VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE VIII)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE VIII)

 

   5) Contingence et liberté (suite) — Vivre-avec | έκαστος έκαστοε
   Nous avons vu que vivre libre signifie vivre selon des contraintes diverses qui sont la condition sine qua non pour éprouver la liberté — par opposition au reste du monde. Cependant vivre libre, en éthique, ça n’est pas faire l’expérience d’un vivre contre autrui. Entre êtres vivants, nous savons désormais que la concurrence mise en exergue par Spencer (contre l’avis de Darwin) n’est pas plus prédominante que la collaboration ou la symbiose. À la limite, vivre contre serait s’appuyer sur — sans relation de subordination. L’expérience des autres, qu’elle me soit communiquée ou que je l’observe et m’en inspire par mimétisme est capitale, de façon générale, pour m’émanciper. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon
   Arrivés au milieu de ce cinquième exercice « véganosophique », nous ne savons pas tout à fait, comme toujours, où cela va nous mener que d’emprunter ce chemin. Nous savons quel sujet précis nous voulons évoquer et mettre en perspective. Néanmoins le trajet compte autant que l’arrivée, et c’est ce qui va ressortir à chaque pas que nous ignorons et qui fera sens. On peut dire ici plus précisément ce que c’est que ce « travail » (est-ce un travail ? car ça n’est pas un trepalium. En tout cas ce sont des tentatives à la fois mûrement et librement réfléchies). Ce que c’est, chaque fois, que de philosopher végane, c’est faire des semis. C’est prendre des semences existantes, toutes sortes de graines et de germes, de plus ou moins jeunes pousses et des plans que d’autres ont enté auparavant (le terme nous revient à la suite de l’animal (de) Derrida — mais dans quel ouvrage le philosophe parlait-il de greffes grammaticales et végétales ?…) et dont les résultats dans ce jardin potager de nourritures spirituelles jusqu’ici disséminées, sont enthousiasmant et donnent envie d’aller plus loin dans l’expérimentation et la réalisation d’une perma-culture délivrée des artifices empoisonnants. Aller ce chemin, haler sur ce chemin sachant que — grands dieux heureusement ! panta rhéi (Πάντα ῥεῖ), tout s’écoule, c’est avoir cette conviction que nous, en tant qu’animal rationale, êtres humains, pouvons encore faire quelque chose pour restituer à ce monde qui est le nôtre la qualité de monde accueillant, agréable à vivre, qu’on lui prête. « Où il fait bon vivre », ce monde l’est assurément lorsque nous sommes individuellement délivré de la nécessité de la prédation. Nous entendons ici prédation dans les deux directions de la chose. Délivrés d’avoir à être des proies éventuelles, et délivrés d’être des prédateurs. Ce monde est tout pour nous. Il peut être le plus terrifiant comme le plus merveilleux, le plus délicieux comme le plus amer. Il n’est rien de tout cela — que ce que nous en faisons. Il est le pharmakon, poison et antidote, il est l’archi-dialectique, l’espace-temps, le lieu unique des possibles où il ne tient qu’à nous d’assumer la facticité (contingence) du vivre et du vivre-ensemble. Nous avons cultivé notre jardin. Nous nous sommes fait zoocultivant-e-s et avons tenté au mieux, autant avec humilité qu’orgueil, de participer à l’élaboration d’un compost, d’un terreau universel, d’un humus donc d’un certain humanisme, d’une Terre généreuse à partager. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

 

   2) Souveraineté du vivant
   Nous avons la dernière fois terminé provisoirement le propos avec Jacques Derrida. Nous avons proposé, dans la continuité d’une idée déjà évoquée sur ce blog auparavant, d’étendre notre considération morale aux animaux à l’instar du cynosarges (Κυνόσαργες, Kynósarges) à l’époque de Diogène Laërce (début du IIIe siècle). Le cynosarges était un gymnase qui accueillait les demi-citoyens. À cette époque les demi-citoyens étaient les personnes issues d’unions dont l’un des parents n’était pas citoyen de la ville. On pense alors, évidemment, au travail de Sue Donaldson et Will Kymlicka : l’essai Zoopolis (2011). Lire la suite

CES AUTRES-ANIMAUX — LE PRINCIPE D’ÉTHIQUE — D’APRÈS « POUR COMPRENDRE LEVINAS. UNE PHILOSOPHIE POUR NOTRE TEMPS » DE CORINE PELLUCHON

CES AUTRES-ANIMAUX — « POUR COMPRENDRE LEVINAS. UNE PHILOSOPHIE POUR NOTRE TEMPS » DE CORINE PELLUCHON

 

 

« Ni la destruction des choses, ni la chasse, ni l’extermination des vivants – ne visent le visage qui n’est pas du monde. »
(sur Totalité et Infini d’E. Levinas) p.54 in Une autre existence. La condition animale (Florence Burgat — 2012)

 

 

« Les discours de Heidegger et de Levinas restent pris à l’intérieur d’une métaphysique carno-phallogocentrique, parce qu’ils reconduisent, en le justifiant, le sacrifice des animaux, qui n’est pas seulement un sacrifice « réel », mais aussi, comme toujours, un sacrifice « symbolique ». »
Matthew Calarco des travaux de J. Derrida envers et avec J.-L. Nancy
p.123 in Philosophie animale. Différence, responsabilité et communauté (sous la direction de Hicham-Stéphane Afeissa et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer — 2010)

 

 

« L’infini actuel a-t-il un sens ? »
p.74 in Altérité et Transcendance (Emmanuel Levinas, 1967-1989)

 

 

   Ces quatre à cinq dernières années, nous avons plusieurs fois écrit à propos des travaux passionnants de la philosophe Corine Pelluchon. Nous nous sommes laissé dire il y a quelques semaines, sans douter un seul instant de la véracité de ce propos, que cette auteure importante engagée notamment pour la libération animale, était une excellente promotrice de la pensée d’Emmanuel Levinas, phénoménologue célèbre au seuil de la théologie. Pelluchon, nous a-t-on dit, vulgarise (dans le bon sens du terme) à merveille dans la discussion les idées de Levinas. Dans la foulée sortait dans toutes les bonnes librairies cet ouvrage : Pour comprendre Levinas. Une philosophie pour notre temps (23 janvier 2020). Bien entendu, nous nous sommes procuré le livre — c’était avant d’être confiné-e-s —, sûr-e-s d’y trouver une nouvelle fois un travail philosophique de grande profondeur et qualité. Nous n’avons pas été déçu-e-s.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE VII)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   12) Léviathan — des dieux et des bêtes :
   S’il n’y avait pas d’État, cela serait-il pire — pour les animaux ? À notre avis non, car la législation ne légifère que très peu pour les animaux (en leur faveur), et lorsqu’une personne ou un groupe de personnes franchit un certain seuil afin de libérer un ou plusieurs animaux du système qui l’asservit, l’on voit bien que l’État réagit au nom même des mécaniques carno-économiques qu’il défend. Mis à part l’argent et sa circulation, et la paix relative dans la société afin que les affaires tournent, à quoi sert l’État aujourd’hui : à se porter garant que Justice soit rendue ? Pour cela, il faudrait qu’en tant qu’appareil l’État ne soit plus à la merci de trusts industriels et que les gouvernants qui se succèdent aient une vision du monde à la fois plus holistique et zoocentrée, et aient une idée véritable du juste, pas seulement d’une morale démagogique, mais une éthique.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE VI)

 

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   10) Philozoophies (suite) :
   Nous réprouvons la souffrance et la mort. Il faut biorésister !
   Mais la mort… nous dira-t-on, c’est bien normal. En tout état de cause c’est comme ça, à défaut d’être normal. Rarement les êtres vivants acceptent de mourir. Difficile, quand on vient presque du néant absolu, d’avoir à y retourner. Y retourner où ? Nulle part.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE III)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

 

   (4) Animals Revolution, suite : )
   On pourrait dès lors objecter à ces animalistes « farouches » engendrant un certain type de discours catégorique et jetant le discrédit sur l’engagement des « autres » jugé trop consensuel, trop politiquement correct (quand on ne traite pas de welfaristes des abolitionnistes ayant compris que le carnisme ne disparaîtra pas en un jour) qu’il y a peut-être dans ces comportements un complexe de supériorité prenant sa source dans des tréfonds personnels qui n’ont rien à apporter de bon aux animaux car hélas 1) les animaux n’ont que faire des querelles d’ego des humain-e-s et 2) au demeurant ces tentatives de moquerie et d’intimidation n’inciteront jamais à ce que les réprouvé-e-s rejoignent cette branche « élitiste » du mouvement, puis enfin 3) sur le web ces disputes doivent avoir l’air assez surréalistes pour les carnistes en étant spectateurs hasardeux ou… malicieux (il y a un voyeurisme carniste, une surveillance multiple sur les réseaux sociaux). Lorsqu’une association remarquable pour ses actions courageuses déclare : « On ne lutte pas pour la libération animale en « véganisant » les grandes marques de l’agro-alimentaire […] ni en collaborant avec […] l’injustice sociale : l’État et les industries ; on lutte en co-résistant avec les opprimé.e.s, en bloquant le système de production et en devenant une menace pour l’ordre spéciste.[1] », force est de constater l’incomplétude de la formule, de la même manière que si l’on disait : « On ne lutte pas pour la libération animale en freinant les journées de travail des abattoirs et forçant ainsi les cadences à reprendre plus tard plus vite et plus douloureusement pour les animaux et péniblement pour les employés, ou en brisant toutes les vitrines des boucheries en permettant aux exploiteurs des animaux de passer pour des victimes dont on sape le sacro-saint travail et d’inciter l’État à plus de répressions sur les véganes/antispécistes, puis en risquant de tou-te-s êtres fiché-e-s comme bioterroristes payant de fortes amendes ou finissant en prison, mais simplement en véganisant les offres de produits de consommation classiques et en soumettant des amendements en croisant les doigts pour qu’ils soient votés… » — on voit bien, on le constate depuis qu’elles existent, les méthodes de l’action directe ont une importance et une efficacité sur le plan politique pur par le prisme de la détermination du mouvement les pratiquant, la communiquant auprès du grand public via les médias. Mais pas plus la seule « véganisation » des produits manufacturés ni seulement les actions directes ne valent pour accélérer et fortifier l’entendement commun à la cause animale. Quel intérêt que dans le camp des défenseurs des animaux il y ait des détracteurs, une bien-pensance et de telles postures ? Par ailleurs, on a beau jeu de faire référence à des figures historiques comme Malcolm X, que vaut la parole — et par-là la pensée — de celle ou celui qui dénigre l’engagement et le travail de ses pairs ; […] peut-on dénoncer ce que l’on refait — même sous forme fictionnelle — sans tomber dans un certain impérialisme qui opposerait toujours des communautés divisées ?[2] demande-t-on à la suite d’Hélène Singer. Peut-on révolutionner un milieu en soi révolutionnaire ? Doit-on, dans le cadre de la condition animale, rejouer les mêmes actes que dans les diverses libérations humaines ? Le terme de co-résistance est certes recevable, encore que rares sont les animaux vraiment en mesure de pouvoir résister. Pour Yves Bonnardel aussi les animaux tentent de résister aux mauvais traitements qui leur sont infligés, mais ils n’ont bien évidemment pas la capacité de s’exprimer ou de s’organiser comme peuvent le faire des esclaves humains[3]. Le mot de biorésistance nous semble plus approprié. Et c’est en vertu qu’à l’ère du grand merchandising les figures révolutionnaires elles-mêmes sont devenues des objets publicitaires et de consommation, où tout est propice au spectaculaire, aux spéculations, qu’on devra se pencher sur la question des luttes internes au mouvement de libération animale comme symptomatique de la frustration à émerger sans se départir d’une attitude tutélaire en son sein propre comme vis-à-vis du monde extérieur qu’il reste à convaincre. Guy Debord n’avait pas tort en 1967 lorsqu’il affirmait que la théorie révolutionnaire est maintenant ennemie de toute idéologie révolutionnaire, et elle sait qu’elle l’est[4].

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE II)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   2) De violentes conditions :
   Il y a longtemps qu’il y a péril en la demeure. Les mythologies plus ou moins millénaristes, plus ou moins théoriciennes du complot mondial, ne sont que les échos d’inquiétudes collectives qui existent depuis la nuit des temps quant à la « fin du monde ». Néanmoins les risques de destruction massive de l’écoumène (la biosphère habitée) sont bien réels, surtout à compter de l’essor industriel et de la pregnance croissante de la technologie et ses déchets. Cette peur fait partie des sociétés depuis la Bible jusqu’à Philip K. Dick ou Hans Jonas. On en a déjà parlé ailleurs, aussi ne va-t-on pas y revenir ici. Il faut signaler tout de même la symétrie entre le danger du nucléaire et celui de la perte de la biodiversité — même si ça n’est jamais en soi un problème d’espèce (pour les espèces) mais entre elles, dans ce qu’il convient d’appeler l’écosystème compris comme lieu des échanges vivants, Gestalt (structures de formes en mouvement permanent), plasticité des éléments vivants et non vivants du monde en équilibre. Pour dire les choses crument, c’est l’espace d’un carnage innocent ou rares sont les prédateurs n’étant pas eux-mêmes des proies. Philippe Descola, dans Par-delà nature et culture, évoque l’orthodoxie brahmanique dans laquelle on retrouve une représentation de la domination telle qu’exercée par les humains sur les non-humains en général : « [cette orthodoxie] elle-même met en avant une division plus fondamentale encore, entre les « mangeurs », les princes détenteurs de la force, et les « mangés », les sujets voués à l’obéissance et à la production. » (op. cit. p.517) D’où la prévalence de la viande telle qu’analysée par Carol J. Adams ou bien Florence Burgat. Les équilibres naturels, bien que dénués de sens (ils n’émanent pas d’une volition), n’en sont pas moins inévitables dans les relations interspécifiques, sauf à en faire disparaître tellement de pans qu’à force tout l’édifice s’effondre. C’est en soi, quand on l’envisage, une violence à l’encontre de notre commun instinct de survie ; au nôtre et à celui des animaux. La biotechnologie ça n’est pas que de la science-fiction. Ce sont les irradiés de Tchernobyl et toute cette nature qui, là-bas, paraît-il, se porte comme un charme, est resplendissante, mais ce sont aussi les animaux des laboratoires. C’est, malgré l’apologie de la vie portée par la culture humaine en général, ce qu’Elsa Dorlin désigne de thanatoétique.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (HOMONOIA)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

— HOMONOIA —
   Il faut bien commencer quelque part, ou le calcul du rejet. Tel pourrait être — ça l’est, ça y est enfin — notre maxime où prendre élan dans ce nouvel exercice d’écriture libre et interdisciplinaire. Écriture surtout comme qui dirait, re-jetée-là comme une énième bouteille à la mer, celle-ci n’ayant que l’apparence de la non pollution, de l’inoffensivité puisque de toute évidence la « virtualité » textuelle sur le web repose bien quelque part et que cette mécanique s’avère incendiaire (cf. A. Gras[1]). Un rejet donc, d’un échouage l’autre, un signal de détresse pour opposer à l’innommable. Une tentative supplémentaire à l’encontre de l’assujettissement de tous les sujets d’une vie qui ne viennent au monde qu’entre un destin inapproprié et le plus malheureux des hasards — eux comme si c’était d’autres, puis d’autres encore et encore à la place d’eux. Hommage en passant à qui de droit (animalier), vous l’aurez reconnu, avec pour objectif comme dit Anne Simon « à cette thanatopoétique industrielle », de répondre « par une biopoéthique visant à requalifier les vies disqualifiées des bêtes comme des employés.[2] » Mais toute biopoésie éthique n’est-elle pas d’emblée une parole biopolitique ? N’y a-t-il d’engagement que dans l’action ou les mots ont-ils encore un sens — c’est-à-dire : la direction d’une utilité ? Certes, pourtant bien intentionnés, ils tournent le dos aux victimes qu’ils défendent et ne s’adressent qu’à leurs tortionnaires, en espérant faire écho : se multiplier et durer dans le temps, être ouïs. Dans le capharnaüm ambiant où tirent tous azimuts les intérêts des uns au détriment des autres, prendre fait et cause pour la « libération animale », c’est chercher probablement l’ultime concorde, une très parfaite harmonie, va savoir, qui sait si atteignable tout comme de mettre fin à la prédation ? Néanmoins qui peut le plus peut le moins dit le proverbe, et plus les animalistes auront de hautes prétentions, plus les trop faibles ou trop lents résultats obtenus seront relativement plus importants, et chaque fois précieux. C’est bien, dans cette mare tenebrarum, une bouteille jetée à la mer pour qu’autour des animaux se forge et se fortifie une enceinte d’empathie partagée et transmissible qu’on appelle ici homonoia (ομόνοια).

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AMOR MUNDI — SUR « ÉTHIQUE DE LA CONSIDÉRATION » DE CORINE PELLUCHON — UN CONTREPOISON À L’ANTHROPOCENTRISME BIOCIDAIRE

« ÉTHIQUE DE LA CONSIDÉRATION » DE CORINE PELLUCHON — CONTREPOISON À L’ANTHROPOCENTRISME BIOCIDAIRE

 

 

« « L’être pour les créatures vivantes est la Vie », et l’être à jamais (άεί έναι), correspond à l’άεγενές, à la procréation. »
Hannah Arendt d’après Aristote in La crise de la culture, p.59, Folio essais

 

 

« La cause animale est aussi la cause de l’humanité, parce que ce qui est en jeu dans la maltraitance animale c’est aussi notre rapport à nous-mêmes. »
p.16 in Éthique de la considération

 

 

« Omnis homo est animal, hoc ipsum volo, homines inter animalia esse quaerendos, seu qui non sit animal nec hominem esse. »
G. W. Leibniz — Opuscules et fragments inédits

 

 

« The practices we now call conservation are, to large extent, local alleviations of biotic pain. »
pp.195-196 in A Sand County Almanach (Oxford University Press)

 

 

   Le dernier essai de la philosophe Corine Pelluchon s’avère à la fois être le noyau magmatique — fusionnel — et l’exopshère de son opus magnum précédent, savoir : Éléments pour une éthique de la vulnérabilité, L’autonomie brisée et Les nourritures, et dans la continuation de son travail d’élucidation éthicienne, philosophique et biopolitique autour de toute corporéité, donc des vivants sujets que sont les humains et les non humains dans ce qu’il convient bien d’appeler une ontologie libérale du souci (care et Sorge), quelque chose de l’ordre de l’herméneutique de la Vie — entendez par là : d’une juste lecture de la présence au monde faite chair, (de) ce que partagent tous les étant-vivants dans la communauté biotique. Bien aussi est-ce un prolongement, un développement, un approfondissement transsomptif de son introduction à Zoopolis de S. Donaldson et Will Kymlicka et son Manifeste animaliste où le mystère du monde et de son être-en-vie descend s’incarner dans le vivre-ensemble aussi bien rationnel qu’émotionnel. De ce que rarement l’humanité peut produire de plus extatique.

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