VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE VIII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME

 

   11) « Éthique de la prédation » — un problème soluble ?
   Il est possible que des problèmes qui surviennent à l’esprit humain ne puissent pas être solutionnés. À moins que d’emblée la question problématique soit mal posée. Il est parfois difficile de savoir si les termes selon lesquels on s’interroge sont les bons pour aller de l’avant. On peut toujours dès lors, selon la façon dont on doute et ce sur quoi l’on hésite, essayer de reformuler tout ou partie du questionnement. Ce qui nous préoccupe depuis le début de cette véganosophia, c’est s’il convient de passer avec les animaux un contrat moral défini par la Loi, un « contrat naturel » comme l’appela un peu hors de notre propos à l’époque Michel Serres en 1990, et surtout si, contrat ou non — finalement, il faut intervenir dans la vie des êtres de la Nature comme le prescrit l’éthique antispéciste attachée à délivrer tout individu de la souffrance pour lui permettre d’investir pleinement sa finalité propre. Pas si simple de répondre, au-delà même des clivages instinctifs qui sépareront disons, pour faire simple, les abolitionnistes « ultra » et les antispécistes enclins à « l’aménagement ». Si essayer est mieux que rien, et que « le mieux est l’ennemi du bien » comme le laisse entendre à la suite de Montesquieu Thomas Lepeltier, partisan pragmatique de l’interventionnisme, on accordera à David Olivier ou Baptiste Morizot que, monde de causes et d’effets oblige, rien n’a lieu sans conséquences, lesquelles étant presque aussi imprédictibles que les particules quantiques, l’action suppose une bonne préparation… est-on seulement jamais assez préparé ?

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VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME

 

   4) La fin des haricots, Murray criant au loup :
   Il y en a qui ont de drôles de façons de se figurer le monde. Malgré leur faconde associée à leurs connaissances générales étendues, les voilà qui partent en guerre — encore elle, la guerre, toujours le va-t-en-guerre — et qui redoutent ce qu’ils pensent être un grand changement quand finalement il ne s’agit que d’ajustements. Surtout il ne faudrait pas que leur έξις soit perturbé par les mutations de la société, lesquelles ne peuvent que se mettre à la disposition de la Terre. On entend par là, disposition comme la disposiblité (Die Befindlichkeit) heideggerienne, comme le phénoménologue l’entendait, savoir : « Ce pour quoi l’angoisse se révèle comme ce devant quoi elle s’angoisse : l’être-au-monde. L’identité du devant quoi de l’angoisse et de son pour quoi s’étend bel et bien jusqu’au s’angoisser lui-même. Car celui-ci est en tant que disposibilité un genre fondamental d’être-au-monde. » (cf. Sein und Zeit)

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VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (HÈXIS)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME
— HÈXIS —
   « […] parler de végétarisme, c’est parler de commencements », nous rappelait Carol J. Adams à la suite de Joseph Ritson[1]. Ce que nous avons vu dans nos discussions précédentes c’est, à l’instar de la philosophe Corine Pelluchon dans L’autonomie brisée, la nécessité de former autant que formuler une ontologie telle que toujours être-au-monde soit une re-naissance de la connaissance (naître avec/ de natura) de la nature en ses étant-vivants grâce aux interactions que nous entretenons avec eux. Ainsi biologie, anthropologie, éthologie ou étiologie, ou encore mathématiques, sémiolinguistique ou géologie, etc., sont d’indispensables champs de savoir qui ne fonctionnent jamais en dehors de l’aspect pratique de leur particularisation, séparément les uns des autres. Nous avons déterminé l’immanence d’un territoire à reterritorialiser que nous avons nommé la chôra (χώρα). De cette interzone où se mêlent tous vivants dans l’urbanité, la ruralité ou la sauvageté, nous avons dit que des espaces devaient impérativement rester inoccupés par l’homme de sorte à laisser s’épanouir les autres espèces comme ce fut le cas durant des milliards d’années jusqu’à l’heure de l’hominisation totale (anthropocène).

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À LA (RE)DÉCOUVERTE DE L’ANTISPECISME — AUTOUR DE L’ESSAI « LIBÉRATION ANIMALE ET VÉGÉTARISATION DU MONDE» DE CATHERINE-MARIE DUBREUIL — DÉAMBULATIONS HISTORIQUES, ÉTHIQUES ET POLITIQUES POUR LES ANIMAUX

(RE)DÉCOUVERTE DE L’ANTISPECISME — « LIBÉRATION ANIMALE ET VÉGÉTARISATION DU MONDE» DE C.-M. DUBREUIL — DÉAMBULATIONS HISTORIQUES, ÉTHIQUES ET POLITIQUES POUR LES ANIMAUX

 

 

 

   Au hasard de recherches quant aux publications ayant trait aux animaux dans les sciences ou la philosophie, il arrive qu’on trouve quelque ouvrage dont on sait tout de suite qu’il finira immanquablement dans sa bibliothèque. Ce fut le cas pour Libération animale et végétarisation du monde sous-titré Ethnologie de l’antispécisme français, écrit par Catherine-Marie Dubreuil. Inutile de s’éterniser sur l’attrait qu’un tel essai a pu susciter. Avec un titre pareil c’était la promesse d’en savoir plus sur l’antispécisme au cœur de notre véganisme, celle d’en connaître l’histoire complète de ces acteurs et actrices et son évolution. D’ailleurs la quatrième de couverture se présente ainsi :
liberation-animale-atispecisme   « Qui sont les antispécistes ? Que veulent-ils ? Pourquoi ? L’antispécisme est un militantisme original, développé en France depuis 1985, remettant en question radicalement notre rapport aux animaux et à la nature. Fondée sur le principe que tout être vivant doué de sensibilité doit pouvoir vivre sans être soumis arbitrairement à la souffrance et à la mort par d’autres êtres vivants, cette pensée en action s’inscrit dans le cadre plus vaste de la lutte contre toutes formes de domination et de prédation. »

 

   Ce livre tombait à pic pour mieux comprendre certains aspects du milieu animalitaire qu’animent aujourd’hui les gens de la protection des animaux, les végétariens, les antispécistes, les véganes, etc. où l’on constate souvent des différences de points de vues importantes, si ce n’est des dissensions dues à des incompréhensions ou des attitudes catégoriques exclusives. Grâce à l’essai de C.-M. Dubreuil, on en apprend sur soi en tant qu’antispéciste du début du XXIème siècle, et aussi sur le mouvement quant à ses membres actifs, mais plus encore en termes de mouvance, autrement dit en tant que « système » quasi vivant en soi et qui échappe pour partie à la volonté de ses membres en devenant un processus autonome (historial), fluctuant, tout comme un corps vaque en ignorant le travail de ses propres cellules. Cela revient à pointer l’inexorabilité de l’avancée de l’« animalisme » (ou éthique animale) comme modalité naturelle au sein du développement culturel, et plus encore à dénoncer dans le même temps toute tentative égoïque de représentation personnelle du mouvement qui, faut-il le rappeler en dernière instance, existe pour les animaux.
   C’est qu’on ne doit jamais oublier que si les animaux n’ont que faire d’avoir des droits dans nos lois parce qu’ils veulent simplement vivre, ils n’ont que faire assurément des clivages humains dans la cause. Puisque inutiles, les divisions n’auront qu’un intérêt par leurs formes au travers des luttes spécifiques (être sur tous les fronts) quand sur le fond (l’ontologie des étant-vivants) elles ne sauraient qu’être des objets à retardement pour l’avènement de la fin du spécisme et l’existence d’une véritable justice éthique biopolitique, bref : un nouveau paradigme terrestre. Nous formulons ici à la fois un compte-rendu avec notre propre grille de lecture ainsi qu’essayons la double esquisse d’une critique et d’un criticisme des conclusions de C.M. D. et du mouvement tel que nous le percevons aujourd’hui dans sa tentative de déploiement politique au sein des institutions officielles afin de commencer de comprendre la criticalité même de l’antispécisme et de la zoopolitique en général telle qu’ils évoluent. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE VIII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   9) Thériomorphiques —  le ressac ontologique de la Vie brute :
   Il est temps donc, de nous mettre au travail véritablement. Animal laborans et symbolicum, et certainement laborans parce que symbolicum, l’humain possède devant lui un vaste champ des possibles habités grâce à la diversité animale et végétale dans leurs intrications combinatoires : hôtes réciproques à demeure (zoo-logis).
   Nous savons qu’il est primordial à dessein futuriste (design/ sauvegarde), d’inverser la convention qui s’est jusqu’alors établie par nous et pour nous à l’encontre du reste du règne du vivant. Si tout se joue économiquement par nature, la Nature souffre d’un traitement économique dématérialisant au sens propre comme au figuré. Jean-Yves Goffi évoquant Walter A. Rosenbaum[1] dit de la wilderness — que nous appelons du vieux terme français guère usité de nos jours la sauvageté. La sauvageté[2] désigne dans notre réflexion tout ce qui est à l’état de sauvage (tout vivant éloigné de la civilisation contemporaine) sans qu’il y soit associées les notions de primitivité ou de brutalité propres à la « sauvagerie ». — de la wilderness disons-nous, qu’elle est couramment accolée à l’idée du romantisme, à d’une forme héroïque et à une « exaltation de l’individualité ». Il est pourtant un tout autre projet de sauvageté que l’on pourrait désirer constituer. Partant que le sauvage en tant qu’étranger à ce qui semble être évolué, raffiné ou encore familier, se retrouve maintenant enfermé dans les (parfois) vastes espaces d’une circonscription géo-zoopolitique qui s’impose à lui, et vit en réserve comme dans une prison, briser la convention de notre péremption symbolique et laisser tomber les dissensions velléitaires des agendas politiciens s’avère une des choses les plus importantes de l’Histoire humaine mais que l’humanité n’a pas encore faite là où en cela elle aussi déchoit, perd sa liberté. Comme le rappelle Stéphane-Hicham Afeissa, « […] l’enfermement de ce qui est sauvage se produit au crépuscule des temps modernes. » (Éthique de l’environnement : Nature, valeur, respect, p.330, Vrin) Lire la suite

LA VIE AYANT DROIT — DÉAMBULATIONS CURIEUSES LE LONG DE TEXTES INTERSPÉCIFIQUES (COLLOQUE ET JUSTICE) — RECUEIL DE TEXTES

LA VIE AYANT DROIT (COLLOQUE ET JUSTICE) — RECUEIL DE TEXTES

 

 

« Il y a donc bien là une urgence pratique et une nécessité « vitale ». »
Frédéric Worms — p.20 in Le moment du vivant.

 

 

Hominem causa omne jus constitutum.
Du juriste romain Hermogénien : « Tout droit est établi en faveur des hommes » (devient) un anachronisme qui perdure obstinément au mépris des sensibilités nouvelles.
p.48 in Tant qu’il y aura des cages.

 

 

« […] le désir de justice et celui d’inconnu. »
p.108 in La condition postmoderne — Jean-François Lyotard

 

   C’est un monde étrange — le monde dans lequel on vit, n’est-ce pas ? Car pour qu’il y ait véritablement monde il faut qu’il y ait vie. La vie comme une récitation du monde, de l’Être. La vie gagnée sur le silence originel comme un déchirement de la matière par autre chose de quasi indicible. D’ailleurs les animaux n’en parlent pas, ils en font une expérience directe, et muette — à nos sens inadaptés — et se contentent de la vivre, leur vie. Car enfin, mais si ça ne dit rien comment cela pourrait-il avoir des droits à soi ces bêtes-là ? ce que défend  Steven M. Wise dans Rattling the Cage en 2000. Et nous, dans l’empressement de possession du tout du monde, il nous est trop peu que de n’en croquer l’usufruit pour un temps, certes bien incertain, mais ça au moins on en est sûr. Le comble ne réside-t-il pas dans ce temps interminable et ces tâtonnements au petit bonheur la chance pour en arriver là au travers des âges, oui là au centre absolu et intersubjectif du monde : à nous ? Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE VIII)

VEGANOSOPHIA 

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   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE VIII)

 

   14) Transhumance :
   Là où l’Être est épuisé pour ces êtres, les étant-vivants ont de tous temps pris la seule décision qui s’impose alors : la migration. C’est proprement du lieu devenu invivable, même s’il le redeviendra peut-être — sans doute — que l’on part chaque fois que cela est nécessaire au survivre. Toutefois, dans un monde sous occupation telle que la Terre porte l’Humanité, il devient extrêmement plus difficile de partir. Partir pour quitter la désolation, au péril de l’isolement, de l’échec. Loin que les animaux non-humains aient encore à effectuer de nouvelles trajectoires quand les flux migratoires séculiers ne sont plus praticables, les hommes eux-aussi ont à s’affranchir des topologies qui sont les leurs. Et comme les animaux qui ne sauraient désormais toujours franchir les espaces pour trouver une herbe plus verte ailleurs, non pas aussi facilement qu’avant car ça n’a jamais été facile, les uns comme les autres, les humains comme les non-humains, doivent faire avec des contraintes de l’ordre de l’insurmontable. Comment pour les uns surpasser les frontières gardées et les montagnes administratives, et pour les autres traverser les océans bitumés, les forêts d’immeubles illuminés et littéralement déroutant que les hommes érigent et étalent ? En revenant sur une autre remarque de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, on veut faire mieux transparaître, rendre manifeste, l’âgon (ἀγών) tel qu’il s’exerce déchirant l’Être. Dans La pensée sauvage, que nous dit Lévi-Strauss sur la Vérité de l’Être et qui ait un impérieux rapport avec notre engagement biopolitique ? Il écrit, en 1962 : « c’est l’herbe en général qui attire l’herbivore.[1] » Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE VII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE VII)

 

   12) Oikoumenê gê — l’usage de l’être (zoopolitique) :
   Comme on vient de le voir, la critique de la mégarde à l’endroit des animaux fait apparaître un maillage historico-économique complexe. Même s’il existe des gens qui prennent gratuitement plaisir à faire du mal à des animaux, la plupart d’entre nous sont amenés à le faire de manière tout à fait machinale — au travail. L’atteinte portée à l’encontre des animaux, pour n’en parler que de façon globale et dépersonnalisée, n’a d’autre but que de satisfaire des intérêts économiques (gains) sous couvert de servir des intérêts primesautiers vitaux. Témoin la pression de lobbies, notamment par la publicité, pour qu’on s’imagine qu’un produit (viande, lait) est absolument nécessaire dans notre alimentation. Et tout est bon pour esquiver le questionnement éthique auquel on oppose la culture, la tradition, la nature, la liberté, tandis que les prédicateurs (vendeurs comme acheteurs) de ces discours ne sont pas libres, pas naturels, exécutent des traditions qui leur échappent, et sont relativement acculturés. Ce phénomène d’acculturation est pourtant normal à une époque où l’on fait plusieurs métiers ou jobs dans sa vie, où on déménage souvent, où on se sépare, on tout est en mouvement, et en soi qu’importe du moment que chacun y trouve son compte mais ça n’est pas tout à fait le cas. C’est d’autant plus parce qu’on n’a plus guère de traditions véritables qu’on défend bec et ongle des us et coutumes soi-disant traditionnels quand bien même forgés de toute artificialité — l’artifice devient la tradition. L’adventice devient la norme. Le désêtre surplombe l’Être. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE VI)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE VI)

 

   11) Hors fuyance — sunecheia et usages biopolitiques :
   Nous arrivons bientôt au terme de ces « premiers échanges » sis en la forme véganosophique. Sous l’impulsion de Giorgio Agamben dont les essais font œuvre cathartique à repenser notre rapport au(x) vivant(s), nous avons réalisé combien un renversement des forces en jeu prime aujourd’hui où notre disponibilité pour le monde est dérivée vers divers expédients qui ont partie liée à l’adventicité sur l’Être et non la mondanéité du monde comme pro-jet ontologique biopolitique. C’est dire que l’acte de penser notre agir au monde tel un seoir artisan (bon démiurge/ donateur) jamais ne se fondant sur de l’archè, et faisant ouvrage à neuf en accord avec l’autre-animal et dans notre intérêt commun n’en est qu’à ses balbutiements et son Dire, à ses prolégomènes.
   C’est là qu’on choisit d’arrêter un moment notre cheminement, intrigués par la dialectique questionnant la nature de l’État et du « pouvoir » chez Agamben, parce que justement l’en-commun qu’on vise ontologiquement s’inscrit dans une forme administrative (appareil) des affaires publiques où se concentrent nos forces et d’où elles s’exercent. Il nous faut, par devoir-être, prévenir tout exercice coercitif de nos forces, tout comme ne pas a-ban-donner la cité (polis) au prétexte historico-traditionnel conservateur ni sombrer dans l’absconse arrière métaphysique (origine/ fonds/ cause première) excluant tout retour du pro-créatif. Que déclare le philosophe italien ? — Il déclare : L’anarchie est ce qui ne devient pensable qu’au moment où nous saisissons et destituons l’anarchie du pouvoir[1].

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VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

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   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE V)

 

   9) Du commencement et de la coexistence :
    Dans ses Essais de Théodicée (GF Flammarion), G. W. Leibniz s’exprime déjà à propos du « devoir-être » humien, en quelque sorte. Car effectivement il y fait le net distingo entre une fausse ontologie vécue et une ontologie métaphysique vers laquelle il incline. Leibniz nous dit qu’« il nous suffit un certain ce que c’est (τί έστι) » là où nous vivons et de la manière irréfléchie dont nous le faisons, avant que de dire que « mais le comment (πώς) nous passe, et ne nous est point nécessaire. » (p.83 in op. cit.) C’est une manière d’évoquer le fameux oubli qui va tant occuper plus tard Martin Heidegger, que nous soyons « jetés-là », oublieux de l’Être. S’il est certain que nombreux sont ceux qui ne peuvent pour diverses raisons pratiques s’interroger sur le « comment » et s’abandonner sans même le savoir à la passivité du « ce que c’est » (sans savoir vraiment ce que c’est que ce « qu’est-ce ? »), il est regrettable que toutes ces cogitations possibles n’aient pas lieu — tant de belles choses non cultivées chez tant de gens. Mais tout s’effondre dans un puits sans fond encore une fois, là où plongea Heidegger à la suite de Leibniz qui tirait la conséquence suivante de l’affairisme quotidien de ses congénères à la subsistance, comme quoi : « Il faut donc chercher la raison de l’existence du monde, qui est l’assemblage entier des choses contingentes, et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence avec elle, et laquelle par conséquent est nécessaire et éternelle. » (p.107) L’erreur ontologique est d’avoir obliqué vers une théologie. Erreur répétée à sa manière par la Science quand elle confond (encore souvent) temporalité(s) et commencement(s) pour tomber sur un écueil à la limite du nihilisme. C’est Emmanuel Kant qui a identifié cette différence fondamentale qui nous aide à sortir de l’ornière onto-théo-logique ancestrale, du causa sui divin. Paul Ricœur y fait référence de la sorte : « Cette distinction entre commencement du monde et commencement dans le monde est essentielle à la notion de commencement pratique prise du point de vue de sa fonction d’intégration. » (p.128 in Soi-même comme un autre. Points Essais) Lire la suite