« RÉVOLUTION VÉGANE. INVENTER UN AUTRE MONDE » D’ÉLODIE VIEILLE BLANCHARD, OU LA NÉCESSITE DU CHANGEMENT POUR CONSTANCE — 3615 CODE EVB

« RÉVOLUTION VÉGANE. INVENTER UN AUTRE MONDE » D’ÉLODIE VIEILLE BLANCHARD

 

« L’animal ne revendique pas politiquement son existence, ce qui ne signifie pas qu’il n’a pas d’individualité, ni que cette existence n’a pas d’égale valeur intrinsèque. »
p.27 in Bêtes humaines ? pour une révolution végane — dirigé par Méryl Pinque (2015)

 

« L’hédonisme consiste à goûter l’existence en communiquant avec autrui grâce à ses sensations les plus archaïques et les plus complexes. Il est donc inséparable du respect que l’on a de soi, des autres et de l’environnement. »
p.63 in Les Nourritures — Corine Pelluchon (2015)

 

« Comment justifier la discrimination entre les êtres humains et les autres animaux au regard de la reconnaissance de l’intérêt à ne pas souffrir des individus et de l’attribution du droit de ne pas être torturer qui en découle ?
pp.106-107 in Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles — Valéry Giroux (2017)

 

 

   Au cas où vous ne le sauriez pas, sort aux éditions Dunod le 19 septembre prochain un livre écrit par Élodie Vieille Blanchard, la présidente de l’Association Végétarienne de France depuis 2013. Un livre qui, fort de l’expérience de son auteure et des faits qu’elle a pris soin d’y analyser et d’y compiler, dresse le constat d’une certaine urgence sans toutefois tomber dans le catastrophisme, en substituant aux cris d’orfraie (pardon aux rapaces piscivores qui n’y sont pour rien) et aux disputes internes au vaste mouvement de libération animale, un esprit pragmatique (pour ne pas dire scientifique) dans un langage accessible à tout-e-s, qui vient s’ajouter à une liste croissante d’ouvrages zoopolitiques engagés parus ces dernières années, et qui prend le parti de montrer les interconnexions, chiffres à l’appui, entre la nécessité d’appliquer l’éthique animale à un raisonnement écologique contemporain qui tarde à se renouveler en n’intégrant pas l’éthique en question et les enjeux sociétaux et civilisationnels humains d’aujourd’hui et à venir. Élodie Vieille Blanchard signe un livre lucide et bienveillant proposant une révolution de l’esprit pour tout le bien commun.

   Un essai constructif donc, que cette Révolution végane. Un livre que nous confierions bien aux contempteurs des animaux en tous genres. Si les antispécistes et les véganes les plus aguerri-e-s n’ont pas forcément beaucoup à y apprendre, quoi que, ce pourrait être une bonne idée qu’iels l’offrissent à leur entourage qu’il reste encore à convaincre. Le ton sans reproche employé par Élodie Vieille Blanchard devrait bien parvenir à séduire les personnes qui ont besoin d’être accompagné-e-s mais qui ne souffriraient pas qu’on les prenne trop frontalement et se détourneraient de l’animalisme en général parce que froissé-e-s. On retrouve bien l’état d’esprit de l’AVF dans le livre d’EVB. Celui consistant à prendre le temps d’expliquer, à rester zen malgré l’affliction qu’on peut ressentir à propos de ce qui est fait aux animaux et que, par voie de conséquence, l’on fait de manière détournée à notre humanité.
(Vue du Yosemite – Ansel Adams)
   Comme l’écrit Élodie Vieille Blanchard, aujourd’hui les motivations du véganisme ne sont plus l’hygiénisme, ni le souci de faire des économies, mais principalement l’éthique animale, la santé, et l’écologie[1]. Il s’agit de montrer que le véganisme n’est pas quelque chose ayant trait à un effet de mode, mais bel et bien qu’il appartient à une prise de conscience de la fragilité du monde et des êtres qui le constituent et qui sont — très potentiellement — en péril dans l’usage que notre espèce en fait. Le véganisme existe en regard de la condition animale qui elle-même n’est pas séparable, in fine, des questions de société et d’écologie. En cela, l’auteure parle du « caractère hybride du véganisme », dans lequel les personnes qui s’engagent le font pour « […] participer à la constitution d’une masse critique, nécessairement contestataire de l’ordre établi […] » (p.42) De prime abord et pour tout ce que cela comprend, c’est un acte collectif qui vise à infléchir la consommation, et donc la production de produits animaux à l’échelle de la société[2]. Et Vieille Blanchard d’étayer son propos par de nombreux exemples et sources vérifiés.
   Plus loin, c’est en citant l’universitaire, journaliste et militant écologiste Georges Monbiot, qu’EVB argumente en faveur de la restauration et la gestion de ces forêts, contribuant par là même à la création d’emploi dans un nouveau secteur, puisque les fonds publics actuellement consacrés au maintien de l’élevage pourraient tout à fait y être affectés[3]. L’un des raisonnements principaux développés par Élodie Vieille Blanchard, tient en ce qu’il nous faudrait, tant individuellement que collectivement, faire correspondre notre comportement à notre attitude[4]. Car enfin, demande-t-elle : « Comment vouloir refuser le changement ? » (p.77) — s’il est en effet profitable à tou-te-s ?
   Révolution végane. Inventer un autre monde, n’est pas un livre utopiste. C’est plutôt un livre fataliste dans le sens de réaliste. L’auteure n’y promet pas le grand soir végane, mais argumente sur plusieurs plans en faveur d’une restauration des équilibres naturels et du respect du vivant tels qu’ils sont nécessaires les uns aux autres. Quand, comme le dit Yves Bonnardel que cite Élodie, « Les animaux tentent de résister aux mauvais traitements qui leur sont infligés, mais ils n’ont bien évidemment pas la capacité de s’exprimer ou de s’organiser comme peuvent le faire des esclaves humains. » (p.180), il faut bien que quelqu’un le fasse pour eux. Loin des plus hardies propositions en faveur de l’élimination de la souffrance animale dans la nature sauvage, loin des querelles intestines à la cause, elle propose de commencer par un changement de paradigme possible immédiatement ou presque, comme par exemple en élaborant la reconversion des éleveurs en cessant que les états versent tant de subventions à l’élevage, et en entamant une véritable et grande transition agricole (cf. p.192). Ceci ne se fera pas sans difficultés tellement les lobbies intéressés par l’exploitation animale ou celle des ressources naturelles, parviennent aussi bien à bloquer des lois visant à limiter la souffrance animale (comme le contrôle vidéo dans les abattoirs) qu’à instaurer des lois empêchant le développement d’alternatives végétales aux produits animaux […][5]. Plus que jamais, le mouvement de libération animale doit se montrer soudé, convaincant, tolérant sans rien lâcher, il doit accompagner, être force de proposition sociétale, donner l’exemple, rester positif.
   Après les premiers temps de l’émotion pure avec le dévoilement d’images choc ces dernières années comme en France avec L214, Élodie Vieille Blanchard, avec beaucoup d’humilité, livre ici un gros travail d’enquête, un texte qui parle à la raison à partir d’éléments très factuels qui, malgré la subjectivité de son point de vue (son engagement personnel) s’avère être très objectif. Au lieu de chercher à sublimer le caractère tragique de l’existence et notre finitude par le sacrifice animal (et par là même, du monde), elle propose d’embrasser ensemble cette vérité que, si tout est évolution, alors un autre monde est possible, et de voir dans la notion bouddhiste de l’impermanence, une attitude à adopter pour résoudre ensemble nos travers et nos problèmes, pour un beau vivre en commun. Aux côtés d’Élodie Vieille Blanchard après la publication de L’animal est-il un homme comme les autres ? Les droits des animaux en question d’Aurélien Baraud et Louis Schweitzer, les éditions Dunod placent la barre plus haut en publiant cet essai ambitieux et bienveillant qui démontre, puisqu’il est encore besoin de le démontrer, que le véganisme est une philosophie providentielle et salvatrice non seulement pour les animaux, mais également pour les humains.
   On a failli oublier : surtout pas d’inquiétude. Si on arrête l’élevage, comme dit EVB, on ne sera pas plus envahi-e-s par les animaux que lorsqu’on a cessé de fabriquer des minitels !  Excellent !!!!!!!!!

 

K&M

 

(Hachiko’s garden – Danehy Park Dog)

 

Présentation vidéo de son livre par Élodie Vieille Blanchard

 

 

   [1] Révolution végane… p.42.
   [2] Ibid.
   [3] Ibid., p.167.
   [4] « […] il est fondamental de comprendre la différence entre attitude et comportement. L’attitude, c’est notre positionnement par rapport au monde, ce qui nous semble souhaitable ou au contraire inacceptable. » (p.174)
                  [5] Ibid., p.190.

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