GARENNES DE PROUST — CE TRÈS GRAND ROMAN QU’EST « WATERSHIP DOWN » DE RICHARD ADAMS & « THE FALL OF EFRAFA » — CONCEPT ALBUM SUBLIME DE CRUST PUNK DES WARREN OF SNARES

GARENNES DE PROUST — « WATERSHIP DOWN » DE RICHARD ADAMS & « THE FALL OF EFRAFA » — DES WARREN OF SNARES

 

 

« Les hommes, eux, ne s’arrêteront pas avant d’avoir détruit la Terre et éradiqué les animaux. »
p.186 in Watership Down, Richard Adams, 1972

 

 

« I am legion for we are many. »
« Warren of Snares » in the album Inlé (2009) — Fall of Efrafa

 

 

WATERSHIP DOWN
   Si vous nous demandiez quel roman avec des animaux nous vous conseillerions bien volontiers nous vous donnerions plusieurs titres d’auteurs tels Clifford D. Simak, Jack London, Pierre Boule ou Robert Merle, Marcel Aymé ou Alice Ferney, William Kotzwinkle ou Selma Lagerlöf, Jean-Baptiste de Panafieu ou Félix Salten… ou bien encore vous parler d’un roman de 1972 que nous avons découvert avec enchantement tout récemment : Watership Down de l’écrivain anglais Richard Adams.

   Il paraît que bien qu’il fut publié en français dans les années 70, ce roman n’a pas connu ici tout le succès rencontré outre-manche et atlantique, et ailleurs. Et pourtant quelle histoire, quelle aventure sorties tout droit d’une belle imagination ! Imaginez… : dans une garenne — une colonie de lapins — promise à la destruction à cause des activités humaines, tout un groupe de lapins emmenés par Hazel et le précognitif Fyveer va devoir apprendre à déjouer les dangers au-delà de leur territoire d’origine, jusqu’à la nécessité d’affronter le terrible royaume dictatorial appelé Effrafa[1].
   Ce roman est un grand livre épique. Une épopée animalière basée sur les véritables mœurs des lapins, un miroir bien sûr tourné vers notre humanité et ses caractères, dans un style tenant à la fois du conte fabuleux — donc merveilleux et horrifique — et des péripéties homériques autant que du roman moderne initiatique très classique. Dès les premières lignes, pour ne pas dire instantanément, on est pris dans cette histoire à haute valeur mythologique, éthologique et existentielle comme si on l’avait toujours connue, bien qu’on veuille la découvrir car on devine à la fois où l’on va mais on veut tout de même, non pas tant le savoir qu’en faire l’expérience. On s’attache énormément aux personnages. On habite avec eux la garenne. On s’enfuit avec eux à travers plaines, collines, rivières et forêts, au bord des routes goudronnées, au bord des maisons des hommes avec le chien qui veille… ce roman est violent comme la Nature, comme les hommes, comme la vie sociale des lapins. Mais il est aussi véritablement très beau.
   Roman à terriers et à tiroirs, Watership Down ne fait pas l’impasse de récits légendaires chez les lapins (Shraavilshâ et Primsaut) à l’instar des humains d’antan au coin du feu. Ainsi se forge une armature de l’originel depuis la nuit des temps de l’espèce, et ce jusqu’aux confins ténébreux d’aller à la rencontre du terrifiant et attirant Lapin Noir d’Inlé. On y court avec Dandelion et l’on y combat avec Bigwig, le floussflou costaud au cœur tendre de la Hourda. On y va farfaller aux côtés de Rasel, de Blakavar, de Pypkin et Silvère, et des autres. Il y a tout un petit lexique propre aux lapins de ces garennes-là de par Watership Down et, par Krik ! — c’est très agréable ; tout comme les nombreuses citations littéraires qui ouvrent chacun des chapitres.
   Quelques mots sur Richard Adams (1920-2016), l’auteur de ce roman qui a le pouvoir de vous ramener du bon côté de l’enfance.
   Après ses études à Oxford puis la seconde guerre mondiale, il est diplômé d’Histoire (1948). Il rentre au Gouvernement en tant que bras droit du ministre de l’environnement. Il parvient d’ailleurs à faire signer une loi qu’il a écrite contre la pollution de l’air en 1968. Défenseur de la nature et des animaux, il s’est longtemps battu pour ces causes. Ce sont ses filles à qui il aimait raconter des histoires, qui l’ont encouragé à écrire celle de Watership Down. Son manuscrit fut achevé au bout de dix-huit mois. Il a 54 ans lorsqu’il connaît le succès avec ce roman qui n’était ni vraiment pour les enfants et n’avait pas l’air d’être pour les adultes uniquement. Il s’en est vendu en Angleterre 1 million d’exemplaires et aujourd’hui, traduit dans 50 langues, c’est plus de 50 millions de lectrices et lecteurs que Watership Down aura émerveillé-e-s.
   D’autres romans d’Adams ont vu le jour comme Shardik, l’histoire d’un ours géant qui se prend pour Dieu, ou bien The Plague Dogs (Les Chiens de la peste), où les protagonistes découvrent que la vie en dehors du laboratoire d’expérimentations où ils « vivaient » est elle aussi très cruelle. En 1996, Richard Adams a écrit 19 nouvelles, Tales of Watership Down (Les Contes de Watership Down) venues compléter ce bel univers.
                                                                                                                                                                                                                                                               En 1978, Martin Rosen réalisa un dessin animé, La folle escapade en français, d’après le roman de Richard Adams.

 

 

 

FALL OF EFRAFA
    De très nombreuses représentations ont été créées par les amateurs et amatrices passionné-e-s de Watership Down, énormément d’illustrations.
                                                                                                       C’est en effectuant ses recherches pour l’épisode 4 de notre série BestiArt sur le lapin, que K. est tombée sur le groupe Fall of Efrafa (Alex Bradshaw, Neil Kingsbury, Steven McCusker, George Miles, Michael Douglas), un groupe de néo-crust punk, post-hardcore, sludge-metal et mélodique (ambiant) ayant composé et enregistré ce qui est devenu la trilogie The Warren of Snares (la garenne [au sens de dédale] aux pièges). Si c’est bien Watership Down et la biographie de Richard Adams qui nous ont conduits à écouter ce groupe, ce triptyque-concept–album que forment Owsla (2006), Elil (2007) et Inlé (2009) est absolument remarquable. On y oscille entre arpégés ou lignes de violoncelle ou piano pleines de spleen — presque « rustiques » au sens d’un folk mélodique, et des riffs puissants, entraînants, assez hypnotiques tant les phrasés musicaux sont développés autour d’une trame leitmotive assez simple mais entêtante, avec cette voix très death metal ou plus encore grindcore mais très lyrique et pleine d’émotion, dont le récit est calqué sur l’histoire du roman d’Adams. À noter que Fall of Efrafa est un groupe végane.
   En fait, comme pour le roman, cette musique s’est directement logée au cœur de mon cerveau pour ne plus en sortir, me rappelant parfois, c’est vrai, certains passages émouvants comme dans le concept-album The Crimson Idol de Wasp (1992), mais c’est aussi un objet qui s’écoute et se ressent à la manière de The Wall des Pink Floyds (1981). J’ai même retrouvé dans un riff insistant quelque accent à la Creeping Death de Metalloche. Les visuels élaborés pour les albums appartiennent à la fois tout à fait aux codes de ce genre musical et évoquent parfaitement tout un imaginaire possible issu de Watership Down.
   Bref, ne tombant pas souvent « amoureux » en musique — les dernières fois : Shannon Wright[2], Marin Marais[3], Jeff Buckley[4] […] — là on peut dire que c’est le cas. Et comme cette musique accompagne idéalement la lecture de ce formidable roman, j’ai souhaité — vous — en faire part, du roman et de la trilogie méga-album, des grands mots et du gros son…
 …de la chute d’Effrafa quelque part parmi une myriade de garennes, du côté de Watership Down.

 

 

M&K.

Lire un long extrait de Watership Down

 

 

 

Storyboard de The Warren of Snares
Owsla
1 – 0:00 Intro
2 – 0:58 Pity the Weak
3 – 7:16 Soul to Bare
4 – 11:34 Lamenth
5 – 13:23 Last But Not Least
6 – 24:04 The Fall of Efrafa
7 – 38:56 No Longer Human
Elil
1 – 50:59 Beyond the Veil
2 – 1:11:31 Dominion Theology
3 – 1:31:58 For El Ahrairah To Cry
Inlé
1 – 1:54:05 Simulacrum
2 – 2:00:05 Fu Inle
3 – 2:10:37 Republic of Heaven
4 – 2:25:08 The Burial
5 – 2:36:56 Woundwort
6 – 2:53:40 The Sky Suspended
7 – 2:56:19 The Warren of Snares
   [1] En anglais Efrafa a deux f tandis que la traduction française en comporte trois (Effrafa).
   [2] L’album Over the Sun (2004)
   [3] D’après le film Tous les matins du monde vu en 1997 — et la musique baroque en général, celles de Monsieur de Sainte-Colombe ou Bach.
   [4] L’album Grace entendu pour la première fois en 1996.

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