À LA LIGNE — PROSE POÉTIQUE PAR INTÉRIM — POUR JOSEPH PONTHUS

POUR JOSEPH PONTHUS — À LA LIGNE

 

 

« Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent »
in Les colchiques – « Alcools », Guillaume Apollinaire (1913)

 

 

Quelques mots pêchés ci et là
parce qu’il ne faut pas mourir idiot comme on dit
Aller à la ligne
sans pontifier
Ponthus J.
Sans ponctuation
Peut pas vivre d’écrire
Plus dans le social non plus
Quoi d’autre que la chaîne en Bretagne
que trier des trucs morts en usant son propre corps
n’y mettre du cœur qu’en attendant l’heure enfin
de la fin de journée
Comment qu’il s’y prend lui pour être pris
Il dit Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue
« Eh bien demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne »
Pris au mot j’embauche le lendemain à six heures
du matin[1]
La Boétie la poésie la ménagerie
Le défilé pas haute couture des bêtes crevées
Qu’on fait passer pour pas crever
La servitude est volontaire
Presque heureuse[2]
L’aurait pu dire quand faut y aller

Faire les heures avec les machines
les ventres de métal[3] qui le bouffent tout cru
Jusqu’à ce Toute la nuit je serai un égoutteur de tofu[4]
et le cogito du Je pense que le tofu c’est dégueulasse et que s’il
n’y avait pas de végétariens je ne me collerais pas
ce chantier de fou de tofu[5]
N’empêche l’absurde c’est pas que pour les animaux qu’on abat gars
À l’abattoir
J’y vais comme on irait
À l’abattoir[6]
C’est celui qui le dit qui y est
Tel Apollinaire

Comme à la guerre
Nettoyeur de tranchée
Nettoyeur d’abattoir
C’est presque tout pareil[7]
Chair à canon chair à patrons
Un écho à Jeanne Sautière
pas Mort d’un Cheval dans les bras de sa mère
mais à bout de souffle tout pareil
Le chien de la maison ne se doute de rien
Son humain manœuvre-écrivain qui enchaîne les carcasses
rendues inoffensives comme du tofu égoutté
Joseph demande Ton regard changerait-il sur moi
Me considéreras-tu comme un agent de la banalité du mal[8]
Pok Pok ne saura jamais
ce que vit Ponthus est un mauvais rêve
embarqué comme avec Pedro Calderón
les missions d’intérim l’enchaînent n’importe quoi quelle heure
Fleuve aussi Styx de sang
De sang et de merde
Comment peut-on être aussi joyeux de fatigue et de
métier inhumain[9]
s’interroge le galérien qu’ira à l’usine au lieu de la ZAD
quand dans l’éternité économique les vaches défilent
Les mêmes gestes[10]
Pour gagner de quoi perdre sa vie dans la perdition de celles
d’autres
Quelle poésie enfin trouver dans la machine la cadence
et l’abrutissement répétitif[11]
et l’hommage à mater dolorosa
Homme et cheval de trait mécanique
écrits vains à la fois
salvateurs
un peu
toujours au-delà en tout cas
Enchaîner carcasses et paragraphes
et c’est ça l’horizon
C’est ça l’horizon
M.

 

   [1] p.12
   [2] Ibid., p.13.
   [3] Ibid., p.23.
   [4] Ibid., p.45.
   [5] Ibid., p.46.
   [6] Ibid., p.121.
   [7] Ibid., p.127.
   [8] Ibid., p.156.
   [9] Ibid., p.157.
   [10] Ibid., p.173.
   [11] Ibid., p.193.
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