VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   4) De sources sûres (?) :
   On reviendra une autre fois sur le travail de Michel Serres, et notamment son essai de 1990 Le contrat naturel, dans lequel Serres fait preuve d’avoir pris la mesure des enjeux écologiques de l’époque — enjeux passablement décuplés aujourd’hui en ampleur et en urgence, quand bientôt trente années auront passé et que l’expansion économique a cru comme on sait avec son lot de catastrophes terribles pour l’environnement. Ferry salue la promptitude de Serres et s’empresse de saborder le travail de son aîné confrère : Michel Serres avance énormément de choses justes, mais il semble oublier abusivement de citer ses sources, anglo-saxonnes, dénonce Ferry. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE III)

 

6) Intentionnalité et anthropogénèse :
   Pasa zoe noesis tis — toute vie est une certaine pensée — dit Plotin[1], et comment donc quand bien même de manière évidente toute vie ne (se) pense pas ne pas y voir en revanche dans cet « impenser » l’expression, le mouvement-vers, d’une intentionnalité comme on la trouve en phénoménologie depuis Husserl ? Dans ses Méditations cartésiennes[2], Edmund Husserl a laissé nous apparaître plus clairement ce qui jusqu’alors ne se dévoilait que sous le jour d’un sentiment, d’une vague idée : « Il en serait de même de son organisme s’il n’était rien d’autre qu’un « corps » physique, unité se constituant de mon expérience réelle et possible et qui appartînt à ma sphère primordiale comme formée exclusivement de ma « sensibilité ». Il doit y avoir une certaine intentionnalité médiate, partant de la couche profonde du « monde primordial » qui, en tout cas, reste toujours fondamentale. Cette intentionnalité représente une « coexistence » qui n’est jamais et qui ne peut jamais être là « en personne ». Il s’agit donc d’une espèce d’acte qui rend « coprésent », d’une espèce d’apperception par analogie que nous allons désigner par le terme d’ «apprésentation ». » Il y a (même pas de degré) une différence qualitative entre la sensibilité humaine et la sensorialité animale[3], comme la main de l’homme et la serre de l’aigle, en ce que l’une serait inutile à l’autre et réciproquement si on leur inversait. C’est dire qu’en réalité, la main n’est pas plus importante que la serre ou la patte griffue, l’aile ou la nageoire. Aussi, il n’y a pas une sensorialité valant pour toute animalité indifférenciée. L’animal-ité n’est qu’un concept englobant et pratique. Parfois aussi, se cache-t-on derrière notre petit doigt quand on parle d’human-ité, car enfin, de quoi parle-t-« on » ? Il y a autant de sensorialités que d’espèces animales, et chaque fois autrement valant chez l’individu. Idem de l’« intelligence » chez les humains qui ne sont pas les seuls êtres sensibles. En d’autres termes il se déploie diverses capacités d’adaptabilité au monde, et l’ingéniosité un peu particulière de l’humain — disons plutôt : singulière — en est une des formes, l’expression adéquate nécessaire à sa survie. En conséquence, vu que sens et capacités répondent toujours parfaitement aux besoins animaux, et quand l’étude éthologique nous apprend que des pies ou des éléphants s’attroupent près d’un congénère mort et manifestent par leur attitude commune ce que nous appelons le deuil, nous réfutons pour ces raisons pragmatiques parmi d’autres que « l’homme seul existe ». Il est fort probable que beaucoup d’animaux et beaucoup plus souvent qu’on ne le pense font l’expérience (Erlebnis) d’une affection similaire (Befindlichkeit, disposition affective). On a connu personnellement un chat qui se regardait dans les vitres et jouait avec l’effet miroir pour s’observer et nous regarder obliquement le regardant nous regarder. Ce chat savait qu’il existait, au sens affectif de l’intentionnalité qui l’habitait. Non pas en le formulant, mais bel et bien en le ressentant, en le vivant, il y songeait. Il est probable néanmoins qu’on puisse aller dans le sens de Heidegger lorsqu’il dit que seul de tout l’étant, l’homme éprouve, appelé par la voix de l’Être, la merveille des merveilles : Que l’étant est[4]. Cela est soutenable bien que n’ayant pas visité tous les recoins de l’univers ni de tous temps, on ne peut l’affirmer que dans le cadre terrestre d’un ici et maintenant. Le « monde primordial » dont parle Husserl se présente pour nous comme dit précédemment non pas telle une cause mais un « effet » (irisation) — l’apprésentation même — dans la réciprocité de toute phénoménalisation dans l’autophanie ontologique et comme telle autozôè (communauté de la vie). Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE II)

VEGANOSOPHIA 

 Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE II)
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
L’Isolement (extrait), in Méditation poétique,
Alphonse de Lamartine, 1820.

 

 

   4) Solus ipse :
   C’est dans « l’ouvert, le libre espace de l’être [qui] ne désignent pas quelque chose de radicalement autre par rapport au non-ouvert de l’animal » dit Agamben, que nous, humains — paradoxalement car si nombreux — nous éprouvons-nous dans la position existentiale délicate d’un isolement que seul égale le néant de notre Être. Comme ce dernier n’est accessible qu’à la condition d’être en étant, et vu l’incommunicabilité plénière prima facie des échanges entre étant-vivants (expérience vécue ; Erlebnis) nous sommes au monde dans un souci de remplissage ontologique d’autant plus que nous n’y serons pas toujours pour ce faire et ce, disponibles pour l’épreuve du vivre et pour apprendre à mourir suivant Montaigne, donc faire métaphysiquement avec le monde comme siège (assise et prise d’assaut), « disponibilité fondamentale de l’angoisse, une insigne ouverture du Dasein » selon Heidegger où, ajoute Agamben « […] celui qui regarde dans l’ouvert ne voit qu’une clôture, ne voit qu’un non-voir. » (p.140 in op. cit.) L’Ouverture infinie que confère le Dasein à l’homme ne donne pas plus à voir en somme, que le non-ouvert chez l’animal ne lui interdit accès et jouissance à ce même monde, clos certes, mais infiniment plein. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

 Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE I)

 

   1) Autophânos :
   En introduction nous avons vu que l’autre — humain dans l’exemple mais ibidem si non-humain — est une altérité égale au (soi)-même dans la ressemblance de l’ouverture de la différence qui les sépare à les faire se reconnaître face à face. Se reconnaître comme l’autre le même, donc.
   Nous verrons qu’on peut penser tout à la fois un humanisme de l’humanité, ou humanisme stricte des hommes, tout comme un humanisme inclusif exhaustif vis-à-vis de tous les êtres vivants sensibles. Dès lors montrer que faire le second n’est pas nier le premier en vertu de la quiddité modale de l’Être. Parler de biopolitique dans l’ontologie, ce sera justement regarder toute phénoménalité en tant qu’étant, autrement dit en tant qu’être comme de l’Être toujours substantivé chaque fois dans une autre forme d’être s’apparaissant immédiatement, et en ce qui nous intéresse plus particulièrement, comme étant-vivant ou bien plus précisément en qualité d’être sensible. Au plus haut point pour l’être sensible il faut voir qu’il redouble alors sur-soi : roulement de ce qui existe. Il possède, comme toute chose du monde, l’existence, et il l’éprouve en tant que telle. Ce qui n’est manifestement pas le cas d’un caillou qui, pour reprendre Martin Heidegger, n’a pas de monde. Et quant à l’être-pour-la-mort qui serait propre à l’Homme porteur du Dasein, on pourra ajouter que le vivant a cette particularité de re-porter l’Happax ontologique, qu’ici à la suite de Vladimir Jankélévitch on identifie à cette « unicité du monde et ses êtres » à laquelle l’auteur de La Mort fait mention en stipulant qu’elle [la mort] « n’a pas de lendemain » (p.88 in op. cit). C’est en effet par l’autre uniquement que la mort peut se représenter, venir encore comme terme au projet de rester en vie, non sans avoir été en quelque sorte esquivée par le vivant en tant que flux de vie. Loin des théories freudienne ou dawkinsienne sur le flot spermatique, ovulaire ou génétique (gènes) dont les êtres individués ne seraient que les malheureux passeurs, l’existence est ce par quoi la mort (ou la disparition des objets en eux-mêmes) existe elle-même comme on dit que le néant est ce qui n’est pas. Et les étant-vivants, ces constructions, ces structures complexes porteuses chaque fois de plusieurs vies (reproduction cellulaire, flore microbienne et bactérienne), sont ce qui révèle au monde sa mondanéité. Toutefois, tous les êtres sensibles ne sont pas en mesures d’élaborer une politique de leur existence indivise et commune. C’est en la vivant qu’ils en font une élaboration, et à l’humain d’en faire une représentation réfléchie dans un face-à-face. Cette vision face-à-face c’est l’autophânos instinctif donnant lieu par le prisme du langage chez l’Homme à l’ego cogito cartésien, ou bien encore à l’ego phâno œdipien : έγώ φανώ « je montrerai » et « j’apparaîtrai ». Tout comme Edmund Husserl a fait remarquer comme le rappelle Florence Burgat que le monde-de-la-vie est donné (lebenswelt), aux hommes et aux animaux, dans un toujours déjà là[1], nous avons, nous humains, une tâche importante à la hauteur de la préhension technique que nous avons du monde. On peut parler d’emprise sur le monde, quand bien même beaucoup d’effets résultant de causes qu’on peine à identifier comme telles ne sont pas du tout entre nos mains. Autour d’une partie du précieux travail de Giorgio Agamben, nous allons étudier notre position autophanique pour voir qu’elle ne peut qu’être qu’une sorte d’avant-poste à la conservation de l’hétérophanie biopolitique. C’est là que l’ontologie, la science de l’Être, nous intéresse en premier chef en ce que nous posons le refus de l’exploitation animale comme philosophie du devenir humain dans toutes les occurrences qu’on peut entendre. Nous rencontrons alors la pensée puissante et précise d’Agamben pour qui cette « philosophie première » qu’est l’ontologie n’est pas une discipline universitaire inoffensive, mais l’opération en tous sens fondamentale ou se réalise l’anthropogénèse, le devenir humain du vivant[2]. Lire la suite