VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE VIII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   9) Thériomorphiques —  le ressac ontologique de la Vie brute :
   Il est temps donc, de nous mettre au travail véritablement. Animal laborans et symbolicum, et certainement laborans parce que symbolicum, l’humain possède devant lui un vaste champ des possibles habités grâce à la diversité animale et végétale dans leurs intrications combinatoires : hôtes réciproques à demeure (zoo-logis).
   Nous savons qu’il est primordial à dessein futuriste (design/ sauvegarde), d’inverser la convention qui s’est jusqu’alors établie par nous et pour nous à l’encontre du reste du règne du vivant. Si tout se joue économiquement par nature, la Nature souffre d’un traitement économique dématérialisant au sens propre comme au figuré. Jean-Yves Goffi évoquant Walter A. Rosenbaum[1] dit de la wilderness — que nous appelons du vieux terme français guère usité de nos jours la sauvageté. La sauvageté[2] désigne dans notre réflexion tout ce qui est à l’état de sauvage (tout vivant éloigné de la civilisation contemporaine) sans qu’il y soit associées les notions de primitivité ou de brutalité propres à la « sauvagerie ». — de la wilderness disons-nous, qu’elle est couramment accolée à l’idée du romantisme, à d’une forme héroïque et à une « exaltation de l’individualité ». Il est pourtant un tout autre projet de sauvageté que l’on pourrait désirer constituer. Partant que le sauvage en tant qu’étranger à ce qui semble être évolué, raffiné ou encore familier, se retrouve maintenant enfermé dans les (parfois) vastes espaces d’une circonscription géo-zoopolitique qui s’impose à lui, et vit en réserve comme dans une prison, briser la convention de notre péremption symbolique et laisser tomber les dissensions velléitaires des agendas politiciens s’avère une des choses les plus importantes de l’Histoire humaine mais que l’humanité n’a pas encore faite là où en cela elle aussi déchoit, perd sa liberté. Comme le rappelle Stéphane-Hicham Afeissa, « […] l’enfermement de ce qui est sauvage se produit au crépuscule des temps modernes. » (Éthique de l’environnement : Nature, valeur, respect, p.330, Vrin) Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE IV)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

 

   5) Humanité-e-s :
   Pour en finir avec les affirmations de Luc Ferry visant à associer IIIème Reich et antispécisme, remarquons qu’il souligne p.160 de Le Nouvel Ordre Écologique que le régime nazi était pour l’« interdiction du gavage des oies » ainsi que la fin de la « vivisection sans anesthésie ». Si de nos jours vous persistez à penser qu’il est immoral de gaver les oies par exemple, sachez que vous risquez de réécrire les pages les plus noires de notre Histoire, et tout ça parce que vous ne mangez plus de foie gras ! Décidemment le philosophe n’a reculé devant aucun effet de style argumentaire pour faire passer ses idées rétrogrades — pardon : humanistes.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   4) De sources sûres (?) :
   On reviendra une autre fois sur le travail de Michel Serres, et notamment son essai de 1990 Le contrat naturel, dans lequel Serres fait preuve d’avoir pris la mesure des enjeux écologiques de l’époque — enjeux passablement décuplés aujourd’hui en ampleur et en urgence, quand bientôt trente années auront passé et que l’expansion économique a cru comme on sait avec son lot de catastrophes terribles pour l’environnement. Ferry salue la promptitude de Serres et s’empresse de saborder le travail de son aîné confrère : Michel Serres avance énormément de choses justes, mais il semble oublier abusivement de citer ses sources, anglo-saxonnes, dénonce Ferry. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE II)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   2) Horresco referens :
   Pour induire en douceur chez son lectorat qu’il ne faut surtout rien toucher à l’humanisme standard qu’il défend, Luc Ferry s’enquiert chez Buffon (1707-1788) de la perception éclairée du monde animal tel qu’elle eut lieu avant la Révolution française. Notamment, Ferry surfe sur une pente savonneuse, celle vers laquelle il prépare ses lecteurs à aller docilement se casser la figure, vers l’amalgame et les a-mal-gammé-es. Ainsi donc nous rafraîchit-il la mémoire quant à cette notion dont on n’entend plus guère parler depuis le XXIe siècle, celle du fameux « chaînon manquant ». G.-L. Leclerc de Buffon, naturaliste (entre autres) de son état, voyait pour sa part un lien évident, un lien physique entre l’homme dit sauvage et les différentes espèces de singes connues, de sorte à définir l’indigène comme un genre de « super-singe » (p.50 in Le nouvel ordre écologique). Jusque-là rien de surprenant de la part des Lumières, excepté quand L. Ferry infère le super-singe à l’Untermensch, invention nazie dérivée du surhomme nietzschéen signifiant, par opposition à l’aryen et censé être l’homme supérieur, sous-homme. Tout de même ; ça n’est pas la même chose, et l’on préférera relire Vercors et son roman Les animaux dénaturés (1952) pour se pencher sur ce graal paléoanthropologique qu’est le chaînon en question.
   Constatant études étrangères à l’appui qu’il est à peu près impossible d’éviter l’identification en affaire d’écologie et d’intérêt pour les animaux, Ferry propose de s’élever et d’observer les choses sous un angle universel (p.54). Sans doute craint-il un excès d’anthropomorphisme en ce sens où les hommes trouveraient trop de ressemblances avec eux chez les animaux. Il n’hésite pas à faire une déclaration qui a valeur d’impératif, car : c’est donc bien l’humanité sous toutes ses formes qu’il faudrait déconstruire et dépasser pour fonder la possibilité même d’une prise en compte du souci écologique.[1] On aurait aimé qu’il s’agît d’une déclaration d’intention envers toute altérité. Malheureusement ça n’a pas été le cas. Au lieu de cela le philosophe persévère dans son enquête, franchissant des chemins de traverse certes enrichissants pour le savoir, mais dont la destination est une Rome défraîchie. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   1) Anima simplex :
   À la même époque environ — le tout début des années 90 — Luc Ferry, philosophe et dans une décennie ministre de l’Éducation nationale pour deux ans (2002-2004), et l’avocat américain Stephen M. Wise ont chacun de leur côté argumenté relativement à la question animale. Dans leurs travaux respectifs ils citent tous deux ces curieux procès qu’on a faits aux bêtes entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Pour un oui ou pour un non les animaux pouvaient comparaître devant un Tribunal humain pour les motifs les plus variés, dès lors qu’un intérêt humain quelconque était en jeu et l’humain concerné s’estimant lésé. Si l’on butait sur un porc et qu’on se blessât en tombant, l’animal risquait sa peau lors d’un jugement où bien entendu il n’avait pas sa place. Si des récoltes étaient menacées, on tentait aussi de dialoguer avec les « assaillants. » Ainsi, nous raconte Luc Ferry dans Le nouvel ordre écologique, les animaux étaient fréquemment accusés puisqu’ils gênaient la bonne marche des affaires humaines. Il fallait donc qu’on leur alloua un « avocat des animaux ». Lors d’une invasion d’insectes, une petite commune rurale a dû faire appel à un homme d’Église pour négocier avec eux, mais rien n’y fit. On fit un procès auquel les créatures invitées osèrent ne pas se présenter. L’avocat des animaux, arguant du fait que les animaux, créés par Dieu, possédaient le même droit que les hommes à se nourrir de végétaux, avait refusé d’excommunier les verpillons, se bornant, par une ordonnance en date du 8 mai 1546, à prescrire force prières publiques […][1].   Il faut bien appeler un chat un chat. Même si au XVIe siècle on instruisait les animaux en justice, c’était uniquement par souci religieux et économique. D’abord on ne pouvait punir, le cas échéant, les animaux « gratuitement » car ils étaient, eux-aussi, des créatures de Dieu. C’eut été offenser le Divin que ne pas se montrer équitable envers eux. Toutefois si ces parodies de justice prêtent aujourd’hui à sourire, il faut en souligner la niaiserie et l’hypocrisie manifestes. L’Homme étant au-dessus des autres êtres vivants dans la Création (postulat biblique), c’est bien en sa faveur sinon quand un « défenseur des animaux » était zélé et fantasque, que se déroulaient ces moments de la vie sociale de l’époque. Les animaux n’ont jamais été que des objets pour les hommes, des instruments de travail et de la matière première. Comme le dit M. Wise dans Rattling The Cage: Toward Legal Rights For Animals (Tant qu’il y aura des cages) : « Le problème, avais-je alors conclu, était structurel. Tous les animaux non humains étaient, et cela depuis toujours, des choses juridiques. » C’est contre cet état de fait reléguant des êtres vivants sensibles à l’état de choses, de mobiliers, etc., que de plus en plus de voix s’élèvent comme celle de Stephen M. Wise, et que les intellectuels de penchent sur ces questions investies dans le quotidien par de plus en plus de militants. Toutefois, là où Wise désire ardemment changer la structure sociale — pour ce qu’elle est et vaut à l’heure actuelle — des hommes et des animaux, ce qu’on appelle la zoopolitique, en faveur d’une libération animale passant par l’abolition de l’exploitation, cela n’exclue pas des interactions et des émancipations de part et d’autre de ces échanges inter-espèces. Ferry a fait le même constat dans ses observations, concluant cependant tout autre chose et bien qu’ayant balayé (peut-être un peu trop hâtivement et encore plein de préjugés) un large prisme écologique, ce qui l’amena à formuler à regrets : « Il se pourrait bien, en effet, que la séparation de l’homme et de la nature par laquelle l’humanisme moderne fut conduit à attribuer au premier seul la qualité de personne morale et juridique n’ait été qu’une parenthèse, en train de se refermer. » (op. cit. p.18)

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (CHÔRA)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

— CHÔRA —

 

   Parce qu’en tant que défenseurs des droits des animaux — dans la théorie jusqu’à ce que la pratique suive, et ce constituant notre utopie zoopolitique : un dessein qui, si atteint, sera toujours à préserver tels les droits accordés aux humains par eux-mêmes (et malgré ou contre eux-mêmes[1]) —, un essai datant de 1992 a attiré notre attention, et son contenu s’est avéré intéressant au-delà de nos espérances. Il s’agit de Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry. Le philosophe s’y montre alors très au fait, non seulement de la question écologique telle que débattue dans la dernière décennie du XXe siècle et ses prémisses, mais tout autant de ce qui faisait et fait encore de nos jours (plus encore) débat et qui est intimement lié à l’écologie : la question de la condition animale. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE II)

VEGANOSOPHIA 

 Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE II)
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
L’Isolement (extrait), in Méditation poétique,
Alphonse de Lamartine, 1820.

 

 

   4) Solus ipse :
   C’est dans « l’ouvert, le libre espace de l’être [qui] ne désignent pas quelque chose de radicalement autre par rapport au non-ouvert de l’animal » dit Agamben, que nous, humains — paradoxalement car si nombreux — nous éprouvons-nous dans la position existentiale délicate d’un isolement que seul égale le néant de notre Être. Comme ce dernier n’est accessible qu’à la condition d’être en étant, et vu l’incommunicabilité plénière prima facie des échanges entre étant-vivants (expérience vécue ; Erlebnis) nous sommes au monde dans un souci de remplissage ontologique d’autant plus que nous n’y serons pas toujours pour ce faire et ce, disponibles pour l’épreuve du vivre et pour apprendre à mourir suivant Montaigne, donc faire métaphysiquement avec le monde comme siège (assise et prise d’assaut), « disponibilité fondamentale de l’angoisse, une insigne ouverture du Dasein » selon Heidegger où, ajoute Agamben « […] celui qui regarde dans l’ouvert ne voit qu’une clôture, ne voit qu’un non-voir. » (p.140 in op. cit.) L’Ouverture infinie que confère le Dasein à l’homme ne donne pas plus à voir en somme, que le non-ouvert chez l’animal ne lui interdit accès et jouissance à ce même monde, clos certes, mais infiniment plein. Lire la suite