LETTRE AU MONDE — MEILLEURS VŒUX 2021

     Cher-e-s tou-te-s,
   Le maître-mot de l’année qui vient de s’achever c’est : Zoonose(s). Car il ne faut pas se leurrer. Le coronavirus n’est qu’un phénomène très visible d’une réalité que l’ensemble de notre civilisation continue d’ignorer sciemment : celle de l’exploitation animale à tous les niveaux. Il est bon de rappeler que toutes les maladies humaines sont apparues avec « l’invention » de l’élevage. Qu’est-ce qui a décimé les peuples d’Amérique Centrale après l’arrivée de Christophe Colomb plus que l’épée et le mousquet ? Les maladies qu’on avait en Europe et emmenées avec soi à bord des navires. Les améridien-ne-s n’y étaient pas immunisé-e-s. Eh oui : ils chassaient ponctuellement […], mais ne connaissaient pas la promiscuité de la domestication des animaux. La CoVid ? Une opportunité de réflexion collective qui n’a pas eu lieu, tellement il est plus simple d’élaborer des théories stupides du complot, …d’avoir des pensées magiques et suivre des gourous,  de continuer à consommer de la chair animale, du foie gras aux fêtes, et de s’en torcher le cul avec du papier toilette (si on avait été le plus rapide dans les rayons du supermarché)…
   Pour le coup, 2020 aura été une année noire pour l’éthique animale, puisque confiné-e-s, nous n’avons pas pu faire de marches, de conférences, le travail des associations a été rendu très difficile, ce fut une perte de temps énorme par rapport au trop peu que l’on parvenait déjà à faire pour les animaux. Aux ennemi-e-s de la cause animale, sachez qu’on n’oublie pas la cause humaine et qu’on sait tout le malheur pour des millions d’entre-nous ayant découlé de cette « crise ».  Et l’on compatit.
    A côté de cela, la mise en avant de « personnalités » du véganisme perpétue également l’invisibilisation des animaux. Les créateurs de contenus estampillés « véganes » font-ils vraiment avancer la cause quand ils font des vidéos « retour de course » et quand aucune de leurs interventions n’évoquent la question éthique ? Il vaudrait mieux alors parler de végétalisme. On a constaté encore une fois dans beaucoup de contenus dits militants la mise en avant de l’ego. Les animaux, pourtant, ne sont en aucun cas des faire-valoir. Faire du « contenu » pour les véganes est problématique et cela cache les réalités qui font qu’à la base on fait le choix du véganisme. SVP : arrêtez de chercher l’idole. Force est de constater aussi qu’essayer d’élever le débat à un niveau culturel et philosophique plus large ne fonctionne pas. Nous nous en sommes bien rendu-e-s compte avec l’excellent travail de PEA (conférences ZOOM au printemps 2020) qui n’a fait qu’une audience très réduite, et c’est dommage. Eh oui, même dans ce monde-là il faut « avoir les codes » et faire du « marketing », de la « com », à coups de FAQ et de IGTV… ça ne vole pas haut. Normal, on n’est pas des oiseaux…
   Comme nous avons la grande liberté d’écrire ce que l’on veut vu l’audience ridicule de notre blog malgré nos efforts (encore une fois on ne fait pas ça pour nous), vous dire la peine que nous avons eue à la perte du philosophe Bernard Stiegler dont les travaux, nous semble-t-il, sont porteurs du bon état d’esprit de rénovation du pænser où savoir, technologie, écologie et animalisme ne sont pas incompatibles – même si sur ce dernier point notre tentative d’interpeller discrètement ce penseur à ce sujet aura eu l’herbe coupée sous le pied par son décès. Non, l’antispécisme ne peut pas tout résoudre et n’est pas le seul combat à mener, et non la décroissance n’est ni un but en soi ni non plus une absurdité. Il faut, pour reprendre le mot de Corine Pelluchon, travailler ensemble à réparer le monde plutôt que de se livrer à des guerres de clochers. D’ailleurs vous savez quoi ? Un des échanges les plus sympathiques et constructifs que nous ayons eu grâce au blog et nos bla-bla, c’est avec un éleveur. Merci à toi « Plouc ». Le monde n’est pas manichéen, il est vert de gris.
   Alors certes, l’offre végétale (cosmétique, prêt-à-porter et alimentation bien sûr) s’est considérablement étoffée, mais à qui cela fait-il plaisir sinon aux véganes elleux-mêmes tout en ne restant qu’une offre (voire une niche) de marché supplémentaire, et les charniers des supermarchés demeurent bien remplis, et l’on n’a pas de quoi s’en faire des gorges chaudes. Qui plus est, de nombreuses jeunes entreprises avec une offre végane (restaurants, e-commerces, produits alimentaires) n’ont pas tenu le choc, pas forcément à cause de la crise sanitaire, mais à cause de la modestie même de ce créneau dans la société.
    Il nous reste à espérer en l’efficacité des vaccins (bien que testés dans des conditions qu’on réprouve) pour sortir de ce marasme et rependre de plus belle pour aider les animaux à en sortir aussi, ainsi qu’en la responsabilité individuelle et collective – même si sur ce dernier point nous ne sommes pas très optimistes.
   Alors est-ce qu’on se souhaite encore nos meilleurs vœux, ou on arrête de se raconter des salades ?
   C’est en laissant vivre qu’on se sent le mieux vivants, et qu’on trouve — enfin — sa place, son être-au-monde.
   Bonne année à tou-te-s (?)
   K&M

5 réflexions sur “LETTRE AU MONDE — MEILLEURS VŒUX 2021

  1. Merci pour vos recherches fouillées, vos articles argumentés, votre soutien sans faille à la cause animale. Il faudra du temps, beaucoup trop de temps alors qu’il en manque, mais ne baissons pas les bras, ni les mots. Bonne continuation!

    Aimé par 1 personne

  2. Merci beaucoup ! Oui, un temps précieux de chaque instant, hélas. Merci aussi pour toutes les références artistiques passionnantes, même si ces derniers mois nous avons été moins lecteurs que d’ordinaire car occupés ailleurs. Plein de bonnes choses !
    K&M

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  3. Bonsoir
    Je passe par la et suis touché en plein coeur.
    A vrai dire, parmi les meilleurs échanges que j’ai pu avoir autour de mon métier, il y a ces petites touches anonymes avec vous. Parfois perturbants, parfois bouleversants, toujours riches. La ferme opère un grand virage vers le vivant, avec de premiers semis de blé (consommation humaine) une plantation de forêt, de nombreuses haies… Bref, une décarnisation progressive et flippante.Je dois beaucoup à la semence que vous avez semé dans mon quotidien, le reste, c’est Baptiste morizot et ses braises… (désolé).
    Je vous laisse ici ces images exceptionnelles d’un couple de loutre dans le ruisseau qui borde la ferme, promesse d’une année ou tout n’est pas perdu.

    Je crois que vous avez des projets, soyez surs que mes pensées vous accompagnent sur ce chemin de lumineuses surprises
    Bien à vous.

    Plouc

    Aimé par 1 personne

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