DU CULTE DE LA VIANDE À LA VIANDE DE CULTURE — UNE LECTURE DE « CLEAN MEAT » DE PAUL SHAPIRO — OU COMMENT MANGER SAGEMENT MONSIEUR LE PRÉSIDENT

DU CULTE DE LA VIANDE À LA VIANDE DE CULTURE — UNE LECTURE DE « CLEAN MEAT » DE PAUL SHAPIRO

 

« Si quelqu’un est malheureux lorsqu’il y a un problème de bien-être animal, c’est l’éleveur le premier (…) C’est lui pleure quand un animal meurt. Ce n’est pas les gens qui sont dans des associations ou dans des bureaux. »
Emmanuel Macron au 71ème Congrès de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) — 2017

 

« Faudra-t-il attendre des crises majeures pour qu’enfin nous nous décidions à faire évoluer nos modes de vies ? »
p.208 in Guérir la Terre, nourrir les hommes — Perrine et Charles Hervé-Gruyer (2014)

 

« Tout se décide sur ce nexus entre la vastitude du pouvoir-être total et la finitude de l’horizon mortel. »
p.464  in La mémoire, l’histoire, l’oubli — Paul Ricœur (2003)

 

   Monsieur le Président,
   C’est un peu étrange de vous écrire par internet interposé. Assez curieux d’user d’une telle formule d’usage « Monsieur le Président ». Ça pourrait bien être n’importe qui. Comme il y a autant de chance — très peu — que vous lisiez ceci par ce biais que si l’on vous écrivait à l’Élysée où notre courrier serait implacablement filtré et possiblement détruit sans vous parvenir, autant resté-e-s dans le cadre de notre façon de militer. Car, Monsieur le Président, nous aussi sommes des citoyen-ne-s engagé-e-s, et nous œuvrons contre votre gouvernance. Nous défendons la dignité des animaux, et s’il est avéré que ça n’est pas votre cas, vous seriez bien inspiré d’entendre la raison végétarienne, celle qui s’éprend de compassion pour tous les êtres sensibles et conçoit depuis bien avant votre éphémère existence une biopolitique à mille lieues des aspirations court-termistes de votre gestion économico-matérialiste centrée sur l’argent, les dividendes, les profits, le dépôt-vente des institutions de l’État à des multinationales promptes au greenwashing et à la biodésertification.
   Il n’est point question de regarder de biais si oui ou non les cuisines de l’Élysée doivent satisfaire d’éventuels caprices gourmands de votre part de temps à autre, ou de geindre sur l’aménagement de la piscine de Madame. L’urgence est tout autre, c’est une éminence sans personne et bientôt sans sujets, si proche et plus forte que le rire jaune des gilets colériques. Tout ou presque tout — en tout cas l’essentiel, est contenu dans le terme de quoi nous allons vous entretenir : dans la viande.

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BD SAUVÉE DES EAUX — SUR « L’ARCHE DE NÉO » CHEZ GLÉNAT

« L’ARCHE DE NÉO » CHEZ GLÉNAT
   Lors de notre dernier article présentant des sorties BD françaises en faveur de la cause, on déplorait le report de parution de Espèce(s) — la souffrance animale est insupportable, chez Glénat. C’était sans compter que chez ce même éditeur était sorti le 8 mars le premier tome de L’Arche de Néo de Stéphane Betbeder et Paul Frichet. Quelle véritable bonne surprise ! qui confirme notre intuition : comme chez France Inter avec leurs chroniqueur-se-s, y’a comme un nid, un vivier, chez les auteur-rice-s de BD française !

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« VERS UNE SOCIÉTÉ VÉGANE » D’OLIVIER ROGNON — L’UTOPISTE ESSAI D’UN FOL IRRÉALISTE — MAIS SI POSSIBLE, ALORS POURQUOI PAS ?

« VERS UNE SOCIÉTÉ VÉGANE » D’OLIVIER ROGNON — SI POSSIBLE, POURQUOI PAS ?

 

 

« […] il y avait des foies et des rognons, et même une tête de veau sur un carré de marbre blanc, pauvre petit animal livide aux paupières closes, une tête pensive qui trônait au milieu de ce brouhaha profane, une tête plongée dans un profond rêve. »
p.125 in Chien-Loup, Serge Joncour — 2018

 

« […] c’est pour ne pas être cannibale qu’il a fallu les déshumaniser. »
(à propos des animaux) p.228 in Mangeurs de viande de la préhistoire à nos jours, Marylène Patou-Mathis (2009)

 

« « Aimer » ou « prendre parti » pour les animaux ne se résume plus à signer des pétitions, cotiser pour des ONG, fondations, associations, ou s’abstenir dans son coin de manger leur chair, mais implique la nécessité de militer activement pour que leur statut d’individu soit légalement reconnu. »
pp.22-23 in Désobéir avec amour, Virginia Markus — 2018

 

 

   Dans un très merveilleux essai — La vie des plantes (Une métaphysique du mélange) — renouvelant le genre de la réflexion métaphysique en donnant la part belle à l’idée d’une immersion du vivant dans le monde via l’efflorescence du végétal — et son auteur, Emanuele Coccia, a raison sur ce point —, où les plantes font le monde pour les autres vivants, il est dit, presque d’emblée, que les humains méprisent les plantes, le végétal en général. Quoi ? le végétal ce n’est rien que de l’ornement, non ? Eh bien non. Le végétal c’est l’essentiel, puisqu’il façonne le monde pour nous autres, le modèle à le rendre respirable et pour nous conséquemment : habitable (oikouménè gê, qu’on se rappelle Berque, puis Stolz). De ce pneuma, ce souffle où l’on s’immerge et qui nous traverse, nous y dissipant climatiquement, Emanuele Coccia dit qu’il est primordial et que la philosophie et les humanités l’ont oublié. D’ailleurs, dirions-nous, ne sommes-nous pas tournesols lorsqu’au printemps nous tournons notre visage au soleil et en respirons gourmandement les rayons ? Lire la suite

BANANA BREAD — MA RECETTE

INGRÉDIENTS ( POUR UN CAKE DE 14/16 PARTS) :
– 3 bananes très mûres (poids net avec la peau environ 540 g)
– 100 g de beurre de cacahuètes (avec une pointe de sel c’est mieux)
– 150 g de farine T55
– 70 g de fécule de pomme de terre
– 80 g de sirop d’érable
– 150 g de chouchous (cacahuètes caramélisées)
– 1 sachet de poudre à lever

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SINARGUES — CÔTES DU RHÔNE VILLAGES 2017 — ETIENNE NICOLAS

   Nous avons trouvé ce Sinargues, Côtes du Rhône Villages de 2017 dans un magasin Nicolas, en entrant et en demandant ce qu’ils avaient comme vin vegan clairement labellisé. Son prix est 8,90€ et il nous promet derrière sa robe pourprine, des notes de fruits noirs compotés et d’épices, de laurier et de romarin. Avec ça il est bio !
K&M


 

DES BULLES POUR LA CAUSE — ET DES BULLES QUI EN CAUSENT — SUR TROIS BD MOINS UNE — « AMOUR, GLOIRE ET VÉGAN » DE CLARA CUADRADO & « HECTOR LE BOUCHER » DE KOLONEL CHABERT ET…

« AMOUR, GLOIRE ET VÉGAN » DE CLARA CUADRADO & « HECTOR LE BOUCHER » DE KOLONEL CHABERT ET…

 

 

  Pas très enjoués les Veganautes ces derniers temps, on y croit plus, on y croit plus, … Encore l’autre jour, au supermarché Carrefour du coin, le stand de pâte à tartiner Milka, avec la pauvre vache mauve grandeur nature, la Patamilka qu’ils appellent ça ! Hum ! la bonne tartinade remplie du lait de Sainte-Milka, rincée jusqu’au bout, ses larmes de mère meurtrie doivent y ajouter une note salée exquise… Promo sur la viande, des bacs entiers, des morceaux énormes, des morceaux partout… Le stand Danone : « Venez manger nos yaourts simples, locaux et naturels ! » Ah ! elle a bon dos la nature. Rien ne bouge, rien ne change, ils ont même dans ce très grand hypermarché cesser de vendre certains produits véganes qu’on était contents de trouver. Ça nous apprendra à aller dans la grande distribution, salauds de nous !
   On n’avait même plus trop d’espoir du côté des bouquins, faut dire qu’entre  Ariès et ses clones, la mode du flexitarisme et les bouffeurs de viande « connexion » (vous savez : « les mecs qui en ont »), pfff…, pas facile non plus.
   Alors en ce début d’année la réjouissance nous vient du côté de la bande dessinée, et de la bande dessinée français siouplè m’sieurs dames ! On avait jusqu’à présent Insolente Veggie publiée chez La Plage (qui n’est bien évidemment pas une maison d’édition de bandes dessinées) et les albums de Volpi et Tief Sentience publié par une maison alternative YIL. Là on gagne du terrain, car les œuvres dont on va vous parler sont publiées chez de plus grosses maisons. Malheureusement, l’une d’elle a vu sa parution sacrément décalée, initialement prévue pour mars, elle ne sortira qu’en septembre. Nous ne l’avons pas eue entre les mains, mais le peu qu’on en sait nous donne hâte de la lire.
*
   On commence tout d’abord dans la légèreté et la bonne humeur avec Amour, Gloire et Végan de Clara Cuadrado chez Marabulles. Bah oui quoi, c’est bien connu : les véganes ils vivent au pays des Bisounours… Et bien sûr que non. Même si cette petite BD fort sympathique a l’apparence d’une promesse de détente facile, il n’en n’est rien… Tout d’abord l’accroche : la couverture fait référence au rêve de Lester dans le film American Beauty. La jeune Angela dans son bain de rose fait place à une truie alanguie dans un bain de végétaux. J’y vois une référence à la politique sexuelle de la viande de Carol J. Adams, mais peut-être est-ce tout simplement le rêve vegan : cette truie profite sans être inquiétée, le monde est devenue vegan, elle ne sera pas mangée. Quel qu’en soit le sens, la référence ciné me plaît, je la trouve audacieuse et m’annonce un petit illustré plein d’humour et de pertinence. Clara Cuadrado croque la vie quotidienne des véganes (avec justesse car il n’y a pas à dire ça sent le vécu), leur lutte acharnée contre la mauvaise foi spéciste, leur propre mauvaise foi pour vendre ce foutu véganisme, leur sens des priorités tout personnel (c’est vrai que si Mémé qui pense qu’elle a un Alzheimer en croyant qu’elle a oublié le poulet, c’est moins grave que sa consommation… de poulet), et même plein de référence à la pop culture … le tout saupoudré de pages « Le saviez-vous ? » avec des chiffres, de l’écologie et tout et tout. C’est sérieux cette affaire-là, alors on se détend mais pas trop quand même. C’est drôle et plein d’esprit. Pas fan d’emblée à cause du dessin (trop lisse à mon goût), c’est à la deuxième lecture que je me suis rendue compte qu’il était d’une grande qualité, les rendus d’humeurs, d’expressions des personnages sont très parlants, les jeux de regards et les détails sont riches, du beau travail en somme.

  Un ouvrage qui touchera en premier les véganes, de fait, mais l’auteure n’en étant pas à sa première publication, espérons qu’une partie de son public se laissera prendre dans ses bulles et rejoindra le clan des doux dingues que sont les militants de la cause animale.
K.
   Chez nous on ne croule pas sous les bandes-dessinées. C’est plutôt plein de romans et d’essais, de livres d’art, même si, sans pencher pour le minimalisme, nous avons tendance ces temps-ci à écouter cette petite voix qui nous parle de la vanité, de l’inutilité de l’accumulation, du Panta rhei (Πάντα ῥεῖ) car Héraclite avait raison « tout s’écoule », tout file comme le sang des animaux à l’abattoir, aussi nous débarrassons-nous du surplus de nos existences en nous rappelant bien qu’après demain pas grand monde ne viendra réclamer l’héritage des Veganautes ; c’est comme ça, c’est voulu, et il n’y a rien de dramatique là-dedans, et donc on fait un peu le vide autour de nous, on allège quoi, et puis ce qui est écrit doit être lu alors on revend, on remplit aussi les boites à livres de notre ville ou de celle d’à-côté — et ça fait du bien.

   Cela dit c’est par K. que la BD entre parfois à la maison. C’est vrai que cela peut s’avérer tout aussi pertinent que Sartre ou Jankélévitch mais aussi plus cool ! Et lorsque K. me dit « lis ça », bah je lis ça. Quoi donc ? Hector le Boucher de Kolonel Chabert. Bon, je ne vais pas tourner autour du pot de rillettes, parce que les carnistes et nous on n’a plus les mêmes valeurs. N’empêche, cette BD qui ne bulle pas pour la cause, eh bien elle nous en bouche un coin et même que la bouche rie — un peu — et que la réflexion de cette histoire de boucher qui sent les expériences vécues ou empruntées, est belle comme une cathédrale de barbaque se métamorphosant en jardin plein de promesses. Bref, s’il vous faut vous taper en lecture la vie d’un boucher, n’hésitez pas et offrez-vous ce temps de fiction au coup de crayon à la fois résolument passéiste et tout à fait contemporain, très en mouvement, très emporté. Il vous fera passer de trépas à vie, de tripaille à pomme d’happy, d’une vérité à une autre, d’une célébration traditionnelle de la vie à une autre… parce que tout s’écoule, tout file et qu’on est là pour faire passer le pire.
M.
Tout s’écoule…

 

 

   Pour la dernière BD (un roman graphique) qu’on attendait avec impatience, Espèce(s) — La souffrance animale est insupportable de Michel Durand chez Glénat (date de parution prévue le 04/09/2019), ne l’ayant pas eue entre les mains on vous laisse ici le résumé de l’éditeur et le visuel, vous comprendrez ainsi pourquoi cette parution nous a interpellé :
   « Le plus sauvage des animaux, c’est l’homme.
   Jérôme, artiste plasticien et performeur, intervient hors de son atelier, aussi bien dans des abattoirs, des laboratoires scientifiques que dans des galeries d’art où l’animal est le sujet de l’exposition. Ses faits d’armes, des œuvres « parasites » sans signature et montées de façon totalement illégale, ont pour objectif de provoquer le grand public et le sensibiliser sur la souffrance animale. Mais le jour où une enquête est lancée pour démasquer l’auteur de ces piratages, l’activité de Jérôme est compromise, en même temps que son avenir. D’autant qu’il se met à aller de plus en plus loin dans son engagement, n’hésitant pas à se transformer physiquement… Ses collaborateurs et amis commencent à s’inquiéter : vont-ils pouvoir continuer à exercer leur art s’ils sont traqués par la police ? Et jusqu’où Jérôme est-il prêt à aller ?
   Si la question de la condition animale et le spécisme sont devenus brûlants d’actualité, les animaux, eux, n’ont jamais été aussi maltraités par l’homme à des fins commerciales, scientifiques, voire artistiques. À ces heures de grand paradoxe, Michel Durand offre un album salutaire qui livre par la même une réflexion puissante sur le rôle et les limites de l’art dans l’éveil des consciences. »
K&M

PANG NIU FOOD — DU TOFU PLEIN DE CHARMES

   Il y a quelques jours, nous sommes allés dans un supermarché asiatique pour acheter de la pâte de curry. En arrivant, v’là t’y pas qu’on s’est fait alpagués par un type à l’entrée qui tenait un stand de dégustation… de tofu. Il nous dit comme ça : « Vous voulez goûter ? C’est végétarien. » Le truc à pas nous dire, hé hé. Nous on accepte et on mange un peu de ci, un peu de ça. Le tout étant végétalien excepté d’étranges tubes de tofu aux œufs… quoi ??!
   Bref ; …

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