MICRO-CHRONIQUE — MURIEL DE RENGERVÉ — UN TRIPTYQUE AVEC ALTERNATIVES VÉGÉTARIENNES ET RADIO PAROLE D’ANIMAUX

MICRO-CHRONIQUE — MURIEL DE RENGERVÉ
   Trois façons d’aborder un essai.
   Pour cette romancière que nous avons découvert tout récemment dans son dernier essai littéraire, il est grand temps que nous apprenions à reconnaître que « le sang de l’agneau ou la vache que l’homme tue a la même couleur que celui de nos enfants ou de nos frères. »
   Partie vivre hors Paris, à Q* dit-elle, en Bretagne, la voilà allant à la rencontre de celles et ceux que l’usine-Moloch comme elle l’appelle, avale tous les jours afin qu’ils y digèrent avec elle toutes ces bêtes qu’ils n’ont bien souvent que guère, voire jamais les moyens de s’offrir. Ils entrent dès trois ou quatre heure du matin dans « […] ce bâtiment que les uns appellent le cauchemar où les autres pénètrent la boule au ventre […] ».

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LE ROI DU « C’ÉTAIT QU’À CHIER » C’EST DIGARD ! — SUR L’IMPAYABLE « L’ANIMALISME EST UN ANTI-HUMANISME » DE J.-P. DIGARD (D’AILLEURS ON L’A PAS PAYÉ)

SUR L’IMPAYABLE « L’ANIMALISME EST UN ANTI-HUMANISME » DE J.-P. DIGARD

 

 

« La défense des animaux ne peut pas être placée au-dessus de toute autre considération, y compris celle d’une alimentation équilibrée. Plus largement, tout ceci va finir par remettre en cause la place de l’homme dans l’univers telle que nous l’avaient léguée les Lumières.»
Jean-Pierre Digard au journal La Croix (14/04/2015)

 

 

« Quelquefois, ils ouvraient un livre, et le refermaient ; à quoi bon ? »
in Bouvard et Pécuchet – Gustave Flaubert (1881)

 

 

« C’est peut-être ce qu’on aurait dû faire. »
K&M

 

 

   Certain-e-s vous diront que K&M sont un peu maso mais qu’ils peuvent vous éviter de faire de malencontreux achats. Cette fois-ci nous nous sommes « payé » le luxe suprême avec cette lecture cauchemardesque, comme dit Thomas Lepeltier : L’animalisme est un anti-humanisme de Jean-Pierre Digard. On pensait bien être en terrain connu, ayant lu livres et/ ou articles de nos très chers intellectuels carnivores mais là… he digs, he digs, y creuse si profond le dit-gars qu’à la fin you rince, you rince – enfin bon à la fin c’est toi qu’es rincé-e. Bref, Jean-Pierre Digard nous a donné tout naturellement le ton de cet article. On va essayer d’être à la hauteur, bien perchés, quoi qu’il sera difficile de faire autant dans l’approximation et d’être à ce point de mauvaise foi. Quoi que… on y va ? Mais si, allez viens… causons un peu.

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LIFE DIVISION — REVIEW DE « VEGAN ORDER » DE MARIANNE CELKA — ENTRE SOCIOLOGIE DE COMPTOIR ET PRÉMONITION

LIFE DIVISION — REVIEW DE « VEGAN ORDER » DE MARIANNE CELKA

 

« Now so long, Marianne
It’s time that we began to laugh
And cry and cry and laugh about it all again »
So long Marianne — Leonard Cohen — 1967

 

« Bêtes, puisque nous sommes les puissants, nous définissons les figures du vivant, jusque aux formes de vos corps, aux oreilles qui seront taillées comme des buissons, aux conditions de votre aliénation, aux règles de vos vies, à l’usure du collier sur votre cou, aux clauses de votre reproduction (interdite ou accélérée), à la dévoration de votre progéniture, à la catégorisation de vos races, aux matières de votre corps dont nous usons, à l’espace que nous vous concédons. À la puissance nous devrions inférer la protection. C’était un dû, un devoir. Nous sommes en deçà de nous-mêmes pour vous, bêtes animales, et pour vous, humains animalisés. L’indignité des puissants nous tient tous serrés dans le même troupeau. »
p.130 in Mort d’un cheval dans les bras de sa mère — Jane Sautière

 

« Un jardin zoologique est encore un remarquable observatoire social, un miroir où, hélas, l’humanité n’apparaît pas toujours à son avantage. »
p.180 in Les captifs du zoo, Vera Hegi

 

 

   Vous siérait-il de faire un peu de sociologie ? Oh allez ça va, c’est pas d’la physique quantique (quoi que…), on va y arriver. C’est chouette la socio ; ça parle des gens dans la société, comment qu’ils se frôlent, comment ils se comportent, comment les gens ça va et vient dans leur jus social, comment ça se normalise, comment vont les flux humains, comment ça génère des classes, des genres, comment ça se régule, se catégorise, etc. Attention toutefois : on dit bien « milieu social », pas question dans cette discipline appartenant aux « sciences humaines » de biophysique ou de mentalité individuelle… juste le comportement dans le milieu social, le truc qui vous échappe en somme qui vous donne l’air d’électrons (libres ?) — capito ?
   C’est encore une fois notre curiosité qui nous a conduit à nous procurer et lire ce… mettons ce sociogramme publié fin 2017 aux éditions Arkhê, rédigé par Marianne Celka et amplement repris et actualisé de sa thèse de doctorat en sociologie produite en 2012. Marianne Celka officie à l’université Paul Valéry de Montpellier et est chercheuse à l’IRSA-CRI, le laboratoire de sociologie de Montpellier 3. Comme on va le voir, elle a sa façon bien à elle d’aborder la question animale par le prisme des agents de cette cause que sont les véganes de tous poils. Car Marianne Celka est autant tête chercheuse que pensante, et autant le dire tout de suite : sa cible est verrouillée depuis belle lurette et elle a mis le paquet. Allez, review de ce Vegan Order. On va s’éclater !

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THE TRU(E)MANIMAL SHOW — APRÈS LECTURE DE « CONTRE L’EXPLOITATION ANIMALE… » — TRÈS BEL ARGUMENTAIRE DE VALÉRY GIROUX

THE TRU(E)MANIMAL SHOW — « CONTRE L’EXPLOITATION ANIMALE… » — VALÉRY GIROUX

 

 

 

« Le capitalisme laissé à lui-même aboutirait à l’extinction de la vie, et donc de lui-même. »
p.69 in Ecologica — André Gorz

 

« Poursuivrons-nous dans cette voie indéfendable ou un changement est-il en cours ? »
p.17 in La grande histoire de ce que nous devons aux animaux — Brian Fagan

 

« Car la connaissance n’est ni le simple instrument de l’adaptation d’un organisme à un environnement changeant, ni l’acte d’un être rationnel pur soustrait aux milieux vivants dans la contemplation. »
p.260 in Connaissance et intérêt — Jürgen Habermas

 

 

   Si l’on vous dit « École de Montréal », pour peu que vous soyez intéressé-e par la cause animale, notre petit doigt nous dit qu’un certain nombre de noms et de visages vous viennent à l’esprit. C’est que les ami-e-s québécois-e-s des animaux prennent les choses vraiment à cœur et participent de manière très active à délivrer de part et d’autre de l’océan atlantique une pensée animaliste la plus aboutie possible, et se dessine ainsi une Quebec Touch en philosophie animale — quelque chose entre la sociologie biopolitique, la psychologie morale, et la réflexion jurisprudentielle analytique pour une refondation des bases de l’éthique contemporaine et à venir. Valéry Giroux fait partie de ce groupe de personnes essentielles en leur pays et pour le nôtre, et au-delà de nos frontières géographiques ou culturelles communes, pour le monde et tous les animaux. Après la parution du Que sais-je « Le véganisme » le 13 septembre 2017, écrit en collaboration avec Renan Larue, Valéry Giroux vient de publier le 26 octobre Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles dans la Collection V des éditions L’Âge d’homme — maison d’édition suisse qui fait un travail éditorial formidable pour la promotion de l’éthique animale en langue française.

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« NON » — NOTRE RÉPONSE À LA QUESTION « FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER OU HILLUL HASHEM DE LA VIE

« FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? » DE JONATHAN SAFRAN FOER — « NON »
Un article pour Maryse L., participante à notre jeu concours.
« Quand on aspire à l’action, c’est tantôt sous l’influence de l’appétit ou de l’impulsion, tantôt sous celle du désir ou de la volupté, que l’on fait ou que l’on agit. »
p.62 in Cave CanemMouvements des animaux, VI-VII — Aristote.
« L’homme n’a qu’un but : choisir en vue de son propre avantage ; la nature, au contraire, choisit pour l’avantage de l’être lui-même. »
p.132 in L’Origine des espèces — Charles Darwin
« […] psychologies des consommateurs-panélistes, dévorées par l’envie et le désir d’accaparer à moindre frais. »
p.21 in Vivre et penser comme des porcs — Gilles Châtelet
faut-il manger les animaux   Il y a quelques années — pas tant que ça mais ça semble une éternité déjà — K. a lu deux livres qui ont radicalement bouleversé notre vie. Le premier de ces livres fut Faut-il manger les animaux ? de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer. Ce livre a eu un effet considérable dans notre petit univers de décroissants-écolo-bio consciencieux : celui d’un choc psychologique et éthique aussi puissant au moins que le Big Bang d’où émergea le cosmos tel qu’on l’observe aujourd’hui. C’est-à-dire pour être plus précis, qu’en rendant visible la question animale dans nos vies, c’est l’existence qui s’est mise à s’épaissir. Tout à coup, tout ce que nous vivions et auquel nous donnions bon an mal des significations et du sens, essayant de vivre avec logique et considération à l’égard du monde sans toujours il faut l’avouer, y parvenir aisément, d’abord s’effondra telle une étoile sur elle-même — implosion pure — pour retourner littéralement notre monde — invaginé — dévoilé enfin dans toute sa réalité, stupéfiante et horrifique, mais vraie et au sein de laquelle nous étions libérés : nous pouvions pour la première fois de nos vies faire un choix véritable, celui du véganisme. Le second livre majeur à l’origine de ce que les véganes ressentent comme une renaissance[1] a été Vegan, le choix de la vie (2013) de Catherine Hélayel devenu deux années plus tard Yes Vegan ! un choix de vie. Ainsi si nous sommes devenus véganes c’est avant tout grâce à J. S. Foer, un écrivain américain, et à C. Hélayel, une avocate et militante française pour les droits des animaux. Comme le dit Foer dans son livre Eating Animals en 2009, nous vivions dans ce qu’il faut bien appelé une « incohérence consciencieuse » (p.21), pas comme lui et sa famille dont il retrace astucieusement le parcours et les coutumes depuis sa grand-mère ukrainienne exilée aux États-Unis il y a belle lurette, mais à notre façon, comme dans un petit bastion que nous pensions idéal, empli de romans, d’art, de musique et de philosophie, et de bonne chair… Lire la suite

« ANTISPÉCISTE » — UNE ONTO-BIO-GRAPHIE — SELON AYMERIC CARON : EXPERT IN HOME-COSMOGRAPHY

« ANTISPÉCISTE » — AYMERIC CARON : EXPERT IN HOME-COSMOGRAPHY

 

« Qu’apprendre à philosopher est — aussi — ne pas faire mourir »
Montaigne et moi

 

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence. »
Isaac Asimov in Fondation — Denoël, « Présence du futur », p. 73

 

« Il n’y a de loi de populations abstraite que pour les plantes et les animaux, et
encore, pour un peu que l’homme n’intervienne pas historiquement. »
p.708 in Le Capital — Karl Marx

 

« C’est la fin des paysans et le début d’une alimentation de merde. »
p.296 in Antispéciste

 

« Where do we go now ? »
Sweet Child O’ Mine, Guns n’ Roses in « Appetite for destruction » — 1987

 

 

 

   S’il y avait bien cette année un essai vraiment attendu par une bonne partie des défenseurs des animaux, ceux de la protection animale, les végétariens, les véganes, etc., c’était bien celui-ci : Antispéciste, d’Aymeric Caron.
   Le journaliste et chroniqueur TV, qu’on ne présente plus, est bien connu pour ses prises de position en faveur de la cause animale, notamment lors des émissions auxquelles il a participé ou participe encore. Encore assez rares sont les personnalités publiques à s’engager dans le mouvement animaliste, aussi bien entendu nous avons eu envie de savoir ce que Caron pouvait avoir à nous dire de plus quant à la cause. Au final, on a lu un livre sans surprise mais surprenant, un essai d’un animal philosophant — et zoon politikon ! — plus philosophique qu’il ne veut bien l’avouer. Rencontre avec cet  inconnu-connu que nous connaissons mieux à présent.
caron antispéciste   Avant de revenir sur notre lecture d’un ouvrage qui ne brille franchement pas par l’accroche de son titre — « Qu’est-ce que c’est ça : antispéciste ? » demandera le chaland qui s’en revient du marché avec son poulet rôti dans son pochon en plastique —, arrêtons-nous un instant sur la polémique qui enfle alors même que presque personne n’a lu l’ouvrage. À peine après avoir exprimé leur enthousiasme — la sortie de ce livre — on voit des véganes s’enflammer pour le propos qui suit publié dans le Nouvel Obs. : « Personnellement, je ne suis pas un «végétarien philosophique» qui refuse la mort. Je suis prêt à manger un poulet rôti si je sais qu’il a été élevé sans souffrance, a pu profiter de son existence de poulet et a été abattu dans des conditions dignes. Dans l’état actuel de la production agricole, même bio, ces conditions n’étant pas réunies, je m’abstiens. » À notre humble avis cela veut juste dire que ce n’est pas ni la texture de la chair ni le goût du poulet qui gêne Aymeric Caron, mais le traitement qui aura été réservé à l’individu concerné. Nous non plus nos convictions quant au véganisme ne se sont pas forgées sur une affaire gustative et d’appétence, mais uniquement éthique. Et c’est bien ce propos que tient Caron, rien d’autre. (Erratum : entre-temps l’article du journal a été corrigé apprend-on. Les propos d’A. Caron avaient été mal retranscrits.) Lire la suite

SUR UNE LECTURE DE « BÊTES HUMAINES ? POUR UNE RÉVOLUTION VÉGANE. »

  Bêtes humainesVoilà un récent nouvel ouvrage sur le véganisme, savoir donc : sur la question de la cause animale et la place de l’Homme dans le monde — au beau milieu du monde où il n’est pas le seul.
Méryl Pinque a réuni ici quelques textes de Gary L. Francione, Valéry Giroux, Patrick Llored, Gary Steiner, elle-même, avec une introduction du philosophe français qui ne lâche rien : Michel Onfray.
   On ne saurait dire si Onfray est devenu vegan, ou si oui à quel degré d’implication. Cependant, pour cet intellectuel issu de la paysannerie — dans le sens noble de la rusticité —, qui dans ses ouvrages et ses colloques à l’Université Populaire démontre sans faille sa passion camusienne pour les faits et rien que les faits, et en raison de cela taille des sérieux costards aux philosophes et à leurs petits arrangements avec la réalité de l’Histoire, « [Les vegans] éclairent d’une forte clarté de trop grandes zones d’ombre. » C’est, sous la plume onfrayenne, un grand honneur, parce que lui ne tergiverse pas. Pour ce qu’on en sait d’autres lectures de lui, il tiendrait plutôt du réaliste à l’indienne, au sens où les indiens d’Amérique, s’ils consommaient de la viande, ne prélevaient que le strict nécessaire et respectaient la Nature comme une Mère Universelle.
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