ON MORD LA VIE À PLEINES DENTS NOUS, ET PAS À L’HAMEÇON DU « PLAIDOYER POUR UNE VIANDE SANS ANIMAL » — DAVID CHAUVET ET SA BROCHETTE ARE BACK!

ON MORD LA VIE À PLEINES DENTS NOUS, ET PAS À L’HAMEÇON DU « PLAIDOYER POUR UNE VIANDE SANS ANIMAL »
 
 

 

« Tous les animaux naissent-ils dotés de droits naturels ? Non, bien sûr. »
p.88 in Trois utopies contemporaines — Francis Wolff (2017)
 
 
« Certes, les derniers vestiges du simple bon sens paraissent encore retarder leur triomphe, mais qui peut jurer que demain l’opinion publique ne sera pas prête à réclamer le vote de lois antispécistes calquées sur celles qui répriment le racisme ou l’antisémitisme ? »
p.1342 in Essais — Philippe Murray (2010)
 

 

 
« […] toute espèce a des concurrents, des prédateurs, des parasites, des agents pathogènes qui l’empêchent de pulluler. »
p.53 in Les Limites du vivant (collectif) — Raphaël Larrère (2016)
 
 
 
 
 
 
   Le v’là de retour l’autre espèce de pas assez en danger ! Et même que ça se reproduit à une vitesse folle c’t’espèce, une vitesse telle que nos amis du lobby de la chasse sont obligés de faire une fort belle et bucolique publicité pour dire la beauté de ce noble sport familial — OK : un loisir aussi si vous voulez, le plaisir à l’état pur quoi. Et nous refaites pas la tirade de Dame Nature…, tatata, dès que le soleil darde ses rayons, et nia nia nia. C’est bon, ça suffit les âneries des requins de véganes !
 
plaidoyer...

   Et maintenant quoi ? Ils se forment en banc pour mieux nous cerner ! Hey, mais faut pas se laisser faire là. La dernière fois ce cinglé de David Chauvet voulait nous taxer la barbaque et le premier foie de veau du p’tit ; maintenant il invite ses copains les végans et nous assène une série d’articles façon peloton d’exécution de la viande issue de la bonne chère des animaux, et de surcroît cette brochette-là d’empafés veut nous faire grailler de la viande de culture ! Quèsaco ce truc, put*** de clébard ?!
viande de culture   Bah si tu veux savoir mon blaze, t’as qu’à te lire un article d’autres vegflans sur la clean meat. Y z’en démordent plus de leur bouffe de mer** ces mecs-là. Et puis du genre en plus maintenant ils se pavanent avec des préfaces de chochottes comme celle de Laurent Joffrin — le vieux gars de Libé — qui se la raconte, chiale sur le fait que la consommation de viande à l’échelle mondiale continue de croitre[1] et bave que la viande de culture offre une alternative crédible à l’oppression silencieuse de milliards d’êtres souffrants[2]. Mais y sont-y venus t’en parler directement les bestioles ? Nan : bah m’alors ferme-là, gros nase. Quoi ? …attends il en rajoute, du style euh : « […] la viande de culture peut devenir un atout dans la recherche d’une meilleure relation entre les humains et la nature, qui ne soit plus une prédation mais un partenariat respectueux. » (pp.13-14)… et là-dessus toute la troupe se tape le luxe d’une postface d’une nana cheloue, philosophe de mes deuzes, féministe et animaliste l’autre, qui vient nous cracher en pleine poire qu’on ne peut certes pas éradiquer toutes les souffrances qui frappent les animaux du fait des humains, mais c’en est une part considérable qui doit cesser de sévir[3]. Sont gonflés ceux autres bizarres quand même !
   Et cette fois, le David chauvin des animaux codirige le bouquin avec un autre tordu de végan en provenance des bas-fonds universitaires ; tu sais : le gars qu’à pas de cals aux mains ni de poils au c** si tu veux mon avis quoi. Ce timbré c’est Thomas Lepeltier. Avec un tel nom de biscotte tu m’étonnes qu’il clape pas de jambonneau ni du rumsteck ; encore un zig qui fait sa bonne femme. Bref ; pour ces mecs c’est bien une révolution qui se profile à l’horizon : — rien que ça mes truffes ! et — il sera bientôt possible de manger de la viande sans tuer d’animaux ![4] Et comment vous allez faire ça ? En vous bouffant la viande du cul-ture ? Arf ! Trop souples : végans et contorsionnistes, mieux : autophages ! Bon appétit les gars ! c’te blague ! Bon courage pour exposer aux viandards que nous sommes vos pitoyables arguments les plus importants sur cet enjeu majeur pour la condition animale[5] [!].
   Bon, franchement ? À partir de là, si t’es un peu lucide dans ta caboche de temps en temps, genre avant l’heure de l’apéro si t’es pas trop dur de la feuille, t’es obligé de reconnaître que y’a des « arguments » pas mal dans les textes de la brochette réunie par Chauvet et la Craquotte. Ça me fait mal au derche de le dire, et jamais je voudrais lâcher le moindre morceau de boucané tu m’entends, mais c’est vrai qu’en France comme ailleurs, on descend bien plus dans la rue pour défendre le climat qu’on ne le fait contre l’élevage intensif ou plus généralement pour la cause animale[6], comme écrit Chauvet. Vrai qu’on est de la nique aussi chaque fois. On achète toujours un truc…, la moindre saucisse cocktail tu la payes à un système qu’est celui qu’on sait et qu’est loin d’être parfait, les gilets jaunes sont pas descendus dans la rue en 2018 pour faire une teknoparade pardi. Ariès et Porcher, pour ne parler que de ces deux braves garçons, sont pas toujours super francs du collier et craignent un peu sur les bords tu vois. Nous font passer, nous les mangeurs de viande, pour des hypnotisés de la carafe des fois. L’argument qui m’a troué l’arrière-train c’est quand Chauvet balance que les antispécistes [nous] demandent pas de renoncer à la viande, si elle ne tue plus d’animaux — en tout cas pas les auteurs de ce plaidoyer[7]. Tu veux qu’on réponde quoi à ça sinon que c’est le grand capital financier qui va faire leur viande de culture tout en sachant que ce que tu racontes à ce moment-là c’est quand même un peu de la mer** ? Là-dessus un vioc du nom de Yves Bonnardel sort de la brochette pour clamer que leur viande in vitro ce sera quelque part « le cauchemar du carnivore » à cause comme disait un vieux pote à lui qu’on a « le goût du meurtre » (cf. p.56 & p.59, « Refusera-t-on la viande de culture pour rabaisser les animaux ? »). Purée, j’ai failli en verser une. Bah si : c’est un dilemme quoi. De la vraie viande mais pas vraie au sens des bêtes qu’on flingue. Et puis ça me tue qu’on puisse me traiter d’assassin, limite je me dis qu’en bouffant de l’agneau c’est un peu comme de buter et d’enterrer une petite de Guermantes, sueurs froides garanties. Bon, alors je tente de pas me laisser trop impressionner par la brochette. J’y ai réfléchi du coup. Je me dis comme ça que c’est peut-être pas trop vrai qu’on à ce goût du meurtre, c’est pas forcément une volonté ni un kif, mais qu’on prend notre pied en mangeant ce qui nous est biologiquement possible de manger et qu’on sait qu’on est fragiles tout pareil, je veux dire démantibulables nous aussi quoi, alors on est ébahis, tout contents d’être encore en vie grâce aux animaux qu’on se tortore. En somme, c’est presque plus fort que nous cette surprise de mordre la vie à pleines dents, enfin selon moi hein. Bonnardel enfonce le clou. Selon lui notre morale humaniste tient la vie humaine pour sacrée[8] — c’est une hypocrisie car on refuse l’euthanasie aux gens qu’en peuvent plus, alors tu imagines les animaux ce qu’on peut s’en tamponner le coquillard alors qu’ils sont aussi des êtres vivants sensibles ?
   Ensuite la brochette n’a plus qu’à finir la menuiserie. Elise Desaulniers (une québécoise) nous met face à des réalités qu’on ne peut pas nier à moins de passer pour la dernière des nouilles, comme quoi la domestication, une activité humaine qui modifie le génotype et le phénotype dans la plupart des cas, est considérée comme très peu préjudiciable à la naturalité[9] […], et là on fait comment pour défendre l’élevage quel qu’il soit ? Bah c’est pas évident, ou alors tu chouines sur les emplois, les filières, l’économique, le social juste humain et rien d’autre. Dans ce cas peut-être bien que c’est quasiment tout le système qui est archaïque mon pote. Tout est centré sur la bouffe et au cœur de ça sur la viande d’élevage en réalité, et si elle est obsolète comme l’avance Axelle Playoust-Braure, une pote à Bonnardel, nous les viandards faudra p’t’être qu’on y pense un peu plus et qu’on s’y colle à leur viande de culture… pouah ! ça me débecte un peu mais ça se trouve c’est bon tout pareil ? Elle dit que si des opportunités de mieux se nourrir se présente[nt], il semble raisonnable de s’en saisir[10]. Elle appelle ça « changer de paradigme » et en gros on est des gros coincés du bulbe nous autres viandards faut croire, parce qu’on flippe de changer quoi que ce soit à nos habitudes[11]. Pour Playoust-Braure, l’élevage n’est tout bonnement pas adapté aux enjeux sociaux contemporains[12] — on n’est pas dans la mouise alors ! Y’en a du taf !
Viande-artificielle   Après ça la Craquotte, enfin Thomas Lepeltier, finit de régler ses comptes avec nos Ariès, Porcher et autres Digard-Bigard-vous-avez-dit-bizarre, et leur répond en substance — t’as vu je cause bien des fois hein ? — que les éleveurs élèvent, tuent et vendent bien des animaux pour gagner leur vie[13]. Marque un point la Craquotte… rêve de la déconfiture de la viande telle qu’on la connaît encore aujourd’hui.
   OK les mecs, faut pas qu’on faiblisse ! La brochette est meilleure qu’on pensait mais on peut pas l’avaler d’un coup comme une couleuvre sans réagir ! Arrive le vieil ami à Bonnardel : David Olivier, un maboule qu’est passé chez Dechavanne y’a longtemps et qu’a pas manqué de passer pour un antispéciste…, non attends, l’inverse… enfin bref, d’accord, lui il défonce même les végans. Des Scuds dans leurs faces il leur envoie ! Il écrit : « […] l’abstention personnelle de la consommation des produits animaux devrait être une simple conséquence de notre animalisme […] » (pp.148-149 in « La viande de culture face au tabou de la viande ») et perso leurs affaires de végans ça m’dépasse. J’vous laisse dormir là-dessus, vous direz si la nuit porte conseil. Et évidemment à la fin de la brochette certains Alexandre Baron et Nicolas Salliou nous éclatent à coups de machins super factuels, que t’as plus qu’à Ô moins laisser sa chance à la viande de culture histoire de voir et pas mourir idiot, comme quoi on utilise des bioréacteurs pour la fabrication de vaccins, d’antibiotiques ou encore de bière et de yaourts[14], genre alors c’est pareil pour la bidoche et on dit pas j’aime pas quand on n’a pas goûté. En plus, ils t’expliquent que c’est aussi vachement important pour « sauver la planète », que ça reste vivable quoi. Même un petit élevage tout mignon ça craint, c’est comme une centrale nucléaire qui fuit, tu perds ton fric, ton énergie, et ça peut te péter à la gueule, les animaux sont de mauvais convertisseurs d’énergie[15]. Sûr que je veux être vacciné moi et que je regarde pas comment c’est fabriqué. Tant qu’à tabler sur des bioréacteurs, mieux vaut qu’ils nous fabriquent de la viande plutôt que des vaccins, vivement que ce Covid nous empêche plus de pulluler tu vois. L’autre jour à la téloche, Michel-Edouard Leclerc disait à Taddéï qu’y’a pas eu de cluster dans les supermarchés ni même au boulot en général… mais en famille ou à l’abattoir. Ça fait gamberger je trouve.
   Bon moi j’abandonne, tant que je vais pouvoir m’en mettre plein la panse je vais pas trop hésiter, mais d’avance j’ai pigé que ça sent le roussi, autant y aller à la viande sans animal, si c’est pas pire que le système actuel déjà mec qu’est-ce qu’on perd ? Et si c’est hyper bon ? Les gros végétos à l’ancienne y resteront avec leur tofu et leurs lentilles corail on s’en tape. Nous, on mord la vie à pleines dents ! Si grâce à la viande de culture ça pouvait continuer longtemps, mec je prends !
thomas-lepeltierd. chauvet   Faut aussi que je t’avoue : l’autre jour je vais chercher ma môme à la bibliothèque. Bon, je titube un peu — ouais ferme la va ! —, bourré ou étourdi par la lecture du bouquin à Chauvet, Lepeltier et la brochette je sais plus, et dans un rayonnage je me tape et je fais tomber un livre. Le machin est par terre, je vais pour le ramasser et comme il est ouvert je lis au hasard, au début sans y penser : « Même les animaux sont assujettis à l’émotivité et à l’angoisse. » C’était d’un certain Helmuth Plessner, Les degrés de l’organisme et l’Homme. Introduction à l’anthropologie philosophique, un truc comme ça. Au moins, j’ai pensé alors, la viande sans animal, elle, elle angoissera jamais. Et là, …là j’ai commencé à angoissé pour eux.
 
 
M.

 

 

abattoirs

   [1] Plaidoyer pour une viande sans animal, p.10 (PUF — 2021).
   [2] Ibid., p.11.
    [3] Ibid., p.186, Françoise Armengaud : « Culture versus barbarie ».
   [4] Ibid., p.16
[5] Ibid., p.25.
   [6] Ibid., p.45 : « Les « idiots utiles » de l’élevage intensif ».
   [7] Ibid., p.51.
   [8] Ibid., p.67.
   [9] Ibid, .p.87 : « La viande de culture, parce qu’on peut tout changer, sans rien changer. »
   [10] Ibid., .p.97 : « La viande d’élevage est obsolète. »
   [11] Et voir p.105 sur le biais de statu quo, un fonctionnement cognitif qui permet d’accorder une préférence exagérée à l’état actuel des choses.
   [12] Ibid., p.110.
   [13] Ibid., .p.117 : « La viande de culture n’est pas capitaliste — ou pas plus qu’une autre. »
    [14] Ibid., p.170 : « Une opportunité majeure dans la lutte pour la biodiversité et le climat. »
   [15] Ibid., p.172.
 

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