« ANTISPÉCISTE » — UNE ONTO-BIO-GRAPHIE — SELON AYMERIC CARON : EXPERT IN HOME-COSMOGRAPHY

« ANTISPÉCISTE » — AYMERIC CARON : EXPERT IN HOME-COSMOGRAPHY

 

« Qu’apprendre à philosopher est — aussi — ne pas faire mourir »
Montaigne et moi

 

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence. »
Isaac Asimov in Fondation — Denoël, « Présence du futur », p. 73

 

« Il n’y a de loi de populations abstraite que pour les plantes et les animaux, et
encore, pour un peu que l’homme n’intervienne pas historiquement. »
p.708 in Le Capital — Karl Marx

 

« C’est la fin des paysans et le début d’une alimentation de merde. »
p.296 in Antispéciste

 

« Where do we go now ? »
Sweet Child O’ Mine, Guns n’ Roses in « Appetite for destruction » — 1987

 

 

 

   S’il y avait bien cette année un essai vraiment attendu par une bonne partie des défenseurs des animaux, ceux de la protection animale, les végétariens, les véganes, etc., c’était bien celui-ci : Antispéciste, d’Aymeric Caron.
   Le journaliste et chroniqueur TV, qu’on ne présente plus, est bien connu pour ses prises de position en faveur de la cause animale, notamment lors des émissions auxquelles il a participé ou participe encore. Encore assez rares sont les personnalités publiques à s’engager dans le mouvement animaliste, aussi bien entendu nous avons eu envie de savoir ce que Caron pouvait avoir à nous dire de plus quant à la cause. Au final, on a lu un livre sans surprise mais surprenant, un essai d’un animal philosophant — et zoon politikon ! — plus philosophique qu’il ne veut bien l’avouer. Rencontre avec cet  inconnu-connu que nous connaissons mieux à présent.
caron antispéciste   Avant de revenir sur notre lecture d’un ouvrage qui ne brille franchement pas par l’accroche de son titre — « Qu’est-ce que c’est ça : antispéciste ? » demandera le chaland qui s’en revient du marché avec son poulet rôti dans son pochon en plastique —, arrêtons-nous un instant sur la polémique qui enfle alors même que presque personne n’a lu l’ouvrage. À peine après avoir exprimé leur enthousiasme — la sortie de ce livre — on voit des véganes s’enflammer pour le propos qui suit publié dans le Nouvel Obs. : « Personnellement, je ne suis pas un «végétarien philosophique» qui refuse la mort. Je suis prêt à manger un poulet rôti si je sais qu’il a été élevé sans souffrance, a pu profiter de son existence de poulet et a été abattu dans des conditions dignes. Dans l’état actuel de la production agricole, même bio, ces conditions n’étant pas réunies, je m’abstiens. » À notre humble avis cela veut juste dire que ce n’est pas ni la texture de la chair ni le goût du poulet qui gêne Aymeric Caron, mais le traitement qui aura été réservé à l’individu concerné. Nous non plus nos convictions quant au véganisme ne se sont pas forgées sur une affaire gustative et d’appétence, mais uniquement éthique. Et c’est bien ce propos que tient Caron, rien d’autre. (Erratum : entre-temps l’article du journal a été corrigé apprend-on. Les propos d’A. Caron avaient été mal retranscrits.) Lire la suite

COEXISTENZ : L’ANIMALITÉ SOUS CONDITION(S) — À L’ETUDE DE LA SUBJECTIVITÉ ANIMALE AVEC FLORENCE BURGAT — (GESTALT, INDIVIDU, ORGANISME, STRUCTURE, SUBJECTIVITÉ, …)

COEXISTENZ : À L’ETUDE DE LA SUBJECTIVITÉ ANIMALE AVEC FLORENCE BURGAT

 

« Cet autre disparu, ajouterons-nous, est aussi bien cet animal que nous avons aimé, nommé, dont nous conservons le souvenir vivant, l’image, la trace, et qui parfois revient en rêve. »
Florence Burgat
p.236 in Une autre existence — La condition animale
« Avec l’accroissement des connaissances, les animaux seront toujours plus près des hommes. Quand ils en seront aussi proches qu’aux anciens temps mythologiques, alors, il n’y aura presque plus d’animaux. »
Elias Canetti
p.54 in Le Territoire de l’homme
« Le monde animal, à un certain niveau de son développement, organise sa vie en fonction du couple plaisir/déplaisir, c’est-à-dire de sa sensibilité. Cette strate affective est le substrat (hypokeimenon) de son existence. »
Heinz Wissman
p.9, en introduction à Une autre existence

 

Une autre existence   Ces dernières années — une vingtaine, et depuis environ une dizaine d’années surtout — la littérature essayiste française se voit parsemée d’ouvrages de plus en plus nombreux quant à l’impérieuse cause animale. Impérieuse dans les défis qu’elle nous lance, dans la prise en compte du risque de perte infinie — outre pour l’homme sa propre disparition avec tout le relativisme contingent à la situation — de toute(s) forme(s) de vie(s), au péril plus périlleux encore qu’avant de disparaître il lui faudrait supporter (l’homme) la dévitalisation du monde dont il se serait fait commandeur avec l’outil armé, coercitif et violent de la technique. Car la cause animale est égale à la perte de l’animal en tant qu’annihilation progressive des animaux, de toute existence d’animalité libre pour-elle.
   Il ne s’agit plus seulement d’essais anglo-saxons traduits en langue française qui nous informent sur la question animale et le risque encouru. Et Jacques Derrida n’est plus seul dans le paysage philosophique français qui, réagissant et répondant, tente d’apporter des solutions à la problématique du rapport tyrannique humain aux animaux. Lire la suite

SOLASTALGIA — CONTRE L’ESSEULEMENT LA MORALITE UNIVERSELLE DE MARC BEKOFF : LES ÉMOTIONS DES ANIMAUX

SOLASTALGIA —  LES ÉMOTIONS DES ANIMAUX DE MARC BEKOFF
 La véritable éthique exclut de porter préjudice à la vie.
Albert Schweitzer
 Les émotions des animaux
    Malgré les avancées de nos connaissances sur les animaux, dans le sens du naître-avec, il existe encore parmi ceux qui sont censés savoir (avoir ces connaissances, les maîtriser mieux que le commun des mortels), chez les scientifiques qui les étudient donc, d’invisibles barrières, de véritables œillères, des tabous difficilement contournables. Car ces gens qui scrutent, auscultent au plus près, refusent encore pour bon nombre de voir l’évidence : les animaux ont des émotions. Lire la suite

HOMO ANIMALI LUPUS EST ? — EMPATHIE(S) — INTROPATHIE(S) — PROPOSITION (POST)-HUMANISTE

 HOMO ANIMALI LUPUS EST ? — PROPOSITION (POST)-HUMANISTE
 « Peut-on conserver pendant des générations des comportements contre nature, comme un banc de piranhas qui se convertiraient au végétarisme ? » (p.51)

Henri Atlan

 I
Ne pas crier au loup
   La lecture de l’opuscule LES FRONTIÈRES DE L’HUMAIN de Henri Atlan donne à réfléchir. Il faut voir, c’est-à-dire reconnaître, que les anciennes classifications ont perdu leur pertinence (p.8)[1] parce que les champs d’études menées tant sur le comportement animal que sur celui de l’Homme démontrent qu’on ne peut plus penser en termes réducteurs et restrictifs : l’humain d’un côté, l’animal de l’autre. Moult travaux nous font voir que l’ancienne frontière qui autrefois — il n’y a pas si longtemps — hissait l’humain en être supérieur doué de divinité et de plus faisait de chaque être, objet ou chose en propre totalement des « autres », n’existe pas. Ainsi, comme l’écrit Henri Atlan : « C’est l’Homme système fermé et autarcique qui a disparu. C’est l’image de l’Homme, origine et fin de toutes choses, qui avait en effet nourri un certain humanisme au XIXe et XXe siècles, qui éclate aujourd’hui de tous côtés. » (pp.16-17).
atlan   Cela ne signifie pas pour autant une régression. On peut tout à fait y voir un grand progrès, en premier lieu duquel apparaissent non plus donc des frontières, mais des espaces intercalaires flous, plutôt des porosités, comme autant d’espaces-limites au sens où tout glisse, se meut, se mélange, se sépare, s’enrichit, se participe, se crée et se détruit, etc., avec ce qui s’y anticipe et ce qui est inattendu. Il n’y a pas de perte de dignité humaine à éprouver de la compassion pour des êtres vivants sensibles autres qu’humains[2]. On peut avoir en plus de l’estime de soi et de la satisfaction personnelle, des sentiments autres ou similaires procurés par des individualités non-humaines. Encore que ; qu’elle est la part d’humain chez le singe et qu’elle est celle de primate chez l’homme ? Si je viens en aide à un animal et qu’il me témoigne de quelque façon de la reconnaissance et me donne de l’affection, en quoi cela revêtirait-il moins d’importance, de sincérité, bref en quoi cela aurait-il moins de valeur, que si je le fais pour un semblable dont je bénéficie en retour de cette reconnaissance ? Lire la suite