UN CHIEN DANS UN JEU DE QUILLES — LE STRIKE DE THOMAS LEPELTIER DANS « L’IMPOSTURE INTELLECTUELLE DES CARNIVORES »

STRIKE DE THOMAS LEPELTIER DANS « L’IMPOSTURE INTELLECTUELLE DES CARNIVORES »

 

 

« On critique sur la forme pour ne pas s’engager sur le fond. »
Thomas Lepeltier in L’imposture intellectuelle des carnivores, p.142

 

« Pour le plaisir […] de nourrir la croyance en notre supériorité ontologique. »
(Sur le fait de tuer les animaux)
In Souffrances animales et traditions humaines. Rompre le silence, p.42
« La viande heureuse et les cervelles miséricordieuses »
Enrique Utria

 

« Faites c’que j’dis ; ne faites pas c’que j’fais. »
Michel Onfray (non ? …si si.)

 

 

   On vous l’écrivait tout récemment, il nous a été donné l’occasion de lire le dernier pamphlet de Thomas Lepeltier un tantinet avant sa sortie. Le voilà aujourd’hui en vente dans toutes les bonnes librairies. Vous ne pourrez pas le louper : le choix de l’éditeur d’une couverture à la fois enfantine et claire comme de l’eau de roche dans le message qui sous-titre l’ouvrage attirera forcément votre regard ! « Tiens ! » se dit-on, « tout de même, un professeur comme lui avec une première de couv’ comme ça… ça fait pas sérieux, non ?! », et justement si. C’est à dire, ça ne pouvait pas mieux correspondre à cet exercice auquel se livre T. Lepeltier dans son bouquin.
   On ne va pas y passer la journée. Lepetier ayant dû tailler dans la masse de ses critiques à l’égard de toute une intelligentsia à la demande de sa maison d’édition Max Milo, ça se lit vite cette affaire. Mais alors, les enfants, quel florilège ! Voici toute une ribambelle d’adultes pris en flagrant-délit de gamineries. Et comme Thomas Lepeltier n’est pas un violent, le voici volant au secours de nos intellos-viandards telle Super Nanny expliquant à la marmaille — en leur parlant comme à des grands — que ce qu’ils viennent de faire ça n’est pas bien du tout, et pourquoi, et comment on peut arranger ça.
   Forts de leurs positions dans la société, nos premiers de la classe sont en réalité des cancres en morale, en éthique animale, et surtout de sacrés menteurs et hypocrites — insolents qu’on disait quand j’étais marmot — prêts à toutes les contorsions mentales, toutes les postures tarabiscotées pour qu’on les laisse à loisir mastiquer les chairs des animaux qu’on exploite, ou encore être des chantres des « traditions culturelles » comme la corrida. Comme le dit l’auteur de L’imposture intellectuelle des carnivores, les prises de positions de ces intellectuels visent clairement à critiquer ou empêcher, voire plus explicitement toute velléité de mettre un terme au massacre des animaux[1]. Et lorsque Lepeltier utilise le mot d’inepties[2] à l’égard des « « intellectuels » français », vraiment il n’est pas dans l’exagération. En revanche, il faut voir avec quelle emphase les franchouillards cerveaux défendent leur modèle, des idées qui d’ailleurs n’en sont pas, comme quand l’anthropologue et ethnologue Jean-Pierre Digard argue pour une « supériorité [de l’espèce humaine], résultat d’un processus d’évolution de vingt-cinq millions d’années… [p.23] » rejoint par le philosophe et humoriste Francis Wollf que le massacre de taureaux dans l’arène rend tout chose et qui s’offusquera que les loups parfois se nourrissent dans les troupeaux de moutons élevés par les humains sans se remettre en question quand il mange sa côtelette. Thomas Lepeltier reprend point par point les mots éhontés de nos grosses têtes et montre clairement en quoi ils (se) trompent : « Nous ne sommes pas des loups. Pourquoi donc continuer à massacrer des agneaux pour se nourrir ? [p.34] »
   Pour vous donner quelques exemples des effarants non-sens que formulent les « intellectuels », citons Raphaël Enthoven, qu’on ne présente plus, qui avance sans vergogne à la radio que les antispécistes sont des « hyperspécistes » et que selon lui : « La morale de l’info c’est que l’antispécisme est un anthropocentrisme. » Les défenseurs des animaux seraient dans la célébration de l’indifférenciation de l’homme et de l’animal[3]. En lisant le bouquin de Lepeltier, vous comprendrez — mais vous le savez déjà aussi vous pourrez donner à lire ce livre à votre entourage de mauvaise foi — combien comme il l’affirme la non préoccupation pour la libération animale c’est un humanisme qui ne trompe pas son monde en affirmant qu’il n’y a pas de cruauté dans la pêche, la chasse et les abattoirs[4].
   Vous en voulez encore du n’importe quoi ? Parce que les tronches françaises elles en ont à revendre ! On aura pu s’intéresser de près aux écrits, souvent touchants, de Dominique Lestel, praticien d’une « éthologie philosophique », jusqu’à ce que, sentant qu’on va lui demander d’arrêter la viande, il sorte le grand jeu. C’en est presque jouissif tellement c’est recherché : « La souffrance peut résulter d’une source de plaisir », cite Lepeltier, « le carnivore étant un animal qui prend beaucoup de plaisir à manger de la viande, l’empêcher de le faire revient à lui infliger une certaine souffrance.[5] » Pour Lestel, manger de la viande devient, de facto, un « devoir éthique ». On aura tout lu. Et dans la délirante continuité des travaux de Marcel Mauss (Essai sur le don en 1923) Dominque Lestel et Jocelyne Porcher font la paire lorsqu’ils mettent en avant une réalité qui n’a lieu que dans leurs esprits torturés, quand ils parlent de « dette infinie » et de « devoir éthique de la commémorer », ce à quoi Thomas Lepeltier demande d’où cela sort-il ? Selon J. Porcher les animaux nous doivent la vie (on les a fait naître) et ils en sont redevables par leur sacrifice après avoir travaillé avec nous. On croit voir Lepeltier manquer s’étouffer : Cette notion de travail est juste un subterfuge pour éviter de reconnaître que les animaux sont exploités. […] Vous décidez de faire un don à quelqu’un qui, dans certains contextes, peut se sentir obligé de faire un contre-don. Mais comment faire don de la vie puisque le bénéficiaire n’existe pas ? — où effectivement un Lestel se perd dans une mystique de la cruauté[6]
   De notre côté, nous avions aussi fait quelques réajustements quant aux drôles d’opinions de nos ubuesques penseurs. Avec Thomas Lepeltier nous sommes donc tombés sur les mêmes perles comme dans l’ineffable Nouvel ordre écologique de Luc Ferry (voir nos travaux) qui y va franchement dans la saillie drolatique quand il insiste sur le fait que…. Hitler était végétarien ! Ah ! et puis le kantisme suprême qui dit que l’Homme seul est un être de liberté, une merveille de kant-à-soi…. Est-il — on est en 1992 alors — à ce point ignorant des recherches en éthologie pour ne pas se rendre compte que des cultures animales existent aussi ?[7] demande T. Lepeltier. La réponse kierkegaardienne c’est : ou bien oui, ou bien fourbe le Scapin !
   Idem avec notre meilleur produit du terroir : Michel Onfray, le ver dans le fruit du beau travail de Méryl Pinque. Lepeltier n’en fait qu’une bouchée. Il n’aura visiblement même pas daigné s’attaquer à Cosmos (voir notre article), tellement il est vrai que le fondateur de l’Université populaire du (mauvais) goût pratique l’art de la contradiction dans sa retorse introduction à Bêtes humaines — Pour une révolution végane.
   Bref, la liste revue et corrigée par Thomas Lepeltier n’est sans doute pas exhaustive, mais elle révèle dans toute leur splendeur les plus belles arguties (ou idioties…) de ces gens qui, par leur influence, participent activement à ce qu’on perpétue l’exploitation des animaux et qu’en France on fasse l’autruche (pardon pour le spécisme à nos ami-e-s struthionidae).
   Avec ce petit travail de déconstruction du mal auquel s’est livré — probablement parfois comme un supplice — T. Lepeltier, vous serez paré-e-s pour montrer à tout le monde combien les Franz-Olivier Gisbert, Pierre Rabhi, Elisabeth de Fontenay et autres idéologues de la Nature et des animaux ne sont que des faux-semblants, de drôles d’hurluberlus plein de suffisance et qui, in fine, se fichent pas mal de la souffrance des animaux. Dans tous les cas de figures ils sont incohérents. Comme ajoute l’auteur à propos de R. Enthoven : « Il est quand même stupéfiant de voir un philosophe oublier que l’éthique ou la morale consiste à réfléchir à la légitimité d’actes que l’on peut commettre. [p.104] ».
   Dont acte.

 

   M.

 

   [1] L’imposture intellectuelle des carnivores, p.14.
   [2] Ibid., p.17.
   [3] Ibid., p.40.
   [4] Ibid., p.38.
   [5] Cf. p.48. Tiré de L’apologie du carnivore — 2011.
   [6] Ibid., pp.50, 52 et 55.
   [7] Ibid., p.69.
   Image « Intellectuels français? » tirée de cet article du Monde à propos du livre de Schlomo Sand (http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/14/le-crepuscule-des-intellectuels-francais_4882337_3232.html)
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