Et ce long-métrage de nous donner à réfléchir tour à tour aux droits des animaux (dixit Justine : « C’est pas pour ça qu’on veut faire véto ? », à la perte de l’innocence au passage à l’âge adulte, à la sexualité comme « forme de bestialité », à la politique sexuelle de la viande (cf. C. J. Adams), à la tradition, aux épizooties et à l’hérédité (atavisme culturel ou familial), …au carnisme comme marchepied à l’anthropophagie, ou pour reprendre les mots de Florence Burgat : « C’est donc en retour par le détour du cannibalisme, que le zoo-carnivorisme se donne véritablement à voir et à penser. (p.303 in L’humanité carnivore). Un film féministe qui plus est, qui donne moins dans la métaphore qu’il n’en a l’air, par exemple quant à la prédation, la consommation et la chasse… (cynégétique).
   L’esprit du film est proche de Dans ma peau de Marina De Van, et dans les références on pense à Carrie de Brian de Palma, ou aux thématiques épidermiques et « métamorphosistes » de David Cronenberg. Grave est un film esthétique de qualité avec une belle maîtrise photographique. Somme toute un classique du genre — car il correspond point par point avec le genre du drame horrifique auquel il appartient, et qu’il est déjà en soi un classique, ayant d’ailleurs été salué par la critique.
   L’interprétation, tant pour le premier rôle que pour les seconds est impeccable.
   Attention : il ne s’agit pas d’un film « vegan », et il s’avère dérangeant sur plusieurs plans, mais surtout du fait qu’il montre une réalité crue, comme l’utilisation d’animaux vivants ou morts pour des intérêts d’études et non pour eux-mêmes, enfin montrés dans leur fragilité au sein du système des hommes. On appréciera le végétarisme comme tentative de guérison d’un mal humain profond, ou encore le désir d’assimilation de chair non-humaine et/ ou humaine comme un trouble alimentaire (boulimie, anorexie).
   N’allez pas le voir, c’est un bon film.
   K&M
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