VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE II)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   2) De violentes conditions :
   Il y a longtemps qu’il y a péril en la demeure. Les mythologies plus ou moins millénaristes, plus ou moins théoriciennes du complot mondial, ne sont que les échos d’inquiétudes collectives qui existent depuis la nuit des temps quant à la « fin du monde ». Néanmoins les risques de destruction massive de l’écoumène (la biosphère habitée) sont bien réels, surtout à compter de l’essor industriel et de la pregnance croissante de la technologie et ses déchets. Cette peur fait partie des sociétés depuis la Bible jusqu’à Philip K. Dick ou Hans Jonas. On en a déjà parlé ailleurs, aussi ne va-t-on pas y revenir ici. Il faut signaler tout de même la symétrie entre le danger du nucléaire et celui de la perte de la biodiversité — même si ça n’est jamais en soi un problème d’espèce (pour les espèces) mais entre elles, dans ce qu’il convient d’appeler l’écosystème compris comme lieu des échanges vivants, Gestalt (structures de formes en mouvement permanent), plasticité des éléments vivants et non vivants du monde en équilibre. Pour dire les choses crument, c’est l’espace d’un carnage innocent ou rares sont les prédateurs n’étant pas eux-mêmes des proies. Philippe Descola, dans Par-delà nature et culture, évoque l’orthodoxie brahmanique dans laquelle on retrouve une représentation de la domination telle qu’exercée par les humains sur les non-humains en général : « [cette orthodoxie] elle-même met en avant une division plus fondamentale encore, entre les « mangeurs », les princes détenteurs de la force, et les « mangés », les sujets voués à l’obéissance et à la production. » (op. cit. p.517) D’où la prévalence de la viande telle qu’analysée par Carol J. Adams ou bien Florence Burgat. Les équilibres naturels, bien que dénués de sens (ils n’émanent pas d’une volition), n’en sont pas moins inévitables dans les relations interspécifiques, sauf à en faire disparaître tellement de pans qu’à force tout l’édifice s’effondre. C’est en soi, quand on l’envisage, une violence à l’encontre de notre commun instinct de survie ; au nôtre et à celui des animaux. La biotechnologie ça n’est pas que de la science-fiction. Ce sont les irradiés de Tchernobyl et toute cette nature qui, là-bas, paraît-il, se porte comme un charme, est resplendissante, mais ce sont aussi les animaux des laboratoires. C’est, malgré l’apologie de la vie portée par la culture humaine en général, ce qu’Elsa Dorlin désigne de thanatoétique.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE VII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   8) Animal laborans et symbole du langage :
   L’animal au travail est l’animal qui cherche et consomme sa nourriture en dehors et au sein de son abri. Suivant cet énoncé très factuel, il apparaît que le travail est la norme active — ou l’activité économique (action normative) — par excellence dans tout le règne du vivant. Toutefois attention : le travail n’est pas écologique. C’est rigoureusement l’inverse qui se produit à chaque instant : l’écologie en tant que déroulement des processus d’agencements naturels est au travail. Nous pensons cela ici en voulant dire que l’écologie appartient ou plutôt découle implicitement d’une activité économique résultant du croisement de deux facteurs fondamentaux en mouvement, le géophysique et le vivant. L’écologie est l’expression d’une économie : gestion des ressources, adaptation aux situations, calculs des énergies, etc. En cela chaque culture animale est productrice de son propre artisanat ; utilisation de techniques transmises aux suivants, acquises pour partie génétiquement et reproduites à tâtons par mimétisme, observation plus expérience, bref la somme en perpétuelle évolution qu’est l’étant-vivant entre inné et acquis et histoire personnelle circonstanciée. S’il ne saurait y avoir d’économie en soi dans l’inanimé (le Soleil ne décide pas de sa dépense énergétique et de son autorégulation thermonucléaire, il n’œuvre pas relativement à sa fin) sinon ce que les humains veulent bien appeler « lois de la Nature », ceci est bien propre à l’instance phylétique du vivant. À chaque instant tel animal est entier, tout lui-même dans son vivre-au-monde, et quand bien même soit-il un prédateur, jamais sa prédation ne l’incline à envisager le monde entier contre lui comme un bien de consommation absolu en soi pour lui. Finalement le moins identitaire des animaux serait l’humain, et Mark Sagoff aurait donc raison quand il critique la fragmentation de l’Homme qui se perd dans sa constitution (conscience égoïque et lois d’ailleurs) quand il y voit l’abscons « « désespoir tranquille » de l’homo œconomicus. » (cité p.75 par J.-Y. Goffi dans Qu’est-ce que l’animalité ? Vrin) Au lieu de cette dispersion (perdition) nous aurions aussi bien fait d’entamer un autre travail de réalisation économique propre à mettre en valeur son avers écologique. Multiplier les reconnaissances des différences dans l’unité de leur mondanéité. Comme le dit Baptiste Morizot, nous pourrions […] nous définir comme êtres vivants, dans une animalité commune, diffractée[1]. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE IV)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

 

   5) Humanité-e-s :
   Pour en finir avec les affirmations de Luc Ferry visant à associer IIIème Reich et antispécisme, remarquons qu’il souligne p.160 de Le Nouvel Ordre Écologique que le régime nazi était pour l’« interdiction du gavage des oies » ainsi que la fin de la « vivisection sans anesthésie ». Si de nos jours vous persistez à penser qu’il est immoral de gaver les oies par exemple, sachez que vous risquez de réécrire les pages les plus noires de notre Histoire, et tout ça parce que vous ne mangez plus de foie gras ! Décidemment le philosophe n’a reculé devant aucun effet de style argumentaire pour faire passer ses idées rétrogrades — pardon : humanistes.

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SYNTONISATION : EN RÉFÉRENCE AUX ABSENTS — DU BRILLANT OUVRAGE DE CAROL J. ADAMS « LA POLITIQUE SEXUELLE DE LA VIANDE » — OU L’EN-DEÇÀ DU VÉGANISME

DU BRILLANT OUVRAGE DE CAROL J. ADAMS « LA POLITIQUE SEXUELLE DE LA VIANDE » — OU L’EN-DEÇÀ DU VÉGANISME

 

 

« […] le symptôme est une métaphore, ce n’est pas une métaphore que de le dire, non plus que de dire que le désir de l’homme est une métonymie. »
p.526 in Écrits I — Jacques Lacan

 

« […] (que) toute chose puisse n’exister pas. »
(sur le fait que l’être rend possible la place d’une absence)
p.144 in Écrits II — Jacques Lacan

 

« S’il est naturel de consommer de la viande, pourquoi ne nous y prenons-nous pas de façon naturelle, comme les autres animaux ? »
p.257 in La Politique sexuelle de la viande

 

 

Politique sexuelle de la viande   Des femmes véganes elles-mêmes n’ont pas encore conscience de cette vérité énoncée par Élise Desaulniers dans sa préface à l’historique essai de Carol J. Adams La politique sexuelle de la viande — que […] depuis le 19ème siècle au moins, l’histoire du mouvement animaliste se conjugue d’abord au féminin[1]. Il y a peu encore, certaines d’entre les militantes que nous avons rencontrées s’étonnaient quand on le leur faisait remarquer : « Ah oui ? À ce point-là ?! je n’avais pas fait attention…, disaient-elles, et ça n’était pas les moins engagées.
   — Et pourtant si, répondions-nous, c’est une évidence : les trois-quarts des personnes engagées pour la cause, et très souvent véganes, sont des femmes. »
   Nous au départ, nous en avions parlé entre nous, concluant que la conscience zoo-politique des femmes prenait ses racines dans quelque chose de l’ordre de classe ou de genre, devinant un lien avec le féminisme. Et, sans tomber dans le pseudo-romantisme, il semblait très clair que les femmes sont plus à même de se mettre à la place d’autrui, quitte à s’effacer de manière exagérée parfois cela dit, à avoir de l’empathie pour dire le mot juste. Et parce que la société — prise en tant qu’agglomérat de cultures — forme un système coercitif à l’encontre de tous ses membres mais plus encore pour certains que pour d’autres, en termes de praxis biopolitique totale (incluant les animaux donc), nous n’en avions pas encore pris véritablement la mesure.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   1) Anima simplex :
   À la même époque environ — le tout début des années 90 — Luc Ferry, philosophe et dans une décennie ministre de l’Éducation nationale pour deux ans (2002-2004), et l’avocat américain Stephen M. Wise ont chacun de leur côté argumenté relativement à la question animale. Dans leurs travaux respectifs ils citent tous deux ces curieux procès qu’on a faits aux bêtes entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Pour un oui ou pour un non les animaux pouvaient comparaître devant un Tribunal humain pour les motifs les plus variés, dès lors qu’un intérêt humain quelconque était en jeu et l’humain concerné s’estimant lésé. Si l’on butait sur un porc et qu’on se blessât en tombant, l’animal risquait sa peau lors d’un jugement où bien entendu il n’avait pas sa place. Si des récoltes étaient menacées, on tentait aussi de dialoguer avec les « assaillants. » Ainsi, nous raconte Luc Ferry dans Le nouvel ordre écologique, les animaux étaient fréquemment accusés puisqu’ils gênaient la bonne marche des affaires humaines. Il fallait donc qu’on leur alloua un « avocat des animaux ». Lors d’une invasion d’insectes, une petite commune rurale a dû faire appel à un homme d’Église pour négocier avec eux, mais rien n’y fit. On fit un procès auquel les créatures invitées osèrent ne pas se présenter. L’avocat des animaux, arguant du fait que les animaux, créés par Dieu, possédaient le même droit que les hommes à se nourrir de végétaux, avait refusé d’excommunier les verpillons, se bornant, par une ordonnance en date du 8 mai 1546, à prescrire force prières publiques […][1].   Il faut bien appeler un chat un chat. Même si au XVIe siècle on instruisait les animaux en justice, c’était uniquement par souci religieux et économique. D’abord on ne pouvait punir, le cas échéant, les animaux « gratuitement » car ils étaient, eux-aussi, des créatures de Dieu. C’eut été offenser le Divin que ne pas se montrer équitable envers eux. Toutefois si ces parodies de justice prêtent aujourd’hui à sourire, il faut en souligner la niaiserie et l’hypocrisie manifestes. L’Homme étant au-dessus des autres êtres vivants dans la Création (postulat biblique), c’est bien en sa faveur sinon quand un « défenseur des animaux » était zélé et fantasque, que se déroulaient ces moments de la vie sociale de l’époque. Les animaux n’ont jamais été que des objets pour les hommes, des instruments de travail et de la matière première. Comme le dit M. Wise dans Rattling The Cage: Toward Legal Rights For Animals (Tant qu’il y aura des cages) : « Le problème, avais-je alors conclu, était structurel. Tous les animaux non humains étaient, et cela depuis toujours, des choses juridiques. » C’est contre cet état de fait reléguant des êtres vivants sensibles à l’état de choses, de mobiliers, etc., que de plus en plus de voix s’élèvent comme celle de Stephen M. Wise, et que les intellectuels de penchent sur ces questions investies dans le quotidien par de plus en plus de militants. Toutefois, là où Wise désire ardemment changer la structure sociale — pour ce qu’elle est et vaut à l’heure actuelle — des hommes et des animaux, ce qu’on appelle la zoopolitique, en faveur d’une libération animale passant par l’abolition de l’exploitation, cela n’exclue pas des interactions et des émancipations de part et d’autre de ces échanges inter-espèces. Ferry a fait le même constat dans ses observations, concluant cependant tout autre chose et bien qu’ayant balayé (peut-être un peu trop hâtivement et encore plein de préjugés) un large prisme écologique, ce qui l’amena à formuler à regrets : « Il se pourrait bien, en effet, que la séparation de l’homme et de la nature par laquelle l’humanisme moderne fut conduit à attribuer au premier seul la qualité de personne morale et juridique n’ait été qu’une parenthèse, en train de se refermer. » (op. cit. p.18)

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