7 ANNÉES DE BLOG — UN BILAN DE L’ÂGE DE RAISON ? — TOUT CE QU’ON PENSE DE LA MOUVANCE ANIMALISTE À CE JOUR

   7 ANNÉES DE BLOG — UN BILAN DE L’ÂGE DE RAISON ?

 

 

« […] l’homme est le seul animal qui refuse d’être ce qu’il est. »
cité par André Benhaïm p.225 in Zoopoétique. Revue des sciences humaines, n°328 (décembre 2017). Cf. Cave felem, Camus et “le règne prochain des chats” (en réf. aux Carnets d’Albert Camus [avril 1948], IV, p.1123).

 

 

Cher.e.s tout.e.s
   Le mercredi 23 mars, nous autres avons fêté le septième anniversaire de notre blog K&M Les Veganautes. Eh oui ! le temps passe sacrément vite. En sept années il s’en est passé des choses dans notre vie et dans le monde. En ce qui concerne la cause animale, « aussi » disons, mais enfin… pas de quoi fouetter la queue d’un chat. Ça tombe bien, on ne leur veut pas de mal aux chats, pas plus qu’aux autres animaux. Tout ça pour dire qu’on n’a rien fêté du tout pour le coup. En plus, le contexte géopolitique étant ce qu’il est, on est inquiet.e.s pour les animaux des zoos d’Ukraine comme à Kiev, autant que pour ce qui arrive au malheureux peuple ukrainien. C’est qu’on en regretterait nos récents successifs confinements !
   Sept années de blog donc. Vu qu’on a énormément espacé nos publications ces derniers mois, cela méritait tout de même, pour nos fidèles abonné.e.s WordPress comme pour celleux qui nous ont suivi.e.s sur les réseaux sociaux, quelques petites remarques et mises au point. Ci-dessous nous donnons les noms des personnes volontairement publiques et pour les autres seulement leurs initiales ou masquons le nom de famille. Bien, on va tenter de vous la faire pas trop longue et dans l’ordre à  peu près chronologique. Let’s go — shinny vegan people !
   Donc fin mars 2015, nous ouvrons ce blog avec pour ambition de prolonger le partage de recettes véganes comme nous avions commencé de le faire via notre profil Facebook puis rapidement via la page FB connexe à notre blog. C’est surtout grâce au dynamisme et aux partages d’Armelle B. qui animait la page FB « Vivre vegan » que nous avons pu prendre pas mal d’élan au sein de la communauté animaliste en ligne. K. faisait des recettes originales ou bien encore des végétalisations de plats issus de l’alimentation traditionnelle carnée, et assez vite M. s’est mis à produire des articles de lectures sur la cause ou la thématique animale (essais, romans), et plus K. proposait des recettes, plus M. enchainait les lectures et postait des articles — écriture qui a pu se faire aussi de temps en temps à quatre mains. Franchement, était-ce une bonne idée ce mélange des genres façon trucs de cuisine et machins « intellos » ? On ne sait pas trop. Toujours est-il qu’assez vite nous avons stagné en termes de vues sur le blog, excepté vers 2018-2019 où nous recevions des visites américaines et hongkongaises bien plus importantes que les françaises ou francophones, jusqu’à l’apparition du covid-19. Nous échangions vraiment beaucoup avec les un.e.s et les autres via FB, de sorte qu’on s’est laissé dire qu’on nous trouvait très présent.e.s, et certain.e.s d’entre vous, vu que nous n’avons jamais diffusé une image de nous-mêmes, ont commencé à se demander sérieusement : mais qui sont les Veganautes en réalité ? Est-ce qu’il s’agit de personnes connues au sein de la cause animale et qui jouent à ce jeu de l’anonymat pour on ne sait quelle raison ? Bref, si sur internet nous avions pris le parti de ne pas nous montrer pour ne laisser visible que notre contenu ayant trait aux animaux, on n’a pas rechigné, parfois, à rencontrer du monde lors des Vegan Place, de la Marche pour la fermeture des abattoirs ou d’autres événements, et pris du plaisir à faire ces rencontres, parfois fort belles, et le cas échéant à nouer quelque amitié.

 

Une première expérience avec l’AVF
   En 2015 Sébastien Kardinal — qu’on ne présente plus — faisait quelques recensions de blogs dans le magazine de l’Association Végétarienne de France. Un dimanche matin il nous écrit via le chat Facebook, nous propose de mettre en avant notre blog, bref il nous fait une petite interview par internet, on y répond et plus tard on figure bel et bien dans le prochain numéro du mag’ de l’AVF. Kardinal, qui nous avait demandé nos prénoms en passant, les avait même mis dans son texte ! On aurait préféré que non, c’était pas pour rien qu’on s’appelait partout juste K&M. Dans le même temps, ni le nombre de lecteurs de ce magazine ni son influence n’ont changé grand-chose à nos vues WordPress. Eh oui : tout ce qu’on a toujours publié étant absolument gratuit, pour nous seul le nombre de vues compte, dans le sens qu’être beaucoup vu nous fait plaisir en retour, nous donnant au moins l’illusion de faire quelque chose d’utile à la cause, …un tantinet quoi. Mais c’était sympa malgré tout, même si on a eu très tôt le sentiment d’avoir servi.e.s de bouche-trous et que Sébastien Kardinal n’avait pas grand-chose sous la main à ce moment-là. D’ailleurs pour être honnêtes, croisant Sébastien lors du premier Veggie World à Paris au Cent Quatre, nous sommes allé.e.s le voir pour le remercier comme il se doit. Visiblement nous dérangions, lui préférant s’abîmer dans sa contemplation d’un truc ressemblant à cette « pornfood » qu’il aime tant. Bon, on s’est fait vertement snober, basta quoi. Ne rien nous dire non plus, en général faut pas nous le dire deux fois. K. travaillait alors dans le quartier où vivent Kardinal et Laura VGP. Tu penses bien que lorsqu’on les a croisé.e.s dans la rue, un paquet de fois, on n’a plus jamais tenté, là ou ailleurs, la moindre salutation. Les dents ça sert, mieux vaut éviter de se les casser.

 

De Yes Vegan à donf aux Bêtes humaines
   C’est Barack Obama, euh !… Catherine Hélayel, l’autrice du fameux Yes Vegan, qui aura pas mal contribué à la diffusion de nos articles. Nous nous étions juste croisé.e.s à Val-de-Fontenay lors d’une conférence de La nuit avec un moustique, en juin de la même année, là où l’on a fait la connaissance de Patrick Llored à qui nous transmettions le bonjour de la part de Méryl Pinque (iels ont collaboré pour l’ouvrage Bêtes Humaines) qui elle aussi nous témoignait de l’intérêt et partageait dès lors sans faille et jusqu’à aujourd’hui chacune de nos publications. Plus tard en échangeant avec Catherine sur FB, nous décidâmes d’aller la voir au stand de son éditrice Andonia Dimitrijevic lors de la Veggie Pride. On peut dire que très vite une amitié toute simple s’est faite entre nous et on s’est revus pour toutes sortes d’occasions. Et encore une fois Catherine tout comme Méryl, et un peu plus tard Patrick Llored, ont tellement aidé par leur appréciation à mettre en lumière nos recettes et articles, que sans doute sans elleux nous serions finalement vraiment passé.e.s totalement inaperçu.e.s.

 

Un bref topo du résultat
   Avant de poursuivre, on a fait les comptes de nos divers travaux de bloggeurs durant ces sept années. K. a réalisé plus de 220 recettes mises en ligne gracieusement sur le blog puis sur Pinterest. M. a publié 193 articles, dont 54 sont des « véganosophia », sortes de thèmes ou thèses philosophiques ayant pour centre la cause animale. À côté de cela, nous avons émis 133 billets d’humeurs pour y parler de sujets un peu plus « à part » ou bien présenter de la bande dessinée liée au sujet du blog par exemple. Nous avons voulu créer notre véganothèque en recensant tous les ouvrages lus pour nos recherches animalistes. Sans compter les livres de cuisine qu’on a rapidement cessé d’acheter, de consulter ou de mettre en avant, nous avons lu en 5 ans environ, en plus de nos lectures ordinaires, 71 romans, 81 essais de philosophie, et 104 livres classés en science et/ou sociologie et les avons référencés. Pour chaque livre nous avons écrit notre propre « quatrième de couverture », d’ailleurs le site la Blogothèque animaliste nous a emprunté pas mal de références non sans nous avoir consulté.e.s au préalable — ce qui n’est pas le cas de ce site Vegan France à l’époque, ne citant pas ses sources d’informations (nous en l’occurrence). Le succès, les ami.e.s, c’est le succès voilà tout !

 

Justement : nos trois grands grands grands succès de dingue
   À quoi ça sert que K&M se décarcassent ? La recette la plus vue et partagée de K. ? Le Kebabakool, notre sandwich grecque aux PST, un régal d’accord, mais ce n’est pas le plat qui rend K. la plus fière. Joël Roessel, le découvreur de l’aquafaba, nous avait fait l’honneur de transmettre au journal 20 Minutes notre île flottante inspirée par son idée géniale. L’ayant rencontré lors d’un spectacle (il est ténor de métier), nous pouvons témoigner de sa gentillesse et regrettons que presque personne ne le cite désormais quand on parle de l’eau de cuisson des pois chiches montée en neige.
   Timing oblige, notre article fracassant le Guide du vegan en France du Petit Futé a énormément été vu et partagé au moment de sa promotion pile lors du Veggie World parisien d’octobre 2017.
   Nous étant mis à la vidéo en abordant divers angles comme celui de l’art, de la cuisine ou du pastiche, notre réussite c’est une parodie du film Orange mécanique (cf. Animal mécanique), totalisant en mars 2022 plus de 21500 vues. Franchement rigolez pas, comparativement au reste, pour nous c’est comme recevoir un Oscar sans gifler qui que ce soit au préalable.

 

Parler avec du tofu pour ne rien dire
   Au fur et à mesure de nos publications et échanges via les réseaux sociaux, des personnes sont venues nous trouver, notamment pour des collaborations. C’est le cas de Barbara Vasseur qui a fondé le webzine Le Tofu Te Parle. Sinon dire que ceci nous a obligé à sortir de notre bulle végano-végane pour contacter et interviewer le scientifique et écrivain Jean-Baptiste de Panafieu, eh bien l’investissement n’en a pas vraiment valu la chandelle. Écrire, à ce qu’il nous semble, des textes qualitatifs et sourcés pour LTTP n’aura rien apporté au blog de K&M. Qui plus est, non contente de nous avoir copieusement entretenue.s. en privé à propos de ses TCA ou divers problèmes personnels, la fondatrice du Tofu Te Parle a fini par supprimer tout ce contenu, y compris également les travaux conséquents de ses autres collaborateurs-trices. Heureusement qu’on garde des archives, ça nous fait des souvenirs.

 

Une seconde expérience avec l’AVF
   On suppose que la présidente de l’AVF, Élodie Vieille-Blanchard, a dû apprécier certains de nos articles. Un beau jour de 2017 nous avons été contacté.e.s par S. C. qui bossait pour le magazine de l’association. Il nous a été demandé de présenter des bouquins, mais attention : en exclusivité bien sûr, pas question de faire de la redite ou du doublon de ce qu’on publiait déjà sur K&M Les Veganautes. D’accord, on s’est assis.e.s sur quelques trucs qu’on aurait pu écrire chez nous, mais ça pouvait être sympa ce travail ensemble. La vérité est ailleurs, comme diraient Mulder et Scully. À chaque fois qu’on a proposé un article il était : trop long, trop compliqué, trop détaillé, pas écrit comme le magazine le souhaite, etc. Donc M. rognait, coupait, diminuait le texte jusqu’à la substantifique moelle où en deçà, bah on aurait plus rien dit du bouquin en question. Un beau jour, marre de ces salamalecs, M. écrit un tout petit texte en assemblant des bouts de phrases piquées sur des sites à droite à gauche, histoire de voir, et là la réaction de S. C. a été : « C’est parfait, on touche à rien. » Tu m’étonnes S., c’était du repiquage éhonté de textes assez pauvres, il n’y avait plus rien de personnel là-dedans, à se demander quel intérêt il y avait à faire ce genre de « boulot » et qu’en plus il devait juste y avoir trois pelés et un tondu à lire ces trucs. On a démissionné de ce bénévolat pour retrouver notre liberté d’écrire, longuement et douloureusement s’il le faut, mais au moins en étant nous-mêmes. Hormis avoir appris l’esprit de synthèse le plus sec qui soit en écriture, cette seconde expérience avec l’AVF se sera avérée inutile pour tout le monde, pénible, et sans reconnaissance ou remerciement de la part de qui que ce soit du début à la fin (excepté un gentil mail d’Elodie à notre départ). Des non-humains, eux, auraient à coup sûr été plus reconnaissants. On leur a quand même fourni un bel entretien avec Virginia Markus, lequel a failli être tronçonné avant publication. S. C. : « C’est vous pour l’écriture inclusive ? » Nous : « Non, c’est elle. » S. C. : « Ah bon, mince… bon bah on va laisser comme ça pour cette fois… ». La philosophe Florence Burgat nous a également fait l’honneur de répondre à une interview que nous avions concoctée pour Alternatives végétariennes afin d’y apporter un propos conséquent, c’est-à-dire factuel et hors militance de façade.

 

Vegan marave-t-on ?
   Quand on œuvrait pour Le Tofu Te Parle, c’est le cinéaste corse Magà Ettori qui a un jour pris contact avec nous. Il se disait — lui contrairement à l’AVF — fan de notre manière d’écrire, et il aurait aimé qu’on travaille ensemble. À l’époque on allait courir de notre côté les week-ends, pour ne pas être trop pourrie.s, et on s’est dit « ok, allons voir de quoi il retourne avec ce concept de Vegan Marathon ». On passera sur le fait que l’auteur antispéciste et coureur de marathons Jérôme Ségal  nous aura entre-temps bien fait comprendre qu’un gros bonhomme comme Magà ça donne une mauvaise image du sport et des marathoniens en particulier. Cet auteur universitaire ambigu aura aussi massacré la cuisine du Gentle Gourmet en prétextant qu’on y vendait des oreos dans les desserts et conseillant à Martin Page d’aller manger vegan ailleurs… dans un établissement parisien réputé mais tout ce qu’il y a de plus classique (carniste). Bref, lors du marathon de Paris 2017 on part filmer Magà, on fait une vidéo, une belle histoire en images aussi pour le webzine LTTP, etc ; ensuite K. a fait une recette de petit déjeuner aux couleurs du Vegan Marathon, c’est encore visible sur notre chaine YouTube. Toutefois, étant donné que les films estampillés « vegan » par Magà Ettori n’étaient soit pas visibles en VOD soit ne sortaient tout simplement jamais nulle part malgré moult effets d’annonces, nous en avons tiré la conclusion que, nonobstant sa bonhommie, le cinéaste nous faisait peut-être justement un peu trop de cinéma, de belles promesses et puis ciao pantin. Depuis nous avons vu qu’il surfe sur le climat, les antivax, vaguement dans le complotisme également, et qu’il annonçait le décès d’Yvan Colonna longtemps avant qu’il ne soit véritablement mort. Là encore, on a le sentiment de s’être un peu fait marave, gentiment quoi…

 

Radio Paroles d’Animaux
  Écoutez cette webradio, elle est extra. C’est fou le nombre de chansons parlant de animaux de près ou de loin que son sympathique et très engagé créateur Daniel Jacob a dénichées. Un jour on s’est rencontrés à la superbe exposition du photographe végane Ludovic Sueur à Paris, en 2017 toujours. Daniel nous demande alors si on se connait, qu’est-ce qu’on fait de beau dans la vie de la cause animale, tout ça tout ça. Plus tard nous voilà embarqué.e.s pour…, on vous le demande en mille : une collaboration, gagné ! vous êtes trop fort.e.s. Nous, on a proposé des chroniques littéraires à écouter, des podcasts en somme. C’est passé. Sans promo, sans effusion de remerciements pour ces bouquins dont on parlait en exclusivité pour RPA au lieu de notre blog. On s’est bien amusé.e.s à le faire cela dit, en tachant de produire quelque chose d’original à chaque fois, une pièce unique dans le titre, mais aussi dans le style. Évidemment, cela ne vous surprendra plus, ça n’a intéressé personne manifestement, et comme Daniel prenait ce qu’on faisait sans non plus montrer plus que cela du plaisir là-dedans, eh bien nous avons fini par arrêter. Lire un livre, prendre des notes, écrire une chronique, la jouer à deux, corriger ses erreurs de dictions ou autres puis compiler le fichier MP3 final pour l’envoyer à la radio, cela nous prenait beaucoup de temps. Pour rien visiblement, donc stop : CQFD.

 

Réseaux asociaux
   Durant ces quelques années, nous avons pratiqué les réseaux sociaux, surtout Facebook. Nous n’avons pas aimé Twitter. Naïvement au départ — nous qui avant 2015 n’utilisions internet que pour nos emails personnels — nous pensions pouvoir y échanger, y partager, voir y débattre sérieusement. En réalité il n’en est rien. Force est de constater que les personnes les plus actives sur ce média y font principalement de la polémique stérile. Rarement les discussions y aboutissent à du consensus, c’est plutôt la foire d’empoigne, l’invective, etc. Entre les agent.e.s de la « police végane » et les antispécistes libéraux y exerçant une forme d’emprise intellectuelle peu nuancée et servant à certain.e.s pour y asseoir leur business éditorial, nous n’en avons rien tiré de bien bénéfique pour la cause animale. Nous comprenons mieux encore la réaction définitive de Gurren Vegan, même si pour nous il n’est pas question de faire disparaître notre travail pour la cause. Il faut dire que le problème, comme tous les problèmes d’ailleurs, y est humain. Les gens sont trop égocentriques, ils s’y déversent souvent tout plein de leurs névroses, de leurs croyances en des mystiques (« spiritualités ») peu subtiles, le milieu vegan étant très perméable à toutes les sornettes issues de la culture alternative marchande soi-disant hors système. C’est là qu’on y croise les dévots des pourvoyeurs de jeûne et vendeurs d’extracteurs de jus made in china, des fabricants de « foie gras » végétal vantant la sagesse et le « retour à la nature » en omettant bien de parler de leurs réseaux de carrière, que ce contexte est pour elleux un merveilleux filon dont il convient de faire au mieux profit. Et si vous dénoncez cela, eh bien oui il y a dans vos « ami.e.s » Facebook des gens qui ne manqueront pas de vous balancer auprès de ces personnes qu’iels adulent. Car, en vérité aussi, tout est là : chacun.e y cherche l’idolâtrie. « Loin des yeux loin du cœur », dit le dicton. Nous en avons fait la vivante expérience. Ne pratiquant pas la selfie-attitude, nous ne sommes pas parvenu.e.s à intéresser grand monde. Encore une fois, on n’exclut pas qu’on puisse penser que nos recettes ou articles sont possiblement de mauvaise facture. Toutefois, il nous semble bien avoir vu pire ailleurs mais rencontrant du succès. De nos diverses tentatives de traiter de la question animale (via la cuisine, l’art, la philosophie, etc.), nous avons bien compris que le public aime celleux qui se montrent et se racontent à l’envi, quand notre crédo a toujours été, à l’inverse, que nos productions et propositions devaient toujours mettre uniquement la condition animale en avant. En conséquence, et puisque depuis 2018 la politique des pages FB ne permettait plus de visibilité, sauf à payer pour cela, nous avons d’abord fermé définitivement notre page, puis peu à peu abandonné le profil. Nous n’avons jamais trouvé épanouissant de devoir « copiner » et caresser autrui dans le sens du poil sans arrêt pour que peut-être en retour on partage nos publications. C’est sans s’éterniser sur celleux qui savent tout sur tout le monde, vous disent du mal d’un.e. tel.le et plus tard sont cul et chemise avec, et l’on se demande ce qu’iels auront bien pu baver sur vous. C’est sans compter les commerçants de l’éthique qui voient dans l’affairisme de la santé et l’autocentrisme la solution à tous les maux des animaux, pourvu que tourne le marketing, et sans s’étendre sur le pillage des recettes qu’on retrouve sur YouTube. Citez au moins vos sources, ça restera gratuit même pour vous !
   Cela dit, il y a eu de belles rencontres, notamment quand elles se sont concrétisées dans la vie réelle. On pense à Joël Roessel, à Fabien et Virginie, à Maryse L., Laurent Louis le boulanger, les gens de Droit des Animaux, celleux de Rêv’Animal, du CCE²A, Ludovic Sueur, Bruno Blum et le street artiste et mosaïste Invader.

 

Politique
   La cause animale est éminemment une question politique. Elle touche à la perception que nous avons du monde dans son ensemble et nous oblige à réfléchir sur notre représentation du monde et des vivants tel que nous voudrions y vivre.
   Par les contacts privilégiés que nous avons développés grâce au blog, nous avons été parmi les premiers à être informé.e.s de la naissance du Parti Animaliste. C’était une très bonne nouvelle. Si nous partageons les objectifs fondamentaux du PA, nous déplorons en un sens la ligne transpartisane choisie par ce parti. En effet, pour nous, défendre les animaux et l’idée de libération animale, cela va de pair avec une critique biopolitique de l’ultralibéralisme dont l’exploitation des vivants — humains et non-humains — est le cœur systémique. Cela signifie qu’on ne peut, sous couvert de ne travailler qu’à mettre la lumière sur la maltraitance animale planétaire, se couper de la critique de la misère humaine qui en est consubstantielle et potentiellement — historiquement — la cause ontologique existentiale. Le transpartisanisme ne tient pas dès lors qu’il est impossible de penser la vie animale et sa souveraineté indépendamment de la vie sur Terre sous l’égide de l’industrieuse hégémonie humaine. On l’a déjà dit ailleurs : la zoopolitique n’est sensée qu’en en faisant une lecture parallèle aux questions de lutte des classes, d’écoféminisme, etc., ancrées dans un véritable projet de civilisation qui ne peut se satisfaire ni de soutiens et encore moins d’alliances avec des électorats ou partis réactionnaires et xénophobes, ou bien encore pseudo-progressistes libéraux technocentrés. L’éthique est plus précieuse que cela. Elle suggère l’abolitionnisme et une forme de véganarchisme écommuniste à construire, autrement dit une vraie pensée radicale de gauche rompant avec les atavismes historico-capitalistes où les êtres vivants n’ont de valeur que marchande, même morts.
   À l’approche de l’élection présidentielle 2022, il n’existe, à notre avis, qu’un seul parti se rapprochant de notre idée, et qui ait un programme élaboré sur ces questions face à la nécropolitique financière et l’urgence climatique. Sinon vous pouvez toujours voter Pépette. Elle ne promet rien mais elle ne vous fait jamais défaut.

 

De vous à nous
   En attendant de voir si ce monde peut advenir, même si on a peu d’espoir, il est temps de vous laisser pour cette fois avec une petite histoire. Dans les années 2000, nous avions sympathisé avec une collègue de K. et son ami. Comme nous, ils ne voulaient pas d’enfants, surtout elle, car pour eux le monde n’avait pas beaucoup de choses positives à offrir à une descendance. Plus tard ils changèrent d’avis, et à l’annonce qu’elle était enceinte leur comportement à notre égard a changé lui aussi. Nos amis s’éloignaient de nous en se projetant vers leurs futures aspirations et responsabilités. Nous décidâmes, plutôt que de faire semblant de ne rien voir et de n’être pas nous-mêmes, de clore cette amitié poliment sans les accabler. Un jour l’ancienne amie qui n’avait peut-être pas vraiment perçu sa désaffection à notre égard, nous a envoyé un email. Elle y disait avoir vu La planète sauvage (1973) de René Laloux et Roland Topor, adaptation du roman de Stephen Wul Oms en série. Pour elle nous étions comme ces petits oms dont les grands humanoïdes, les draags, usent à la fois comme des esclaves et des jouets. Elle nous trouvait, disait-elle, tout autant perdu.e.s et inadapté.e.s dans ce monde-ci. C’est un peu quelques fois ce qui est arrivé avec nombre de véganes que nous avons croisés depuis que nous nous sommes engagé.e.s au quotidien contre l’exploitation animale. C’est que les rapports humains manquent cruellement de constance et ce qui chaque fois pour nous semblait avoir de l’importance n’en avait finalement pas tant que cela pour les autres. Désormais nous vivons en province et plus en banlieue proche de Paris. Nous sommes revenu.e.s au plus simple noyau familial que nous formons ensemble où, hormis Pépette qui nous a adopté.e.s plus encore que l’inverse, nous évoluons seul.e.s et discrètement au sein de ce monde qui n’en finit pas de s’entredévorer. Et concernant la cause animale — pour nous un peu aussi c’est vrai, mais c’est un détail — on a le sentiment que les animaux sont d’éternels Sisyphe, et que pour les aneu logon, les sans-voix, et les militant.e.s, on n’en finit pas de devoir pousser encore et toujours son énorme bloc de tofu vers l’inatteignable sommet du mont analogue.
   Peut-être allons-nous encore publier des recettes et quelques écrits çà et là. Pour toutes ces années assez intenses et très enrichissantes, nous tenions à remercier les personnes suivantes pour leur soutien, leur partage ou leurs témoignages de reconnaissance dans la réalité ou bien sur le web : Catherine Hélayel, Méryl Pinque, Patrick Llored, CherryPepper, Corine Pelluchon, Florence Burgat, Catherine B., Maryse L., Estiva Reus, Kiosque Animal, Francis A., ThreeRavens, Lau R et Édilivre, konekrusoskronos.wordpress, David Chauvet, Valéry Giroux, cuisinerenpaix, Sandra Cardot, blog.defi-ecologique, Gustavo Nielsen, David Volpi, Martin Page, mimivgtaleblog, Cédric Stolz et les éditions L’Harmattan, Noëlle Michelle et Lilys Éditions, La Nuit Avec Un Moustique, Élise Desaulniers, Jean-Baptiste de Panafieu, naturalmadness, Laurence Harang, Olivier Rognon, Tiphaine Lagarde, Animaux-fiction.blogspot, Yves Bonnardel, Éric Baratay, Camille Brunel, Culturieuse.blog, Frédéric Paulin, latablevegederese, Fabien Hein, Nicolas B., Rusty Fish, Plouc, Swantje Tomalak, gazettedeseitan, JC Quan-Ngoc et toute l’équipe du Gentle Gourmet, orbis.info, Pacôme Thiellement, les éditions Massot, les éditions du Dehors, pivertpolymorphe.wordpress, Enrique Utria, Alexis Legayet, les éditions Le Passager clandestin, Droits des animaux et Sébastien Sarméjeanne, la-mode-a-l-envers.loom.fr, les éditions Le Dilettante, Marguerite Pozzoli, Joseph Ponthus.
   Prenez-soin du monde.

 

K&M

 

 

 

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5 réflexions sur “7 ANNÉES DE BLOG — UN BILAN DE L’ÂGE DE RAISON ? — TOUT CE QU’ON PENSE DE LA MOUVANCE ANIMALISTE À CE JOUR

  1. « De nos diverses tentatives de traiter de la question animale (via la cuisine, l’art, la philosophie, etc.), nous avons bien compris que le public aime celleux qui se montrent et se racontent à l’envi, quand notre crédo a toujours été, à l’inverse, que nos productions et propositions devaient toujours mettre uniquement la condition animale en avant. […] Nous n’avons jamais trouvé épanouissant de devoir « copiner » et caresser autrui dans le sens du poil sans arrêt pour que peut-être en retour on partage nos publications. »

    Que dire de plus ?
    L’intelligence, la subtilité, la cohérence, la discrétion, la distinction qui vous caractérisent, tout cela est à l’opposé des non-valeurs en vogue. Le « milieu animaliste », pris dans une modernité de très bas étage, reste humain, trop humain et ne fait pas exception à la règle. L’arrivisme, le carriérisme, la fraude, la trahison, le snobisme, l’inconséquence, l’infidélité, l’étalage éhonté de soi, etc., fourmillent.
    L’expérience m’a appris tout comme à vous que les « partenariats » ne réservent bien souvent que des déceptions. Ils nous font perdre du temps et quelques illusions (si tant est que nous en ayons eu encore). Mon expérience de la gent humaine m’a fait me réfugier depuis longtemps déjà dans une solitude quasi monacale.
    Entre oms, nous nous comprenons.
    Les articles de ce blog sont comme les empreintes précieuses, impérissables, de quelque sauvagerie en voie d’extinction. Poursuivez ce blog, faites-en un livre… Sinon un des derniers îlots d’intelligence (de résistance) s’en ira par le fond comme la banquise. Une énième beauté coulée, perdue à jamais.

    Merci pour tout.

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  2. Ben moi je passe par là, et je vous remercie également tellement profondément, si vous saviez. Ce blog c’est ma came inavouable. Pas seulement transgressive mais inspirante comme un bouquin de terrasson. Il y a des ennemis dans le monde dont on se sent tellement frère. Qui vous donnent envie d’ouvrir la barrière, qui vous fait pousser les bêtes a la traite en se demandant mais qu’est ce que je suis en train de leur faire? Chez moi je filme sur le même sentier loutre et blaireau, lapin et renard, souris et martre. A quelques minutes d’intervalles, confiants. Ils ont une vie ensemble, tous les autres, même entre prédateurs et proies. Ils n’ont une terreur constante que de moi… ça ne peut pas durer.je peux pas être utilisateur régulier de tant d’autres territoires, refuges, abri saisonniers, et ne pas apprendre la langue commune qui dit « ayez confiance, je ne veux que ma part, elle sera juste et mesurée, et le moins possible je n’empiètes sur vos vies ». Mais comment le dire en parquant, marquant castrant trayant les autres…? il y des choix… Bordel, vous m’avez bien déglingué la cafetière. Amitiés sauvages

    Aimé par 1 personne

    1. Merci.
      Nous mesurons – très approximativement – toute la difficulté, non de la remise en question, pour vous c’est d’ores et déjà fait, et depuis belle lurette, mais d’une remise en (un autre) ordre, un ordre plus initial qui soit en même temps celui d’un nouveau pacte vivant. Peut-être en métamorphosant la ferme en sanctuaire, en éco-lieu pédagogique, etc. ? Là encore, c’est surtout l’économie qui vient enclore l’ambition géonomique, et nous serions bien en peine de solutionner votre problématique, et de bien idiot conseil en disant simplement : « Il suffit d’arrêter et de faire autre chose. » Ca ne marche pas comme ça, c’est fort complexe, et il ne s’agit pas de libérer vos animaux en vous mettant à la marge. Trouver cette autre voie, là est l’enjeu de votre ensauvagement sans vous sacrifier pour autant, vous et votre famille.
      Et merci pour ces petites fenêtres sur les habitants de vos terres, c’est juste beau comme tout ce qui est naturellement gratuit.
      Sauvagement,
      K&M

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  3. Coucou
    Se dessine pour nous un projet d’autre vie, avec les autres vivants effectivement..
    Un horizon sauvage pour notre ferme, une ORE sur 99 ans signée cet été avec le CEN pays de la Loire, un travail en commun avec l’aspas, la lpo et le gmb. (assez d’acronymes K&M?). un horizon a trois ou cinq ans, pour un couple qui n’a jamais rien fait d’autre que l’élevage. On compte sur vous pour tenir jusque la!? et sans flagornerie vous pourrez vous vanter dans les MCVB ( micro cercles vegans bourguignons), d’avoir contribué à l’éclosion d’un questionnement sur l’altérité de magnitude 999, assez pour revendre la bétaillère ensuite on mange ensemble, mais c’est vous qui cuisinez…
    Amitiés sauvages
    Plouc

    Aimé par 1 personne

    1. Alors là chapeau bas !
      Reconversion céréalière ou autre chose pour rouler sur l’ORE ?
      Sinon, dsl : les MCVB, s’ils existent, on ne les fréquente pas. Eh oui : tout est dit dans l’âge de raison.
      Naturellement,
      K&M

      J’aime

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