VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon
   Arrivés au milieu de ce cinquième exercice « véganosophique », nous ne savons pas tout à fait, comme toujours, où cela va nous mener que d’emprunter ce chemin. Nous savons quel sujet précis nous voulons évoquer et mettre en perspective. Néanmoins le trajet compte autant que l’arrivée, et c’est ce qui va ressortir à chaque pas que nous ignorons et qui fera sens. On peut dire ici plus précisément ce que c’est que ce « travail » (est-ce un travail ? car ça n’est pas un trepalium. En tout cas ce sont des tentatives à la fois mûrement et librement réfléchies). Ce que c’est, chaque fois, que de philosopher végane, c’est faire des semis. C’est prendre des semences existantes, toutes sortes de graines et de germes, de plus ou moins jeunes pousses et des plans que d’autres ont enté auparavant (le terme nous revient à la suite de l’animal (de) Derrida — mais dans quel ouvrage le philosophe parlait-il de greffes grammaticales et végétales ?…) et dont les résultats dans ce jardin potager de nourritures spirituelles jusqu’ici disséminées, sont enthousiasmant et donnent envie d’aller plus loin dans l’expérimentation et la réalisation d’une perma-culture délivrée des artifices empoisonnants. Aller ce chemin, haler sur ce chemin sachant que — grands dieux heureusement ! panta rhéi (Πάντα ῥεῖ), tout s’écoule, c’est avoir cette conviction que nous, en tant qu’animal rationale, êtres humains, pouvons encore faire quelque chose pour restituer à ce monde qui est le nôtre la qualité de monde accueillant, agréable à vivre, qu’on lui prête. « Où il fait bon vivre », ce monde l’est assurément lorsque nous sommes individuellement délivré de la nécessité de la prédation. Nous entendons ici prédation dans les deux directions de la chose. Délivrés d’avoir à être des proies éventuelles, et délivrés d’être des prédateurs. Ce monde est tout pour nous. Il peut être le plus terrifiant comme le plus merveilleux, le plus délicieux comme le plus amer. Il n’est rien de tout cela — que ce que nous en faisons. Il est le pharmakon, poison et antidote, il est l’archi-dialectique, l’espace-temps, le lieu unique des possibles où il ne tient qu’à nous d’assumer la facticité (contingence) du vivre et du vivre-ensemble. Nous avons cultivé notre jardin. Nous nous sommes fait zoocultivant-e-s et avons tenté au mieux, autant avec humilité qu’orgueil, de participer à l’élaboration d’un compost, d’un terreau universel, d’un humus donc d’un certain humanisme, d’une Terre généreuse à partager. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

 

 

   1) Le dieu-animal des bêtes
   La question leibnizienne — la question de toutes les questions en réalité — renvoie son insignifié au signifiant de parole qui la contresigne. Puisque dans l’Être n’est pas donné de signataire, de volonté de puissance mais juste un pouvoir-être silencieux, c’est à l’Homme (l’orateur de l’Être) de répondre à « pourquoi y a-t-il de l’Être plutôt que sinon rien ? » où de facto l’Homme devient […] (qui ? quoi ? …surtout comment ?). C’est le « rôle » endossé par le Dasein (Das Sein) heideggerien faisant suite au Das Seyn shelllingien. C’est aussi là où apparaissent les entités créatrices dans toutes les mythologies du monde, et ce jusqu’à réaliser le tour de force de se transformer en dogmes historico-performatifs ayant pouvoir de faire régner, monothéologiquement, [Dieu]. Ainsi, l’Homme choisit-il de s’effacer pour n’avoir pas à répondre de tous ses choix face aux autres créatures du monde. Car l’évidence existentielle ou phénoménologique, bien entendu, est partagée, peu ou prou différemment, par moult créatures, pléthore d’animaux avec qui nous, êtres humains, sommes au monde et faisons tous des expériences subjectives et y ayant des représentations de ce monde. La vie est stratifiée. Et ces autres demi-dieux[1] que sont les bêtes (ces êtres eux aussi néguentropiques[2]), sont-ils bientôt des dieux vaincus que l’on fait renaître pour les tuer à l’infini. C’est le procès mécanisé de l’entremangerie du monde, où l’abject technicien (ou zootechnique) écrase la simple prédation. Thomas Hobbes aurait-il pu entrevoir de quelle manière l’espèce humaine allait réifier les animaux dont, très notablement, ses cousins mammifères les plus dociles ? Probablement pas. Mais puisque l’Homme refuse d’assumer ses responsabilités grâce au décorum de la tradition et des rites sacrificiels, le voilà exécutant d’un prescripteur imaginaire ou du moins fantasmé, afin d’apaiser sa conscience. Il prend la place d’intermédiaire tout en jouant au tout-puissant, tel un apprenti-sorcier. Cette une position somme toute assez confortable. L’Homme, maître et possesseur de la Terre et des animaux tel que le voyait René Descartes, s’arroge tous les droits sans en octroyer aux autres et dans le même temps se place en tant que victime, comme un gardien de phare exilé sur une île contre son gré et qui devrait malgré tout assurer l’intendance générale et le « sale boulot ». Dans son séminaire La bête et le souverain, Jacques Derrida se basant sur les écrits de Hobbes à propos de Caligula, disait qu’ […] il y a des dieux et il y a des bêtes, il y a, il n’y a que du théo-zoologique, et dans le théo-anthropo-zoologique, l’homme est coincé, évanescent, disparaissant, tout au plus une simple médiation, un trait d’union entre le souverain et la bête, entre Dieu et le bétail […][3]. C’est la position victimaire par excellence qui sert d’alibi à tous les excès de comportements vis-à-vis des autres agents de la zôé. De la sorte, le bourreau se vit avant tout comme ce martyre dont il expurge la déchéance originelle, passant de bouc-émissaire à animal privilégié, pardonné d’avance, avec l’accord de [Dieu] dans sa grande mansuétude. La bête, en affaire de religion et de traditions, a toujours bon dos. Pas étonnant alors, que l’exercice du pouvoir absolu, du pouvoir d’État, soit un Léviathan. Alors l’Homme, cet « animal vivant politique » se figure son propre pouvoir comme progéniture erronée de la Nature, une émanation dangereuse : […] c’est aussi dans la forme sans forme de la monstruosité animale, dans la figure sans figure d’une monstruosité mythologique, fabuleuse ou non naturelle, d’une monstruosité artificielle de l’animal qu’on a souvent représenté l’essence du politique, en particulier de l’État et de la souveraineté[4]. L’État, entité souveraine incarnée par un humain élu — et donc dépassé par l’ampleur de la souveraineté, de son territoire et ses habitants — est une construction artificielle mimétique issue de structures naturelles (pour appeler ainsi des constructions transmises géné-somatiquement) ayant pour fonction le maintien de l’espèce quelle qu’elle soit. Pour autant, l’État comme prothèse de l’espèce, s’avère une athèle disproportionnée et souvent handicapante. Chez Freud, rappelle Derrida dans La bête et le souverain, l’Homme est justement un « dieu prothétique » […] et il y a même des États animaux, mais nous, les hommes, nous n’y serions pas heureux, dit en somme Freud. Pourquoi ? L’hypothèse qu’il laisse suspendue, c’est que ces États sont arrêtés dans leur histoire[5]. Il y a vraiment de quoi relativiser au XXIème siècle, le postmodernisme lui-même étant absorbé par un système sclérosé. L’Histoire de l’Humanité ? Allez savoir. En attendant, dans les fastes comme dans la misère, l’expansion économique et la concurrence modialisée ont érigé une esthétique macabre dont beaucoup se plaignent sans parvenir tout à fait ni à sortir de ce cercle vicieux systémique ni à le changer carrément. La sentence heideggerienne qui dit qu’est beau ce qui plaît et doit plaire à la puissance essentielle de la bête de proie humaine […][6], demeure exacte. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (SUI GENERIS)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR
— SUI GENERIS —

 

   Qu’il faut tout faire par soi-même.
   Voilà ce à quoi, archétypalement parlant pourrait-on dire, la privation des libertés d’autrui nous oblige. Car c’est notre propre liberté, savoir : ontiquement, en tant qu’étant-vivant, qui est amoindrie, affectée dans sa psychée et sa corporéité, lorsque l’autre est démis de la sienne. Et pis : bientôt désaffectée dans son envineronne-mentalité, lorsque peu à peu et de manière exponentielle et même si lentement, chose mue d’une telle accélération que ce qui diffère se voit presque de jour en jour vidé en substance — notre liberté d’être en propre ce qui est venant de l’Être et devient dans l’intervalle (khôra) un être singulier — localement ontifié — car mis en face des altérités qui le regardent, vit dans le risque de l’esseulement absolu. Et peut-être s’émeut. Se met en mouvement, et va pour faire ce qui doit être fait pour, au-delà de devenir, avoir à revenir, rejouer le tout pour le tout de l’Être une bonne fois pour toutes. Vonlontairement, vraiment ; donc en puissance, en apothéose, donc en être libre, attaché aux étantités qui me réalisent.
   Autrement dit nous allons parler de sur-vie et de survie, nous allons parler de la vie et de son en-vie. Nous allons pour cela, pour voir ce qu’on fabrique, nous élancer une fois de plus dans l’exercice d’une libre pensée (libre dans l’écart plutôt obtu de ce qu’elle connaît si peu) en quête de vérité de l’Être. Cela selon nous et pour des éons, ne peut qu’être l’affaire d’une zoopoéthique. Cela inclut : prendre avec soi la critique zoopolitique antispéciste ; prendre avec soi la menace anthropique décrite par Bernard Stiegler ; prendre avec soi un temps de recueillement philosophique médidatif aux côtés de Heidegger ; prendre avec soi la modalité radicalement rigoureuse d’un penser schürmannien ; prendre avec soi le plein sens de l’éthique en ce qu’elle est la considération de l’autre dans son ethos ; prendre avec soi le pur désir de créer — poïein (ποιεῖν).

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CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ — MÉCHANT VRAI FAUX SYMPA MAIS PAS TROP […]

CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ

 

 

« Mais quand on y songe c’est stupéfiant comme l’esprit humain peut s’épanouir à l’ombre de l’abattoir ! Comment — pour ne point parler de toute poésie — pas assez loin des parcs à bestiaux pour échapper tout à fait au relent de la gargote de demain, des gens peuvent vivre dans des caves la vie des vieux alchimistes de Prague ! »
p.167 in Au-dessus du volcan, Malcolm Lowry (1947)

 

« Il aura fallu des siècles de lutte pour obtenir la grâce d’un abattage rationnel. Mais rien ne prouve que nous n’améliorerons pas notre position dans les siècles à venir. »« Mangez, ceci est mon jambonet voici mes tripes et buvez mon boudin avant qu’il coagule. »
p.86 & p.93 in Stratégie pour deux jambons, Raymond Cousse (1978)

 

« Le droit à la révolte est intangible. À chaque obstacle qui entrave la vie, il faut y recourir. Révolte ! crie le papillon rompant le cocon qui l’emprisonne. Révolte ! crie le nouveau-né en déchirant les entrailles maternelles. Révolte ! clame enfin le peuple soulevé pour écraser tyrans et exploiteurs. La révolte, c’est la vie ; et la soumission, c’est la mort. »
(d’après Ricardo Flores Magón, revue Regeneración, 1910) p.345 in Désirer Désobéir. Ce qui nous soulève, 1, Georges Didi-Huberman (2019)

 

 

   On vous l’avait promis dans un post Facebook : on n’allait s’adonner début 2020 à un pur acte masochiste — faire offrande de nos êtres et nos âmes quoi — de manière totalement désintéressée, gracieusement, comme qui dirait pour faire avancer la science, en lisant et commentant le bouquin de Frédéric Denhez intitulé La cause végane. Un nouvel intégrisme ? paru le 3 octobre dernier. On voulait savoir si son auteur était sorti de sa période pataphysique qui lui avait valu des réactions hostiles sur la toile de la part des véganes, soucieux-ses de donner une si belle image de mouvement de libération animale… D’emblée vous présenter nos excuses pour ce retard par rapport à la sortie du bidule — excuses aussi à F. Denhez, notre accès à la littérature en général s’étant amoindri, il faudra apprendre à patienter pour lire nos si fabuleux articles, nos merveilleuses chroniques, nos billets d’humeurs terribles qui vous font craquer, ruminer, rugir, et autres verbes du troisième groupe, voire faire de la délation… bref. En parlant de troisième, Denhez étant le tierce-larron de la tribune écrite avec la Grande Porcher et notre ami Paulo, on ne pouvait ignorer ses travaux. Alors les végétos ? Vous voulez savoir à quelle sauce piquante ce chroniqueur TV, web, radio, conférencier et animateur de débats vous a cuisiné-e-s ? Suivez-nous, et avec Denhez, apprenez-en plus sur vous-mêmes et votre dangereuse doctrine ! Lire la suite

PRENEZ EN DE LA GURREN ! — ET LES ANIMAUX ALORS ? — BELLA CIAO

PRENEZ EN DE LA GURREN ! — ET LES ANIMAUX ALORS ?

 

« (des Stoïciens) Particulièrement l’animal n’est pas autant que l’homme, tout au moins, lié au feu cosmique, au pur technikon, à ce feu artisan qui découpe toutes les choses, qui les assemble et qui leur donne une signification. »
p.57 in Deux leçons sur l’animal et l’homme, Gilbert Simondon (2004)

 

« Nous apprécions l’intelligence des animaux dans la mesure où ceux-ci se laissent dominer par nous. »
p.14 in Mémoires d’un rat, Andrzej Zaniewski (1993)

 

« Dans ce grand enchaînement des causes et des effets, aucun fait ne peut être considéré isolément. »
p.29 in L’invention de la nature. Les aventures d’Alexander von Humboldt, Andrea Wulf (2015)

 

 

   Jamais on aurait cru que Gurren Vegan, devenu sans qu’on s’en aperçoive — parce qu’on ne le suivait plus depuis belle lurette — Gurren Meta, deviendrait un ennemi de la cause animale, un anti-végane, un anti-antispéciste, un végano-sceptique à sa sauce, un supervilain, un sycophante de première (non c’est pas le nom d’un insecte), tellement qu’on le sentait investi le mec. Lire la suite

DES ÉBLOUISSEMENTS — AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — OU COMMENTAIRES POUR S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

 

 

« Toucher au privilège de statut d’humain vis-à-vis des cohabitants de la planète est un sujet pour le moins sensible. »
p.29 in Désobéir avec amour — Virgina Markus (2018)

 

« Tue ma famille, et tu tueras la tienne. C’est ce qui arrive à Julien, car l’homme, même « amputé, coupé de son animalité » est membre de l’immense famille des animaux. Tuer l’autre, c’est donc se tuer soi-même. »
À propos de La légende de Saint-Julien l’Hospitalier de G. Flaubert, p.106 in Après la nuit animale — Jonathan Palumbo (2018)

 

« La pensée mythique n’accepte la nature qu’à condition de pouvoir la répéter. »
p.374 in Tristes tropiques — Claude Lévi-Strauss (1955)

 

 

   Avant que « la fin du XVIIIe siècle réinvente l’homme en Zoon Politicon et fonde la république du droit naturel, celle de l’homme, premier animal devenu le centre à partir duquel se reconstruit la cité et toute l’organisation sociale, pensée telle un immense organisme animal », comme l’a écrit l’historien Pierre Serna[1], il aura fallu que quelques humains tentent durant ce siècle-là de faire la lumière sur les animaux, nos colocataires de la Terre. C’est dire combien, à l’encontre des mœurs et des préjugés, il fallait aller déjà pour défendre la dignité des individus non-humains, les « bêtes », ces êtres inférieurs. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire par ignorance de l’Histoire qu’on n’enseigne pas encore au lycée, des humains n’ont pas attendu que leur société soit devenue parfaite pour eux pour s’intéresser au sort des animaux. Le sujet n’est pas nouveau. C’est que ce fameux « siècle des Lumières » annonçant des temps révolutionnaires, avait pour devise comme le rappelait à juste titre Corine Pelluchon dans Les Nourritures une ambition pré-libertaire (et presque anarchiste) si on peut oser l’appeler ainsi — même si elle n’engendra vraiment que du libéralisme — et qui dit « ose penser par toi-même », emblème du laïcisme et du progrès, le latinisme Sapere aude[2]. Pensons donc par nous-mêmes. C’est ce à quoi nous incitent, parmi d’autres, les intellectuel-le-s de la cause animale. Depuis des années Renan Larue est de celleux-là. Lire la suite

ROMAN ROSSE DE BLÖSCH — SUR « LA VACHE » DE BEAT STERCHI — D’UN RÉALISME À MORT L’AUTRE AVANCE SUR SON TEMPS

BLÖSCH — SUR « LA VACHE » DE BEAT STERCHI — D’UN RÉALISME À MORT L’AUTRE

 

« Il y a des animaux ainsi faits, ils ont beau être innocents et malheureux et tout, on le sait, on leur en veut quand même. Il leur manque quelque chose. »
Céline — Voyage au bout de la nuit (1932)

 

« Parce que l’homme était initialement herbivore, l’introduction de la faune sur la table suppose une mutation de la nature humaine. »
p.28 in Les nourritures divines. Essai sur les interdits alimentaires — Olivier Assouly (2002)

 

« […] cette échine qui ne se rompt pas, cette masculinité entêtée, et il y a la machine, la chaîne, […] »
p.59 in Abattoirs de Chicago — Jacques Damade (2016)

 

   Comment vous parler d’un des romans les plus crus, les plus violents que j’aie jamais lu ? Comment vous dire tout à la fois combien cette œuvre — cet écrit-ci de littérature pure, joyau brut qui vous frappe en plein cœur comme le matador sur le chanfrein de la bête affolée vous perfore, vous dévore, vous anaphore. Comment vous dire que ce roman inédit — on veut dire par là qu’il ne peut y en avoir aucun autre comparable — est un voyage dans une saison infernale qui ne prend fin qu’avec le supplice aux cent morceaux de Blösch ? Comment vous dire ? Comment vous dire la transfiguration de l’horreur, en une forme de beauté extatique qui n’enlève rien à l’épouvante de la réalité que livre la fiction mais y respire parmi la terre ensanglantée ces ultimes et maladives fleurs ?

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