QUAND LES ANIMAUX FONT LEUR RENTRÉE AU RAYON DJEUNS

— QUAND LES ANIMAUX FONT LEUR RENTRÉE AU RAYON DJEUNS —
   J’aime traîner mes pénates dans les rayons jeunesse.

   Il faut dire que depuis le début du millénaire, le genre s’est vraiment étoffé, enrichi. Longtemps nourrie de bibliothèques roses et vertes, d’albums du Père Castor, la jeunesse d’aujourd’hui se voit offrir pléthore d’ouvrages illustrés de très grande qualité, de documentaires au spectre thématique très large mais aussi au plus près des questions sociétales contemporaines, des romans tout aussi fabuleux et des recueils d’un genre malheureusement délaissé par le lectorat mais essentiel : de poésie. Alors après je ne prétends pas que tout est bon (pour preuve les publications soutenues pas Interbev qui sont en toute objectivité d’un style  complètement has been), mais quand on peut découvrir Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire de Lemony Snicket, la Frida de Benjamin Lacombe, les docs de la collection « Jamais trop tôt » aux éditions La Ville Brûle ou encore les poèmes de David Dumortier, on a tout simplement de la chance. De plus, il est bon de rappeler que tout ce savoir et cette évasion sont gratuitement accessibles dans les bibliothèques de France. Ça aussi c’est une chance, une chance dont on bénéficie encore aujourd’hui dans « notre » pays. Comme dit l’autre : « pourvu que ça dure »…
   Bon ; me voilà donc arrivée avec mes gros sabots pour mettre en lumière deux parutions toutes fraîches « coup de cœur » (ou peut-être « coup de poing » ?)… de … suspens… littérature jeunesse ! Heureusement, il y en a deux qui suivent ! En tout cas, des publications qui ne seront certainement pas un coup d’épée dans l’eau pour les animaux.
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   « LES DROITS DES ANIMAUX ÇA ME CONCERNE » de Florence Pinaud, illustré par Amélie Fontaine et publié aux éditions Actes Sud Junior est un album dont la lecture est à conseiller à partir de 9 ans.
   Il ne s’agit pas vraiment d’une nouveauté, mais d’une réactualisation d’un ouvrage paru en 2013 sous le titre Respecter les animaux à petits pas. Cette réédition a été soutenue par l’association L214 et on comprend bien pourquoi… La cause animale a une actualité brûlante, il était donc nécessaire que cet ouvrage épuisé puisse de nouveau garnir les étagères des libraires.
   Dans ce livre sont abordés tous les aspects de nos rapports aux animaux depuis que l’Homme est Homme (mais Animal quand même, hein ?) : historiques, culturels ou encore philosophiques, et mis en lumière au travers des découvertes scientifiques en éthologie. C’est une réalité : comme nous, les animaux ont des besoins vitaux, aspirent au bien-être, jouent, ont de véritables rapports sociaux, s’organisent, ont conscience d’eux-mêmes et le pendant négatif de tout cela c’est qu’ils souffrent. Il est donc grand temps de repenser notre histoire commune, d’autant que comme le rappelle l’auteure, d’autres, il y a déjà des siècles de cela, n’ont pas attendu ces découvertes pour défendre nos alter-égo animaux. Un magnifique album illustré (bravo à Amélie Fontaine pour ses dessins très colorés, très graphiques, il y a beaucoup à lire aussi dans ses images-là) qui emmènera les jeunes lecteurs sur le terrain de l’empathie, du respect et de la justice. Un bel outil pédagogique pour les enseignants également, qui fait se côtoyer la grande Histoire avec celle d’individus remarquables (ne le sont-ils pas tous ?) comme Nigel, l’oiseau amoureux d’une statue.
   Seul hic : a été oublié de modifier que désormais la France a son Parti Animaliste. Ça n’enlève en rien à la qualité de cette publication, mais c’est quand même dommage…
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   « POILUS — 10 RÉCITS D’ANIMAUX PENDANT LA GRANDE GUERRE » est un recueil de nouvelles d’un collectif d’auteurs édité chez Thierry Magnier
   « […] mule, cheval, bœuf, homme, la guerre ne fait pas de distinction. Elle abîme les uns et les autres. Et pourtant, nulle part ailleurs dans le monde, les mules ne déclarent la guerre à d’autres mules. Aucune de ces bêtes, fût-elle la reine des mules, n’envoie ses semblables à la boucherie pendant qu’elle se tient bien au chaud dans l’étable, comme un empereur sur son trône. Non, Madeleine sait bien la méchanceté qui n’appartient qu’aux hommes. »
   Cet extrait est tiré de la nouvelle Vieux Poilu de Stéphane Servant. Elle donne le ton de ce recueil de textes d’une très grande qualité. L’exercice de la nouvelle n’étant déjà pas facile en soi, réussir avec des plumes différentes, à obtenir une telle  cohérence de bout en bout est très appréciable : les auteurs ont très bien travaillé. On y croise des histoires de chien, de rat, de vache, de pigeon…, des fictions ? Oui et non, car ces récits sont le fruit de documentations et s’inspirent parfois de personnalités animales qui ont, elles, eu la chance de ne pas tomber dans l’oubli comme « Cher Ami » (évoqué aussi dans le livre de Florence Pinaud), le pigeon voyageur qui a sauvé 194 vies, ou le renard mascotte de la Royal Air Force.
   Un travail d’écriture qui fait complètement écho au travail d’Éric Baratay, et qui nous rappelle que dans cette guerre abjecte, les soldats ont eu besoin des animaux, de leurs caresses, de leur innocence, pour se souvenir de leur humanité. Je vous conseille vivement cette lecture (lectorat à partir de 13 ans et bien plus encore), ne serait-ce que pour  se laisser émouvoir par la poésie d’un vol de moustiques au-dessus d’un charnier.
K.
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