VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE V)

 

   9) Du commencement et de la coexistence :
    Dans ses Essais de Théodicée (GF Flammarion), G. W. Leibniz s’exprime déjà à propos du « devoir-être » humien, en quelque sorte. Car effectivement il y fait le net distingo entre une fausse ontologie vécue et une ontologie métaphysique vers laquelle il incline. Leibniz nous dit qu’« il nous suffit un certain ce que c’est (τί έστι) » là où nous vivons et de la manière irréfléchie dont nous le faisons, avant que de dire que « mais le comment (πώς) nous passe, et ne nous est point nécessaire. » (p.83 in op. cit.) C’est une manière d’évoquer le fameux oubli qui va tant occuper plus tard Martin Heidegger, que nous soyons « jetés-là », oublieux de l’Être. S’il est certain que nombreux sont ceux qui ne peuvent pour diverses raisons pratiques s’interroger sur le « comment » et s’abandonner sans même le savoir à la passivité du « ce que c’est » (sans savoir vraiment ce que c’est que ce « qu’est-ce ? »), il est regrettable que toutes ces cogitations possibles n’aient pas lieu — tant de belles choses non cultivées chez tant de gens. Mais tout s’effondre dans un puits sans fond encore une fois, là où plongea Heidegger à la suite de Leibniz qui tirait la conséquence suivante de l’affairisme quotidien de ses congénères à la subsistance, comme quoi : « Il faut donc chercher la raison de l’existence du monde, qui est l’assemblage entier des choses contingentes, et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence avec elle, et laquelle par conséquent est nécessaire et éternelle. » (p.107) L’erreur ontologique est d’avoir obliqué vers une théologie. Erreur répétée à sa manière par la Science quand elle confond (encore souvent) temporalité(s) et commencement(s) pour tomber sur un écueil à la limite du nihilisme. C’est Emmanuel Kant qui a identifié cette différence fondamentale qui nous aide à sortir de l’ornière onto-théo-logique ancestrale, du causa sui divin. Paul Ricœur y fait référence de la sorte : « Cette distinction entre commencement du monde et commencement dans le monde est essentielle à la notion de commencement pratique prise du point de vue de sa fonction d’intégration. » (p.128 in Soi-même comme un autre. Points Essais) Lire la suite

MAUDITS

   C’est le titre du livre de Joyce Carol Oates que je suis en train de lire, une pause après un essai sur les droits des animaux de Francione.
Joyce Carol Oates   Le narrateur, un historien, nous relate des événements dramatiques et fantastiques qui vont bouleverser la petite communauté universitaire deUpton Sinclair Princeton. Certains personnages ont existé, d’autres pas, et parmi ceux qui ont marqué réellement l’histoire, celui qui m’intéresse est Upton SINCLAIR. Dans le roman, c’est un personnage un peu à part. Mais pour moi, je comprends qu’il a de l’importance : il est écrivain, promoteur du socialisme aux Etats-Unis, végétarien, et auteur de La Jungle, une infiltration dans les abattoirs de Chicago afin de dénoncer le traitement des bêtes mais également des ouvriers (souvent immigrés) de ces établissements.
   Alors voilà, je me plonge dans un roman fantastique pour me distraire et me retrouve à commander (La Jungle de Sinclair) un ouvrage plein d’atrocités.

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SUR UNE LECTURE DE « BÊTES HUMAINES ? POUR UNE RÉVOLUTION VÉGANE. »

  Bêtes humainesVoilà un récent nouvel ouvrage sur le véganisme, savoir donc : sur la question de la cause animale et la place de l’Homme dans le monde — au beau milieu du monde où il n’est pas le seul.
Méryl Pinque a réuni ici quelques textes de Gary L. Francione, Valéry Giroux, Patrick Llored, Gary Steiner, elle-même, avec une introduction du philosophe français qui ne lâche rien : Michel Onfray.
   On ne saurait dire si Onfray est devenu vegan, ou si oui à quel degré d’implication. Cependant, pour cet intellectuel issu de la paysannerie — dans le sens noble de la rusticité —, qui dans ses ouvrages et ses colloques à l’Université Populaire démontre sans faille sa passion camusienne pour les faits et rien que les faits, et en raison de cela taille des sérieux costards aux philosophes et à leurs petits arrangements avec la réalité de l’Histoire, « [Les vegans] éclairent d’une forte clarté de trop grandes zones d’ombre. » C’est, sous la plume onfrayenne, un grand honneur, parce que lui ne tergiverse pas. Pour ce qu’on en sait d’autres lectures de lui, il tiendrait plutôt du réaliste à l’indienne, au sens où les indiens d’Amérique, s’ils consommaient de la viande, ne prélevaient que le strict nécessaire et respectaient la Nature comme une Mère Universelle.
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