DES INVASIONS CARNO-SPÉCISTES — POUR LE « STEAK BARBARE » DE GILLES LUNEAU — ÉGOISME INUTILE

DES INVASIONS CARNO-SPÉCISTES — POUR LE « STEAK BARBARE » DE GILLES LUNEAU
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger. Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, 1678-1679.
« […] comment un individu peut construire de manière autonome des structures de contrôle sur la base de sa propre histoire personnelle. »
p.183 in Comment l’esprit vient aux bêtes. Essai sur la représentation (Joëlle Proust — 1997)
« The lunatic is in my head
The lunatic is in my head
You raise the blade, you make the change
You re-arrange me ’til I’m sane »
Brain Damage in « The dark side of the moon » (Pink Floyd — 1973)
   En janvier de cette année les éditions l’aube et la Fondation Jean Jaurès ont permis à Gilles Luneau, journaliste, essayiste et réalisateur, de crier haro sur le baudet, ou de jeter l’opprobre sur ces tordus de « végans » si vous préférez, en publiant Steak Barbare. Hold-up végan sur l’assiette en butte à pourfendre toutes velléités animalistes. Rien que ça. Et dire qu’on va commenter ça… Et si on faisait une vidéo « retour de courses » plutôt, non ? Trop bien ! Non non, stop, chacun son truc. Le nôtre ? Traquer les incohérences, les impostures et les mauvaises langues. Après Luc Ferry, Michel Onfray, Paul Ariès, Etienne Bimbenet, Pierre-Etienne Rault, Marianne Celka, Stanislas Kraland, Jean-Pierre Digard, Francis Wolf, etc., nous voici une nouvelle fois avec une pépite antivéganes entre les mains en guise de game of thrones… rigolez pas : en cas de reconfinement ça peut servir si le PQ vient à manquer !

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ANTISPÉCISTE, ET DISSIDENTE CAR VRAIE CITOYENNE — AUTOUR DE « INDUSTRIE LAITIÈRE. UNE PLAIE OUVERTE À SUTURER ? REGARD ÉTHIQUE SUR LA FILIÈRE SUISSE DU LAIT » DE VIRGINIA MARKUS

DISSIDENTE CAR VRAIE CITOYENNE — « INDUSTRIE LAITIÈRE. UNE PLAIE OUVERTE À SUTURER ? REGARD ÉTHIQUE SUR LA FILIÈRE SUISSE DU LAIT » — VIRGINIA MARKUS

 

 

« Toutes les formes d’amour authentiques ont un point commun : le sens de la responsabilité. Sinon, elles ne sont qu’imposture. »
in Indignez-vous — Stéphane Hessel (2010)

 

« […] une vie de vache […] pour l’essentiel une succession d’inséminations et de mises bas. »
p.102 in Vache à lait. Dix mythes de l’industrie laitière — Élise Desaulniers

 

« En protégeant les êtres innocents de ce monde, nous protégeons la vie dans toute sa pureté »
pp.124-125 in Empathie et compassion — Sandra Cardot

 

   Il y a un an, souvenez-vous, nous commentions la sortie du livre d’Élise Desaulniers, Vache à lait, dénonçant les mythes de l’industrie laitière — au Québec notamment. L’essayiste Normand Baillargeon avait à juste titre préfacé que le travail effectué en 2013 par Desaulniers avait pour objectif d’activer un point de bascule pour la libération animale. On peut réitérer la formule et à la fois le compliment à l’égard de Virginia Markus, jeune citoyenne suisse éducatrice de sa profession, qui s’est lancée par ses propres moyens dans une vaste enquête sur les terres helvétiques afin de dénoncer ce que subissent les bovins femelles et mâles exploité-e-s dans des conditions qui n’ont rien d’une publicitaire image d’alpine Épinal à la Milka, c’est le moins qu’on puisse dire.

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« NON » — NOTRE RÉPONSE À LA QUESTION « FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER OU HILLUL HASHEM DE LA VIE

« FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER — « NON »
Un article pour Maryse L., participante à notre jeu concours.
« Quand on aspire à l’action, c’est tantôt sous l’influence de l’appétit ou de l’impulsion, tantôt sous celle du désir ou de la volupté, que l’on fait ou que l’on agit. »
p.62 in Cave CanemMouvements des animaux, VI-VII — Aristote.
« L’homme n’a qu’un but : choisir en vue de son propre avantage ; la nature, au contraire, choisit pour l’avantage de l’être lui-même. »
p.132 in L’Origine des espèces — Charles Darwin
« […] psychologies des consommateurs-panélistes, dévorées par l’envie et le désir d’accaparer à moindre frais. »
p.21 in Vivre et penser comme des porcs — Gilles Châtelet
faut-il manger les animaux   Il y a quelques années — pas tant que ça mais ça semble une éternité déjà — K. a lu deux livres qui ont radicalement bouleversé notre vie. Le premier de ces livres fut Faut-il manger les animaux ? de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer. Ce livre a eu un effet considérable dans notre petit univers de décroissants-écolo-bio consciencieux : celui d’un choc psychologique et éthique aussi puissant au moins que le Big Bang d’où émergea le cosmos tel qu’on l’observe aujourd’hui. C’est-à-dire pour être plus précis, qu’en rendant visible la question animale dans nos vies, c’est l’existence qui s’est mise à s’épaissir. Tout à coup, tout ce que nous vivions et auquel nous donnions bon an mal des significations et du sens, essayant de vivre avec logique et considération à l’égard du monde sans toujours il faut l’avouer, y parvenir aisément, d’abord s’effondra telle une étoile sur elle-même — implosion pure — pour retourner littéralement notre monde — invaginé — dévoilé enfin dans toute sa réalité, stupéfiante et horrifique, mais vraie et au sein de laquelle nous étions libérés : nous pouvions pour la première fois de nos vies faire un choix véritable, celui du véganisme. Le second livre majeur à l’origine de ce que les véganes ressentent comme une renaissance[1] a été Vegan, le choix de la vie (2013) de Catherine Hélayel devenu deux années plus tard Yes Vegan ! un choix de vie. Ainsi si nous sommes devenus véganes c’est avant tout grâce à J. S. Foer, un écrivain américain, et à C. Hélayel, une avocate et militante française pour les droits des animaux. Comme le dit Foer dans son livre Eating Animals en 2009, nous vivions dans ce qu’il faut bien appelé une « incohérence consciencieuse » (p.21), pas comme lui et sa famille dont il retrace astucieusement le parcours et les coutumes depuis sa grand-mère ukrainienne exilée aux États-Unis il y a belle lurette, mais à notre façon, comme dans un petit bastion que nous pensions idéal, empli de romans, d’art, de musique et de philosophie, et de bonne chair… Lire la suite

DES SOURIS, DES CHIENS, DES VACHES, DES RATS, DES COCHONS, DES OISEAUX, DES CHATS, […] ET DES HOMMES — APRÈS LECTURE DE « PROFESSION : ANIMAL DE LABORATOIRE » D’AUDREY JOUGLA — OU LES ANIMAUX NE CHÔMENT PAS

APRÈS LECTURE DE « PROFESSION : ANIMAL DE LABORATOIRE » D’AUDREY JOUGLA — OU LES ANIMAUX NE CHÔMENT PAS

 

« L’intelligence seule ne signifie pas grand-chose.
Ici, dans cette Université, l’intelligence, l’instruction, le savoir sont tous devenus de grandes idoles. Mais je sais maintenant qu’il y a un détail que vous avez négligé : l’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher. »
Charlie Gordon in Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes — 1960

 

« L’orgueil de la science s’opposait frontalement à l’humilité des militants. »
p.32 in Profession : animal de laboratoire

 

   « C’est l’histoire d’une militante de la cause animale… »
profession animal de laboratoire   Lorsqu’on a entendu parler de la sortie du livre d’Audrey Jougla Profession : animal de laboratoire, je n’ai rien pensé de particulier. Je n’avais pas d’attente spécifique quant à de énièmes énumérations chiffrées sur les tests et hécatombes qui ont lieu va savoir où et pour quelles raisons vraiment à l’endroit des animaux non-humains comme on dit maintenant. À force de se documenter sur la question on a tendance à en avoir ras-le-bol de ces nombres inimaginables, les listes effarantes d’animaux éradiqués comme peuvent en communiquer Gary Francione ou les associations sur le net, parce qu’à la fin pour nos pauvres facultés de représentation ça ne veut plus rien dire du tout. Ou plutôt si, et c’est ce qui sème en vous cet arrière-goût nauséeux : cet incommensurable et insaisissable prégnance d’un mal ubuesque au don d’ubiquité ; il est partout, ce mal. À moins qu’en réalité, nous échappe encore — pour moi c’est le cas — par nature, la Nature même de notre présence ubiquiste au monde et dans l’existence chaque fois d’êtres singuliers qui n’ont rien demandé, l’humain ayant cette particularité d’occuper de façon invasive tous les biotopes à la fois. Pis : il séquestre aussi.
   C’est ce mal séquestrant sur lequel Audrey Jougla a enquêté. Là-bas, dans des sous-sols qui sont autant, comme aurait pu les appelés Gaston Bachelard, de caveaux. Des lieux enterrés, où l’on expérimente sur des animaux d’ores et déjà morts-vivants.
   Encore un livre sur la question animale donc. Mais pas un livre de trop. On dirait une fiction tant ce que l’ouvrage révèle est énorme. Mais ne dit-on pas souvent que la réalité dépasse la fiction ? Et c’est encore une femme — si nous pouvons être sauvés ce sera par des femmes — qui a eu le courage d’une totale immersion dans l’un des enfers sur terre que l’Homme a créés. Audrey Jougla est allée à la rencontre de l’Onco-Mouse[1], et des Algernon de toutes espèces « sacrifiées » au nom de la science et du bien-être humain. En connaissance de cause, elle s’est infiltrée dans l’antre étrange d’un mal moral en acte. Elle a consciemment accepté de détruire ce qui lui restait de candeur enfantine pour tendre sa main et son cœur au-delà de la rationalité affichée du système, héroïne malgré-elle d’un anti conte de fées. À bien y regarder les contes pour enfants nous montrent toujours le monstrueux de nos vies. Profession : animal de laboratoire ressemble à un conte moderne. Mais à la différence, tout est vrai. Lire la suite