L’INSOUTENABLE LÉGÈRETE D’ÊTRE LIBRE POUR LES ANIMAUX — BRÈVE PENSÉE D’APRÈS LECTURE DE « LA RÉVOLUTION ANTISPÉCISTE » AUX PUF — SENTIENTISME

L’INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ D’ÊTRE LIBRE POUR LES ANIMAUX — D’APRÈS LECTURE DE « LA RÉVOLUTION ANTISPÉCISTE » AUX PUF

 

 

« Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. »
p 421 in L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera (Gallimard, 1984)

 

« […] n’aurions-nous pas quelque part un devoir de justice envers ces milliards d’êtres qui peuplent l’univers avec nous ? »
Renan Larue, p.10 in « Introduction » à La Révolution Antispéciste

 

«  Les changements visés ont un coût faible pour la plupart des humains tout en épargnant une somme de malheur considérable aux bêtes […] »
Estiva Reus, ibid., p.250

 

« Antispéciste ne baisse pas les bras !
Quand tu repenses à tous ces sévices… »
« Antispéciste » par Kreezy R, d’après Antisocial de Trust

 

 

 

   Étant donné que l’ouvrage collectif intitulé La Révolution Antipéciste — édité aux Presses Universitaires de France s’il vous plait ! et dirigé par Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler est un recueil de textes choisis parmi les publications des célèbres Cahiers Antispécistes, ne comptez pas sur nous pour vous raconter le bouquin par le détail. Et puis quoi ? Ce n’est pas comme si vous ne saviez pas que le mot de spécisme a été inventé en 1970 par Richard Ryder par analogie avec les termes racisme et sexisme[1]. Pas non plus comme si vous ignoriez que l’Humanisme et l’idée de Nature sont battues en brèche par l’antispécisme[2].
   L’humeur est plus à la confidence, vous toucher deux mots sur comment l’on se sent en ce moment. Après tout, on parle souvent ici de faits et de concepts, parfois de chiffres, on relate des événements, mais il est bien rare qu’on vous décrive ce qu’on ressent et ce que cela nous inspire.

   Le temps passant, et à force de beaucoup de lectures fort instructives, nous nous sommes rendu compte que nous sommes devenu-e-s véganes parce qu’au fond de nous, nous avions toujours été antispécistes. On en parlait encore entre nous l’autre jour et c’est clair que certaines situations nous ont toujours déplu. Comme l’ami qui consommait de l’aileron de requin au restaurant chinois, le frangin racontant, hilare, comment un pote à lui avait pissé sur des chèvres depuis une cabane dans les arbres, ou lorsqu’en bas de chez nous un chien en attaquait brutalement un autre et que le « maître » ne maîtrisait plus… il est bien évident que tout ce qui arrive aux animaux, hormis les faits de « nature » et que Thomas Lepeltier ne manque pas de proposer de gérer autant que faire se peut et avec précautions dans son texte sur la prédation, sont dus à « la désunion des êtres humains, [à] leur spécisme et leur incompétence », comme a écrit David Olivier[3]. Ainsi donc nous pouvons être satisfait-e-s d’avoir enfin et bien assez tardivement accordé nos vies en actes à notre intuition primale. Il nous avait manqué jusqu’ici de savoir de quoi retournait l’exploitation des animaux et qu’on nous avait cachée — pas forcément délibérément mais comme si tout cela était dans l’ordre des choses, que c’était naturel. Mais depuis que nous ne participons plus à l’asservissement animal, nous éprouvons — pour nous-mêmes — un sentiment de libération que nous ne pouvons que souhaiter aux autres, animaux non-humains et humains.
   Qu’on n’aille pas croire qu’on a de facto un sentiment de supériorité à l’encontre des autres humain-e-s usant encore massivement, confortablement et aveuglément des profits du spécisme. L’antispécisme peut être perçu comme un néo-existentialisme (du point de vue humain et personnel) en ce qu’il renouvelle le genre intropathique et la quête de sens en passant par les autres vivants. Pas par enfantine sensiblerie (encore que quoi de critiquable là-dedans ?) mais bel et bien par une pleine connaissance factuelle en biologie, en physique, dans les relations complexes entre les êtres et qui, clairement, en faisant la lumière sur ce qu’on croyait seulement être vrai (normé) suggèrent de revoir entièrement ou presque nos représentations anthropocentristes, n’en déplaise à Luc Ferry ou Emmanuel Todd pour qui une certaine vision (version) de la réalité (arrangée) s’érige en vérité absolue avec au milieu des êtres et des choses du monde : la primauté ontologique de l’être humain que gonfle d’orgueil la fable du progrès. Comme dit si justement David Olivier : […] c’est contre les autres animaux qu’ils veulent fonder l’égalité humaine[4].
   C’est vrai qu’on ne peut pas se figurer[5] aisément comment les autres (humain-e-s et encore plus non-humain-e-s) perçoivent, ressentent, pensent… mais est-ce une raison pour les asservir, les torturer, les massacrer ?
   Alors ce n’est pas tout que d’avoir bonne conscience en cessant d’opprimer directement ou indirectement les animaux, et par voie de conséquence comprendre à quel point les discriminations (racisme, sexisme, agisme, etc.) sont imbriquées dans un même maillage socio-économico-culturel complexe. Laquelle conscience, effectivement, fonde l’éthique[6] comme dit Pierre Sigler. Cette conscience n’est autre qu’une version humaine d’une sentience très répandue et diversifiée, relative à l’adaptation des étant-vivants dans leurs milieux. Il est de notre devoir — de justice — de faire savoir ce que nous savons et d’essayer, hors esprit de prosélytisme mais par simple partage de ce qui est vrai (le plus proche de la réalité brute), de transmettre lucidité (y voir clair en conscience) et goût pour l’éthique, comme aujourd’hui l’éthologie aide à déployer plus de considération morale à l’endroit des animaux qui subissent le pire de la part d’une société humaine organisée contre eux[7].
   Notre humeur actuelle est à la fois au plaisir d’être des libérateurs, même si cela est circonscrit au champ limite de nos choix et actions individuels, et à la frustration terrible de ne pouvoir en faire assez, sentiment nauséeux que connaissent bien les militant-e-s antispécistes et d’autant plus fort que leur implication s’accroit, se spécialise, se durcit. Mais aujourd’hui vient de paraître un livre important, emblème de la belle pensée intellectuelle antispéciste née il y a environ trente ans et dont les instigatrices/teurs premier-e-s peuvent être fièr-e-s.
   Ni la « Nature » ni les espèces n’existent telles que dans l’acception ayant cours jusqu’à nos jours. L’antispécisme est rénovateur en tout. Il renverse les valeurs en effet. Mais c’est qu’il remet en vérité à l’endroit tout un monde qui jusque-là marchait sur la tête. Immense est la tâche qu’il reste à accomplir et lourde est sa gravité, mais les antispécistes sont d’une force herculéenne. Elles et ils nous ont libéré définitivement, c’est-à-dire qu’ils/elles ont su orienter notre disponibilité[8] vers une cause juste avec le panache du cœur et la rigueur de la plus pure rationalité. Elles et ils iront — et nous avec eux — au bout de ces travaux pour les vivants, comme on va avec détermination et entrain au bout d’un excellent recueil de textes fort bien choisis. Un grand merci à leurs auteur-e-s.
   La Révolution Antispéciste appelle, à notre sens, la publication d’une anthologie plus importante des écrits antispécistes francophones. En attendant lisez ce livre, il est formidable.

 

K&M

 

 

 

   [1] p.13 in La Révolution Antispéciste.
   [2] « Ces idéologies, précise Renan Larue dans son introduction, fondées sur une métaphysique essentialiste, servent en effet de justification aux pratiques spécistes. » (p.20)
   [3] Ibid. p.20.
   [4] Ibid., p.28. Ce à quoi l’auteur de « Qu’est-ce que le spécisme ? » ajoute que : « […]la société elle-même se définit contre les animaux non humains, et la promotion sociale comme une preuve d’humanitude. » (p.41)
   [5] Voir p.109 à propos des limites de la mentalisation : « […] difficultés à adopter le point de vue des autres animaux, à leur poser les bonnes questions, celles qui ont du sens pour eux. »
   [6] Cf. p.76 et : « La conscience est ancienne. Elle est apparue au Cambrien et a évolué dans au moins trois groupes phylogénétiques : les vertébrés, les arthropodes et les céphalopodes (et vraisemblablement chez les gastéropodes). »
   [7] Ce que dit Pierre Sigler (cf. p.117 et p.215)
   [8] Il faut probablement être un peu libre (libéré de soi-même, d’où la liaison avec l’existentialisme) pour se tourner vers la cause animale, en tout cas pour bon nombre d’entre nous. On y reviendra peut-être ailleurs.

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