VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE VII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME

 

 

   10) Écotechnie — homo magna predator :
   N’oublions pas que nous avons débuté « Contrat naturel et interventionnisme » avec une critique de la mythographie de la conception traditionnelle agroalimentaire, et non pas uniquement agricole. Ou alors, peut-être pourrions-nous parler d’agri-culture au sens où la pensée issue de la tradition — pleine de nostalgie quant à un passé rustique et en « harmonie avec la Nature » — défend bec et ongles, comme dit l’expression spéciste mais très imagée, la conservation et la continuation d’une agriculture dite extensive avec des éleveurs, des bergers et autres bons samaritains des bêtes respectant leur « bien-être », autrement dit : bien nourris (sélectionnés, engraissés, gavés) pour être bien mangés. Il s’agit bien, donc, d’une certaine culture avec une conception bien particulière d’une « Nature » dont les êtres sont pourtant et depuis belle lurette dénaturés.

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ESPÈCE D’OGRES — SUR LA VORACITÉ SANS LIMITE DES HUMAINS ÉTUDIÉE DANS « L’HUMANITÉ CARNIVORE » PAR FLORENCE BURGAT

ESPÈCE D’OGRES — LA VORACITÉ DES HUMAINS DANS « L’HUMANITÉ CARNIVORE » — FLORENCE BURGAT

 

« Le carnisme ressemble fort en effet à une métaphysique qui ne dit pas son nom et qui s’ignore elle-même, une métaphysique selon laquelle l’espèce humaine est la fin de toutes choses, le centre et le sommet de la Création. »
Renan Larue, Le végétarisme et ses ennemis, pp.10-11

 

« La malnutrition dans le tiers monde est due en grande partie à la régression du cannibalisme. »
Samuel Butler (1835-1902)

 

« L’économie cannibale ne perd jamais rien de ce qui accable les hommes.
Elle fait profit de tout. »
Oscar Wilde (1854-1900)
florence-burgat                                                                                                                                Sur le Larousse en ligne on trouve comme définition de la voracité, qu’elle peut être une avidité à manger, à satisfaire un besoin (et de donner comme exemple « la voracité des loups » […]), ou bien encore qu’elle est l’avidité à satisfaire un besoin, à gagner de l’argent, personne n’étant cité en exemple alors qu’il n’en manque pas… les animaux ayant ce privilège d’être indéterminés et montrés du doigt.
   Opposé à la docilité des animaux que les humains s’arrogent le droit de manipuler et de consommer massivement (on mange volontiers les plus inoffensifs d’entre eux — les herbivores —, du moins dans le modèle occidental qui tend à l’uniformisation planétaire [globalisation]), la voracité chez l’être humain est l’expression d’une insatiabilité dont il est difficile de comprendre les ressorts.

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HOMMAGE ANTISPÉCISTE À CHRIS MARKER — « MINOTAURE(S) » HALLUCINÉ

À CHRIS MARKER — « MINOTAURE(S) » HALLUCINÉ
   En mai 2015 est venue comme qui dirait naturellement cette très courte nouvelle intitulée MINOTAURE(S) — DÉDALE DES ABATTOIRS ou LE MONSTRE ANAGRAMMÉ.
   Il s’agissait de revisiter brièvement un des mythes les plus célèbres de l’Antiquité grecque tout en conservant un style classique (moderne) et à la fois en propulsant Thésée (l’héroïsme…) face aux questions éthiques (contemporaines) de ce début de 21ème siècle, savoir : la question de la condition animale et à travers elle, rappeler la gémellité de traitement réservé encore si souvent à ces « êtres inférieurs » que sont les animaux et…, les femmes (…). Une situation parfaitement bien décrite en 1995 par Carol J. Adams dans La Politique sexuelle de la viande.
   C’est aussi la question de la violence qui s’exerce sur l’innocence et la naissance, en ce que les êtres considérés comme « faibles » sont ceux qui animent une bio-diversité absolument nécessaire à l’existence du Père (patriarcat) et sa prétendue supérieure innascibilité (il n’a pas besoin de naître, il est détaché du principe même de la Vie).
   Voici donc à nouveau ce récit sous la forme d’un mini-film illustré par des images du film de science-fiction La Jetée de Chris Marker. L’oeuvre de cet essayiste-cinématographe, selon l’expression d’André Bazin, met en perspective la domination masculine (guerre totale) sur le monde dans une fable post-apocalyptique où le futur lointain de l’Humanité trouve — dirait-on— une forme de résurrection par un lâcher-prise sur les êtres et sur le temps, et où la figure de la femme est la planche de salut à la fois dans l’anamnèse et dans un monde reconfiguré — on imagine — subjectivement et collectivement dans une pacification qui ressemble bien à une haute spiritualisation technique et à une végétarisation de la civilisation. En tout cas c’est une interprétation qu’on trouve séduisante.
   Parce que La Jetée est un chef-d’œuvre et que Chris Marker était aussi un poète, lui emprunter quelques images, poussés par un nombre de vues croissant de notre nouvelle ces derniers temps sur le blog, nous avons eu envie de fabriquer un nouvel objet calqué sur l’esthétique markerienne, et proposant une lecture fictionnelle mais concrète du problème biopolitique à l’heure de l’usage des corps comme dit Giorgio Agamben, de la reproductibilité technique et sa machination.
   Bon visionnage.
   K&M

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      Lire le texte de la nouvelle, ici.

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME

 

   4) La fin des haricots, Murray criant au loup :
   Il y en a qui ont de drôles de façons de se figurer le monde. Malgré leur faconde associée à leurs connaissances générales étendues, les voilà qui partent en guerre — encore elle, la guerre, toujours le va-t-en-guerre — et qui redoutent ce qu’ils pensent être un grand changement quand finalement il ne s’agit que d’ajustements. Surtout il ne faudrait pas que leur έξις soit perturbé par les mutations de la société, lesquelles ne peuvent que se mettre à la disposition de la Terre. On entend par là, disposition comme la disposiblité (Die Befindlichkeit) heideggerienne, comme le phénoménologue l’entendait, savoir : « Ce pour quoi l’angoisse se révèle comme ce devant quoi elle s’angoisse : l’être-au-monde. L’identité du devant quoi de l’angoisse et de son pour quoi s’étend bel et bien jusqu’au s’angoisser lui-même. Car celui-ci est en tant que disposibilité un genre fondamental d’être-au-monde. » (cf. Sein und Zeit)

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N°67 — UN EXIL À GUERNESEY POUR JERSEY — QUELQUES MOTS SUR « VACHE À LAIT » D’ÉLISE DESAULNIERS

UN EXIL À GUERNESEY POUR JERSEY — SUR « VACHE À LAIT » D’ÉLISE DESAULNIERS

 

« Ainsi peuvent être simultanément engendrés, les mythes eux-mêmes par l’esprit qui les cause, et par les mythes, une image du monde déjà inscrite dans l’architecture de l’esprit. […] La pensée mythique n’accepte la nature qu’à condition de pouvoir la répéter. »
pp-346-347 in Le cru et le cuit, Claude Lévi-Strauss

 

« La souffrance des vaches n’est pas que physique. Elle est aussi — surtout — émotive. Chaque année la vache met au monde un petit qu’on lui arrache dès la naissance. Dans la nature les veaux tètent leur mère durant six à neuf mois, se sevrant progressivement ; les femelles restent en général avec leur mère durant toute leur vie, et les mâles durant une année, après quoi ils quittent le troupeau. »
Élise Desaulniers, Vache à lait, p.104

 

« Vous ne serez jamais, et dans aucune circonstance,
tout à fait malheureux si vous êtes bon envers les animaux. »
Victor Hugo

 

vache-a-lait-desaulniers-elise   Voici un court ouvrage qu’on peut se permettre de dévorer puisqu’il est vegan, bien qu’il faille avouer que toutes les bouchées de ce livre de résistance ne sont pas sans laisser un arrière-goût spécial, quelque chose de spécieux — celui du spécisme, l’aliment principal qu’il faut avaler —, un goût d’amertume et de tristesse, des larmes qu’on ravale en songeant au sort malheureux des « vaches à lait. » Voyez-vous la différence de ton quand l’auteure, Élise Desaulniers, qu’on avait jusqu’ici lue que dans sa préface à La politique sexuelle de la viande de C. J. Adams ou sur son blog, utilise l’expression de contre-histoire avec la philosophaillerie masculine démago qu’on nous sert comme rata à l’ordinaire ? « Après tout ce que j’ai compris sur le lait, écrit Élise Desaulniers, je me permets d’opposer une contre-histoire aux mythes racontés par l’industrie. » (p.22 in Vache à lait ; c’est nous qui soulignons) Vous avez bien lu : Élise Desaulniers se permet, autrement dit elle ose sortir du silence et quelque part s’en excuse, elle va vous bousculer un peu. C’est qu’en même temps comment rester mutique après ses découvertes au sujet de cette industrie impure qu’est celle du laid ? Quoi ! une faute… pardon : du lait.

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VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME
   1) L’abnégation des animaux, mythème de leur(s) exploitation(s) :
   Le contre-don (…). Retour sur investissement que perçoit l’humain qui a élevé l’animal puis l’a tué pour en tirer des bénéfices. Comme tout procès économique, et plus largement comme dans tout système de vase communicant, le bénéfice appelle un détriment, le plus un moins, le plein un vide, le vivant dans sa continuité la mort de l’autre dans son intégrité. Si, lorsque Jocelyne Porcher qui défend l’idée d’un élevage respectueux des animaux est sérieuse quand elle dit « la mise à mort nécessite une ritualisation incompatible avec les objectifs de rentabilité » (cf. son site internet), ou encore que « la mort des animaux est acceptable si on leur a donné une bonne vie[1] », il faut lui concéder qu’elle au moins n’est pas insensible à la sensibilité des animaux. Il est tout de même curieux d’imaginer une relation de travail, avec qui que ce soit, qui s’achève par la mort de l’employé. Ne considère-t-on pas choquant qu’après une vie de labeur une personne ne puisse profiter de sa retraite ? Pourquoi les animaux dont on jugerait opportun de les faire travailler (on pense ici aux propositions de Zoopolis de S. Donaldson et W. Kymlicka) n’auraient-ils pas eux aussi droit à un repos bien mérité ?

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