À LA LIGNE — PROSE POÉTIQUE PAR INTÉRIM — POUR JOSEPH PONTHUS

POUR JOSEPH PONTHUS — À LA LIGNE

 

 

« Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent »
in Les colchiques – « Alcools », Guillaume Apollinaire (1913)

 

 

Quelques mots pêchés ci et là
parce qu’il ne faut pas mourir idiot comme on dit
Aller à la ligne
sans pontifier
Ponthus J.
Sans ponctuation
Peut pas vivre d’écrire
Plus dans le social non plus
Quoi d’autre que la chaîne en Bretagne
que trier des trucs morts en usant son propre corps
n’y mettre du cœur qu’en attendant l’heure enfin
de la fin de journée Lire la suite

« JUSQU’À LA BÊTE » DE TIMOTHÉE DEMEILLERS — UN ROMAN CONTEMPORAIN — DES ANIMALISATIONS

« JUSQU’À LA BÊTE » DE TIMOTHÉE DEMEILLERS — UN ROMAN CONTEMPORAIN

 

 

« Et si l’on se disait que rien n’a d’importance, qu’il s’agit de s’habituer à faire les mêmes gestes d’une façon toujours identique, dans un temps toujours identique, en n’aspirant plus qu’à la perfection placide de la machine ? Tentation de la mort. […] Cette maladresse, ce déplacement superflu, cette accélération soudaine, cette soudure ratée, cette main qui s’y reprend à deux fois, cette grimace, ce « décrochage », c’est la vie qui s’accroche. »
p.14 in L’Établi, Robert Linhart — 1978

 

« […] la résistance au mal passe par le langage et l’élaboration d’une parole juste, d’une parole vraie, où l’on ne travestit pas les mots et où il est possible d’ouvrir un espace de discussion. »
In Éléments pour une éthique de la vulnérabilité, Corine Pelluchon

 

« L’industrialisation engendre donc deux types de contestations : l’une voudrait émanciper les animaux de boucherie, l’autre les y ramener, sans pudeur mais dans le « respect des traditions », ces mots honnis mais dont le retour des beaux jours s’annonce. »
In La cause des animaux, Florence Burgat

 

 

   Est paru fin août ce roman de l’écrivain Timothée Demeillers aux éditions Asphalte : jusqu’à la bête. Ne vous échappera pas le manque de majuscule en première de couverture à ce titre éloquent qui donne envie d’en savoir plus. Le pitch ? — Erwan est employé d’un abattoir, un planton des frigos, et jusqu’à ce qu’advienne dans la réalité le tragique dénouement de ce roman réaliste, il s’agit là d’une œuvre de fiction. Cela dit, le terme de fiction n’est jamais loin d’être, comme dit le dicton, dépassé par la réalité, tant désormais il n’est pas une journée où ne nous sont dévoilées pléthores d’horreurs littéralement innommables, d’où l’intérêt du récit fictionnel pour synthétiser et mettre en lumière, en relief, le mal dispersé et bien dissimulé qui sévit dans le monde du travail, et notamment dans celui où s’abîment hommes et bêtes. Contemporain, collant à l’actualité par sa thématique, le roman de T. Demeillers l’est tout à fait, là où sa critique du système démontre que l’animalisation de l’humain par le fait même de la machination des animaux qu’accable une main d’œuvre elle aussi réifiée et rendue invisible est inique, et il vient à sa manière, aseptisée, crue, froide, dramatique, appuyer les actions des lanceurs d’alerte tels les fondateurs de L214 hier encore confondus en Justice pour « violation de la vie privée d’autrui » quand en vérité c’est mettre un terme au massacre organisé qui est en jeu — et depuis quand un abattoir est quelqu’un ? — quand tout repose sur l’assujettissement du vivant dans l’unique but économico-productiviste d’un capitalisme déshumanisé voué aux calculs d’optimisation et aux méthodes perfectionnistes dans le déchirement brutal entre acharnement vorace et pulsion avide d’incarnation.
photo de Jean-Luc Daub

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« STEAK MACHINE » — GET UP — GET ON UP — STAY ON OBSCENE… — GEOFFREY LE GUILCHER

« STEAK MACHINE » — GEOFFREY LE GUILCHER

 

« Plus on nous fait travailler, plus on se sent de la merde,
plus on se sent de la merde, plus on se laisse écraser. »
[…]
« Aujourd’hui on est considéré pour rien socialement
quand on ne travaille pas, même vis-à-vis des gens qu’on connaît. »
Le quai de Ouistreham — Florence Aubenas, 2010

 

steak-machine                                                                                                                                                                                                      Était-il vraiment bien la peine qu’on vous parle de Steak Machine ? Non mais vous avez vu ce battage médiatique ?! À coup sûr super publicité garantie pour cette toute jeune maison d’édition, les éditions Goutte d’Or. Les animaux ça se mange encore paraît-il — on essaie d’oublier notre ogresque passé — mais quand bien même que non ça fait vendre.
   Et le journaliste auteur de ce fulgurant succès de librairie, Geoffrey Le Guilcher, intimidé et très attiré par l’idée de son éditrice, d’écrire une sorte de « Eureka » à la pointe de l’actu : « Le voilà mon sujet. Allons voir si ces usines à viandes ont enfanté des hommes-monstres. » (op. cit., p.10)

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« NON » — NOTRE RÉPONSE À LA QUESTION « FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER OU HILLUL HASHEM DE LA VIE

« FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER — « NON »
Un article pour Maryse L., participante à notre jeu concours.
« Quand on aspire à l’action, c’est tantôt sous l’influence de l’appétit ou de l’impulsion, tantôt sous celle du désir ou de la volupté, que l’on fait ou que l’on agit. »
p.62 in Cave CanemMouvements des animaux, VI-VII — Aristote.
« L’homme n’a qu’un but : choisir en vue de son propre avantage ; la nature, au contraire, choisit pour l’avantage de l’être lui-même. »
p.132 in L’Origine des espèces — Charles Darwin
« […] psychologies des consommateurs-panélistes, dévorées par l’envie et le désir d’accaparer à moindre frais. »
p.21 in Vivre et penser comme des porcs — Gilles Châtelet
faut-il manger les animaux   Il y a quelques années — pas tant que ça mais ça semble une éternité déjà — K. a lu deux livres qui ont radicalement bouleversé notre vie. Le premier de ces livres fut Faut-il manger les animaux ? de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer. Ce livre a eu un effet considérable dans notre petit univers de décroissants-écolo-bio consciencieux : celui d’un choc psychologique et éthique aussi puissant au moins que le Big Bang d’où émergea le cosmos tel qu’on l’observe aujourd’hui. C’est-à-dire pour être plus précis, qu’en rendant visible la question animale dans nos vies, c’est l’existence qui s’est mise à s’épaissir. Tout à coup, tout ce que nous vivions et auquel nous donnions bon an mal des significations et du sens, essayant de vivre avec logique et considération à l’égard du monde sans toujours il faut l’avouer, y parvenir aisément, d’abord s’effondra telle une étoile sur elle-même — implosion pure — pour retourner littéralement notre monde — invaginé — dévoilé enfin dans toute sa réalité, stupéfiante et horrifique, mais vraie et au sein de laquelle nous étions libérés : nous pouvions pour la première fois de nos vies faire un choix véritable, celui du véganisme. Le second livre majeur à l’origine de ce que les véganes ressentent comme une renaissance[1] a été Vegan, le choix de la vie (2013) de Catherine Hélayel devenu deux années plus tard Yes Vegan ! un choix de vie. Ainsi si nous sommes devenus véganes c’est avant tout grâce à J. S. Foer, un écrivain américain, et à C. Hélayel, une avocate et militante française pour les droits des animaux. Comme le dit Foer dans son livre Eating Animals en 2009, nous vivions dans ce qu’il faut bien appelé une « incohérence consciencieuse » (p.21), pas comme lui et sa famille dont il retrace astucieusement le parcours et les coutumes depuis sa grand-mère ukrainienne exilée aux États-Unis il y a belle lurette, mais à notre façon, comme dans un petit bastion que nous pensions idéal, empli de romans, d’art, de musique et de philosophie, et de bonne chair… Lire la suite

OINK – Le boucher du paradis : « Another brick in the Wall. »

Cover Oink de J. Mueller « Je pense que tout ce système de production à grande échelle de l’éducation, apparemment construit pour « mon » bien-être et dans le but d’enseignement, est fondamentalement l’une des pires idées collectives de l’histoire moderne, comparable aux asiles de fous et à l’élevage industriel. »
 John Mueller

 

   Dans un monde et un futur qui est peut-être le nôtre, une dictature religieuse a hybridé l’homme et le cochon (notre plus proche cousin), afin d’engendrer une progéniture d’esclaves vouée toute entière au travail, mais pas n’importe lequel, non, le sale boulot, la sordide besogne que tous préfèrent voir faite par d’autres : l’abattage.
   Ces chimères génétiques ont l’apparence du cochon, mais tiennent sur leurs deux jambes et parlent. Ils naissent et grandissent enfermés dans un grand abattoir-internat religieux, reçoivent une éducation qui leur scelle leur destin :  » Vous êtes nés pour servir ! « . Et ils vont servir, même si c’est mener à la mort leurs congénères à quatre pattes et sans parole, eux.
   Seulement voilà, quand on donne aux sans-voix, la possibilité de s’exprimer et de dialoguer avec eux, et par là-même de se faire comprendre et d’ordonner, on court le risque de l’émancipation et la rébellion.
   Oink a un tuteur, Robinet, qui a compris qu’il pouvait s’affranchir du dogme, du mensonge par sa pensée :  » suis enfin un animal libre  » et en perdra la vie. Mais cet événement, va ouvrir les yeux de son protégé qui n’aura de cesse de faire tomber le mur autour de lui et d’atteindre le paradis.
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WELCOME TO THE JUNGLE — DANS LE ROMAN LA JUNGLE D’UPTON SINCLAIR

DANS LE ROMAN LA JUNGLE D’UPTON SINCLAIR
  upton sinclair
   On ne peut pas dire qu’on n’était pas prévenus. Car déjà en 1906, le romancier Upton Sinclair avait dépeint des abattoirs de Chicago un tableau particulièrement réaliste, saisissant et horrifique.
   Au sens figuré, la jungle est donnée par Le Petit Robert de la langue française comme étant : « Tout endroit, tout milieu humain où règne la loi des fauves, de la sélection naturelle » et cite en exemple « la jungle urbaine » chez Le Clézio. On parle aussi de la « loi de la jungle » comme la loi du plus fort. C’est stricto sensu ce que raconte avec talent Upton Sinclair dans son roman La Jungle.
*
   Malgré les aires hyper aseptisées au sein desquelles nous évoluons, encore de nombreux scandales éclatent régulièrement quant à la nocivité de ce que nous ingérons. abattoirs vers 1900On ne va pas s’étendre sur Escherichia coli, sur la viande de chevaux malades vendue pour du bœuf sain, sur les bactéries résistantes à tous les antibiotiques, etc. Car finalement, tous les moyens mis en œuvre à l’ère contemporaine pour cacher la réalité n’ont qu’un seul objectif : faire du rendement maximum avec des marges maximisées, bref : du profit. Lire la suite

MAUDITS

   C’est le titre du livre de Joyce Carol Oates que je suis en train de lire, une pause après un essai sur les droits des animaux de Francione.
Joyce Carol Oates   Le narrateur, un historien, nous relate des événements dramatiques et fantastiques qui vont bouleverser la petite communauté universitaire deUpton Sinclair Princeton. Certains personnages ont existé, d’autres pas, et parmi ceux qui ont marqué réellement l’histoire, celui qui m’intéresse est Upton SINCLAIR. Dans le roman, c’est un personnage un peu à part. Mais pour moi, je comprends qu’il a de l’importance : il est écrivain, promoteur du socialisme aux Etats-Unis, végétarien, et auteur de La Jungle, une infiltration dans les abattoirs de Chicago afin de dénoncer le traitement des bêtes mais également des ouvriers (souvent immigrés) de ces établissements.
   Alors voilà, je me plonge dans un roman fantastique pour me distraire et me retrouve à commander (La Jungle de Sinclair) un ouvrage plein d’atrocités.

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