VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE V)

 

 

 

      6) Silence animal et cri de la pandémie (suite)
   Malgré ces mots empreints d’une poétique de la nature et du vivant, il faut reconnaître que nous sommes désormais à mille lieues du monde tel que vu et défendu par Aldo Leopold dans A Sand County Almanac en 1949 : « Man and beast, plant and soil lived on and in each other in mutual toleration, to the mutual benefit of all. The marsh might have kept on producing hay and prairie chickens, deer and muskrat, crane-music and cranberries forever. » (Oxford University Press, p.99). Il n’est plus du tout évident que la tolérance soit de mise tant d’un point de vue biologique pur que zoopolitique, justement parce que l’agentivité humaine est telle qu’elle saborde la possibilité d’une mutualisation bénéficiaire in natura pour tous les étant-vivants. Non pas que les non-humains soient en capacité de se rebeller contre cet état de fait. Ils ne le peuvent pas. Cependant en tant qu’ensemble hétérogène, le biosystème n’est plus en mesure d’être tout à fait résilient par lui-même au bénéfice du plus grand nombre possible de ses habitants. On entend ici « possible » dans la stricte acception de ce qui advient de facto, en situation, et non selon une notion d’utilitarité (de logos calculant), ceci n’ayant pas cours dans la nature sinon que par la sélectivité mais non une volonté quelconque. Comme le dit Gilles Clément, le système centralisé s’effondre […] On est déjà dans un autre modèle mais on n’en parle pas[1]. En clair, c’est la centralisation menée lors de l’hominisation du monde qui vacille parce qu’elle cède sous le poids du biosystème qu’elle a déstabilisé. C’est peut-être que « la vie », dans sa vastitude, ne peut pas être prise en charge par le génie humain. Loin que le phénomène du vivant s’auto-affecte en effet, il n’en demeure pas moins, comme l’écrivait Michel Henry, que la vie est indifférente à son processus de différenciation, et que cet invisible de la vie n’est pas provisoire mais insurmontable[2]. Et c’est justement la prétention humaine de pouvoir tout manipuler, tout contrôler, tout transformer en un capital quelconque, qui a mis l’espèce humaine devant ce fait accompli que son existence est menacée parce qu’elle aura d’abord menacé les autres formes de vie de l’écoumène (ou biosystème) et, les réduisant parfois jusqu’à l’extinction, aura avant même de s’en rendre compte, rendu incertaines les conditions mêmes de sa propre pérennité. Faut-il aller jusqu’à envisager fabriquer un monde entièrement bio-objectivé ? On y reviendra.

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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE III)

 

   4) Animal rationale ? — Diplomatie dans la lumière de l’Être
   Dans une thèse explorant la brève ouverture de la philosophie du jeune Heidegger pour un mode existential des animaux, Christiane Bailey montre qu’il y a bien eu, avant le re-jet du zoon hors du Dasein (de l’être-là devenant rapidement exclusivement humain) une modalité propre — originaire — appartenant (ou ici allouée) aux animaux, formant donc ontico-ontologiquement famille avec l’humanité. Et comme le dit fort bien Juan-Manuel Garrido dans une autre thèse : « […] c’est l’animalité de l’être — l’être se libérant de l’être — ce qu’il faut essayer de comprendre si l’on veut vraiment libérer l’essence de l’homme de l’humanisme métaphysique. » On comprend bien que le darwinisme et l’éthologie contemporaine achèvent de donner raison à cette position : que l’être comme ce quoi se donnant à soi-même n’est pas un privilège humain, mais est bel et bien disséminé dans le monde que nous partageons avec ces êtres dans la différence ontologique s’effaçant immédiatement au profit de la corporéité (ipséité biontique). Heidegger, en privant les animaux de monde(s), les a virtuellement coupés de l’espèce humaine à sa manière et à la suite de Descartes, et même si pour des raisons différentes, donnant quelque part l’illusion d’une sorte d’immunité spécifiquement humaine — « étrangisant » l’humain de l’animal, jetant le bioç hors de l’exis — ou bien ex-communiant l’humain du monde des vivants et le pro-jetant vers un autre état plus singulier (solus ipse)[1].
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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE II)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE II)

 

   3) Secundum species suas : antispécisme et hyperéthique
   Selon Gil Bartholeyns, qui parle alors depuis la crise sanitaire en cours, ses causes et ses conséquences, il convient dans l’optique d’un partage des communs planétaires avec les étant-vivants, de penser l’alterité animale dans le cadre de l’hétérobiose, où vivre ensemble est être forts de nos différences, où la zoodiversité est garante de la pérennité même de la vie. Cette disposition d’esprit ne s’oppose pas à la mise en place de droits fondamentaux pour les animaux. Plutôt vise-t-elle à définir le biosystème comme suffisamment parfait en résilience et comme l’espace idéal d’épanouissement des animaux. Un certain antispécisme classique arguera que comme ce sont les individus qui comptent il faut s’occuper de chacun pour lui assurer une vie heureuse, et donc d’employer l’utilitarisme pour mesurer la souffrance et la faire diminuer, voire disparaître.
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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE I)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 
VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE I)
 
 
   1) Le différend de la différence : Wirklichkeit
   Pour le grand public dont nous sommes, que nous importe en définitive si c’est le pangolin, la chauve-souris ou Winnie l’ourson qui aura été le vecteur originel du Covid-19. La découverte de la cause précise de ce nouvel épisode viral épidémique puis pandémique — on dit alors : zoonotique car il provient du milieu animal — intéresse les scientifiques dans le but que ceci ne se reproduise plus, mais la véritable question de cette crise anthropologique en rapport au biosystème est bien plus vaste que ce simple épisode dont, nous aurions dû collectivement le savoir dès son commencement, nous n’allions pas nous débarrasser en quelques mois seulement.
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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (ZOOMNÉSIS)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 
VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE
 
 
— ZOOMNÉSIS —
 
     Dans le « monde d’avant », le monde d’il y a encore très peu de temps mais dont le temps passant éloigne sa présentialité et qu’il n’en reste plus qu’un fond diffus distancialisé, on a presque chanté — célébration phantasmée anticipatrice, utopie désormais faite atopie, c’est-à-dire une allergie cosmopolitique grandissante — on a chanté, dit-on, le « monde d’après ». Ce monde suivant nous y sommes sans vraiment y être. Il n’est pas celui qu’il aurait voulu être, réenchanté, il n’y est pas là où on l’attendait, il n’est tout simplement pas. Il est un autre monde d’après, un monde comme avant à vrai dire, un monde en dévalement (Verfallen) (au sens heideggérien[1] d’une errance décevante où demeure ouverte la possibilité de retrouver l’essentiel). Mais a-t-on seulement véritablement voulu ce monde ? Ou n’était-ce pas uniquement une nouvelle fabula narratur histoire de faire passer le temps du confinement (illusoire parenthèse enchantée de l’extractivisme ralenti, du ciel rendu aux oiseaux, de territoires réanimalisés et de l’encloisement singulier collectif) comme le temps d’une retraite spirituelle, sanitaire et salutaire ; d’une remise en question de la question de l’Être-au-monde en attendant de revenir, bon an mal an, au monde d’avant : au même monde en oubliant de revenir au monde même ? Car le « monde d’après » cela devait être, dans ce rêve éveillé ou cette somnolence in-dolente, l’occasion de faire surgir le vrai monde, le monde réel, celui où il fait bon vivre et où l’on sait qu’on a un à-venir. Un monde imparfait, dont il faut penser les événements à l’aune de chaque vie individuelle, mais un monde conservant sa sustainabilité (de sustain et non de « durable »). Lire la suite

« HABITER LE TROUBLE AVEC DONNA HARAWAY (COLLECTIF) » — UNE LECTURE DE L’INCERTITUDE DE PRINCIPE COMME ALIBI À L’INACTION

« HABITER LE TROUBLE AVEC DONNA HARAWAY (COLLECTIF) » — DE L’INCERTITUDE À L’INACTION

 

 

« Nous ne pouvons fonctionner en tant qu’acteurs humains que si nous avons une idée de là où nous devons aller et de ce qui constitue une vie bonne et riche de sens. »
(Charles Taylor) cité p.69 in Aliénation et accélération, Harmut Rosa

 

 

« Les humains ont envahi le monde, construit des routes, abattu des forêts, massacré les autres bêtes. Bientôt nous les verrons aussi prendre possession de nos falaises avec leurs fusils et leurs visages pâles. Ils se sont approprié l’une après l’autre toutes ces choses qui rendaient ce monde agréable, et ils ne s’arrêtent jamais, ils courent, ils courent sans cesse de-ci de-là, on pourrait croire qu’ils se sentent poursuivis. Qui peut savoir pourquoi ils s’acharnent à tant courir ? Comme s’ils cherchaient à ne pas se laisser rejoindre par la mort. »
pp.126-127 in « Les aigles » dans Bestiaire magique, Dino Buzzati (1951)

 

 

« La Terre est pleine de réfugiés sans refuges, humains ou pas. »
(Donna Haraway) citée p.55 in « Des cyborgs au Chtulucène », Florence Caeymaex

 

 

 

   La première fois que nous avons entendu parler de Donna Haraway, c’était en juin 2015 par le philosophe Patrick Llored lors qu’une journée organisée par Lucille Peget. L’enseignant, en fidèle derridien, avait alors vanté le travail de déconstruction intellectuelle et pratique (entre exis et praxis) mis en œuvre, dans tous les sens du terme, par Donna Haraway. Pour lui, l’éthique développée par la biologiste se situait sur un autre plan que le seul antispécisme, Haraway posant des questions primordiales sur le propre de l’humain et à même de destituer ce dernier du piédestal qu’il s’est jusqu’ici fabriqué et consacré. Ce que nous avons en commun avec les animaux, dans la zoo-socio-philosophie d’Haraway, doit nous amener à nous recentrer sur ce qui accorde au monde la diversité, de la même façon que le concept « SF » de cyborg aura pu ravir au machisme une pensée pour l’autre-[qu’]humain dans l’espace et le temps et éclairer d’une manière nouvelle la pensée féministe des années 1980. On notait à peu près à la même époque  (2015) ce que le philosophe écrivait de Donna Haraway dans un texte publié dans la revue Histoire de la recherche contemporaine (tome IV, p.53, 2015), comme quoi cette autrice déplace toute la réflexion par le biais d’une hétéronomie radicale qui subvertit l’opposition métaphysique qui guide encore en profondeur notre concept de l’animalité (nature ≠ culture). Il semble assez évident que Donna Haraway produit quelque chose de majeur propre à déstabiliser les intelligentsias (même celles ayant, comme chez Paul Ariès, l’air d’être en marge des habitus les plus ancrés), et qu’une partie du milieu universitaire, de par le monde, salue Haraway et son « travail » tel un futur antérieur (et) présentifié. Ainsi de Aurélie Choné et Catherine Repussard dans la revue des Recherches germaniques (hors-série n°10, 2015) pour qui Within the scholarly field of Human-Animal-Studies, it is probably Donna Haraway who is the most influential advocate of a posthumanist stance (p.89). Un post-humanisme qui ne cherche pas à tout crin à technologiser le monde et ses êtres, mais bien plutôt à se réinventer humain-e-s (voire : humanimales). Si les idées de départ et ensuite, chez Haraway, sont toujours séduisantes, nous voulons ici dire pourquoi, quant à la question animale qui nous intéresse, elles nous paraissent dans l’accueil et le traitement réflexif et pratico-pratique qui en sont faits par ses épigones (de Isabelle Stengers à Vinciane Despret et tout un courant de penseur-ses passionant-e-s par ailleurs), tout à fait inadéquates et sans conséquences positives — donc assez consensuelles et conservatrices, et inutiles — pour la cause des animaux. Nous sommes certain-e-s d’avoir été trouble-é-s certes, mais pas pour les bonnes raisons.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE IV)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

 

   5) Humanité-e-s :
   Pour en finir avec les affirmations de Luc Ferry visant à associer IIIème Reich et antispécisme, remarquons qu’il souligne p.160 de Le Nouvel Ordre Écologique que le régime nazi était pour l’« interdiction du gavage des oies » ainsi que la fin de la « vivisection sans anesthésie ». Si de nos jours vous persistez à penser qu’il est immoral de gaver les oies par exemple, sachez que vous risquez de réécrire les pages les plus noires de notre Histoire, et tout ça parce que vous ne mangez plus de foie gras ! Décidemment le philosophe n’a reculé devant aucun effet de style argumentaire pour faire passer ses idées rétrogrades — pardon : humanistes.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   1) Anima simplex :
   À la même époque environ — le tout début des années 90 — Luc Ferry, philosophe et dans une décennie ministre de l’Éducation nationale pour deux ans (2002-2004), et l’avocat américain Stephen M. Wise ont chacun de leur côté argumenté relativement à la question animale. Dans leurs travaux respectifs ils citent tous deux ces curieux procès qu’on a faits aux bêtes entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Pour un oui ou pour un non les animaux pouvaient comparaître devant un Tribunal humain pour les motifs les plus variés, dès lors qu’un intérêt humain quelconque était en jeu et l’humain concerné s’estimant lésé. Si l’on butait sur un porc et qu’on se blessât en tombant, l’animal risquait sa peau lors d’un jugement où bien entendu il n’avait pas sa place. Si des récoltes étaient menacées, on tentait aussi de dialoguer avec les « assaillants. » Ainsi, nous raconte Luc Ferry dans Le nouvel ordre écologique, les animaux étaient fréquemment accusés puisqu’ils gênaient la bonne marche des affaires humaines. Il fallait donc qu’on leur alloua un « avocat des animaux ». Lors d’une invasion d’insectes, une petite commune rurale a dû faire appel à un homme d’Église pour négocier avec eux, mais rien n’y fit. On fit un procès auquel les créatures invitées osèrent ne pas se présenter. L’avocat des animaux, arguant du fait que les animaux, créés par Dieu, possédaient le même droit que les hommes à se nourrir de végétaux, avait refusé d’excommunier les verpillons, se bornant, par une ordonnance en date du 8 mai 1546, à prescrire force prières publiques […][1].   Il faut bien appeler un chat un chat. Même si au XVIe siècle on instruisait les animaux en justice, c’était uniquement par souci religieux et économique. D’abord on ne pouvait punir, le cas échéant, les animaux « gratuitement » car ils étaient, eux-aussi, des créatures de Dieu. C’eut été offenser le Divin que ne pas se montrer équitable envers eux. Toutefois si ces parodies de justice prêtent aujourd’hui à sourire, il faut en souligner la niaiserie et l’hypocrisie manifestes. L’Homme étant au-dessus des autres êtres vivants dans la Création (postulat biblique), c’est bien en sa faveur sinon quand un « défenseur des animaux » était zélé et fantasque, que se déroulaient ces moments de la vie sociale de l’époque. Les animaux n’ont jamais été que des objets pour les hommes, des instruments de travail et de la matière première. Comme le dit M. Wise dans Rattling The Cage: Toward Legal Rights For Animals (Tant qu’il y aura des cages) : « Le problème, avais-je alors conclu, était structurel. Tous les animaux non humains étaient, et cela depuis toujours, des choses juridiques. » C’est contre cet état de fait reléguant des êtres vivants sensibles à l’état de choses, de mobiliers, etc., que de plus en plus de voix s’élèvent comme celle de Stephen M. Wise, et que les intellectuels de penchent sur ces questions investies dans le quotidien par de plus en plus de militants. Toutefois, là où Wise désire ardemment changer la structure sociale — pour ce qu’elle est et vaut à l’heure actuelle — des hommes et des animaux, ce qu’on appelle la zoopolitique, en faveur d’une libération animale passant par l’abolition de l’exploitation, cela n’exclue pas des interactions et des émancipations de part et d’autre de ces échanges inter-espèces. Ferry a fait le même constat dans ses observations, concluant cependant tout autre chose et bien qu’ayant balayé (peut-être un peu trop hâtivement et encore plein de préjugés) un large prisme écologique, ce qui l’amena à formuler à regrets : « Il se pourrait bien, en effet, que la séparation de l’homme et de la nature par laquelle l’humanisme moderne fut conduit à attribuer au premier seul la qualité de personne morale et juridique n’ait été qu’une parenthèse, en train de se refermer. » (op. cit. p.18)

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