« JE MANGE DONC JE SUIS » AU MUSÉE DE L’HOMME — UNE EXPO (PAS) TRÈS CARTÉSIENNE

« JE MANGE DONC JE SUIS » AU MUSÉE DE L’HOMME
   Aujourd’hui nous sommes allé-e-s voir l’exposition « Je mange donc je suis » qui se tient au Musée de l’Homme à Paris jusqu’au 31 août. Si Christophe Lavelle, commissaire scientifique de l’exposition peut à la fois dire qu’au départ, nous avions même prévu d’avoir le prêt de la robe en viande de Beaubourg. Mais on nous a dit qu’on allait trop loin dans la provocation, et qu’on risquait de voir débarquer les végans (source) et qu’il faut végétaliser et biodiversifier nos assiettes, pour notre santé et pour l’environnement (source), des véganes sont bien venu-e-s et ils ont trouvé cette exposition plutôt intéressante.

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AH ! ÇA IRA […] L’ÉGALITÉ PARTOUT RÉGNERA — RÉFLEXIONS D’APRÈS « COMME DES BÊTES » — (HISTOIRE POLITIQUE DE L’ANIMAL EN RÉVOLUTION [1750-1840]) DE PIERRE SERNA

L’ÉGALITÉ PARTOUT RÉGNERA — RÉFLEXIONS D’APRÈS « COMME DES BÊTES » — PIERRE SERNA

 

 

 

 

« En effet, l’essence transformée de l’agir humain modifie l’essence fondamentale de la politique. »
p.37 in Le principe responsabilité — Hans Jonas (Champs essais)

 

« Canius promène son esclave comme un animal de compagnie… »
(cité par Martial)
p.177  in Cave Canem — Textes réunis par Jean-Louis Poirier

 

« Non je ne connais pas l’Afrique
Aigrie est ma couleur de peau
La vie est une machine à fric
Où les affreux n’ont pas d’afro »
Mama Sam sur l’album « Je dis Aime » — M (1999)

 

— Petite histoire d’une entrée en République —

 

   Dans son précédent ouvrage L’Animal en République, l’historien Pierre Serna nous avait entretenu-e-s de ce qu’entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, en France, une période charnière avait eu lieu, portée par les aspirations d’une époque qu’on pourrait appeler de « proto-écocitoyenne » en cela qu’en même temps fut déclarée l’abolition de l’esclavage (1794) et qu’un courant scientifique montant commençait de montrer les relations interspécifiques complexes entre tous les êtres vivants, laissant poindre doucement l’idée d’une zoopolitique possible qui aurait pu ceindre le développement industriel à venir, et le contrôler en prenant soin des vivants… « ébauche écohistorique » (critique de la civilisation européenne)[1] écrivait P. Serna, qui n’a pas eu le temps d’éclore, écrasée sous les bottes de la dictature napoléonienne et toute chiffonnée par l’amalgame consistant tantôt à animaliser certaines franges de la population au prétexte du rapprochement biologique avec les animaux — les grands mammifères primates en tête. Avec Comme des bêtes (Histoire politique de l’animal en Révolution (1750-1840)) Pierre Serna signe le récit captivant et éclairant d’une chute de l’Homme vers sa modernité et ses nauséabondes facondes.  Lire la suite

ARTICLE VIDEO#2 — ÉRIC BARATAY OU LES ANIMAUX SANS BARATIN — « BIOGRAPHIES ANIMALES »

ÉRIC BARATAY OU LES ANIMAUX SANS BARATIN — D’APRÈS « BIOGRAPHIES ANIMALES » AUX ÉDITIONS DU SEUIL

 

 

« Il est temps de partir à la recherche des individus et d’écrire leurs vies. »
p.12 in Biographies Animales

 

   On aurait tort, dès lors qu’on est intéressé par la vie des animaux, de passer à côté du travail passionnant de l’historien Éric Baratay.
   Jusqu’ici l’on avait pu, par exemple, se pencher sur ses essais comme Bêtes des tranchées, Le Point de vue animal, ou L’Église et L’Animal entre autres, qui offrent déjà de penser les altérités et les individualités animales d’une toute autre manière qu’avec la désinvolture générale avec laquelle on les traitait habituellement, telles des objets de dernier plan dans l’Histoire humaine.
   Récemment, est paru Biographies Animales, le dernier ouvrage d’Éric Baratay. C’est au travers de ces biographies d’animaux ayant vraiment vécu que l’auteur nous propose d’aller encore plus loin dans notre compréhension de ces oubliés de l’Histoire. Ainsi, ces biographies qui ont été commencées lors de l’écriture du Point de vue Animal — alors refusées par l’éditeur puis acceptées aujourd’hui, signe que les temps changent — sont-elles à l’heure actuelle le travail poussé le plus loin réalisé par Baratay, au-delà des véritables histoires animales racontées même avec empathie mais du point de vue à sens unique de l’Homme, en nous mettant à la place de l’animal comme jamais auparavant.

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À LA (RE)DÉCOUVERTE DE L’ANTISPECISME — AUTOUR DE L’ESSAI « LIBÉRATION ANIMALE ET VÉGÉTARISATION DU MONDE» DE CATHERINE-MARIE DUBREUIL — DÉAMBULATIONS HISTORIQUES, ÉTHIQUES ET POLITIQUES POUR LES ANIMAUX

(RE)DÉCOUVERTE DE L’ANTISPECISME — « LIBÉRATION ANIMALE ET VÉGÉTARISATION DU MONDE» DE C.-M. DUBREUIL — DÉAMBULATIONS HISTORIQUES, ÉTHIQUES ET POLITIQUES POUR LES ANIMAUX

 

 

 

   Au hasard de recherches quant aux publications ayant trait aux animaux dans les sciences ou la philosophie, il arrive qu’on trouve quelque ouvrage dont on sait tout de suite qu’il finira immanquablement dans sa bibliothèque. Ce fut le cas pour Libération animale et végétarisation du monde sous-titré Ethnologie de l’antispécisme français, écrit par Catherine-Marie Dubreuil. Inutile de s’éterniser sur l’attrait qu’un tel essai a pu susciter. Avec un titre pareil c’était la promesse d’en savoir plus sur l’antispécisme au cœur de notre véganisme, celle d’en connaître l’histoire complète de ces acteurs et actrices et son évolution. D’ailleurs la quatrième de couverture se présente ainsi :
liberation-animale-atispecisme   « Qui sont les antispécistes ? Que veulent-ils ? Pourquoi ? L’antispécisme est un militantisme original, développé en France depuis 1985, remettant en question radicalement notre rapport aux animaux et à la nature. Fondée sur le principe que tout être vivant doué de sensibilité doit pouvoir vivre sans être soumis arbitrairement à la souffrance et à la mort par d’autres êtres vivants, cette pensée en action s’inscrit dans le cadre plus vaste de la lutte contre toutes formes de domination et de prédation. »

 

   Ce livre tombait à pic pour mieux comprendre certains aspects du milieu animalitaire qu’animent aujourd’hui les gens de la protection des animaux, les végétariens, les antispécistes, les véganes, etc. où l’on constate souvent des différences de points de vues importantes, si ce n’est des dissensions dues à des incompréhensions ou des attitudes catégoriques exclusives. Grâce à l’essai de C.-M. Dubreuil, on en apprend sur soi en tant qu’antispéciste du début du XXIème siècle, et aussi sur le mouvement quant à ses membres actifs, mais plus encore en termes de mouvance, autrement dit en tant que « système » quasi vivant en soi et qui échappe pour partie à la volonté de ses membres en devenant un processus autonome (historial), fluctuant, tout comme un corps vaque en ignorant le travail de ses propres cellules. Cela revient à pointer l’inexorabilité de l’avancée de l’« animalisme » (ou éthique animale) comme modalité naturelle au sein du développement culturel, et plus encore à dénoncer dans le même temps toute tentative égoïque de représentation personnelle du mouvement qui, faut-il le rappeler en dernière instance, existe pour les animaux.
   C’est qu’on ne doit jamais oublier que si les animaux n’ont que faire d’avoir des droits dans nos lois parce qu’ils veulent simplement vivre, ils n’ont que faire assurément des clivages humains dans la cause. Puisque inutiles, les divisions n’auront qu’un intérêt par leurs formes au travers des luttes spécifiques (être sur tous les fronts) quand sur le fond (l’ontologie des étant-vivants) elles ne sauraient qu’être des objets à retardement pour l’avènement de la fin du spécisme et l’existence d’une véritable justice éthique biopolitique, bref : un nouveau paradigme terrestre. Nous formulons ici à la fois un compte-rendu avec notre propre grille de lecture ainsi qu’essayons la double esquisse d’une critique et d’un criticisme des conclusions de C.M. D. et du mouvement tel que nous le percevons aujourd’hui dans sa tentative de déploiement politique au sein des institutions officielles afin de commencer de comprendre la criticalité même de l’antispécisme et de la zoopolitique en général telle qu’ils évoluent. Lire la suite

NOTRE HISTOIRE OU LE PARTAGE OBLIGÉ DES AFFRES HUMAINES — D’APRÈS « LE POINT DE VUE ANIMAL » D’ÉRIC BARATAY

NOTRE HISTOIRE OU LE PARTAGE OBLIGÉ DES AFFRES HUMAINES — D’APRÈS « LE POINT DE VUE ANIMAL » D’ÉRIC BARATAY

 

« Seule l’espèce humaine est engagée dans une aventure
dont le but n’est pas la mort, mais la réalisation d’elle-même. »
Raymond Aron
p.52 in Introduction à la philosophie de l’Histoire

 

9782020982856   Avec le recul, fort des apprentissages que l’on fait auprès des éthologues, des philosophes, des militants de la cause animale « de tous poils », il est des pensées, quoi ! des idées mettons, qu’il est grand temps de mettre au rencart. Allez zou ; du balai. Car qu’on puisse, en 1938, écrire la supériorité d’Homo sapiens en s’appuyant sur un darwinisme dont on se débarrasse aussitôt et qu’on dise que « […] l’évolution arrêtée dans le règne animal se prolonge dans l’humanité »[1] passe encore […], mais donner l’espèce humaine pour ayant seule un but vital transcendant, c’était, et a fortiori quand on sait ce qu’il s’est immédiatement passé ensuite — la seconde guerre mondiale — se fourvoyer ou faire preuve d’une naïveté béate, à moins qu’on hésite entre un positivisme qui s’ignore et un conservatisme gaulois, quand justement l’auteur de cette historique introduction parlait d’Auguste Comte et disait de lui que « […] par exemple, [il] s’est progressivement découvert et construit un passé où les êtres et les événements étaient disposés en fonction du rôle et de la signification que la religion de l’humanité leur réservait. »[2] N’est-ce pas justement ce que l’Homme, depuis sa majesté auto-constituée fait de tous temps ? Mourir et faire mourir médiocrement en prétendant le contraire et en niant à ce destin divin toute autre participation que la sienne ? C’est tout à fait ce que démontre et raconte très bien en 2012 l’historien Éric Baratay dans son livre Le point de vue animal. Lire la suite