CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ — MÉCHANT VRAI FAUX SYMPA MAIS PAS TROP […]

CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ

 

 

« Mais quand on y songe c’est stupéfiant comme l’esprit humain peut s’épanouir à l’ombre de l’abattoir ! Comment — pour ne point parler de toute poésie — pas assez loin des parcs à bestiaux pour échapper tout à fait au relent de la gargote de demain, des gens peuvent vivre dans des caves la vie des vieux alchimistes de Prague ! »
p.167 in Au-dessus du volcan, Malcolm Lowry (1947)

 

« Il aura fallu des siècles de lutte pour obtenir la grâce d’un abattage rationnel. Mais rien ne prouve que nous n’améliorerons pas notre position dans les siècles à venir. »« Mangez, ceci est mon jambonet voici mes tripes et buvez mon boudin avant qu’il coagule. »
p.86 & p.93 in Stratégie pour deux jambons, Raymond Cousse (1978)

 

« Le droit à la révolte est intangible. À chaque obstacle qui entrave la vie, il faut y recourir. Révolte ! crie le papillon rompant le cocon qui l’emprisonne. Révolte ! crie le nouveau-né en déchirant les entrailles maternelles. Révolte ! clame enfin le peuple soulevé pour écraser tyrans et exploiteurs. La révolte, c’est la vie ; et la soumission, c’est la mort. »
(d’après Ricardo Flores Magón, revue Regeneración, 1910) p.345 in Désirer Désobéir. Ce qui nous soulève, 1, Georges Didi-Huberman (2019)

 

 

   On vous l’avait promis dans un post Facebook : on n’allait s’adonner début 2020 à un pur acte masochiste — faire offrande de nos êtres et nos âmes quoi — de manière totalement désintéressée, gracieusement, comme qui dirait pour faire avancer la science, en lisant et commentant le bouquin de Frédéric Denhez intitulé La cause végane. Un nouvel intégrisme ? paru le 3 octobre dernier. On voulait savoir si son auteur était sorti de sa période pataphysique qui lui avait valu des réactions hostiles sur la toile de la part des véganes, soucieux-ses de donner une si belle image de mouvement de libération animale… D’emblée vous présenter nos excuses pour ce retard par rapport à la sortie du bidule — excuses aussi à F. Denhez, notre accès à la littérature en général s’étant amoindri, il faudra apprendre à patienter pour lire nos si fabuleux articles, nos merveilleuses chroniques, nos billets d’humeurs terribles qui vous font craquer, ruminer, rugir, et autres verbes du troisième groupe, voire faire de la délation… bref. En parlant de troisième, Denhez étant le tierce-larron de la tribune écrite avec la Grande Porcher et notre ami Paulo, on ne pouvait ignorer ses travaux. Alors les végétos ? Vous voulez savoir à quelle sauce piquante ce chroniqueur TV, web, radio, conférencier et animateur de débats vous a cuisiné-e-s ? Suivez-nous, et avec Denhez, apprenez-en plus sur vous-mêmes et votre dangereuse doctrine !
      Avant toute chose, la lecture de ce énième pamphlet anti-végane laisse un goût amer. Quand nous, véganes, ne sommes pas considéré-e-s comme des trans-humanistes adeptes du tout technologique, de l’aseptisation du vivant et scandant « Heil Kapital ! » à tout va, nous sommes encore et toujours taxé-e-s de bobo-écolo-urbano-parisianisme… C’est pénible !
   C’est méprisant ! C’est méprisant pour les véganes de banlieue que nous sommes, c’est méprisant pour les véganes de province que nous sommes, c’est méprisant pour les véganes smicards que nous sommes, c’est méprisant ! À l’heure de Facebook et des réseaux sociaux, faire comme si les vidéos d’abattoirs, la multiplication des blogs en faveur de la cause animale, ça n’avait pas permis d’ouvrir les yeux aux gens quels qu’ils soient et où qu’ils soient, c’est méprisant. C’est méprisant, et ça l’est aussi pour l’éleveur qui aurait la tentation de devenir végane (oups, champs lexical religieux, nous autres véganes sommes vraiment des dogmatiques de m****), et il y en a figurez-vous. De plus, c’est mal connaître les bobos « parisiens » (oui : souvent ils ne sont pas nés à Paris). Ils sont dans votre camp à vous, les Denhez, les Ariès, les Porcher. Ils rêvent de retrouver le Paris-village-d’antan (avec les pauvres en moins bien sûr) ; où on s’habille en marinière et casquette Fléchet pour promener bébé au bord du canal Saint-Martin ; où on se déplace en vélo (exception faite de l’avion pour la retraite en Inde une fois l’an, mais non négociable car sinon on attaque la rentrée avec un karma tout pourri et rien à raconter aux autres) ; et surtout on va chez le barbier, chez le bio acheter en vrac (on se rationne comme en temps de guerre, c’est tellement sympa !), on va chez le boulanger et surtout… chez le boucher qu’on connaît, où deux trois fois par semaine, pas plus hein, on s’achète une bavette d’Aloyau de Bœuf Angus des Pyrénées, une vraie tuerie ! De belles âmes ces bobos « parisiens », ils se préoccupent autant du bien-être du p’tit artisan que de celui des animaux…

 

INTÉGRISTES !
   C’est marrant, on entendrait bien ça sur l’air de la Danse des Chevaliers du Roméo et Juliette de Prokofiev (1935) : « Intégristes ! » … « Intégristes ! » … « Intégristes ! » … comme dans la vieille pub du parfum de Chanel, depuis les balcons au-dessus d’une bêêêhêêhlle boucherie de quartier— que n’auraient pas visé d’infâmeuuuhs casseurs antispécistes ou les barbouilleurs de caca de Boucherie Abolition bien sûr ! C’est qu’on a de la tenue nous autres ! Quitte à foutre le souk, autant que l’intégrisme ait un voile esthétique, non ? Ne soyons pas chameaux.
   Tatata… on veut bien être tout ce que vous voulez M’sieur Denhez, mais comme on n’est jamais trop prudents, qu’on doute toujours de notre savoir, on est allés voir ce que dit le dictio…  Wikipédia au sujet de l’intégrisme. Hein ? Kesako ça l’intégrisme ? Intégrisme : Attitude qui consiste à refuser toute évolution d’une doctrine (spécialement d’une religion). Okay… on appelle un ami avant de prendre le joker… — « Allo ! Michel ! (c’est Michel Onfray !…), en tant que spécialiste d’athéologie, tu en penses quoi que… allo ? Nan mais allô quoi ! » …il a raccroché. Bref, qu’importe. Bon, une doctrine c’est : un ensemble global de conceptions d’ordre théorique enseignées comme vraies par un auteur ou un groupe d’auteurs, toujours selon Wikipédia. Encore un coup des rosbifs alors ! Bah ouais : là-bas tout le monde est content que le véganisme entre dans les « croyances philosophiques » (cf. article). Hey les mecs, nous on croit en rien à ce niveau. On sait que les bêtes elles se font défoncer, que les animaux sont sentients (cf. la déclaration de Cambridge), ont une vie sociale, etc., on va pas vous refaire toute la liste. Donc ce n’est pas que théorique cette affaire, c’est plutôt pratico-pratique. Et pis : pour les animaux c’est pas que de la praxis, c’est de l’exis : ils existent en tant qu’individus, ils s’inquiètent, ils ont peur, ils souffrent bon sang (Bentham fait la centrifugeuse dans sa tombe depuis le temps qu’on le répète !…) ! Donc, en conséquence de quoi le véganisme n’est pas une doctrine, et encore moins n’a pas la moindre once de petit bout de quelque chose ayant trait à la religion ou la religiosité. C’est assimilable à une « philosophie de vie » comme qui dirait, et si cela est discuté — et défendu — par des philosophes chevronné-e-s (un peu comme nous mais avec des diplômes, #mdr #onsennuitpasici #…), ça n’est pas de la philosophie au sens noble et classique du terme, bien que la philosophie s’empare très bien des questionnements liés à la condition animale. Pas une doctrine, pas une croyance, pas une philosophie… ça ne risque pas d’être, ni de devenir, un intégrisme. « Un choix vie » disait une bonne avocate des animaux. D’accord les gars, pour nous question réglée. Allez ouste ! Passons à l’essence même du livre de Frédéric Denhez, notre tout nouveau copain.
   Remarquons que, globalement, l’attaque est une attaque en règle, car le ver est dans le fruit. À force de promouvoir l’alimentation « vivante » et l’hygiénisme (on vous mets au défi de rallier au véganisme les gens pauvres de notre quartier à coup de pizza au psyllium et de béchamel de noix au miso), de s’abonner en masse aux YouTube de gourous régénérateurs de bras ou atomiseur de sida à coup de noix de cajou (qui sont tellement marginaux qu’on les invite même sur TEDx, …à l’instar de la jeune Greta…), de parler de façon décérébrée de « l’harmonie du tout », des forces de Gaïa… Continuez les véganes, à parasiter, à vous agiter, à montrer votre face et à invisibiliser les individus animaux, les seuls dont il est question ici. Le véganisme n’est pas un dogme, le véganisme n’est pas une religion, le véganisme n’est pas un écologisme, le véganisme n’est pas une médecine alternative, le véganisme n’est pas un fonds de commerce, le véganisme n’est pas une mode. Nous devons nous montrer dans le seul but de défendre les animaux, pour que cesse leur enfermement, leur solitude, leur douleur, leur effroi, leurs contraintes. Notre médiocrité ne les aide pas. Nos à-peu-près ne leur sont pas utiles. C’est qu’on va nous rendre le départ de Gurren appréciable à la fin. Arrêtons d’associer la cause des animaux à tout un tas de choses qui n’en font pas partie. Bien sûr, il y a des ponts à faire avec certaines préoccupations humaines majeures, mais de là à tomber dans des mysticismes néfastes ou des engouements futiles…

 

LA VIANDE EST UN PARTAGE IDÉAL
   Ça commence donc assez bien à vrai dire ce bouquin, le docteur Laurent Chevalier, médecin nutritionniste (ça rigole pas) annonce en introduction : « La science a permis de mieux appréhender la vie et le respect des animaux, mais l’industrialisation de l’alimentation a relégué certains d’entre eux au rang inadmissible d’usine à viande. » On inverserait volontiers le sens historique de ces assertions mais continuons : « L’auteur nous offre un décryptage sans concession et extrêmement rigoureux d’un mouvement qui par certains égards paraît assez effrayant. » (pp-9-10 in La cause végane. Un nouvel intégrisme ?) Oh l’autre hé ! tu nous as pas vu-e-s le matin au réveil, c’est pas du jeu ! Bouh !!!
   Autant vendre la mèche tout de suite, notre littérateur du jour ne va pas s’arrêter de sitôt de manger de la viande. Frédéric Denhez le dit lui-même : Parce que j’aime manger. Que j’aime faire à manger et que la viande est un partage idéal[1]. Il aime bien ça la bonne barbaque. C’est fou comme on a l’impression que leur disputer la viande c’est comme si on les envoyait chez un arracheur de dents, à ces types-là. C’est que dès le départ l’affaire est biaisée. Denhez est dans un de ces pataquès de pataphysique de préjugés de [vulgaire : matière fécale] qu’il croit dur comme fer que tous les véganes sont des orthoréxiques (du grec orthos « droit », « juste » et orexie « appétit ») complètement déjanté-e-s. Yo mec ! on n’est pas tous des straight edge, faut plus que tu lises Marianne Celka, d’accord ? On t’explique : de nos jours être végane c’est un truc assez simple. Un beau jour tu apprends comment les animaux sont traités, tu trouves ça dégueulasse, tu te renseignes un peu, t’essayes de t’en passer, tu vois que ça se passe bien, que y’a plein de bonnes choses à claper, ta cuisine devient plus variée, plus gaie, plus colorée, tu te fais de nouvelles copines, de nouveaux amis, t’es content et t’as qu’une envie c’est d’aller le dire à tout le monde, et là tu deviens un chieur ou une chieuse de première, à ton boulot, en famille, dans la rue quand tu milites, dans le genre arracheurs de dents d’omnivores étriqué-e-s dans leur dissonance cognitive qu’est en fait une forme pseudo-mineure de pathologie de l’esprit fendu. De quoi ? De schizophrénie ! Sans blague. Tou-te-s les véganes ne sont pas des cassos. ..y’en a… certes… mais là c’est pas la question, ou alors faut faire des études sociologiques comparatives avec tous les styles de gens du monde. Le bordel quoi. — Marianne ??? — Quoi ? — Non, ta g[bouche]. Comme Fredo il est sûr qu’on est des branques et qu’on graille que du persil, bah il est content et il vous renvoie dans les cordes de l’hypermarché : « Allez trouver du plaisir dans tout cela…autant finalement ouvrir un plat tout préparé bardé d’étiquettes rassurantes, même si l’on ne sait pas trop ce que l’on mange. » (ibid., p.13) Il en a marre de l’engouement des véganes pour le propre, le digne, la litanie de l’individu irréprochable, c’te bonne foi-là… Les végétos, c’est craignos.

 

80’S
   Pour comprendre ce qui cloche aussi beaucoup selon F. Denhez, il faut remonter quelques années en arrière, à l’époque où un vieux mal coiffé a inventé le convecteur temporel. C’était après les Trente Glorieuses. Non, c’est pas des filles remarquables, c’est l’apogée du post-modernisme. Notre expert, dont il faut redire qu’il est un ami de Paul Ariès — grand pourfendeur de « végans » devant l’Éternel — avance que depuis les années 1980 la viande est moins attractive, les gens travaillent plus dans le tertiaire (les services), et travailler requiert moins de forces physiques[2]. Jusque-là c’est presque admissible sans trop se fâcher. Longtemps on a cru que manger du bœuf rendait fort comme un bœuf… et mon [vulgaire : arrière train] c’est du [spéciste : gallus gallus domesticus] ?! En somme il faut manger moins de viande parce qu’on est des bureaucrates et des smartphonocrates. La tendance, portée selon l’auteur, par les affres climatologiques, s’est même accentuée, puisque pour lui les jeunes adultes et les adolescents qui manifestent pour le climat achètent effectivement moins de viande, mais dans le même temps ils consomment plus que jamais à outrance steaks hachés, surgelés, kebabs[3], etc. Cela confère pour l’auteur à une « légère schizophrénie », comme quoi on n’est jamais tout seul en ce bas monde. Mais qu’est-ce qui nous prouve que les jeunes écolos et/ ou végétos sont les mêmes jeunes qui surconsomment des trucs industriels façon L’aile ou la cuisse ? On n’en sait rien. En tout cas Frédéric Denhez affirme que ce contexte indifférencié (sciemment ?) est celui d’un « puritanisme eschatologique » doublé d’une « jouissance catastrophiste » brandis comme un « étendard par la partie la plus éduquée » (Ibid., p.16) Pourquoi exercent-ils une telle pression morale et veulent-ils imposer leur façon de manger à toute l’espèce humaine ? demande Denhez. Pourquoi nous a-t-on imposé le carnisme ? rétorque-t-on. Mais hélas, Frédéric Denhez ne veut pas remettre en question ce qu’on appellera un certain ordre culturel. C’est qu’il pense que ne peut pas exister une « gastronomie sans viande aucune ». On s’étonnera au passage que les « plus éduquées » soient les plus catastrophistes. Peut-être que lorsqu’on a la chance de ne pas être misérable, on a en effet le temps d’apprendre des choses et d’avoir un esprit critique. Eh oui : ce n’est pas Étienne Lantier qui a écrit Le Capital mais bel et bien un salopiot de gros bourgeois tout en rouflaquettes, barbe de hipster et tignasse frisottante à la dernière mode afro. Non ?…
   La jeunesse c’est Greta Thunberg, au sens propre comme au figuré finalement : de l’autisme empathique : une préoccupation de soi au sein des interactions des êtres du monde : CQFD. Dit autrement, qu’on se souvienne quand Brian A. Dominick nous interpellait au sujet des jeunes en nombre croissant rejoignant les rangs du véganisme. Il rappelait cette évidence qu’un mouvement de libération, qu’on est tenté ici d’appeler également une volonté comme représentation du monde, ou encore une volonté de puissance (opposée au « [bio]pouvoir »), ne peut parvenir à son émancipation que, et uniquement que, par des libérations alentour. B. A. Dominick montrait déjà en 1995 qu’il se produisant une praxis globale qui joignait bout à bout une perspective écologique et une position inclusive par rapport aux animaux [4]. Selon ce dernier, faisant référence à Marjorie Spiegel (The Dreaded Comparison : Human and Animal Slave) dénonçant le parallélisme entre spécisme et racisme, il y a deux vérités : « La première : on ne peut seulement se libérer soi-même. Le plus que nous pouvons espérer faire pour les autres, c’est de les libérer des contraintes et restrictions qui les empêchent de se libérer eux-mêmes. La deuxième : seulement ceux qui peuvent comprendre la complexité de leur oppression peuvent la combattre à travers un processus de libération. » Et vu l’état du monde : « Nous pouvons seulement faire de notre mieux ». Il n’y a donc pas de recherche de pureté, pas de puritanisme dans le véganisme vrai.

 

LES DROITS DE L’HOMME EN DANGER
   Vous avez bien lu : les droits de l’homme sont en danger. Déjà que les suffragettes ont bien semé la pagaille, maintenant ce sont leurs amis les bêtes qui menacent de nous couper les fouilles — vous avez toujours bien lu. Bientôt on aura plus nos bons vieux droits humains en poche, pfouit ! envolés les droits inaliénables qu’on s’était octroyés comme des grands, voilà que l’éléphant va nous briser la vaisselle, la lionne le cœur, la mouche conduire nos coches, le lombric trouer nos murs. Qu’à cela ne tienne — Étienne ! — un pote avocat de Frédéric Denhez à la solution au dilemme : « En dehors du danger que cela représenterait pour les droits de l’homme, cette revendication est inutile, car il suffirait d’appliquer les droits de la propriété intellectuelle. » (p.18) En gros, tout étant représentation, donc reformulation cérébrale, tout est intellectuel. Tout ce qui passe par notre intellect est en nous, cela nous appartient. Tu vois un kangourou sauter comme un dératé parce que tout brûle tout autour. Eh bien ce kangourou il est à toi (ou le chameau…). Je pense ce que vois donc j’en suis propriétaire. Ultra-cogito ! Bon alors on transforme un peu la réalité de l’exposé en question. Mais enfin, …propriété intellectuelle… parce qu’on a inventé les animaux peut-être ? On le redit ici : les animaux ne sont pas des objets, pas des choses ou des biens meubles et nous ne les avons pas créés. Ce ne sont pas nos « œuvres » aussi le droit de la propriété intellectuelle, faîtes-en autre chose messieurs. D’autant que des ouvrages sur la question, celle du droit animalier, il y en a quelques-uns. Par exemple, dans Le droit animalier de Jean-Pierre Marguénaud, Florence Burgat et Jacques Leroy (qui n’est pas le cousin de Maryse : private joke), on nous explique bien que le droit animalier n’est pas encore une discipline juridique reconnu à part entière[5]. On ne peut pas appliquer un droit destiné aux humain-e-s aux non-humain-e-s. Tout simplement parce qu’il existe la différence anthropozoologique. […] les données issues de l’observation fine du comportement des animaux, […] aboutissent au constat qu’ils ont une culture, une vie relationnelle où sévit la dimension symbolique, […][6], autrement dit que les animaux méritent un droit différentiel qui, les différenciant, donc les identifiant, les reconnaisse. À la fin la protection du droit égale celle dont sont censés bénéficier les êtres humains. C’est un droit naturel comme l’écrivent les trois auteurs auxquels on se réfère. Un droit émanant directement des êtres, un droit qui leur revient. Un droit naturel est inaliénable ; il précède l’état social, ne doit rien aux acquis historiques ou politiques[7]. Dans la perspective du droit naturel, c’est bien d’ontologie qu’il est question[8]. Nous sommes d’accord, c’est une question ontologique pure. Ça ne met donc pas en danger les droits de l’homme puisqu’on ne peut pas en nier l’ontos (l’être ou estance). Enfin, rappelons Valéry Giroux qui dans Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles explique que l’égalité est non équivoque : […] l’égalité descriptive et l’égalité normative doivent être distinguées puisqu’elles ne portent pas sur le même type d’objet[9]. La propriété intellectuelle peut tenter de jouer sur les deux tableaux, nous ne sommes pas dupes. Au passage, rappeler ce que le philosophe écologue Timothy Morton écrit dans son livre La pensée écologique, savoir que « les droits des animaux peuvent évoluer en des questions de coopération inter- et intra- espèces. » (op.cit. p.206, Zulma Essais — 2019). La France restera-t-elle encore longtemps la lanterne rouge en la matière[10] ?

 

DOMINUS
   Toutefois, le livre de Frédéric Denhez ne regorge pas que d’excuses hors sujet pour continuer à ingurgiter de la « bonne » viande. L’auteur reconnaît que tout n’est pas tout rose dans l’histoire commune des animaux avec les humain-e-s. Denhez fait référence ainsi beaucoup, pour ne pas dire massivement, à Valérie Chansigaud, historienne des sciences et de l’environnement. Pour elle, la domestication n’est pas anodine. Dans la domestication, il existe un bénéficiaire et un dominé, […] la domestication repose sur une souffrance considérable[11]. Parallèlement à l’exercice de cette domination où la violence, la cruauté, la massacre, la torture, le viol, sont des dispositions propres à notre espèce[12] y compris chez les « peuples premiers » selon F. Denhez qui écarte l’hypothèse rousseauiste de la bonté innée de l’Homme, force est de constater qu’une certaine partition a eu lieu, qui sait si pour des raisons pratiques ou simplement esthétiques selon les représentations qu’on se faisait de tel ou tel animal à l’époque, ainsi chez Philippe Descola : « La domestication de certains animaux aura donc été symétrique d’une sorte de « cynégétisation » de quelques autres, le maintien de ceux-ci dans leur état naturel n’étant pas le fait d’obstacles techniques, mais bien d’une volonté d’instituer un domaine réserver à la chasse, se démarquant du domaine cultivé. » (du néolithique européen in Par-delà nature et culture, p.106, Folio essais, 2015) L’élevage revendiqué par Frédéric Denhez, il fallait s’y attendre, est à cent lieues de l’élevage intensif et ses wagons d’horreurs qu’on voit à la TV, sur internet et que dénoncent les associations pro-animaux. Toutefois, n’y a-t-il pas un biais de pensée à vouloir croire et faire croire que c’était mieux avant ? Pourquoi les formes d’élevages extensifs seraient-elles exemptes de leurs lots d’ignominies ? Brian Fagan, professeur d’anthropologie, relate dans son livre La grande histoire de ce que nous devons aux animaux (Vuibert, 2017) que lors des prémices de la révolution industrielle, les fermiers réfléchissaient aussi à des moyens particuliers d’engraisser les animaux, comme enfermer les cochons, utiliser un espace restreint, mettre les bovins, volailles dans l’obscurité. Aussi alors les chiens attaquaient souvent les bœufs avant l’abattage, car on pensait que cela rendait le sang moins épais et la chair plus savoureuse et l’abattage était assez inhumain. Les bouchers assommaient le bétail, puis le tuaient à coups de marteau[13]. N’oublions pas que ces pionniers étaient de petits paysans qui cherchaient à s’agrandir et accroître leur productivité… le propre de l’homme… On renvoie au roman Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo concernant l’élevage familial et les velléités économiques.

 

NI DIEU NI MAÎTRE(S)
   Histoire de bien enfoncer le clou comme le font tou-te-s les adversaires de l’animalisme, Frédéric Dehez réitère certains poncifs. C’est dommage, cela nuit à la lecture et confère à la lassitude. Denhez nous ramène à l’époque où le végétarisme et l’anarchisme (voir notre article) était en vogue, vers 1886, quand des personnages devenus depuis illustres, comme Louise Michel, voulaient l’« abolition du pouvoir des forts et libération des faibles », une vie « moins chère » (cf. p.34), ce à quoi Denhez ajoute que « notre époque n’a rien inventé. » C’est peut-être là aussi que le bât blesse justement… notre époque devrait avoir franchi ces difficultés sociétales, d’autant que telle était la promesse de la technologie : se libérer du travail ingrat, pénible, se dégager du temps pour vivre. Rendre le monde meilleur… Au lieu de cela, les travailleu-r-se-s sont toujours en proie à la précarité, l’incertitude, la concurrence et la détestation d’autrui, la peur qui esseule, individualise, etc. Pas étonnant quand les humain-e-s s’entre-déchirent, qu’iels n’aient guère de compassion pour les animaux. Allez demander à celleux qui n’ont pas un radis de penser aux animaux quand iels achètent du premier prix ! Après, dans beaucoup de cas c’est possible, et la préoccupation pour la cause animale n’est pas qu’une affaire de bobos intellos parigots, de fric, loin de là quoi qu’en dise Denhez. Lui préfère donner à voir que les philosophes et penseurs de la cause animale ne se préoccupent [que] des animaux qui leur ressemblent, de ceux qui leur rappellent les doudous de notre enfance, en oubliant céphalopodes, corneilles, rats[14], etc. C’est faux. Pour ne prendre qu’un exemple, qu’il aille voir les travaux de Sébastien Moro.
   Plutôt que de vouloir envisager le véganisme pour ce qu’il est : un choix de vie éthique d’où découle des réflexions zoosociopolitiques puis des revendications antispécistes, transférant l’engagement personnel vers des modules collectifs, F. Denhez préfère éviter le sujet en arguant que l’Allemagne et l’Italie, parce qu’on y trouve « beaucoup de rayons végans », que c’est « très bien », « sans violence », alors qu’à contrario « chez nous, le débat est hystérique. » (p.39) Avouons que nous ne sommes pas forcément au fait de la lutte antispéciste (animaliste au sens large) dans tous les pays. On peut faire confiance à Virginia Markus qui explique à juste titre qu’« « aimer » ou « prendre parti » pour les animaux ne se résume plus à signer des pétitions, cotiser pour des ONG, fondations, associations, ou s’abstenir dans son coin de manger leur chair, mais implique la nécessité de militer activement pour que leur statut d’individu soit légalement reconnu. » (Désobéir avec amour, pp.22-23, Labor et Fides éditeurs — 2018) Mais pour avoir déjà vu, et lu, ce qu’il se passe chez nos voisin-e-s belges et suisses, on a comme l’impression que l’auteur cherche à empapaouter son naïf lectorat. Et puis le terme « hystérie » qui ramène à l’utérus, au féminin comme prétendument irraisonnable et malade, c’est aussi un lieu commun très idiot. Et sous couvert de pseudo-respect et d’intégrité, Denhez n’en rate pas une ! Pour lui, on ne mange pas les animaux pour se nourrir, mais pour avoir des relations sociales[15]. Relations basées sur le sacrifice histoire de laver sa conscience sale bien entendu (cf. F. Burgat), tandis que dans le même temps les végans n’ont pas encore réussi à démontré qu’un repas à base de soja fermenté procédait d’une même commémoration[16]. Bon, bah… la preuve en recette ? Ici, ici, et ici, et , , , , et , et puis aussi . Ça te va Fredo ?
   Peu avant, page 38, Frédéric Denhez écrit : « Les végans de toute obédience ne se sont jamais fait remarquer pour la défense des nids de guêpes et des colonies de termites, régulièrement annihilés par gaz ou par des liquides destructeurs. Ni par le désastre qu’est un labourage profond. Le principe de réalité, avancent-ils. » Ah ! Ah ! Alors déjà d’une, on entend rarement parler, même si ça doit exister, d’attaques organisées contre des nids de guêpes ou les termites. Si ça se savait on pourrait compter sur quelques végans pour se mobiliser, c’est mal les connaître Fredo. Tu parles de gens qui recueillent des escargots encore vivants dont la coquille a été écrabouillée aux Buttes-Chaumont par un runner flexi- bobo-parisien et qui passent des plombes à attraper des moustiques dans un verre pour les remettre dehors l’été. Thoreau lui-même foutait la paix aux guêpes. Chez les végans, on connaît bien le couple Bourguignon, tu sais. Par contre le principe de réalité est un concept qu’on n’a jamais croisé au sein du véganisme, Fredo, une p’tite source please ? Bien tenté en tous cas. Et puis, pourquoi on serait de tous les combats ? Faut bien en laisser un peu pour les autres qui ont l’air drôlement concerné-e-s par le sujet, comme toi par exemple. On attend ton événement Facebook avec impatience !

 

HABEMUS GASTROPAPAM
   L’un des clous de la société du spectacle selon Frédéric Denhez, c’est la christophistication (oui, on aime bien inventer des mots, ça va…) du véganisme, ce nouvel intégrisme ! Toi qui est végane, tu as forcément… quelque chose en toi de Jésus Christ… et tu veux savoir pourquoi ? Fred ? — « Nous sommes des omnivores qui nous posons depuis des siècles des questions sur la justification de tuer pour manger. La Bible en regorge. Voilà sans doute le propre de l’homme. Le lion ne se pose pas ce genre de question, preuve qu’il est bien d’une autre espèce, et que la nôtre est particulière. L’antispécisme qui découle de cette interrogation est en conséquence la validation très spéciste de notre existence. » (p.42) Et là Denhez en fait des caisses, de quoi au moins emballer le plug géant de Jeff Koons. Figurez-vous que, transsubstantiation oblige, [Jésus] il s’incarne dans l’hostie et le vin, c’est la végétalisation du corps du Christ[17]. C’est du « superanthropophagisme », du « christianisme hard », ce « véganisme comme un retour aux sources du christianisme. » Ah si si, il va jusque-là notre nouveau copain. Humoriste pataphysicien manqué jusqu’au bout de sa vie ! Rien que pour ce sketch, il faut lire le livre. Enfin ne l’achetez pas, tapez-vous en juste une tranche de-ci de-là en passant acheter de bons bouquins ou des CD. Dans les pages 46-47, on a donc le droit à tout un bla-bla sur la transsubstantiation ; uniquement là pour appuyer la thèse de Denhez sur la religiosité et le sectarisme du mouvement (végan). Il enfonce le clou. Mais on peut aussi s’amuser et dire surtout que la transsubstantiation (encore une fois on n’a jamais croisé de théorie justificatrice du véganisme reposant sur ce phénomène surnaturel à part pour faire un trait d’esprit) est le fait du mot « viande » (vivenda) qui signifie « qui donne la vie », qui est devenu exclusivement carnée alors qu’elle concernait également les produits végétaux dans le temps. Tout ce qui se mâchait quoi. Le véganisme n’a que faire de la transsubstantiation.

 

MASSIFICATION
   Dit à l’anglaise avec une voix gutturale, on dirait le nom d’un groupe de Death Metal ou de Grindcore, …de Black Metal peut-être ; bref. Pour Dehnez, un de nos problèmes majeurs de civilisation c’est que nous vivons dans une société dominée par la consommation de masse[18], état de fait fréquemment critiqué par des véganes, aussi Denhez salut-il ce « point commun ». Jean Baudrillard était plus intéressant que Frédéric Denhez quand il parlait de « la surproduction de la société » dont le but inavoué, inconscient, était de « ressusciter le réel qui lui échappe. » (p.41 in Simulacres et simulation, Éditions Galilée — 1985) Nous parlerions volontiers d’une tentative collective et hypostasiée de « rejouer l’éternel retour » du même — pardon pour le pléonasme —, alors qu’on pourrait bien être déjà dans ce retour éternel se jouant toujours sur soi : une bonne fois pour toutes. « Mais qu’est-ce que cette interrogation métaphysique vient faire ici ? » nous direz-vous. Eh bien il s’agit d’élever le débat au niveau de son expérience vécue symbolique. Car le sacrifice et la consommation (abusive ou non) d’autrui relèvent du questionnement de l’être-au-monde et le rituel permet d’assumer le meurtre… et le versant ridicule de toute cette affaire : la niaiserie qui consiste à faire accroire qu’il est dangereux, dans le monde actuel et ses possibilités nourricières, de se passer de « viande » (valant de façon générique pour tous les produits animaux ou d’origine animale). Pour se renseigner, Denhez ferait bien de lire Florence Burgat ou Corine Pelluchon, au lieu de jouer les trouble-fêtes et demander faussement innocemment « […] alors pourquoi les cinq espèces du genre Homo identifiées à ce jour ont-elles consommé de la viande ? » (p.52) Elles l’ont fait parce qu’elles avaient la dalle mon pote ! Aujourd’hui celleux qui ont faim sont victimes de la connerie humaine géopolitique. Hey ! Et en 1990 c’était des sacs de riz qu’on nous demandait d’envoyer en Afrique, pas des boites de pâté ou des steaks hachés.

 

RELIGERE
   L’auteur de La cause végane. Un nouvel intégrisme ? adore introduire des biais de toutes sortes dans sa « pensée » (guillemets d’ironie). Ainsi, profitant des polémiques qu’on nous rabâche depuis les années 80, F. Denhez n’hésite pas un instant à se frayer jusqu’à l’immonde amalgame que voici : « […] je n’ai jamais entendu un végan dénoncer sans ambages l’abattage rituel des animaux de boucherie, si conforme à l’Ancien Testament. […] Le courage du combat animaliste s’arrêterait donc à la peur de l’amalgame, à celle d’être accusé de racisme ? » (op. cit. p.53 & p.55) Encore un type qui n’a pas lu nos articles, ni ici, ni pour le magazine de l’AVF. Sinon il aurait été informé de l’existence de l’excellent ouvrage d’Élisabeth Hardouin-Fugier Le coup fatal. Histoire de l’abattage animal (2017). Il aurait alors compris que la question de la souffrance animale outrepasse largement les milieux religieux, les traditions et autres atavismes culturels. À moins qu’il ne faille l’inviter à lire Al-Hafiz B. A. Masri : Les animaux en Islam[19], pour qu’il comprenne son erreur. Quoi ? Mêmes des musulman-e-s pratiquent le végéta*isme et certain-e-s défendent les animaux et contestent l’abattage rituel ?! Et puis des juif-ve-s ! Et d’autres encore ! Eh ouais mec !… ce qui nous relie c’est l’éthique, un minimum de compassion et la clarté de conscience qu’on peut bien vivre sans tuer les animaux. Ensuite, si le contexte sociopolitique est tel qu’il faut parfois prendre des pincettes pour exprimer des convictions, où est le mal ? On veut dire : quel mal est fait, et à qui ? L’abattage rituel est une pratique archaïque qu’il faut faire disparaître parce qu’elle n’a plus de fondements logiques dans la pratique (sanitaire), et qu’elle ne correspond à aucun commandement religieux incontournable. Pour autant, il faut pouvoir le dire sans être mal compris-e. Ça peut être difficile, et la mauvaise foi est souvent du côté des obstiné-e-s qui refusent le changement, quel qu’il soit.
   Mais Frédéric Denhez ne s’arrête pas là. Il se fait fort d’aller plus loin que les Wolff, Bimbenet, Ariès, Porcher, Ferry et autres Lestel ou Enthoven. Nous voici propulsé-e-s dans le grand fourre-tout postmoderne où la collapsologie nous prédit un « futur écrit » allant vers la « catastrophe » (cf. la théorie de l’effondrement, qui ne signifie pourtant pas nécessairement la fin du monde en tant que disparition) et l’auteur en profite pour demander si au final on n’est pas sauvés pourquoi arrêter la viande ?[20] La question est très pernicieuse. On pourrait répondre par l’absurde : — « Frédéric Denhez, vous êtes mortel ; pourquoi ne vous suicidez-vous pas maintenant ? » En somme le véganisme s’échine à « séparer le peuple, censé mal se comporter et ne rien comprendre » en pratiquant un « discours de classe dominante » (sous-entendu blanche et plutôt aisée), dans le même temps que « le dogmatisme antispéciste […] sépare la culture et la nature »… Et si effectivement dans le Nouveau Monde il n’y avait pas d’élevage, il y avait des « […] sacrifices humains » avance-t-il, histoire de nous faire bien comprendre que le Mal humain étant imparable, mieux vaut en définitive l’exercer sur les animaux (cf. p.55, p.56 & p.57) car ils n’ont pas autant d’importance que les êtres humains. Très bel exemple de parfait spécisme. Tout étant relatif, on devra alors admettre sans broncher quand un ours ou un requin se sentant agressé, agacé, en danger, excité, etc., croquera notre héroïque personne humaine — pas de quoi en faire un drame voyons ! Tout est question de point de vue. Mais la vérité doit être extraite de l’ensemble de ces réalités contingentes et de prime abord, des réalités vécues, de la subjectivité, autrement dit : si j’aime la viande de bœuf, si cela peut concourir à me nourrir, à m’entretenir vivant, cela n’a pas du tout le même impact sur moi que sur le bœuf mangé, et si l’on m’en prive (du rumsteak), cela n’est pas équivalent au fait de priver le bœuf de sa propre vie. Nota bene : Un encouragement à lire La jungle d’Upton Sinclair, page 61, doit absolument être souligné. Le sort des ouvriers qui tombaient dans les cuves et finissaient en corned beef est émouvant — aussi — sans aucun doute…
   Dans son livre, Frédéric Denhez dit que les animalistes désirent remettre en cause le néolithique, voire également nier l’histoire, en créant une mythologie[21]. Laquelle ? Celle qui consiste à dire que les animaux ont passé un contrat en acceptant de se faire manger par nous plutôt que par d’autres ? Ah ! Et re-ah ! Un autre empêcheur de tourner en rond, mais dans un autre genre lui, allègue à l’inverse que « le caractère unique de l’être humain est un mythe hérité de la religion, que les humanistes ont recyclé en sciences. » (p.87 in Le silence des animaux. Du progrès et autres mythes modernes, John Gray, Les Belles Lettres Éditeurs, 2018) Et il ajoute — ce qui est très intéressant quant à la notion de progrès attachée aux revendications zoopolitiques — qu’« espérer que les humanistes abandonnent leur mythe serait déraisonnable » et que « parmi les athées contemporains, ne pas croire au progrès équivaut à un blasphème. » (op. cit. p.91) On ne peut en effet que conseiller d’avoir toujours un doute, histoire de ne pas s’endormir sur ses lauriers, histoire d’admettre qu’on ne sait pas tout, qu’on ne peut pas tout prévoir. Cependant, même si l’antispécisme entre aisément dans cette catégorie d’ultra-pragmatiques, fort-e-s donc de convictions qui entrent en résonance avec des réalités vécues dont la vérité de l’emprise systémique (le spécisme à l’ère de la reproductibilité technique) impose un renforcement de la reconnaissance éthique et du Droit qui en découle et la refonde, force est de constater qu’on ne se bat pas pour un « progrès » — quelque chose d’évolutif qui s’améliorerait en somme, prendrait du bonus — mais pour une question basique de justice que la capacité à se sentir en empathie, plus elle est développée, participe à défendre et à promouvoir.

 

COMPTER LES MOUTONS — OK ; NOIRS OU BLANCS ?
   Il faut bien comprendre que Frédéric Denhez est dans le camp des neutres. Pas trop de ceci, pas trop de cela, ceci est de l’extrémisme, ceci est du fascisme, etc., le véganisme est possiblement intégriste, et la marmotte… le papier d’alu… etc. Ne rien faire vraiment, ne pas s’engager, voilà qui promet des jours meilleurs, des lendemains qui chantent à l’espèce humaine et à tout le règne du vivant pardi. Le juste milieu de nulle part. Ce faisant, après avoir copieusement confondu véganisme et sacerdoce christique, l’auteur persévère dans ses accusations d’hérésies laïco-spirituelles : (les antispécistes) « […] comme chez les puritains et les marxistes, la science est selon eux une superstructure d’écrasement blanche de toute sorte de différences. » (p.64)  Denhez ne doit pas apprécier les travaux de Raphaël Liogier sur l’égalité et la crise de la masculinité (et du patriarcat) qui dit bien  que le principe d’égalité c’est pour mieux respecter les différences. Les animalistes seraient donc des blanc-he-s aisé-e-s critiquant des blanc-he-s aisé-e-s. C’est marrant. Mais quand bien même, où est le puritanisme ? Est-ce austère de se nourrir autrement qu’avant ? Si je préfère désormais le houmous au steak à cheval que je mangeais il y a plus de dix ans, où est donc le problème ? Vous prétendez que je voudrais vous obliger à faire de même ? Que nenni ! Je vous y invite, j’insiste un peu, je m’obstine à en parler autour de moi car je suis certain du bien-fondé de cela. Ce n’est pas du prosélytisme car je ne cherche pas à faire de vous un adepte de quoi que ce soit. Les questions d’éthique, rattachées donc à celles du Droit, ne recrutent pas des personnes croyantes, mais font des personnes instruites — des personnes avec un savoir basé sur des faits indiscutables : la souffrance des animaux non-humains, leur subjectivité, la non nécessité de continuer à les asservir. Et les attaques contre le marxisme…, mais comme c’est éculé. On a compris, Sartre et consort, puis Soljenitsyne, forcément c’est moche. Pour autant, une pensée intellectuelle est-elle nulle et non avenue si elle est dévoyée dans la pratique historique ? Connaissez-vous des modèles existants ou ayant existé parfaits ? […….] Merci, c’est ce qu’on pensait. Continuons. Dans l’antispécisme, il y a quelque chose de cet acabit-là, sans doute moins productiviste, appauvrissement bio-écologique en cause, que « L’homme peut prendre en charge l’évolution dont le moteur n’est plus la nature, l’affrontement bestial d’intérêts concurrents, mais la culture, la connaissance des fins et des moyens du développement humain. » (in Marxisme du XXe siècle, p.32, Roger Gauraudy), ce à quoi on ajoute : connaissance des fins et des moyens du développement de tous les vivants. Stimmung ![22] Nous, antispécistes, désirons proposer une vision neuve, critique, rationnelle, de nos rapports sociobiologiques et zoopolitiques, faire des droits des animaux une question politique et un enjeu de société[23]. Après tout, on n’est pas des moutons ! [sic].
   En parlant d’ovins, il y a un passage très intéressant et instructif dans le dernier livre de F. Denhez. C’est quand il va à la rencontre de petits éleveurs et qu’ils nous parlent ensemble des territoires. La carte dessinée est séduisante, pleine de beautés, avec sa propre esthétique et sa propre logique internes. On nous explique l’importance pour les écosystèmes existants, de préserver la polyculture-élevage d’antan (ou d’y revenir), sinon gare à la perte de biodiversité, à l’appauvrissement culturel même. Encore une fois, même si ces récits sont touchants — nous avons nous-mêmes échangé avec un petit éleveur (salut à toi !) qui n’est pas un bourreau sanguinaire et qui s’interroge sur ces actes quant aux vies qu’il est amené à gérer pour vivre lui-même de ce métier qu’il a choisi et idéalisa longtemps —, ces récits ne sont que ce qu’ils sont : des récits, des mythes. Car bien évidemment ces paysages existent parce qu’ils ont été façonnés par les humains depuis des siècles durant le « travail » avec les animaux, ainsi y a-t-il eu coévolution entre ces terres et leurs habitants. Par ailleurs le paysage est forclos, comme l’enclos des bêtes. « Pairidaeza, en ancien persan, signifie un enclos, de pairi, « autour », et daeza, « rempart ». Paradeisos, attesté chez Xénophon, dans l’Anabase, pour désigner un parc, un lieu planté d’arbres, où l’on entretient des animaux, sera repris dans la traduction des Septante, à propos de l’Éden. » nous rappelle Alain Roger dans son Court traité du paysage en 1997[24]. Seulement gare ici à l’écolonialisme ou la géophagie. Le sang et la terre font en général un mariage « de raison » malsain. Un des crédos des jardiniers paysagistes du Troisième Reich Mädin, Wiepkingn Siefert, et Tüxen était tout simplement : Exoten raus ![25] (Les étrangers dehors !) Et comment se satisfaire qu’avant il y avait des ongulés sauvages, il y a désormais des ongulés domestiques[26] ? En termes de « nature » pure, pourquoi vouloir remplacer la vie sauvage par la vie domestique ? Il n’y a là qu’un fantasme de continuité autour d’images d’Épinal. Autres clichés : « […] ils sont tous à fond pour les nouvelles technologies, mais ils vont d’abord se poser la question de l’élevage alors que l’on extrait des matériaux rares pour leur portable, qui ont un impact écologique important. Ils se voilent la face. » dit le paysan choqué page 95. Beaucoup d’animalistes sont aussi des décroissant-e-s, des gens responsables qui se soucient de l’avenir des futures générations, qui n’ont pas envie de vivre et de travailler pour des futilités matérielles. Ces causes se rejoignent facilement en vérité. Donc d’un côté il y aurait les véganes trop technophiles et de l’autre les traditionnalistes exerçant une autre emprise sur le monde et les vivants ? Nous pensons que la réalité est faite d’enchevêtrements plus subtils, autrement dit de complexités et de contradictions plus difficiles à résoudre que par un simple manichéisme[27]. Toutefois, l’éthique n’est pas négociable. Elle impose de trouver des arrangements pour tous et non de privilégier certains aux détriments d’autres, car la sensibilité se retrouve au cœur de toute démarche éthique[28]. Ce qui distingue les êtres humains des non-humains les place peut-être — sans doute bien entendu — dans une situation particulière, mais cette position implique de grandes responsabilités dans le sens des devoirs (ou devoir-être) et non des droits sur autrui. Comme le dit l’anthropologue Philippe Descola, la dominance n’est pas la domination[29].

 

PLEONEXIA
   Si Frédéric Denhez nous parle de ses rencontres avec les petits éleveurs, c’est dans l’objectif de nous convaincre que laisser faire la « Nature » ça n’est pas bien. Grosso modo, l’idée est qu’on accepte que « les milieux laissés à eux-mêmes favorisent l’apparition des maladies » (p.101). Cela n’est pas exact. Si dans le monde naturel, pour l’appeler ainsi par opposition au monde hominisé, il existe des maladies, y laisser les êtres et les choses aller leur cours n’est pas gage d’une catastrophe hygiénique à venir. Jared Diamond, le biologiste et géographe, le dit bien : le virus de la rougeole est étroitement lié au virus de la peste bovine, et […] on peut […] faire remonter d’autres maladies infectieuses humaines bien connues aux maladies de nos amies les bêtes[30]. Cela signifie que c’est la proximité avec les bêtes domestiquées qui a favorisé les mutations des virus, c’est le fait que H1N1 se soit transmis des élevages porcins aux êtres humains pour ne prendre que ce célèbre exemple récent (2009). De quoi penser autrement encore la remarque du philosophe Patrick Llored à propos de la violence auto-immunitaire de la domestication[31].
   Mais si justement les violences intrinsèques à la domestication et la consommation des animaux posent des problèmes moraux et depuis l’ère industrielle des problèmes sanitaires et écologiques graves, pourquoi s’évertuer à en défendre même le modèle le plus soft (la polyculture-élevage extensive) qui ne saurait répondre à la demande d’une population croissante, sauf à ce que chacun-e ne consomme plus d’animal que si rarement que cela en devient absurde en soi ? Est-ce que défendre une esthétique peut être placé au-dessus de l’éthique ? « Nous sommes souvent heureux de voir leurs troupeaux dans nos campagnes sans afficher trop de gêne lorsque nous les retrouvons en ville dans les magasins d’alimentation. Comment parler de « don » dans ces cas-là ? » écrit le vétérinaire François Moutou dans Et si on pensait aux animaux ?[32] Non seulement les animaux ne désirent rien donner d’eux-mêmes (travail ou corps à consommer), mais les politiques qui visent à soutenir les paysans ou les bergers sont en contradiction avec des réalités de terrains. À propos des aides spécifiques destinées aux bergers, lesquels souvent s’offusquent de la « concurrence » des loups ou des ours, F. Moutou explique : « La disparition de l’ours de Pyrénées conduirait à la disparition de ces aides et donc des bergers en montagne. Il n’est pas certain que les brebis s’en portent mieux. » (op. cit. p.204) On voit bien toute l’artificialité des systèmes basés sur l’exploitation animale. Qu’à cela ne tienne, Frédéric Denhez persiste et signe : on ne peut pas le priver, lui et les carnistes convaincu-e-s, d’[…] un plaisir originel qui donne du sens à la vie[33]. Où tout cela va-t-il donc nous mener ?
   Passons sur le « sens de la vie »… En vérité, comme Paul Ariès, Frédéric Denhez est parti en croisade contre l’alimentation industrielle — il y a parfois en effet de quoi dire et critiquer — et c’est tout naturellement qu’il nous rabâche les oreilles avec la B12[34] (dont il ne dit pas que la majeure partie des animaux la reçoivent en supplément alimentaire eux-mêmes), parce qu’à la fin il compte bien nous mettre en garde contre un péril pire que la bombe atomique ou le chômage de masse ! Les substituts à la viande et la viande cellulaire, la fameuse clean meat. Selon l’auteur, les véganes et tou-te-s celleux qui défendent un autre modèle alimentaire, non basé sur l’utilisation des animaux, font allégeance à une forme de « version ultime du réductionnisme nutritionnel » (op. cit. p.120). Sympa ! on se croirait dans 2001 l’Odyssée de l’espace. Afin de dissuader son lectorat de succomber à la tentation un beau jour, Frédéric Dehnez fait appel à Laurent Chevalier, médecin consultant en nutrition à Montpellier. Le verdict est sans appel : « la viande in vitro ou en substituts végétaux est avant tout une question de très gros sous. » (p.121) On n’est pas loin de nous dire qu’il existe un complot mondial pour faire disparaître l’exploitation animale en butte à nourrir les êtres humains et remplacer le tout par du Soleil Vert. Bien ; cela va à l’encontre de moult faits démontrant que si les pays riches ont amorcé une baisse de leur consommation de viande rouge, on est loin du compte pour les volailles, entre autres au niveau mondial, et ne parlons pas du pillage des océans dont on va reparler brièvement plus loin. Aux yeux de F. Denhez, Sébastien Arsac ainsi que Peter Singer[35] ne sont que des tordus et à cause de gens comme eux — comme nous — l’espèce humaine court à sa perte, l’abolition de la morale[36] gagne et la fin du spécisme c’est l’apocalypse ! Attention à vous braves honnêtes gens naïfs et utiles du système financiarisé[37] !
   Quoi d’autre ? Page 105 à propos des antivégans qui agitent le cas emblématique d’un couple de bruxellois qui a nourri son bébé uniquement avec des laits végétaux. Dénutri et déshydraté, l’enfant est mort… « C’est une maltraitance, c’est un crime de la part de personnes qui auront tout le loisir, en prison, de râler contre l’absence de plats végans ? » Énigme : les parents du petit Lucas ne réclameront pas de plats végans en prison. Pourquoi ? Bah oui pourquoi ??? Parce qu’ils ne sont pas véganes ! C’est bête comme chou ! Bien tenté mais le cas ici est celui de deux parents végétariens propriétaires d’un magasin bio qui pensaient leur enfants intolérant au lactose et au gluten. Oh ! En fait, juste des [tordus orthoréxiques] qui ne pensent qu’à la santé et qui du coup ruinent définitivement celle de leur enfant. Donc, on est bien d’accord, rien à voir avec le véganisme. Parce que le putain de végan de m**** peut aussi fumer, picoler, et bouffer des chips… bio… — ou pas.
   « La pêche est mal gérée, la mer est polluée, pourquoi tenter d’améliorer les choses ? Il y a un marché à créer, alors laissons faire, laissons la mer, toujours plus sale, se vider de ses ressources et ramassons la mise de l’artificiel. » (p.179) Mauvaise foi que de rejeter la faute d’une inaction généralisée sur les commerces qui font du végétal et n’ont donc pas participé au drame maritime pour de façon détournée accuser les végans de ne rien faire pour endiguer le problème. Mais la bonne nouvelle c’est que Sea Shepherd agit et parmi les membres il y a beaucoup de végans, donc…
   À la fin de l’ouvrage on a bien le sentiment qu’on assimile le véganisme (antispécisme et animalisme y étant confondus peu ou prou volontairement) à une sorte d’hybris (ὕϐρις) et Denhez nous rejoue à sa façon les avertissements de Luc Ferry, Françis Wolff ou Paul Ariès son ami de tribune de presse. On voudrait nous faire croire que les investisseurs dans des secteurs prometteurs parce qu’inévitables, sont responsables de ces changements tandis qu’ils ne font que placer leurs deniers dans les meilleurs filons, ceux qui ont, par la force des choses, un bel avenir devant eux. Pour nous, s’il est louable de se défier de la démesure, il faut rappeler qu’elle n’est que la fille d’un mal plus profond dont les mangeurs de viande comme les affairés des gros sous sont les porteurs en leur humanité : c’est le désir d’accaparer plus que sa part dont parlait John Stuart Mill en 1859 dans De la liberté[38]: la pleonexia.
   Quoi donc ? — Les yeux plus gros que le ventre…
   Tout compte fait, arrêtons d’être végans, ne parlons plus du malheur des animaux et de notre engagement. Fichons-nous de tout et laissons tout aller à vau l’eau. Et observons.
   Observons les Denhez, les Porcher, Wolff, Ariès, etc., …se calmer, puis se taire, lançant une petite pique de temps en temps sur le capitalisme et l’élevage intensif. Écoutons leur silence, leur satisfaction de ce retour à la normale. Là, tout n’est plus qu’ordre et beauté paysagère, luxe, calme et volupté. Ils peuvent de nouveau déguster le steak en paix…

 

   Ne les changeons pas — changeons le steak.

 

M&K.

 

 

 

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   [1] p.12 in La cause végane. Un nouvel intégrisme ? Buchet-Chastel éditeur — 2019 http://www.buchetchastel.fr/la-cause-vegane-frederic-denhez-9782283032336
   [2] Ibid., pp.14-15.
   [3] Ibid.
   [4] Voir Révolution Sociale et Libération Animale. (Tract par Critical Mess Media, 1995)
   [5] Op. cit. p.7. PUF, 2016.
   [6] Ibid., p.14. Plus : « Le droit animalier est ensemble des dispositions légales et réglementaires portant sur les animaux. »
   [7] Ibid., p.53. Et voir : « Il n’existe pas de livre, et moins encore de Code, regroupant ces dispositions ; elles sont réparties au gré des usages auxquels l’homme soumet les animaux. »
   [8] Ibid., p.55. Et p.76, les auteurs rapportent ce que Marie-Angèle Hermitte indiquait à propos de la « Nature » sujet de droit. Il y a une « contradiction inhérente à la double nature juridique de l’animal, « marchandise » d’une part, « être sensible présent dans son monde » d’autre part. (réf. Directive 98/58/CE du Conseil Européen 20 juillet 1998). » C’est assez évident.
   [9] Op. cit. p.21 (Editions L’Age d’homme, 2017). V. Giroux ajoute plus loin : « […] il n’est jamais acceptable de traiter deux personnes différemment sans raison valable […] » (p.35)
   [10] En référence Corine Pelluchon en introduction à Pascal Durand et Christophe Marie in L’Europe des animaux. Utiliser le levier politique européen pour la cause animale (p.9 — Alma Editeur). Cf. aussi : « La réalité, c’est que la FNSEA est cogestionnaire du ministère de l’Agriculture. » (p.70).
   [11] Ibid., p.27. Une domestication qui a eu un « véritable impact que l’organisation sociale et culturelle des hommes […] les peuples qui ont inventé l’élevage bovin sont ainsi les seuls à être capable de métaboliser le lactose ». Ajoutons qu’au sein de ces peuples, même encore aujourd’hui après quelques siècles d’exercices et de transmission génétique, un très grand nombre demeurent intolérant-e-s au lactose car n’ayant pas suffisamment de lactase, et cela est plutôt normal, aussi faudrait-il plutôt parler de tolérance au lactose, l’intolérance étant la norme biologique basique.
   Même le philosophe Alain Finkielkraut, dont la pensée à l’égard des animaux est pour le moins trouble — et donc neutre car auto-neutralisée — a écrit dans Nous autres, modernes : « […] il ne voit que les opérations et non le malheur des bêtes. Son attention à la machinerie se paie d’une cécité complète à ce qu’elle machine. » (p.279, Folio essais — 2008).
   [12] Ibid., p.29.
   [13] Op. Cit. p.278.
   [14] La cause végane. Un nouvel intégrisme ? p.38.
   [15] Ibid., pp.40-41.
   [16] Ibid.
   [17] Ibid., p.47.
   [18] Ibid., p.52.
   [19] Avec une préface de Malek Chebel, une traduction de Sébastien Sarméjeanne, il faut citer ici quelques extraits cruciaux. Ainsi, dans le Coran Majeed : « Il n’y a pas d’animal sur terre, no d’oiseau qui vole de ses ailes, mais ils sont des communautés comme vous {…} » (Coran 6 :38) » (p.31) « Ces animaux, dont l’homme a toujours été dépendant pour sa nourriture, ont-ils certains droits fondamentaux ? Par exemple, le droit à la compagnie de leurs congénères, le droit à une alimentation appropriée pour les garder en bonne santé, et le droit à une vie naturelle et une mort sans douleur ? » […] « […] devenir davantage bestiaux nous-mêmes. » (p.61) Et plus encore : « Il a déjà été expliqué que le mot « Tayyib », qui se traduit pas « bon », « pur, « sain », etc. signifait pur à la fois au sens moral et au sens physique. Par exemple, la nourriture obtenue par tout moyen illégal ou contraire à l’éthique, tel que soumettre les animaux à des actes cruels durant leur élevage, leur transport, leur abattage, ou porter atteinte à leur bien-être général serait impure et sa consommation serait illicite (Harâm). De tels animaux demeureraient toujours une nourriture interdite (Harâm) même s’ils étaient abattus de la plus stricte manière islamique. » (p.181) Enfin, nous sommes peu nombreux-ses à savoir que dès 1986, la Muslim World Ligue, l’équivalent de l’UNESCO et l’UNICEF, recommandait l’étourdissement. (op. cit. p.257).
   A la suite, on peut tout également citer le travail de Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot dans Le souci de la nature. Apprendre, inventer, gouverner, écrivant, p.105, à propos de L’être humain, questionné en tant que partie intégrante de la Nature dans « Éléments d’une approche historique des rapports être-humain nature en islam » : « […] les animaux également seront rappelés à Dieu (Coran 81 :5 ; 6 :38), ce qui implique l’existence d’une âme animale suffisamment « résurrectible » et durable pour faire face au Jugement dernier, sans que le Coran n’affirme pour autant qu’elle bénéficiera d’un accès au Paradis ou d’une pérennité semblable à celle des humains (réf. Oubrou 2006). » Les auteures soulignent la rupture avec le Judaïsme et le Christianisme en dotant l’animal d’autonomie et de sensation. Ce dernier « connaîtra la résurrection à l’horizon eschatologique. »
   [20] Ibid., p.52.
   [21] Ibid., p.58.
   [22] Pour aller plus on peut citer Jean Baudrillard dans Le système des objets. (la consommation des signes) avec justement, en opposition à la Nature, la Stimmung : « Le projet vécu d’une société technique, c’est la remise en cause de l’idée même de Génèse, c’est l’omission des origines, du sens donné et des « essences » dont les bons vieux meubles furent encore les symboles concrets — c’est une computation et une conceptualisation pratiques sur la base d’une abstraction totale, c’est l’idée d’un monde non plus donné, mais produit — maîtrisé, manipulé, inventorié et contrôlé : acquis. » (pp.34-35) On peut acquérir le monde différemment.
   [23] Voir Yves Bonnardel rapporté par Ophélie Véron dans Planète Végane. Penser, manger et agir autrement (Marabout, 2017). « […] le combat pour les animaux ne doit pas être réduit à un choix de vie personnel. C’est un combat de justice sociale. En ce sens, il ne suffit pas de chercher à convaincre les gens de devenir végétariens ou véganes, il faut faire des droits des animaux une question politique et un enjeu de société. »
   [24] Op. cit. p.39. Et pp.138-139 l’auteur nous parle de la notion d’environnement : « Ce dernier est un concept récent, d’origine écologique, et justiciable, à ce titre, d’un traitement scientifique. Le paysage, quant à lui, est une notion plus ancienne, d’origine artistique, et relevant, comme telle, d’une analyse essentiellement esthétique. Lorsque le biologiste Haeckle (1866) invente le mot Oekologie, c’est un concept scientifique qu’il veut produire. Lorsque Möbius (1877) forge le concept de biocénose, et Tansley (1935) celui d’écosystème, qui va bientôt féconder toutes les théories de l’environnement, ce sont des préoccupations scientifiques qui occupent ces pionniers, et on ne voit pas comment de tels concepts seraient applicables au paysage, sinon par une réduction de ce dernier à son socle naturel. » (Folio essais)
   [25] Ibid., pp.152-153.
   [26] p.73 in La cause végane….
   [27] On peut ici introduire à la pensée d’Helmuth Plessner : « La nature vivante porte l’homme, il en demeure tributaire quelques soient ses spiritualisations, c’est d’elle qu’il tire forces et matière pour chacune de ses sublimations. C’est pourquoi l’exigence d’une anthropologie philosophique pousse d’elle-même à l’exigence d’une biologie philosophique, d’une théorie des lois essentielles ou encore des catégories de la vie. » (p.167 in Les degrés de l’organisme et l’Homme. Introduction à l’anthropologie philosophique, NRF)
   [28] Les véganes vont-ils prendre le pouvoir ? p.22 (Thomas Lepeltier, Editions Le Pommier — 2019)
   [29] Cf. Par-delà nature et culture (Folio essais — 2015). Et voir : « Considérer un animal comme une personne plutôt que comme une chose, par exemple, n’autorise nullement à préjuger du rapport qui sera noué avec lui et qui peut relever aussi bien de la prédation que de la compétition ou de la protection. » (p.205) Sauf à introduire le Droit en lien avec la personne. Et, sur l’affordance chez Jérôme Gibson, que « […] le réquisit de l’action et de la pensée humaines, les cultures ne se présentent plus comme des blocs substantifs et des biens différenciés de représentations et de conduites normatives en attente d’inculcation individuelle, les animaux peuvent être élevés à la dignité de sujets parce qu’ils sont, tout comme nous, des organismes dont les facultés sensori-motrices leur offrent la possibilité d’une emprise signifiante sur le monde […]. » (p.308).
   [30] De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire. (p.307, Folio Essais — 1997)
   [31] Jacques Derrida. Politique et éthique de l’animalité, p.71 (Sils Maria Editions — 2013).
   [32] Editions Le Pommier, pp.5-6 (2018). Défendre l’élevage, même traditionnel, même restreint, c’est défendre une hominisation du monde en opposition évidente à l’idée de « Nature ». F. Mouton ajoute : « p.69 : Tous les animaux domestiques peuvent être considérés comme une invention, une conception, une création et une réalisation humaines. » (p.69) Et : « Les vaches, invention humaine, ont conduit l’auroch à sa disparition. » (p.91)
   [33] La cause végane… p.109.
   [34] Ibid., voir p.110 : « En supprimant la viande de son alimentation, on absorbe moins de zinc, de fer et pas du tout de vitamine B12, des atomes et des molécules indispensables à notre vie qui peuvent se trouver ailleurs, notamment dans les compléments alimentaires créés par l’industrie. »
   [35] Ce qu’on peut retenir de P. Singer et qui est au cœur du véganisme et de l’antispécisme : « […] l’élément fondamental — la prise en compte des intérêts de l’être, quels que puissent être ces intérêts — doit, suivant le principe d’égalité, être étendu à tous les êtres, noirs ou blancs, masculins ou féminins, humains ou non. » (p.72 in La libération animale, 1975 — Petite Bibliothèque Payot)
   [36] Florilège additionnel : « (les paysans seront) la viande in vitro ou en substituts végétaux est avant tout une question de très gros sous. » (p.122) Accorder des droits juridiques aux animaux serait terrible pour une autre raison : « La mise en équivalence de l’homme et de l’animal entraînerait la société vers une relativisation totale. » (p.134) Que Peter Singer est un zoophilie (p.136) Maître Guitton avance que le véganisme égale les « théoriciens fascistes » avec l’idée d’une séparation de la nature et la culture (p.140)
   [37] Ibid., p.128.
   [38] Folio Essais, p.182.

 

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