VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   8) L’union et la force :
   On pourrait revenir un instant sur ce qui a fait les gros titres des journaux TV ou sur le web durant quelques semaines, et notamment en France et en Suisse. On veut parler des vitrines de commerces spécistes (carnistes). En réalité rien ne dit que chacun de ces actes ait été le fait d’antispécistes de manière certaine. Il faut se méfier, dans une société si complexe, des individus agissant dans l’ombre n’ayant d’autres revendications que quelques « invectives » ou « insultes » peintes sur des murs. Ainsi, concernant la lutte écologiste en Allemagne dans les années 80, G. Anders expliquait qu’il existait déjà des procédés qu’on peut appeler de « réalisation » (dans le sens de rendre réel) assez bien maîtrisés par le biopouvoir : « En produisant ces prétendus casseurs, on produit l’image des ennemis que l’on combat, des ennemis qui doivent être haïs par le public de la télévision […] » (La violence : oui ou non… p.124). Et à la fin, que ces actes soient le produit de factions antispécistes locales ou de groupuscules opposés à la libération animale et cherchant à discréditer le mouvement, il faut s’interroger sur leur portée dans la conscience collective, surtout à l’heure où les médias sont un filtre grossissant et parfois déformant donnant au public l’impression que dehors c’est la guerre, qu’il y a des extrémistes partout, de toutes sortes, qu’il faut se cacher dans le tout sécuritaire. Éteignez vos télés ! Faites le tri dans les informations que vous recevez via internet et les réseaux sociaux. Lire la suite

TRAJECTIONS — COMMENTAIRES À L’ESSAI « DES ANIMAUX SUR LA TERRE » DE CÉDRIC STOLZ — UN LIVRE ANIMALISTE FONDAMENTAL POUR LE DEVENIR HUMAIN

COMMENTAIRES À L’ESSAI « DES ANIMAUX SUR LA TERRE » DE CÉDRIC STOLZ — UN LIVRE ANIMALISTE FONDAMENTAL POUR LE DEVENIR HUMAIN

 

 

« […] les vraies questions éthiques sont un genre de questions pratiques, et les questions pratiques ne comprennent pas seulement des valuations, mais aussi un mélange complexe de croyances philosophiques, religieuses et factuelles. »
p.117 in L’Ethique sans l’Ontologie — Hilary Putnam

 

« Un droit naturel est inaliénable ; il précède l’état social, ne doit rien aux acquis historiques ou politiques. » […] « Dans la perspective du droit naturel, c’est bien d’ontologie qu’il est question. »
p.53 & p.55 in Le Droit animalier — Jean-Pierre Marguénaud, Florence Burgat, Jacques Leroy

 

« Y’a-t-il quelque chose de plus dégoûtant que la sentimentalité envers les plantes et les animaux, de la part d’une créature qui, dès l’origine, a vécu au milieu d’eux comme leur ennemi le plus acharné et qui, finalement, prétend auprès de ses victimes affaiblies et mutilées à la délicatesse du sentiment ! Devant cette sorte de « nature », le sérieux convient d’abord à l’homme, si c’est un homme qui pense. »
p.193 in Inventer le commun des hommes — Antonio Negri

 

 

   D’emblée dire que nous sommes ô combien en accord avec l’auteur de Des Animaux sur la Terre Cédric Stolz ! — aussi profitons-nous de cette introduction pour revitaliser à demi le chat de Schrödinger en passant.
   Quoi ? Qui parmi les animalistes ne le ferait pas ? La question n’est plus de savoir si le chat est vivant ou mort dans son piège quantique empoisonné, mais bel et bien s’il est juste de continuer les expériences sur les animaux et autres usages variés qu’on fait d’eux, et de manière plus générale de vivre aux dépens de cette planète considérée en tant que biotope soit : également en tant que vivante construction dont nous dépendons ? Vous connaissez le dicton à propos de la branche sur laquelle on est assis, on ne va pas vous faire un dessin.
   Cette question de l’urgence à stopper de produire de la souffrance et de la désolation pourrait sembler buter sur l’argument massue d’un scepticisme pragmatique disant que rien n’a de valeur en soi au fond, ne serait-ce qu’à cause de l’impermanence de toute chose et qu’alors à quoi bon. Mais c’est en vertu de cette liberté ontologique, et plus encore « bio-ontologique » propose-t-on, que Cédric Stolz, enseignant en philosophie et militant de la cause animale, raisonne en faveur d’une compréhension de ce qui est dans sa multi-dimensionnalité et la plasticité (Gestalt) de son agencement, ce qu’il désigne comme le relationnel, comme savoir propre à donner du sens, de la valeur. C’est de ce qui est justement, et plus encore de l’être étant, et des étant-vivants, que traite l’ouvrage de Cédric Stolz Des Animaux sur la Terre paru ce mois d’octobre aux éditions de L’Harmattan. Lire la suite

LE DIFFICILE COMBAT DU SIMPLE BON SENS — SUR L’« INTRODUCTION AUX DROITS DES ANIMAUX » DE GARY FRANCIONE — PERSPECTIVE(S) À SUIVRE

SUR L’« INTRODUCTION AUX DROITS DES ANIMAUX » DE GARY FRANCIONE — PERSPECTIVE(S) À SUIVRE
L'éthique animale   Comme on peut le lire dans le livre L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, l’éthique animale est une notion remontant au XIXème siècle et qui a pris la signification qu’elle revêt aujourd’hui durant le XXème. Un moment celle-ci put autant vouloir évoquer le comportement des animaux entre eux, que celui des humains à leur égard. Finalement aujourd’hui, cette éthique très au cœur de l’éthique de manière plus globale, correspond à la question de fond des droits des animaux. Il ne s’agit par exemple plus d’accorder une quelconque condescendance envers les animaux. Comme l’écrivit Jacques Derrida, nous rappelle Jeangène Vilmer[1], cet « [L’]Animal » dont « on » parle, n’existe pas en face des hommes et chaque fois alors « on » « dit une bêtise ».
   Nous aimerions dans ce texte, avant que de vous parler du travail de Gary L. Francione, ouvrir la réflexion avec cette pensée :
introduction aux droits des animaux   Il semble qu’au sujet des droits des animaux, certains ont la crainte qu’elle ne soit un marchepied à une nouvelle forme d’eugénisme — donner des droits aux animaux dévaloriserait certaines catégories d’êtres humains (handicapés, séniles, amnésiques, etc.). C’est, nous paraît-il, réintroduire au sein de la communauté humaine des distinctions qui vont au-delà de la discrimination seule et mènent à nouveau au  ségrégationnisme via le spécisme. Bien au contraire, c’est en vertu qu’il y a des êtres à protéger qu’on peut rapprocher les animaux de certains humains incapables d’établir les règles (lois) de leur protection avec et au sein de la société. Alors bien entendu, nous ne formons pas tout à fait société avec les animaux…, sauf qu’en réalité si, il suffit de regarder les actions et interactions des animaux et des insectes dans nos villes ou nos campagnes pour voir qu’ils participent à équilibrer  l’écosystème. D’un point de vue holistique nous avons intérêt à prendre soin des intérêts des animaux dans leur (bio)diversité. Si ces « ensembles vivants » nous peuvent fournir du bien, les conserver tels quels revient à en protéger les individus. Et dans l’éthique animale et les droits qu’elle présuppose — ou desquelles elle découle — la notion d’individualité est prépondérante quant à la souffrance qui peut être infligée à un animal dont on a l’utilisation. Sur la question d’un eugénisme libéral, Jürgen Habermas note que certains pensent qu’il y a un « véritable commencement d’un processus évolutif qui non seulement s’auto-régule mais encore est déjà individué. […] tout ce qui peut être biologiquement défini comme spécimen humain doit être regardé comme une personne potentielle […]. » (p.51 in L’avenir de la nature humaine). En ce cas, dès lors qu’on s’est débarrassé des apriori et des oripeaux des préjugés anthropocentristes dévaluant les animaux en général et en particulier dans leur « usage », il apparaît cette chose flagrante que mentionne Habermas dans son livre sur l’eugénisme : « La communauté des êtres moraux qui se donnent à eux-mêmes leurs lois se rapporte, dans la langue des droits et des devoirs, à toutes les relations qui requièrent d’être réglées normativement ; toutefois, il n’y a que les membres de cette communauté qui puissent s’imposer mutuellement des obligations morales et attendre les uns des autres un comportement conforme à une norme. Il revient aux animaux de bénéficier des devoirs moraux que nous nous devons d’observer dans nos rapports à toutes les créatures sensibles à la souffrance, par seul égard pour elles. » (in op. cit. p.55).
   C’est de cet égard dont nous allons parler, qui est le sujet dont discute habilement Gary Francione dans son essai écrit aux Etats-Unis en 2000.

Lire la suite