VIVA THE MONTREAL SCHOOL — GO VEGAN AVEC VALÉRY GIROUX & RENAN LARUE — DU QUE SAIS-JE ? N°4068 « LE VÉGANISME »

 

 GO VEGAN AVEC VALÉRY GIROUX & RENAN LARUE — DU QUE SAIS-JE ? « LE VÉGANISME »

 

(De Pythagore) « Le maître de Samos renonce également à prédire l’avenir en examinant les entrailles des victimes immolées. Mais puisqu’il ne souhaite pas renoncer à la divination, il élabore une mantique basée sur des calculs mathématiques. »
p.32 in Le végétarisme et ses ennemis, Renan Larue

 

 

(De la zoopolitique) « Le retard français a des raisons philosophique (l’humanisme métaphysique), culturelle (gastronomie, corrida) et politique (le poids des lobbies). »
pp.105-106 in L’éthique animale, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

 

 

 

 

   Du véganisme qui, en tant qu’engagement éthique et politique, occupe le plus clair de votre temps, vous pourriez vous poser la question suivante : « Que sais-je ? »
   Car en effet, si lire nombre d’ouvrages traitant de l’éthique animale, de l’éthologie, de la zoopolitique, de l’antispécisme et de la convergence des luttes, est éminemment instructif, donne à réfléchir et conforte dans votre position, il n’est pas toujours aisé de répondre de façon claire et concise à qui vous poserait la question : mais le véganisme c’est quoi ? C’est que finalement, pour répondre à « qu’est-ce que c’est que » il vaut mieux d’abord savoir pour soi ce qu’on en sait.
   On pourrait dire que le véganisme c’est un courant de pensée, un mode de vie privé et un mouvement social basé sur le refus de l’exploitation des animaux et s’arrêter là. C’est en effet bien suffisant mis en pratique pour être en adéquation avec sa pensée à l’adresse des animaux qui dans tant de domaines souffrent des traitements ignominieux qu’on leur inflige.
   Une autre réponse serait de dire que c’est le nom d’une idéologie proposant une nouvelle définition normative de nos rapports aux animaux en général, laquelle idéologie après avoir fait son entrée récemment dans les dictionnaires français (Larousse, Robert) se voit mise en lumière dans la prestigieuse et cocasse collection des Que sais-je ? aux Presses Universitaires de France.
   Ainsi cette collection se veut être une « question à toutes les réponses » :
   Que sais-je ? met à la portée de tous le savoir des meilleurs spécialistes, les analyses des penseurs qui comptent, le regard avisé des experts. Forte d’un catalogue de plus de 700 titres régulièrement mis à jour, traduite en 44 langues et diffusée à près de 200 millions d’exemplaires, la célèbre collection à la boussole constitue un outil irremplaçable pour comprendre le monde. En 128 pages et à 9 €, une promesse : obtenir des réponses en se posant des questions !
   En cherchant ce qu’il y a à savoir de plus sur Que sais-je ? on trouve que le nom de la collection s’inspire de la devise de Montaigne, que lui-même emprunte à Sextus Empiricus et qui traduit la modestie du savoir humain face à l’étendue infinie de l’objet du savoir. Considérée comme une des collections majeures de l’édition française, elle a été fondée en 1941 par Paul Angoulvent (1899-1976). Ses livres sont didactiques. Ils exposent l’essentiel d’un sujet particulier dans un format court. L’ancien conservateur au musée du Louvre formé à HEC, avait eu l’idée de réaliser cette collection pour pallier la restriction de papier durant la seconde guerre mondiale. Facile d’accès, peu onéreuse, prestigieuse et dans le même temps minimaliste, Que sais-je ? réussit le tour de force de tout vous faire comprendre d’un sujet en ne vous en disant que le fondamental — avec en prime un aspect critique et les meilleurs références sur la question. Comme tout ce qui a l’air simple, l’exercice ne doit être si aisé, et pourtant Valéry Giroux et Renan Larue, elle coordonnatrice du Centre de recherche en éthique (CRÉ) de Montréal, et lui professeur adjoint de français à l’Université de Santa Barbara, tous deux affilié-e-s à l’école de Montréal[1], s’y sont livrés avec, dirait-on, beaucoup de sérieux et de plaisir, à l’heure où le véganisme fait de plus en plus débat dans la société, et où il débat également fortement en son propre sein.
*
   Nous avons beaucoup apprécié le travail que V. Giroux et R. Larue pour qui il est évident que la condition animale ne laisse plus quiconque indifférent. « On commence à s’interroger à haute voix sur les fondements de cet asservissement, sur sa légitimité. » écrivent les auteur-e-s (p.6). Afin de faire le tour de la question et d’éclairer toutes les personnes désirant découvrir le véganisme, Valéry Giroux et Renan Larue on choisit d’écrire ce Que sais-je ? avec une approche empruntée à « la sociologie et à la science politique. »[2]. Et c’est plutôt réussi pour ce petit ouvrage extrêmement précis et concis qui, en n’ayant l’air de ne s’attaquer à la question que dans ses grandes largeurs fait bien plus, à sa manière, en devenant immédiatement un des instruments politique[s] au service de [la] libération[3] des animaux.
   Si vous êtes d’ores et déjà végane vous intéressera très certainement l’analyse pertinente que Giroux et Larue font de la situation à l’intérieur même du mouvement végane dans son ensemble, au sujet notamment des divergences militantes, activistes et, pour tout dire, politiques, qui l’animent. Malgré, en France comme dans le monde, les réticences de nombreux protagonistes économiques et politiques, il faut bien reconnaître avec les auteur-e-s de ce fascicule passionnant que bien entendu l’ordre carniste n’est pas menacé à court terme, car les gens aiment le goût de la viande, […] à cause ne serait-ce que de la force des habitudes, même si l’ hégémonie agroalimentaire s’effrite, [et] s’en alarme[4]. C’est sans aucun doute cette terrible pression de la finance industrielle agroalimentaire lobbyiste qui permet d’instaurer là-bas aux USA les « ag-ag-laws », véritables lois bâillons de l’agriculture[5] empêchant qu’on sorte des photos ou des films des abattoirs sauf à devoir à coup sûr passer plusieurs années en prison si l’on se fait prendre, d’autant que depuis 2006 a été promulgué le « Animal Enterprise Terrorism Act » (p.32). Pas étonnant par la suite qu’en France ces dernières années les professionnels du secteur agroalimentaire embauchent un expert en communication comme Jean-François Bianchi, lequel a établi après son enquête que les mouvements de protection animale constituent une menace et qu’une des stratégies à adopter pour les contrer serait de collaborer avec le courant welfariste[6]. Cela dit comme on a vu récemment à la télévision lors du passage de Tiphaine Lagarde dans une émission à grande audience, on peut compter en France sur le zèle de certain-e-s « intellectuel-le-s » pour « affirmer la singularité de l’ontologie humaine » comme le disent les auteur-e-s (p.33), on pense ici à Emmanuel Todd pour qui les animaux sont des êtres inférieurs du fait que leur exploitation est un des fondements de ce qui constitue l’Humanité dans sa supériorité. Bref, du grand n’importe quoi à l’instar d’autres penseurs fameux (Luc Ferry, Michel Onfray, etc., cf. L’imposture intellectuelle des carnivores de T. Lepeltier) qui atteste de ce « même souci de défendre l’idéologie carniste et le négoce qu’elle permet. » (p.37) chez des gens qui ne sont pas de ce sérail. Nous aurions beaucoup à gagner comme le résument très bien Valéry Giroux et Renan Larue, à cesser d’exploiter les animaux et à leur reconnaître des droits[7]. La situation est si grave qu’elle regarde au plus haut point aussi la santé publique[8]… mondiale !
   Ce serait trop en dire que d’en dire davantage sur ce petit livre très bien fichu. Cette édition n°4068 de la collection Que sais-je ? aux PUF s’inscrit exactement dans ce qu’elle décrit comme des gestes « quotidiens » qui transgressent les normes sociales en vigueur et sont accomplis dans le but de les changer [devant] être compris comme une manière de militer[9]. Nous soulignons quotidiens parce qu’au même titre que pour d’autres ne plus manger les animaux, participer à des marches, distribuer des tracts ou dialoguer avec les gens pour faire connaître l’éthique du véganisme, avoir écrit ce numéro fait partie, pour ses auteur-e-s, de leurs activités militantes quotidiennes et parfois (ou souvent) professionnelles en faveur des animaux. Au joli mot que V. Giroux et R. Larue utilisent pour qualifier le véganisme de « vertu préfigurative » (p.107), nous voulons ajouter que tout acte de ce mouvement social[10] est performatif car, Valéry Giroux et Renan Larue ont raison : « Toutes les actions permettant de normaliser ce qui semblent hétérodoxe ou bizarre jouent en général un rôle capital dans le succès des revendications sociales. » (p108) Ne l’oublions pas. Concentrons-nous autour de ce qui nous rassemble.
   Complétons-nous.
   Libérons-les.

 

M.

 

Ce soir les auteur-es sont en conférences pour Vegan Folie’s à Paris

 

Quelques extraits de ce n°4068

 

Nous vous conseillons deux livre dont un Que sais-je ? tirés de notre veganothèque :

 

L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer                                                                                                 Voici une petit livre (moins de 150 pages) qui relate avec précision et concision les tenants et aboutissants de l’éthique animale moderne. Un ouvrage des plus vifs à lire.

 

Qu’est-ce que l’animalité ? de Jean-Yves Goffi                                                                                                                       Ce livre est extrêmement concis et parvient en une centaine de pages, à nous montrer clairement les enjeux de la question de l’animalité et de notre rapport à son égard. Et plus largement, J.-Y. Goffi nous informe et réfléchit à la philosophie de l’environnement, intimement liée à celle de l’éthique animale, au-delà de Descartes et Mill, auprès de penseurs anglo-saxons de tradition analytique comme Sagoff, Rolston III en passant par l’utilitarisme benthamien et singerien, jusqu’à la notion très américaine, avant-gardiste et néo-romantique de la wilderness. (* ce dernier n’est d’ailleurs pas un Que sais-je ? mais le format y ressemble fort.)

 

 

   [1] Font partie de cette « école » par exemple Elise Desaulniers, Frédéric Côté-Boudreau et Martin Gibert.
   [2] p.7 in Le véganisme.
   [3] Ibid., p.8.
   [4] Ibid., p.8.
   [5] Ibid., p31.
   [6] Ibid., p26.
   [7] « En éthique animale, le droit de ne pas subir de douleur, celui de ne pas être tué et celui, enfin, de ne pas être privé de liberté font l’objet des plus nombreuses discussions parce qu’ils sont considérés comme les plus fondamentaux. » lit-on page 64. Sur cette thématique, on sera intéressé par les travaux de S. M. Wise ou en France par ceux de D. Chauvet.
   [8] Cf. p.87 : « Les nourritures d’origine animale causent tant de maladies que leur abandon  ferait en outre économiser à terme entre 10 000 et 31 000 dollars américains par an. » (d’après une étude de 2016).
   [9] Ibid., p.107.
   [10] Ibid., p.109.
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