VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE III)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE III)

 

   4) Animal rationale ? — Diplomatie dans la lumière de l’Être
   Dans une thèse explorant la brève ouverture de la philosophie du jeune Heidegger pour un mode existential des animaux, Christiane Bailey montre qu’il y a bien eu, avant le re-jet du zoon hors du Dasein (de l’être-là devenant rapidement exclusivement humain) une modalité propre — originaire — appartenant (ou ici allouée) aux animaux, formant donc ontico-ontologiquement famille avec l’humanité. Et comme le dit fort bien Juan-Manuel Garrido dans une autre thèse : « […] c’est l’animalité de l’être — l’être se libérant de l’être — ce qu’il faut essayer de comprendre si l’on veut vraiment libérer l’essence de l’homme de l’humanisme métaphysique. » On comprend bien que le darwinisme et l’éthologie contemporaine achèvent de donner raison à cette position : que l’être comme ce quoi se donnant à soi-même n’est pas un privilège humain, mais est bel et bien disséminé dans le monde que nous partageons avec ces êtres dans la différence ontologique s’effaçant immédiatement au profit de la corporéité (ipséité biontique). Heidegger, en privant les animaux de monde(s), les a virtuellement coupés de l’espèce humaine à sa manière et à la suite de Descartes, et même si pour des raisons différentes, donnant quelque part l’illusion d’une sorte d’immunité spécifiquement humaine — « étrangisant » l’humain de l’animal, jetant le bioç hors de l’exis — ou bien ex-communiant l’humain du monde des vivants et le pro-jetant vers un autre état plus singulier (solus ipse)[1].
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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE II)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE II)

 

   3) Secundum species suas : antispécisme et hyperéthique
   Selon Gil Bartholeyns, qui parle alors depuis la crise sanitaire en cours, ses causes et ses conséquences, il convient dans l’optique d’un partage des communs planétaires avec les étant-vivants, de penser l’alterité animale dans le cadre de l’hétérobiose, où vivre ensemble est être forts de nos différences, où la zoodiversité est garante de la pérennité même de la vie. Cette disposition d’esprit ne s’oppose pas à la mise en place de droits fondamentaux pour les animaux. Plutôt vise-t-elle à définir le biosystème comme suffisamment parfait en résilience et comme l’espace idéal d’épanouissement des animaux. Un certain antispécisme classique arguera que comme ce sont les individus qui comptent il faut s’occuper de chacun pour lui assurer une vie heureuse, et donc d’employer l’utilitarisme pour mesurer la souffrance et la faire diminuer, voire disparaître.
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VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE I)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 
VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (PARTIE I)
 
 
   1) Le différend de la différence : Wirklichkeit
   Pour le grand public dont nous sommes, que nous importe en définitive si c’est le pangolin, la chauve-souris ou Winnie l’ourson qui aura été le vecteur originel du Covid-19. La découverte de la cause précise de ce nouvel épisode viral épidémique puis pandémique — on dit alors : zoonotique car il provient du milieu animal — intéresse les scientifiques dans le but que ceci ne se reproduise plus, mais la véritable question de cette crise anthropologique en rapport au biosystème est bien plus vaste que ce simple épisode dont, nous aurions dû collectivement le savoir dès son commencement, nous n’allions pas nous débarrasser en quelques mois seulement.
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VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon (suite)
   Ce qui est le plus étrange, nous le disions la dernière fois, c’est l’incapacité — d’un point de vue général (ici volontairement simplifié) — des humains à confondre croire savoir et savoir. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE I)

 

 

   1) Le dieu-animal des bêtes
   La question leibnizienne — la question de toutes les questions en réalité — renvoie son insignifié au signifiant de parole qui la contresigne. Puisque dans l’Être n’est pas donné de signataire, de volonté de puissance mais juste un pouvoir-être silencieux, c’est à l’Homme (l’orateur de l’Être) de répondre à « pourquoi y a-t-il de l’Être plutôt que sinon rien ? » où de facto l’Homme devient […] (qui ? quoi ? …surtout comment ?). C’est le « rôle » endossé par le Dasein (Das Sein) heideggerien faisant suite au Das Seyn shelllingien. C’est aussi là où apparaissent les entités créatrices dans toutes les mythologies du monde, et ce jusqu’à réaliser le tour de force de se transformer en dogmes historico-performatifs ayant pouvoir de faire régner, monothéologiquement, [Dieu]. Ainsi, l’Homme choisit-il de s’effacer pour n’avoir pas à répondre de tous ses choix face aux autres créatures du monde. Car l’évidence existentielle ou phénoménologique, bien entendu, est partagée, peu ou prou différemment, par moult créatures, pléthore d’animaux avec qui nous, êtres humains, sommes au monde et faisons tous des expériences subjectives et y ayant des représentations de ce monde. La vie est stratifiée. Et ces autres demi-dieux[1] que sont les bêtes (ces êtres eux aussi néguentropiques[2]), sont-ils bientôt des dieux vaincus que l’on fait renaître pour les tuer à l’infini. C’est le procès mécanisé de l’entremangerie du monde, où l’abject technicien (ou zootechnique) écrase la simple prédation. Thomas Hobbes aurait-il pu entrevoir de quelle manière l’espèce humaine allait réifier les animaux dont, très notablement, ses cousins mammifères les plus dociles ? Probablement pas. Mais puisque l’Homme refuse d’assumer ses responsabilités grâce au décorum de la tradition et des rites sacrificiels, le voilà exécutant d’un prescripteur imaginaire ou du moins fantasmé, afin d’apaiser sa conscience. Il prend la place d’intermédiaire tout en jouant au tout-puissant, tel un apprenti-sorcier. Cette une position somme toute assez confortable. L’Homme, maître et possesseur de la Terre et des animaux tel que le voyait René Descartes, s’arroge tous les droits sans en octroyer aux autres et dans le même temps se place en tant que victime, comme un gardien de phare exilé sur une île contre son gré et qui devrait malgré tout assurer l’intendance générale et le « sale boulot ». Dans son séminaire La bête et le souverain, Jacques Derrida se basant sur les écrits de Hobbes à propos de Caligula, disait qu’ […] il y a des dieux et il y a des bêtes, il y a, il n’y a que du théo-zoologique, et dans le théo-anthropo-zoologique, l’homme est coincé, évanescent, disparaissant, tout au plus une simple médiation, un trait d’union entre le souverain et la bête, entre Dieu et le bétail […][3]. C’est la position victimaire par excellence qui sert d’alibi à tous les excès de comportements vis-à-vis des autres agents de la zôé. De la sorte, le bourreau se vit avant tout comme ce martyre dont il expurge la déchéance originelle, passant de bouc-émissaire à animal privilégié, pardonné d’avance, avec l’accord de [Dieu] dans sa grande mansuétude. La bête, en affaire de religion et de traditions, a toujours bon dos. Pas étonnant alors, que l’exercice du pouvoir absolu, du pouvoir d’État, soit un Léviathan. Alors l’Homme, cet « animal vivant politique » se figure son propre pouvoir comme progéniture erronée de la Nature, une émanation dangereuse : […] c’est aussi dans la forme sans forme de la monstruosité animale, dans la figure sans figure d’une monstruosité mythologique, fabuleuse ou non naturelle, d’une monstruosité artificielle de l’animal qu’on a souvent représenté l’essence du politique, en particulier de l’État et de la souveraineté[4]. L’État, entité souveraine incarnée par un humain élu — et donc dépassé par l’ampleur de la souveraineté, de son territoire et ses habitants — est une construction artificielle mimétique issue de structures naturelles (pour appeler ainsi des constructions transmises géné-somatiquement) ayant pour fonction le maintien de l’espèce quelle qu’elle soit. Pour autant, l’État comme prothèse de l’espèce, s’avère une athèle disproportionnée et souvent handicapante. Chez Freud, rappelle Derrida dans La bête et le souverain, l’Homme est justement un « dieu prothétique » […] et il y a même des États animaux, mais nous, les hommes, nous n’y serions pas heureux, dit en somme Freud. Pourquoi ? L’hypothèse qu’il laisse suspendue, c’est que ces États sont arrêtés dans leur histoire[5]. Il y a vraiment de quoi relativiser au XXIème siècle, le postmodernisme lui-même étant absorbé par un système sclérosé. L’Histoire de l’Humanité ? Allez savoir. En attendant, dans les fastes comme dans la misère, l’expansion économique et la concurrence modialisée ont érigé une esthétique macabre dont beaucoup se plaignent sans parvenir tout à fait ni à sortir de ce cercle vicieux systémique ni à le changer carrément. La sentence heideggerienne qui dit qu’est beau ce qui plaît et doit plaire à la puissance essentielle de la bête de proie humaine […][6], demeure exacte. Lire la suite

« PHILOSOPHIE ET ANIMALISME » : UN NOUVEAU PLÉONASME — UNE INTERVIEW DE FLORENCE BURGAT

— UNE INTERVIEW DE FLORENCE BURGAT —

 

 

 

« Peut-être plus nettement que dans les amitiés humaines qui finissent par s’expliquer, avec les animaux, le fait brut, nu, sans raison, s’impose : on s’aime. »
in Vivre avec un inconnu. Miettes philosophiques sur les chats — Florence Burgat (2016)

 

 

 

   Pour le numéro d’été de la revue Alternatives Végétariennes de l’Association Végétarienne de France, la philosophe Florence Burgat, Directrice de recherche à l’INRA, Directrice de séminaire à l’EHESS et membre des Archives Husserl, a très aimablement accepté de répondre à quelques questions que nous voulions lui poser. C’était à l’occasion de la sortie de son livre Être le bien d’un autre et de sa préface à un petit recueil de textes de Gandhi à propos du végétarisme, mais c’était surtout pour nous l’opportunité d’interroger une figure très engagée dans la cause animale depuis plus de deux décennies, et dont la pensée est une des plus aiguisées et élégantes. On veut dire par là que Florence Burgat a produit dans son œuvre un véritable phénomène philosophique et littéraire propre à nous permettre à tout-te-s l’expérience procuratoire de suspendre (épochè) un temps notre vécu spécifiquement humain afin d’être à la place d’autres animaux que nous-mêmes, et de comprendre — autrement dit : de prendre avec soi — la condition animale comme l’objet d’une véritable incarnation (subjectivité) chaque fois en tant que pars pro toto de ce qu’est vivre et peu importe sous quelle forme cette expérience vécue (erlebnis) a lieu, pourvu que son individuation se poursuive telle qu’elle s’autodéfinit — contre l’anéantissement animal auquel se livre l’insatiable humanité.

 

   Voici donc notre échange privilégié avec la philosophe, paru en juillet dans le N°132 d’Alternatives Végétariennes. Et nous dirions après elle et Montaigne que philosopher est apprendre l’étonnement du vivre.
   Bonne lecture ;
   K&M

 

 

Florence Burgat, qu’est-ce qui est venu en premier chez vous, l’amour de la sagesse ou celle des animaux ?
Enfant, j’étais, attirée, voire fascinée par les animaux : leur mystère, leur beauté, le fait que nous ne puissions les comprendre que de manière oblique… La mort ou la mise à mort d’animaux, dont j’ai pu être la spectatrice involontaire, parfois forcée, me sont d’emblée apparues comme des évènements tragiques — ce qu’est la mort elle-même, cette fin de tous les possibles, cette immobilité définitive. Je ne l’ai jamais vue comme une chose « naturelle ». Mais ce n’est que bien plus tard, alors que j’étais déjà étudiante en philosophie depuis plusieurs années, que la réalité de la condition animale, par le prisme de celle des animaux destinés à la boucherie, m’est apparue. Ce sont des images d’abattage d’un bovin, vues par hasard, qui sont à l’origine d’une réorientation de mes thèmes de recherche. Je ne revendiquerai pas la définition d’amour de la sagesse pour la philosophie, qui convient mieux à une partie de la philosophie antique comme mode de vie. La philosophie, telle qu’elle est déjà définie par Aristote, c’est l’étonnement. Vladimir Jankélévitch écrit que « philosopher, c’est se comporter à l’égard du monde comme si rien n’allait de soi ». C’est cet étonnement que j’ai appliqué à l’évidence, qui passe pour telle, du « fait carnivore ». Lire la suite

TRAJECTIONS — COMMENTAIRES À L’ESSAI « DES ANIMAUX SUR LA TERRE » DE CÉDRIC STOLZ — UN LIVRE ANIMALISTE FONDAMENTAL POUR LE DEVENIR HUMAIN

COMMENTAIRES À L’ESSAI « DES ANIMAUX SUR LA TERRE » DE CÉDRIC STOLZ — UN LIVRE ANIMALISTE FONDAMENTAL POUR LE DEVENIR HUMAIN

 

 

« […] les vraies questions éthiques sont un genre de questions pratiques, et les questions pratiques ne comprennent pas seulement des valuations, mais aussi un mélange complexe de croyances philosophiques, religieuses et factuelles. »
p.117 in L’Ethique sans l’Ontologie — Hilary Putnam

 

« Un droit naturel est inaliénable ; il précède l’état social, ne doit rien aux acquis historiques ou politiques. » […] « Dans la perspective du droit naturel, c’est bien d’ontologie qu’il est question. »
p.53 & p.55 in Le Droit animalier — Jean-Pierre Marguénaud, Florence Burgat, Jacques Leroy

 

« Y’a-t-il quelque chose de plus dégoûtant que la sentimentalité envers les plantes et les animaux, de la part d’une créature qui, dès l’origine, a vécu au milieu d’eux comme leur ennemi le plus acharné et qui, finalement, prétend auprès de ses victimes affaiblies et mutilées à la délicatesse du sentiment ! Devant cette sorte de « nature », le sérieux convient d’abord à l’homme, si c’est un homme qui pense. »
p.193 in Inventer le commun des hommes — Antonio Negri

 

 

   D’emblée dire que nous sommes ô combien en accord avec l’auteur de Des Animaux sur la Terre Cédric Stolz ! — aussi profitons-nous de cette introduction pour revitaliser à demi le chat de Schrödinger en passant.
   Quoi ? Qui parmi les animalistes ne le ferait pas ? La question n’est plus de savoir si le chat est vivant ou mort dans son piège quantique empoisonné, mais bel et bien s’il est juste de continuer les expériences sur les animaux et autres usages variés qu’on fait d’eux, et de manière plus générale de vivre aux dépens de cette planète considérée en tant que biotope soit : également en tant que vivante construction dont nous dépendons ? Vous connaissez le dicton à propos de la branche sur laquelle on est assis, on ne va pas vous faire un dessin.
   Cette question de l’urgence à stopper de produire de la souffrance et de la désolation pourrait sembler buter sur l’argument massue d’un scepticisme pragmatique disant que rien n’a de valeur en soi au fond, ne serait-ce qu’à cause de l’impermanence de toute chose et qu’alors à quoi bon. Mais c’est en vertu de cette liberté ontologique, et plus encore « bio-ontologique » propose-t-on, que Cédric Stolz, enseignant en philosophie et militant de la cause animale, raisonne en faveur d’une compréhension de ce qui est dans sa multi-dimensionnalité et la plasticité (Gestalt) de son agencement, ce qu’il désigne comme le relationnel, comme savoir propre à donner du sens, de la valeur. C’est de ce qui est justement, et plus encore de l’être étant, et des étant-vivants, que traite l’ouvrage de Cédric Stolz Des Animaux sur la Terre paru ce mois d’octobre aux éditions de L’Harmattan. Lire la suite

S’INTERCHANGER POUR L’ANIMAL — SUR « DONNER LE CHANGE » DE THANGAM RAVINDRANATHAN ET ANTOINE TRAISNEL — ENCHÂSEMENTS ZOOPHILOSOPHIQUES

« DONNER LE CHANGE » DE T. RAVINDRANATHAN ET A. TRAISNEL — ENCHÂSEMENTS ZOOPHILOSOPHIQUES

 

 

« Il y a donc au cœur de la souveraineté une menace virale permanente qui la fait être à la fois une force se pensant comme supérieure à l’animalité, une force qui n’existe qu’en mettant à distance l’animalité au nom d’un propre de l’homme, lequel n’est en réalité qu’une exclusion de l’animal de la communauté des vivants, et une force auto-immunitaire intrinsèque, laquelle contamine sa propre structure puisqu’elle ne peut pas ne pas se penser comme animalité ou bestialité pour exister. »
p.60 in Jacques Derrida .Politique et éthique de l’animalité — Patrick Llored

 

 

 

« Il y eut le vol silencieux du temps durant les millénaires, tandis que l’homme se composait.
Vint la pluie, à l’infini; puis l’homme marcha et agit.Naquirent les déserts; le feu s’éleva pour la deuxième fois.
L’homme alors, fort d’une alchimie qui se renouvelait, gâcha ses richesses et massacra les siens. »
In  Aromates Chasseurs — René Char (1976)

 

 

 

   On aurait pu passer à côté, ne rien avoir flairé, n’avoir pas même été suivant une piste, insoupçonnée trace antéderridienne, à savoir : celle d’un impensé chez le philosophe — entre autres — qui donc suit l’étant-suiveur de l’animal (épigonal humain) bien après sa dissémination et à la fois l’aura pour toujours et à jamais précédé, possiblement d’où procède justement l’interrogation pour l’animal-ité passée dans le chas de l’aiguille phénoménologique propre à repiquer le tissu du sensible avec l’autre que donc nous fûmes et cherchons à l’être de nouveau — avec Jacques Derrida.
   À l’affût de l’esprit derridien voici deux universitaires dont l’essai, modeste et ambitieux à la fois, mérite qu’on en fasse ici un certain rabattage. Le livre, puisqu’il s’agit de cela bien qu’il s’éclipse rapidement en tant que tel sous l’éclairage de son dit, est bel est bien une œuvre à filer. L’essai participe de ces travaux utiles à la poursuite de la traque à l’impensable rupture existentiale — bio-illogique — de l’humain d’avec toute autre forme animale que la sienne, qui n’est autre que celle de la cynégétique comme rapprochement (aguets) à s’éloigner de (tuant).
   Pour preuve la chasseresse thématique qui nous enseigne sur notre langage et son innéisme animal : « Il y a dans le langage de ces nœuds où retrouver le propre c’est entrevoir le corps en fuite de l’animal. Ainsi de l’expression donner le change, qui désignait autrefois la ruse par laquelle un animal chassé, le plus souvent un cerf, faisait courir un autre animal à sa place, et brouillant la voie ainsi s’échappait. » (p.9 in Donner le change) Lire la suite

ANIMAL PHÉNOMÉNAL MON PROCHAIN — AUTOUR DE L’ÉTUDE DE FRANCK COSSON — « ANIMALITÉ & HUMANITÉ » — ALTER ÉGALITÉ(S)

ANIMAL PHÉNOMÉNAL MON PROCHAIN — « ANIMALITÉ & HUMANITÉ » DE FRANCK COSSON

 

 

« La vie procède d’une expérience renvoyant à l’intensité vitale. »
p.174 in Animalité & Humanité — Franck Cosson

 

« Ni le corps ni l’existence ne peuvent passer pour l’original de l’être humain, puisque chacun présuppose l’autre, et que le corps est l’existence figée ou généralisée, et l’existence une incarnation perpétuelle. »
p.204 in Phénoménologie de la perception — Maurice Merleau-Ponty

 

« Il n’y a pas ici échec ou résistance au système, l’apathie n’est pas un défaut de socialisation mais une nouvelle socialisation souple et « économique », une crispation nécessaire au fonctionnement du capitalisme moderne en tant que système expérimental accéléré et systématique. »
p.61 in L’ère du vide (essai sur l’individualisme contemporain) — Gilles Lipovestsky

 

 

— Dire-animal —
    Le temps passant, et une certaine prise de conscience émergeante quant aux animaux se faisant de plus en plus visible et lisible, de nombreux ouvrages voient le jour pour traiter de ce qu’on appelle communément la question animale, qu’on ferait bien d’intégrer comme définition fondamentale de la question humaine en tant qu’interrogation initiale sur le fait même d’exister. Car c’est le fait d’être — le surgissement ontologique des étants-vivants — et de le ressentir, sous quelque forme que ce soit, qui nous unie viscéralement à tout le règne du vivant.
   Nonobstant les études biologiques, éthologiques, éthiques au premier degré et qui donnent à voir l’évidence qu’il y a de procéder sans tarder à la libération animale inconditionnelle, où s’ouvrent alors dans l’hypothèse de cet avènement tout un champ de réflexions zoopolitiques à propos du vivre-ensemble entre humains et non-humains, on n’a guère l’occasion de lire des essais philosophiques poussés ayant trait à la phénoménologie et menant à un dévoilement purement existentiel. Aux précieux travaux de Florence Burgat sur ce sujet (voir nos articles) vient s’ajouter celui de Franck Cosson, docteur en philosophie et maître de conférence, qui n’a pas fait semblant de se pencher sur le relationnel intime entre animalité & humanité, dans cet essai fouillé et captivant sous-titré : La frontière croisée.

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VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME (PARTIE VI)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — CONTRAT NATUREL ET INTERVENTIONNISME

 

 

      9) Le langage et ses mensonges, acmé du biopouvoir humain : (suite)
   C’est une réalité. Le langage a ce potentiel de formater la pensée. Et pourtant comment se passer de celui-ci ? Comment dissocier ce que nous pensons de ce que nous en pensons — en termes de langage ? Ou dit autrement : comment sortir de l’ornière ou de la caverne, cette réflexivité que constitue ce double appareil : pensée et langage, où la pensée pense en langage les pensées qu’il lui permet de dire ?

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