UN ESSAI DE REFONDATION POLITIQUE EN PHILOSOPHIE ANIMALE — LECTURE DE « UNE ÉTHIQUE ANIMALE POUR LE XXIe SIÈCLE » DE PATRICK LLORED — SUBLIME ZOOANTHROPOÉTHIQUE

UN ESSAI DE REFONDATION POLITIQUE EN PHILOSOPHIE ANIMALE — LECTURE DE « UNE ÉTHIQUE ANIMALE POUR LE XXIe SIÈCLE » DE PATRICK LLORED

 

« Toute rencontre avec l’animal encore plus qu’avec les humains est surgissement de sa vie dans la nôtre, […] »
p.45 in Mort d’un cheval dans les bras de sa mère, Jane Sautière (2018)

 

« […] mais la loi interdisait aux animaux, même dotés du statut de sous-être, d’aller se faire soigner dans un hôpital humain. Quand les sous-êtres tombaient malades, l’Instrumentalité se chargeait d’eux — dans des abattoirs. Il était plus facile de créer de nouveaux sous-êtres que de redonner la santé aux mal-portants. En outre, l’ambiance prévenante et attentive de l’hôpital aurait pu leur donner des idées : celle, par exemple, qu’ils étaient des personnes véritables […] »
p.435 in Les Seigneurs de l’Instrumentalité, Cordwainer Smith

 

« Le véritable amour de la nature, […], consiste en ce que la nature est aimée pour elle-même, c’est-à-dire précisément pour ceux de ses côtés qui n’ont rien d’humain. »
p.299 in Nature et formes de la sympathie, Max Scheller (1923)

 

 

 

 
Pour le bien de tout vivant !
 
     Dans son livre Ce que les bêtes nous apprennent de la politique, Brian Massumi écrit que […] la vie vit sa propre abstraction — le moindre de ses gestes étant une spéculation pragmatique sur la nature en train de se faire[1]. C’est cette abstraction qui fabrique a fortiori comme a posteriori une communauté de destin du vivant et à plus forte raison lorsque ce phénomène est incarné par un sujet[2] (un animal) et s’éprouve de quelque façon que ce soit au contact du monde, autrement dit contre les autres du monde, en s’appuyant sur eux autant qu’en devant parfois chercher à les éviter. Il s’agit plus en réalité d’un devenir par destination que par nature, puisque tout est dû au hasard et n’est jamais prémédité, à l’exception de l’entrée en jeu de la politique (pólis, πόλις) — la communauté de citoyens (humains jusqu’à présent) libres et autonomes formant une structure sociale capable de formuler par avance, c’est-à-dire de répondre à un désir commun de vivre, pour la construire ensemble, la cité idéale offrant à chacun la possibilité de s’émanciper et de s’épanouir en s’enrichissant auprès des autres et réciproquement. C’est en tout cas, des Antiques aux Lumières jusqu’à nos démocraties contemporaines, pour ce qu’elles parviennent à valoir, le projet que toutes les sociétés ont mené à leur manière avec plus ou moins de succès. Cette construction toujours à parfaire doit de toute évidence sa longévité, si l’on exclue de notre propos les injustices entre les humains, à la domination et à l’exploitation de sous-êtres auxquels on aura soutiré le plus souvent d’abord leur force vitale puis carrément leur propre vie. C’est donc contre les intérêts à vivre de ces sous-êtres que sont les animaux sous l’égide humaine, que nous humains sommes parvenus à maintenir les nôtres jusqu’à présent. Cela dit les temps changent et s’immisce peu à peu dans les consciences et dans le champ politique (politikos), l’idée que les animaux ne sont pas des choses dont on peut disposer, mais des êtres à part entière qui participent, plus prou que peu, à l’équilibre précaire de cette pragmatique spéculation qu’est cette abstraction pure : la vie. Cette vie qu’on voit disparaître par pans entiers à cause de notre industrieuse action sur le monde, au risque d’en pâtir nous-mêmes[3].

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VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE VI)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE VI)

 

   4) Entre la perte et l’appropriation — étrangèretés
   Nous avons vu que chaque être vivant est sa propre fin qui est sa préservation et la reconduction de son essence (principe) — sa vitalité — au-delà de lui-même via la reproduction. C’est que ce que dit François Jacob en rejetant toute idée de téléonomie en 1970 dans La logique du vivant. Une histoire de l’hérédité : « L’être vivant représente bien l’exécution d’un dessein, mais qu’aucune intelligence n’a conçu. Il tend vers un but, mais qu’aucune volonté n’a choisi. » (p.10) Ce but c’est l’être vivant lui-même. Il ne faut comprendre cette notion que dans le sens de celle de fonction (fx). C’est de modalité dont il est question. On peut dire que, biontiquement parlant, l’étant-vivant en soi n’est que son propre commentaire et c’est pourquoi Hegel dans son Esthétique y voit un mystère, parce qu’il aurait voulu qu’il y eût autre chose. Or, il n’y a rien que sinon de l’Être, et cela en face de sa propre singularité n’appelle pas un « pourquoi ? ». Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon (suite)
   Ce qui est le plus étrange, nous le disions la dernière fois, c’est l’incapacité — d’un point de vue général (ici volontairement simplifié) — des humains à confondre croire savoir et savoir. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE III)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE III)

 

2) Souveraineté du vivant (suite)
   Comme on l’a vu, c’est la neutralité du fait biologique qui ouvre le champ libre à la recherche ontologique et biontique. Henri Laborit a raison lorsqu’il avance que nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé […] pour maintenir notre structure biologique[1] ; à cela s’ajoute cependant la possibilité pour les êtres conscients, dans certaines mesures (degrés de sentience-conscience), d’être en contemplation devant le monde et de s’y projeter en tant que subjectivités investigatrices. On peut même, au sens large, dire que cette « fonction de recherche » est commune à l’ensemble des formes de vies ou presque, du blob au protozoaire, du termite au Chimpanzé. Bien entendu, ça ne signifie pas que tous les êtres vivants sont en capacité d’explorer le monde comme le font les êtres humains en ayant « de l’esprit ». Chaque recherche s’effectue selon les besoins propres de l’espèce puis de l’individu. Bien sûr nous généralisons et n’avons pas la prétention, ni la possibilité, d’être exhaustifs ni de chercher les exceptions, confirmant la règle ou non. Bref ; nous sommes à présent toutefois certains d’une chose : le vivant est souverain en ce monde et il est peu probable que l’Homme puisse l’annihiler complètement. L’Homme est un des dangers actuels du vivant — de la vie — contre soi-même, autrement dit contre une grande partie de ses représentants les étant-vivants. La poétique doublée de l’éthique, vient à notre aide pour mieux comprendre l’autre-en-vie qui vient face à moi, car « […] il relève de la logique (non téléologique) de l’évolution et de la « combinatoire » du biomorphisme que nous comprenions intuitivement d’autres espèces qui nous sont apparentées […] » comme l’écrit Anne Simon (Zoopoétique, RSH n°328 « La zoopoétique, une approche émergente : le cas du roman », p.77). C’est à l’intérieur de la zoopoéthique que des êtres qui diffèrent en espèces parviennent à se comprendre dans les grandes lignes, au-delà même, fréquemment, de l’apparentage. Ce que nous voyons à travers elle, c’est possiblement ce que mentionne l’anthropologue Philippe Descola lorsqu’il écrit au sujet de l’animalisme qu’une phase de recomposition ontologique a peut-être débuté[2]. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

 

   2) Souveraineté du vivant
   Nous avons la dernière fois terminé provisoirement le propos avec Jacques Derrida. Nous avons proposé, dans la continuité d’une idée déjà évoquée sur ce blog auparavant, d’étendre notre considération morale aux animaux à l’instar du cynosarges (Κυνόσαργες, Kynósarges) à l’époque de Diogène Laërce (début du IIIe siècle). Le cynosarges était un gymnase qui accueillait les demi-citoyens. À cette époque les demi-citoyens étaient les personnes issues d’unions dont l’un des parents n’était pas citoyen de la ville. On pense alors, évidemment, au travail de Sue Donaldson et Will Kymlicka : l’essai Zoopolis (2011). Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

 

 

   1) Le dieu-animal des bêtes
   La question leibnizienne — la question de toutes les questions en réalité — renvoie son insignifié au signifiant de parole qui la contresigne. Puisque dans l’Être n’est pas donné de signataire, de volonté de puissance mais juste un pouvoir-être silencieux, c’est à l’Homme (l’orateur de l’Être) de répondre à « pourquoi y a-t-il de l’Être plutôt que sinon rien ? » où de facto l’Homme devient […] (qui ? quoi ? …surtout comment ?). C’est le « rôle » endossé par le Dasein (Das Sein) heideggerien faisant suite au Das Seyn shelllingien. C’est aussi là où apparaissent les entités créatrices dans toutes les mythologies du monde, et ce jusqu’à réaliser le tour de force de se transformer en dogmes historico-performatifs ayant pouvoir de faire régner, monothéologiquement, [Dieu]. Ainsi, l’Homme choisit-il de s’effacer pour n’avoir pas à répondre de tous ses choix face aux autres créatures du monde. Car l’évidence existentielle ou phénoménologique, bien entendu, est partagée, peu ou prou différemment, par moult créatures, pléthore d’animaux avec qui nous, êtres humains, sommes au monde et faisons tous des expériences subjectives et y ayant des représentations de ce monde. La vie est stratifiée. Et ces autres demi-dieux[1] que sont les bêtes (ces êtres eux aussi néguentropiques[2]), sont-ils bientôt des dieux vaincus que l’on fait renaître pour les tuer à l’infini. C’est le procès mécanisé de l’entremangerie du monde, où l’abject technicien (ou zootechnique) écrase la simple prédation. Thomas Hobbes aurait-il pu entrevoir de quelle manière l’espèce humaine allait réifier les animaux dont, très notablement, ses cousins mammifères les plus dociles ? Probablement pas. Mais puisque l’Homme refuse d’assumer ses responsabilités grâce au décorum de la tradition et des rites sacrificiels, le voilà exécutant d’un prescripteur imaginaire ou du moins fantasmé, afin d’apaiser sa conscience. Il prend la place d’intermédiaire tout en jouant au tout-puissant, tel un apprenti-sorcier. Cette une position somme toute assez confortable. L’Homme, maître et possesseur de la Terre et des animaux tel que le voyait René Descartes, s’arroge tous les droits sans en octroyer aux autres et dans le même temps se place en tant que victime, comme un gardien de phare exilé sur une île contre son gré et qui devrait malgré tout assurer l’intendance générale et le « sale boulot ». Dans son séminaire La bête et le souverain, Jacques Derrida se basant sur les écrits de Hobbes à propos de Caligula, disait qu’ […] il y a des dieux et il y a des bêtes, il y a, il n’y a que du théo-zoologique, et dans le théo-anthropo-zoologique, l’homme est coincé, évanescent, disparaissant, tout au plus une simple médiation, un trait d’union entre le souverain et la bête, entre Dieu et le bétail […][3]. C’est la position victimaire par excellence qui sert d’alibi à tous les excès de comportements vis-à-vis des autres agents de la zôé. De la sorte, le bourreau se vit avant tout comme ce martyre dont il expurge la déchéance originelle, passant de bouc-émissaire à animal privilégié, pardonné d’avance, avec l’accord de [Dieu] dans sa grande mansuétude. La bête, en affaire de religion et de traditions, a toujours bon dos. Pas étonnant alors, que l’exercice du pouvoir absolu, du pouvoir d’État, soit un Léviathan. Alors l’Homme, cet « animal vivant politique » se figure son propre pouvoir comme progéniture erronée de la Nature, une émanation dangereuse : […] c’est aussi dans la forme sans forme de la monstruosité animale, dans la figure sans figure d’une monstruosité mythologique, fabuleuse ou non naturelle, d’une monstruosité artificielle de l’animal qu’on a souvent représenté l’essence du politique, en particulier de l’État et de la souveraineté[4]. L’État, entité souveraine incarnée par un humain élu — et donc dépassé par l’ampleur de la souveraineté, de son territoire et ses habitants — est une construction artificielle mimétique issue de structures naturelles (pour appeler ainsi des constructions transmises géné-somatiquement) ayant pour fonction le maintien de l’espèce quelle qu’elle soit. Pour autant, l’État comme prothèse de l’espèce, s’avère une athèle disproportionnée et souvent handicapante. Chez Freud, rappelle Derrida dans La bête et le souverain, l’Homme est justement un « dieu prothétique » […] et il y a même des États animaux, mais nous, les hommes, nous n’y serions pas heureux, dit en somme Freud. Pourquoi ? L’hypothèse qu’il laisse suspendue, c’est que ces États sont arrêtés dans leur histoire[5]. Il y a vraiment de quoi relativiser au XXIème siècle, le postmodernisme lui-même étant absorbé par un système sclérosé. L’Histoire de l’Humanité ? Allez savoir. En attendant, dans les fastes comme dans la misère, l’expansion économique et la concurrence modialisée ont érigé une esthétique macabre dont beaucoup se plaignent sans parvenir tout à fait ni à sortir de ce cercle vicieux systémique ni à le changer carrément. La sentence heideggerienne qui dit qu’est beau ce qui plaît et doit plaire à la puissance essentielle de la bête de proie humaine […][6], demeure exacte. Lire la suite

CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ — MÉCHANT VRAI FAUX SYMPA MAIS PAS TROP […]

CH’TI BILOUTE NOUS PREND POUR DES COURGES — AUTOUR DE « LA CAUSE VÉGANE. UN NOUVEL INTÉGRISME ? » DE FRÉDÉRIC DENHEZ
« Mais quand on y songe c’est stupéfiant comme l’esprit humain peut s’épanouir à l’ombre de l’abattoir ! Comment — pour ne point parler de toute poésie — pas assez loin des parcs à bestiaux pour échapper tout à fait au relent de la gargote de demain, des gens peuvent vivre dans des caves la vie des vieux alchimistes de Prague ! »
p.167 in Au-dessus du volcan, Malcolm Lowry (1947)
« Il aura fallu des siècles de lutte pour obtenir la grâce d’un abattage rationnel. Mais rien ne prouve que nous n’améliorerons pas notre position dans les siècles à venir. »« Mangez, ceci est mon jambonet voici mes tripes et buvez mon boudin avant qu’il coagule. »
p.86 & p.93 in Stratégie pour deux jambons, Raymond Cousse (1978)
« Le droit à la révolte est intangible. À chaque obstacle qui entrave la vie, il faut y recourir. Révolte ! crie le papillon rompant le cocon qui l’emprisonne. Révolte ! crie le nouveau-né en déchirant les entrailles maternelles. Révolte ! clame enfin le peuple soulevé pour écraser tyrans et exploiteurs. La révolte, c’est la vie ; et la soumission, c’est la mort. »
(d’après Ricardo Flores Magón, revue Regeneración, 1910) p.345 in Désirer Désobéir. Ce qui nous soulève, 1, Georges Didi-Huberman (2019)
   On vous l’avait promis dans un post Facebook : on n’allait s’adonner début 2020 à un pur acte masochiste — faire offrande de nos êtres et nos âmes quoi — de manière totalement désintéressée, gracieusement, comme qui dirait pour faire avancer la science, en lisant et commentant le bouquin de Frédéric Denhez intitulé La cause végane. Un nouvel intégrisme ? paru le 3 octobre dernier. On voulait savoir si son auteur était sorti de sa période pataphysique qui lui avait valu des réactions hostiles sur la toile de la part des véganes, soucieux-ses de donner une si belle image de mouvement de libération animale… D’emblée vous présenter nos excuses pour ce retard par rapport à la sortie du bidule — excuses aussi à F. Denhez, notre accès à la littérature en général s’étant amoindri, il faudra apprendre à patienter pour lire nos si fabuleux articles, nos merveilleuses chroniques, nos billets d’humeurs terribles qui vous font craquer, ruminer, rugir, et autres verbes du troisième groupe, voire faire de la délation… bref. En parlant de troisième, Denhez étant le tierce-larron de la tribune écrite avec la Grande Porcher et notre ami Paulo, on ne pouvait ignorer ses travaux. Alors les végétos ? Vous voulez savoir à quelle sauce piquante ce chroniqueur TV, web, radio, conférencier et animateur de débats vous a cuisiné-e-s ? Suivez-nous, et avec Denhez, apprenez-en plus sur vous-mêmes et votre dangereuse doctrine ! Lire la suite

« HABITER LE TROUBLE AVEC DONNA HARAWAY (COLLECTIF) » — UNE LECTURE DE L’INCERTITUDE DE PRINCIPE COMME ALIBI À L’INACTION

« HABITER LE TROUBLE AVEC DONNA HARAWAY (COLLECTIF) » — DE L’INCERTITUDE À L’INACTION

 

 

« Nous ne pouvons fonctionner en tant qu’acteurs humains que si nous avons une idée de là où nous devons aller et de ce qui constitue une vie bonne et riche de sens. »
(Charles Taylor) cité p.69 in Aliénation et accélération, Harmut Rosa

 

 

« Les humains ont envahi le monde, construit des routes, abattu des forêts, massacré les autres bêtes. Bientôt nous les verrons aussi prendre possession de nos falaises avec leurs fusils et leurs visages pâles. Ils se sont approprié l’une après l’autre toutes ces choses qui rendaient ce monde agréable, et ils ne s’arrêtent jamais, ils courent, ils courent sans cesse de-ci de-là, on pourrait croire qu’ils se sentent poursuivis. Qui peut savoir pourquoi ils s’acharnent à tant courir ? Comme s’ils cherchaient à ne pas se laisser rejoindre par la mort. »
pp.126-127 in « Les aigles » dans Bestiaire magique, Dino Buzzati (1951)

 

 

« La Terre est pleine de réfugiés sans refuges, humains ou pas. »
(Donna Haraway) citée p.55 in « Des cyborgs au Chtulucène », Florence Caeymaex

 

 

 

   La première fois que nous avons entendu parler de Donna Haraway, c’était en juin 2015 par le philosophe Patrick Llored lors qu’une journée organisée par Lucille Peget. L’enseignant, en fidèle derridien, avait alors vanté le travail de déconstruction intellectuelle et pratique (entre exis et praxis) mis en œuvre, dans tous les sens du terme, par Donna Haraway. Pour lui, l’éthique développée par la biologiste se situait sur un autre plan que le seul antispécisme, Haraway posant des questions primordiales sur le propre de l’humain et à même de destituer ce dernier du piédestal qu’il s’est jusqu’ici fabriqué et consacré. Ce que nous avons en commun avec les animaux, dans la zoo-socio-philosophie d’Haraway, doit nous amener à nous recentrer sur ce qui accorde au monde la diversité, de la même façon que le concept « SF » de cyborg aura pu ravir au machisme une pensée pour l’autre-[qu’]humain dans l’espace et le temps et éclairer d’une manière nouvelle la pensée féministe des années 1980. On notait à peu près à la même époque  (2015) ce que le philosophe écrivait de Donna Haraway dans un texte publié dans la revue Histoire de la recherche contemporaine (tome IV, p.53, 2015), comme quoi cette autrice déplace toute la réflexion par le biais d’une hétéronomie radicale qui subvertit l’opposition métaphysique qui guide encore en profondeur notre concept de l’animalité (nature ≠ culture). Il semble assez évident que Donna Haraway produit quelque chose de majeur propre à déstabiliser les intelligentsias (même celles ayant, comme chez Paul Ariès, l’air d’être en marge des habitus les plus ancrés), et qu’une partie du milieu universitaire, de par le monde, salue Haraway et son « travail » tel un futur antérieur (et) présentifié. Ainsi de Aurélie Choné et Catherine Repussard dans la revue des Recherches germaniques (hors-série n°10, 2015) pour qui Within the scholarly field of Human-Animal-Studies, it is probably Donna Haraway who is the most influential advocate of a posthumanist stance (p.89). Un post-humanisme qui ne cherche pas à tout crin à technologiser le monde et ses êtres, mais bien plutôt à se réinventer humain-e-s (voire : humanimales). Si les idées de départ et ensuite, chez Haraway, sont toujours séduisantes, nous voulons ici dire pourquoi, quant à la question animale qui nous intéresse, elles nous paraissent dans l’accueil et le traitement réflexif et pratico-pratique qui en sont faits par ses épigones (de Isabelle Stengers à Vinciane Despret et tout un courant de penseur-ses passionant-e-s par ailleurs), tout à fait inadéquates et sans conséquences positives — donc assez consensuelles et conservatrices, et inutiles — pour la cause des animaux. Nous sommes certain-e-s d’avoir été trouble-é-s certes, mais pas pour les bonnes raisons.

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ABSORPTIONS TRANSITIVES — DÉAMBULATIONS TEXTUELLES AVEC MONDHER KILANI & MARC CRÉPON — DEUX ESSAIS SUR CE QUI DÉVORE LE MONDE

MONDHER KILANI & MARC CRÉPON — DEUX ESSAIS SUR CE QUI DÉVORE LE MONDE

 

« Whitehead a dit justement qu’une loi commence par être une hypothèse et qu’elle finit par devenir un fait. »
p.145 in Critique de la raison dialectique — Jean-Paul Sartre (1960)

 

« (des Stoïciens) Particulièrement l’animal n’est pas autant que l’homme, tout au moins, lié au feu cosmique, au pur technikon, à ce feu artisan qui découpe toutes les choses, qui les assemble et qui leur donne une signification. »
p.57 in Deux leçons sur l’animal et l’homme — Gilbert Simondon (2004)

 

« La guerre industrielle exige, pour être conduite avec succès, des armées nombreuses qu’elle puisse entasser dans le même lieu et décimer largement. »
p.70 in Manuscrits de 1844 — Karl Marx

 

« — Tu vois un bœuf dans la pampa… — Dans la pampa c’est obligé ? — N’importe où. Tu le tues. Tu le manges cru. Tout le monde te montrera du doigt : barbare ! Sauvage ! Bon, maintenant, tu prends le bœuf, tu le tues, tu le coupes en morceaux avec art, tu le rôtis, tu l’assaisonnes avec du chimichurri. C’est de la culture. Le camouflage du cannibalisme. L’artifice du cannibalisme. »
In Histoire de politique fiction de Manuel Vázquez Montalbán (1990) cité par Mondher Kilani

 

 

   Complétant l’excellente lecture de L’humanité carnivore de Florence Burgat (2017), sont parus cette année deux essais dont il nous fallait vous signaler l’existence, en ce que l’œuvre de déconstruction du couple cannibalisme-carnisme ne s’achève pas forcément avec la philosophe ou bien chez Carol J. Adams ou Jacques Derrida et ses disciples antispécistes comme Patrick Llored. Il semble bien que cette antienne (le dévorement divin du cosmos intimement lié à son enfantement, le « fantasme cannibalique »[1]) soit au fondement le plus originaire qui soit de toute métaphysique, mais aussi probablement et plus littéralement, du monde physique (et ses interprétations mythologiques) au sein duquel tout est absorption, mérycisme ou excréta, humus et ainsi de suite — ou presque : qu’on songe à Lavoisier puis à la seconde loi de la thermodynamique[2].
   Les choses sont aussi plus complexes qu’il n’y paraît.

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AH BEN VOILA ENFIN UN GUIDE QU’IL EST FUTÉ ! — SUR « CRUELTY FREE. LE GUIDE POUR UNE VIE 100% VÉGANE » DE LAURENCE HARANG & CO

UN GUIDE FUTÉ — « CRUELTY FREE. LE GUIDE POUR UNE VIE 100% VÉGANE » DE LAURENCE HARANG & CO

 

 

« Don’t be cruel to a heart that’s true »*
Don’t be cruel, Elvis Presley, 1956

 

« Ce n’est pas une mode, mais un mouvement de contestation qui refuse l’exploitation des animaux. »
p.63 in Cruelty Free, le guide pour une vie 100% végane

 

« Pour le plaisir […] de nourrir la croyance en notre supériorité ontologique. »
Enrique Utria à propos de tuer les animaux, p.42 in « La viande heureuse et les cervelles miséricordieuses » dans Souffrances animales et traditions humaines. Rompre le silence (collectif)

 

 

   Force est de constater qu’à présent se dessine deux clans bien distincts au sein de l’espèce humaine : les véganes et les anti-véganes.
   Si les premiers font tout ce qu’ils peuvent pour promouvoir une éthique de la bienveillance excluant toute forme d’exploitation animale, tâchant de décentrer les hommes de leur anthropocentrisme au bénéfice d’un biocentrisme dont ils sont partie intégrante et où donc leurs intérêts vitaux seraient pris en compte autant que ceux des autres êtres vivants, les seconds, à l’idée qu’on les empêche de manger leur steak ou de suçoter de la pince de crabe, sont bel et bien partis en croisade contre l’animalisme de manière générale, témoin les libres penseurs, les philosophes (eeeh oui… où va le monde ?), les professionnels de toutes sortes rivalisant d’imagination et de mauvaise foi mêlées pour contrer l’avancée de la cause animale et que n’advienne jamais la libération animale. Alors si pléthore de bouquins en faveur du véganisme voient le jour et s’ils disent tous à peu près la même chose, il faut se féliciter de ces initiatives, parce que chacun avec sa touche, son état d’esprit, son style, trouvera, non seulement parmi le public de la véganie mais plus encore chez les non-véganes (qui ne sont pas tous de vrais « anti »), à qui faire savoir ou en faire savoir un peu plus sur les motivations et les enjeux de cette éthique considérable à plus d’un titre. C’est le cas de Cruelty Free, le guide pour une vie 100% végane paru chez Hachette en février. Voici un bel ouvrage à mettre entre de jeunes mains mais pas seulement, à l’initiative de la philosophe Laurence Harang, avec une jolie préface de la multirécidiviste en la matière, nous avons nommée : Brigitte Gothière de L214, qui très justement en dit que c’est un livre « à la fois philosophique et pratique [qui] accompagne la construction d’un monde plus juste. » Un livre qui parle de philo donc, de droit, de cuisine, de non-violence, de l’encyclique du Pape, de sport, de l’Aphelocoma Californica, de l’ALF, d’écotourisme, de cosmétiques, d’éducation, de labels, de… Lire la suite