VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE II)

 

   2) Souveraineté du vivant
   Nous avons la dernière fois terminé provisoirement le propos avec Jacques Derrida. Nous avons proposé, dans la continuité d’une idée déjà évoquée sur ce blog auparavant, d’étendre notre considération morale aux animaux à l’instar du cynosarges (Κυνόσαργες, Kynósarges) à l’époque de Diogène Laërce (début du IIIe siècle). Le cynosarges était un gymnase qui accueillait les demi-citoyens. À cette époque les demi-citoyens étaient les personnes issues d’unions dont l’un des parents n’était pas citoyen de la ville. On pense alors, évidemment, au travail de Sue Donaldson et Will Kymlicka : l’essai Zoopolis (2011). Lire la suite

S’INTERCHANGER POUR L’ANIMAL — SUR « DONNER LE CHANGE » DE THANGAM RAVINDRANATHAN ET ANTOINE TRAISNEL — ENCHÂSEMENTS ZOOPHILOSOPHIQUES

« DONNER LE CHANGE » DE T. RAVINDRANATHAN ET A. TRAISNEL — ENCHÂSEMENTS ZOOPHILOSOPHIQUES

 

 

« Il y a donc au cœur de la souveraineté une menace virale permanente qui la fait être à la fois une force se pensant comme supérieure à l’animalité, une force qui n’existe qu’en mettant à distance l’animalité au nom d’un propre de l’homme, lequel n’est en réalité qu’une exclusion de l’animal de la communauté des vivants, et une force auto-immunitaire intrinsèque, laquelle contamine sa propre structure puisqu’elle ne peut pas ne pas se penser comme animalité ou bestialité pour exister. »
p.60 in Jacques Derrida .Politique et éthique de l’animalité — Patrick Llored

 

 

 

« Il y eut le vol silencieux du temps durant les millénaires, tandis que l’homme se composait.
Vint la pluie, à l’infini; puis l’homme marcha et agit.Naquirent les déserts; le feu s’éleva pour la deuxième fois.
L’homme alors, fort d’une alchimie qui se renouvelait, gâcha ses richesses et massacra les siens. »
In  Aromates Chasseurs — René Char (1976)

 

 

 

   On aurait pu passer à côté, ne rien avoir flairé, n’avoir pas même été suivant une piste, insoupçonnée trace antéderridienne, à savoir : celle d’un impensé chez le philosophe — entre autres — qui donc suit l’étant-suiveur de l’animal (épigonal humain) bien après sa dissémination et à la fois l’aura pour toujours et à jamais précédé, possiblement d’où procède justement l’interrogation pour l’animal-ité passée dans le chas de l’aiguille phénoménologique propre à repiquer le tissu du sensible avec l’autre que donc nous fûmes et cherchons à l’être de nouveau — avec Jacques Derrida.
   À l’affût de l’esprit derridien voici deux universitaires dont l’essai, modeste et ambitieux à la fois, mérite qu’on en fasse ici un certain rabattage. Le livre, puisqu’il s’agit de cela bien qu’il s’éclipse rapidement en tant que tel sous l’éclairage de son dit, est bel est bien une œuvre à filer. L’essai participe de ces travaux utiles à la poursuite de la traque à l’impensable rupture existentiale — bio-illogique — de l’humain d’avec toute autre forme animale que la sienne, qui n’est autre que celle de la cynégétique comme rapprochement (aguets) à s’éloigner de (tuant).
   Pour preuve la chasseresse thématique qui nous enseigne sur notre langage et son innéisme animal : « Il y a dans le langage de ces nœuds où retrouver le propre c’est entrevoir le corps en fuite de l’animal. Ainsi de l’expression donner le change, qui désignait autrefois la ruse par laquelle un animal chassé, le plus souvent un cerf, faisait courir un autre animal à sa place, et brouillant la voie ainsi s’échappait. » (p.9 in Donner le change) Lire la suite

CRITIQUE DE LA RAISON PURE ET DIGNE DE RÉSISTER — À PROPOS DU DERNIER LIVRE DE DAVID CHAUVET « UNE RAISON DE LUTTER »

RAISON PURE ET DIGNE DE RÉSISTER — DAVID CHAUVET « UNE RAISON DE LUTTER »

 

« C’est la vie, bien avant la pensée, qui pourvoit le sensible de dimensions, c’est-à-dire de normes sensorielles et motrices mesurant l’apparaître. »
p.238 sur l’organisation du perçu selon Peacoke in L’animal que je ne suis plus — Etienne Bimbenet

 

« Agissons conformément à notre conviction sans nous réfugier derrière le prétexte que, individuellement considérée, notre action est vaine. »
p.98 in La cause des animaux — Florence Burgat

 

« …les tigres et lui sont d’une même essence : la Volonté. »
sur ce que dirait A. Schopenhauer des enfants, à la manière des archétypes de Platon in Manuel de zoologie fantastique — Jorge Luis Borges et Margarita Guerrero

 

« L’homme ferait-il mieux que l’oiseau son nid, mieux que l’araignée sa toile ? »
p.13 in La connaissance de la vie — Georges Canguilhem

 

 

   Depuis que nous avons commencé le blog de K&M Les Veganautes, nous avons chroniqué plusieurs dizaines d’ouvrages traitant de la question animale. La chose s’est faite toute seule, comme qui dirait par la force des choses, et au fil de l’eau, devenant non pas impérative mais essentielle à nos yeux, faisant de nous d’abord des passeurs de messages, des transmetteurs, et à l’occasion peut-être également des émetteurs, profitant chaque fois de l’occasion pour confronter les idées des auteur-e-s à celles d’autres personnes et contextes, aux nôtres aussi, recherche sans cesse réitérée d’éclairer de tous les feux de l’éthique la Vérité du Monde. Car oui cette vérité existe. Et oui, elle est faite de faux-semblants qu’il faut déjouer, et de phénomènes qu’il faut prendre à bras le corps, de réalités enfin qui vous (re)viennent à l’esprit quand l’envie d’être lucide en conscience vous travaille. Parfois l’enthousiasme à le faire a été, disons… moins frénétique, vous l’aurez peut-être remarqué — si vous êtes de nos lecteurs-rices assidu-e-s — car le nombre d’ouvrages consacrés à cette question a considérablement augmenté, au point qu’on s’interroge parfois sur l’opportunisme des certain-e-s auteur-e-s… eh oui : le véganisme, l’antispécisme, la cause animale, c’est vendeur !
   Il est cependant des essayistes qui ne viennent pas de débarquer dans le milieu et dont la sincérité et l’engagement ne donnent pas lieu de douter. C’est le cas de David Chauvet, bien connu pour ses publications et ses conférences consacrées au sort des animaux dans notre société spéciste. Il est l’auteur et le co-auteur de nombreux articles et d’interventions, notamment au sein de la prestigieuse équipe des Cahiers Antispécistes et avec Droits des Animaux.

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE VI)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   6) (Normativité : économie du vivant. Suite)
   Comme vu précédemment, un des objectifs singuliers humains est l’alimentation et la recherche toujours accrue d’une meilleure santé, du bien vivre. En principe en tout cas puisque nombre des activités des hommes échouent et l’eutrophient (du grec eu : bien, vrai, et trophein : nourrir), ou dit autrement l’asphyxie par excès. En clair elles mènent l’humain si ce n’est à sa perte, en outre sûrement vers de grandes difficultés sanitaires et de survie tout simplement. On ne compte plus les enquêtes, les rapports, brefs les preuves accablantes des dégradations infligées aux écosystèmes — donc aux espèces endémiques et à la chaîne biotique tout entière — autant qu’à la corporéité de l’Homme où désormais un enfant qui vient au monde recèle dans ses cellules plusieurs centaines de traces de produits chimiques qu’on ne devrait pas y trouver à l’état naturel. La destruction de l’« environnement » dans la multiplicité de sa vivante luxuriance est pour lui-même car à l’encontre des intérêts de ses étant-vivants, une tragédie ; et pour l’être humain l’épée de Damoclès dont le crin (spécisme) se brisera dans la foulée. On assiste donc à ce qui s’annonce être le paroxysme du tropisme (τρόπος) normatif humain. La direction de la croissance (économique/ démographique/ architecturale) humaine confère à l’épuisement de toutes formes de ressources et ce, malgré soi. Ce qui est très curieux dans l’expression tropique humaine, c’est que ce qui l’amène à détruire son monde et les êtres qui le composent et bien souvent a priori l’enchantent, c’est justement ce qui est à la fois son principe moteur et sa motivation : Vie et en-vie comme stimulant pour un bien-être d’apparence, une phénoménologie mortifère sous-jacente au prétexte de l’anima rationnel[1].

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VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

 

   6) Normativité : économie du vivant :
   Face à l’amuïssement du monde naturel — qui est littéralement un enfouissement de celui-ci sous l’encombrement de la civilisation humaine, il est notable qu’on assiste comme impuissants à l’édification d’une structuration monospéciste, sorte de haut-château entre cloaque et tour astronomique, sauf que l’Homme se cherche dans le miroir du ciel et que rien ne vient en écho à CETI. Non pas qu’on n’ait pas des espérances stellaires (pourvu qu’on ne traite pas les autres mondes comme des Amériques), encore faudrait-il juste que nos prétentions aux grands voyages s’établissent sur la bases d’une Terre saine, libre, joyeuse, vivante. Hélas tel n’est pas le cas et nous assistons à l’enterrement du monde qui nous a fait naître bien qu’il soit notre mondevécu, comme dit A. Gorz. Le nôtre assurément mais pas notre propriété : nous en avons seulement l’usufruit. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

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  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — ÉCOLOGIE : ÉCONOMIE DU VIVANT ET NORMATIVITÉ

 

   1) Anima simplex :
   À la même époque environ — le tout début des années 90 — Luc Ferry, philosophe et dans une décennie ministre de l’Éducation nationale pour deux ans (2002-2004), et l’avocat américain Stephen M. Wise ont chacun de leur côté argumenté relativement à la question animale. Dans leurs travaux respectifs ils citent tous deux ces curieux procès qu’on a faits aux bêtes entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Pour un oui ou pour un non les animaux pouvaient comparaître devant un Tribunal humain pour les motifs les plus variés, dès lors qu’un intérêt humain quelconque était en jeu et l’humain concerné s’estimant lésé. Si l’on butait sur un porc et qu’on se blessât en tombant, l’animal risquait sa peau lors d’un jugement où bien entendu il n’avait pas sa place. Si des récoltes étaient menacées, on tentait aussi de dialoguer avec les « assaillants. » Ainsi, nous raconte Luc Ferry dans Le nouvel ordre écologique, les animaux étaient fréquemment accusés puisqu’ils gênaient la bonne marche des affaires humaines. Il fallait donc qu’on leur alloua un « avocat des animaux ». Lors d’une invasion d’insectes, une petite commune rurale a dû faire appel à un homme d’Église pour négocier avec eux, mais rien n’y fit. On fit un procès auquel les créatures invitées osèrent ne pas se présenter. L’avocat des animaux, arguant du fait que les animaux, créés par Dieu, possédaient le même droit que les hommes à se nourrir de végétaux, avait refusé d’excommunier les verpillons, se bornant, par une ordonnance en date du 8 mai 1546, à prescrire force prières publiques […][1].   Il faut bien appeler un chat un chat. Même si au XVIe siècle on instruisait les animaux en justice, c’était uniquement par souci religieux et économique. D’abord on ne pouvait punir, le cas échéant, les animaux « gratuitement » car ils étaient, eux-aussi, des créatures de Dieu. C’eut été offenser le Divin que ne pas se montrer équitable envers eux. Toutefois si ces parodies de justice prêtent aujourd’hui à sourire, il faut en souligner la niaiserie et l’hypocrisie manifestes. L’Homme étant au-dessus des autres êtres vivants dans la Création (postulat biblique), c’est bien en sa faveur sinon quand un « défenseur des animaux » était zélé et fantasque, que se déroulaient ces moments de la vie sociale de l’époque. Les animaux n’ont jamais été que des objets pour les hommes, des instruments de travail et de la matière première. Comme le dit M. Wise dans Rattling The Cage: Toward Legal Rights For Animals (Tant qu’il y aura des cages) : « Le problème, avais-je alors conclu, était structurel. Tous les animaux non humains étaient, et cela depuis toujours, des choses juridiques. » C’est contre cet état de fait reléguant des êtres vivants sensibles à l’état de choses, de mobiliers, etc., que de plus en plus de voix s’élèvent comme celle de Stephen M. Wise, et que les intellectuels de penchent sur ces questions investies dans le quotidien par de plus en plus de militants. Toutefois, là où Wise désire ardemment changer la structure sociale — pour ce qu’elle est et vaut à l’heure actuelle — des hommes et des animaux, ce qu’on appelle la zoopolitique, en faveur d’une libération animale passant par l’abolition de l’exploitation, cela n’exclue pas des interactions et des émancipations de part et d’autre de ces échanges inter-espèces. Ferry a fait le même constat dans ses observations, concluant cependant tout autre chose et bien qu’ayant balayé (peut-être un peu trop hâtivement et encore plein de préjugés) un large prisme écologique, ce qui l’amena à formuler à regrets : « Il se pourrait bien, en effet, que la séparation de l’homme et de la nature par laquelle l’humanisme moderne fut conduit à attribuer au premier seul la qualité de personne morale et juridique n’ait été qu’une parenthèse, en train de se refermer. » (op. cit. p.18)

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VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE VIII)

VEGANOSOPHIA 

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   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE VIII)

 

   14) Transhumance :
   Là où l’Être est épuisé pour ces êtres, les étant-vivants ont de tous temps pris la seule décision qui s’impose alors : la migration. C’est proprement du lieu devenu invivable, même s’il le redeviendra peut-être — sans doute — que l’on part chaque fois que cela est nécessaire au survivre. Toutefois, dans un monde sous occupation telle que la Terre porte l’Humanité, il devient extrêmement plus difficile de partir. Partir pour quitter la désolation, au péril de l’isolement, de l’échec. Loin que les animaux non-humains aient encore à effectuer de nouvelles trajectoires quand les flux migratoires séculiers ne sont plus praticables, les hommes eux-aussi ont à s’affranchir des topologies qui sont les leurs. Et comme les animaux qui ne sauraient désormais toujours franchir les espaces pour trouver une herbe plus verte ailleurs, non pas aussi facilement qu’avant car ça n’a jamais été facile, les uns comme les autres, les humains comme les non-humains, doivent faire avec des contraintes de l’ordre de l’insurmontable. Comment pour les uns surpasser les frontières gardées et les montagnes administratives, et pour les autres traverser les océans bitumés, les forêts d’immeubles illuminés et littéralement déroutant que les hommes érigent et étalent ? En revenant sur une autre remarque de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, on veut faire mieux transparaître, rendre manifeste, l’âgon (ἀγών) tel qu’il s’exerce déchirant l’Être. Dans La pensée sauvage, que nous dit Lévi-Strauss sur la Vérité de l’Être et qui ait un impérieux rapport avec notre engagement biopolitique ? Il écrit, en 1962 : « c’est l’herbe en général qui attire l’herbivore.[1] » Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE IV)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE IV)

 

   7) Téléonomie active de l’Être — ethos anthropo daimōn :
    Ayant proposé comme notion de l’Être qu’il soit devant nous, ce qui le fait ressembler à une « finalité », il faut préciser tout de suite que nous sommes en philosophie dans une démarche de recherche de sens (de la Vie) et non dans une recherche scientifique. Ça n’est pas à proprement parler une épistémologie. La science exige que tout réponde à la loi de la causalité, et justement nous avançons (vers) un concept ontologique s’élaborant dans le point de fuite de l’horizon événementiel (le futur). Bien sûr, nous ne pensons pas que l’Être soit quelque chose à vrai dire (sinon toutes les choses). Littéralement il est bien eidos (εἶδος), et c’est pourquoi notre renversement ne gêne en rien une autre définition mathématico-cosmologique.
   Quoi qu’il en soit, l’Être étant tout ce qui est — c’est-à-dire tout ce qui advient spatio-temporellement —, il échappe à la fois à la spéculation métaphysique et à la connaissance astrophysique car il leur échappe à toujours être partout à la fois. Par exemple il surpasse Dieu dès lors que Dieu est (Il doit être). Car sans l’être pas de Divin. Et il outrepasse toute tentative de théorisation cosmologique tels les modèles de Big Bang, Big Crunch, Big Rip, état stationnaire, théorie des cordes, autres dimensions, modèle ΛCDM, etc., tout simplement parce qu’à chaque fois cela est.
   Cela dit afin qu’on soit d’accord sur la façon dont nous entendons la notion importante d’« intentionnalité » que nous empruntons à Husserl, nous affirmons qu’en rien cette conception événementielle de l’Univers, de la Nature ou de la Vie, ne revêt pour nous un caractère volitif où se jouerait un finalisme, l’écriture d’un destin déjà décidé. Il s’agit plutôt dans notre acception d’une « intension » là où rien n’empêche qu’être soit. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE I)

VEGANOSOPHIA 

 Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE I)

 

   1) Autophânos :
   En introduction nous avons vu que l’autre — humain dans l’exemple mais ibidem si non-humain — est une altérité égale au (soi)-même dans la ressemblance de l’ouverture de la différence qui les sépare à les faire se reconnaître face à face. Se reconnaître comme l’autre le même, donc.
   Nous verrons qu’on peut penser tout à la fois un humanisme de l’humanité, ou humanisme stricte des hommes, tout comme un humanisme inclusif exhaustif vis-à-vis de tous les êtres vivants sensibles. Dès lors montrer que faire le second n’est pas nier le premier en vertu de la quiddité modale de l’Être. Parler de biopolitique dans l’ontologie, ce sera justement regarder toute phénoménalité en tant qu’étant, autrement dit en tant qu’être comme de l’Être toujours substantivé chaque fois dans une autre forme d’être s’apparaissant immédiatement, et en ce qui nous intéresse plus particulièrement, comme étant-vivant ou bien plus précisément en qualité d’être sensible. Au plus haut point pour l’être sensible il faut voir qu’il redouble alors sur-soi : roulement de ce qui existe. Il possède, comme toute chose du monde, l’existence, et il l’éprouve en tant que telle. Ce qui n’est manifestement pas le cas d’un caillou qui, pour reprendre Martin Heidegger, n’a pas de monde. Et quant à l’être-pour-la-mort qui serait propre à l’Homme porteur du Dasein, on pourra ajouter que le vivant a cette particularité de re-porter l’Happax ontologique, qu’ici à la suite de Vladimir Jankélévitch on identifie à cette « unicité du monde et ses êtres » à laquelle l’auteur de La Mort fait mention en stipulant qu’elle [la mort] « n’a pas de lendemain » (p.88 in op. cit). C’est en effet par l’autre uniquement que la mort peut se représenter, venir encore comme terme au projet de rester en vie, non sans avoir été en quelque sorte esquivée par le vivant en tant que flux de vie. Loin des théories freudienne ou dawkinsienne sur le flot spermatique, ovulaire ou génétique (gènes) dont les êtres individués ne seraient que les malheureux passeurs, l’existence est ce par quoi la mort (ou la disparition des objets en eux-mêmes) existe elle-même comme on dit que le néant est ce qui n’est pas. Et les étant-vivants, ces constructions, ces structures complexes porteuses chaque fois de plusieurs vies (reproduction cellulaire, flore microbienne et bactérienne), sont ce qui révèle au monde sa mondanéité. Toutefois, tous les êtres sensibles ne sont pas en mesures d’élaborer une politique de leur existence indivise et commune. C’est en la vivant qu’ils en font une élaboration, et à l’humain d’en faire une représentation réfléchie dans un face-à-face. Cette vision face-à-face c’est l’autophânos instinctif donnant lieu par le prisme du langage chez l’Homme à l’ego cogito cartésien, ou bien encore à l’ego phâno œdipien : έγώ φανώ « je montrerai » et « j’apparaîtrai ». Tout comme Edmund Husserl a fait remarquer comme le rappelle Florence Burgat que le monde-de-la-vie est donné (lebenswelt), aux hommes et aux animaux, dans un toujours déjà là[1], nous avons, nous humains, une tâche importante à la hauteur de la préhension technique que nous avons du monde. On peut parler d’emprise sur le monde, quand bien même beaucoup d’effets résultant de causes qu’on peine à identifier comme telles ne sont pas du tout entre nos mains. Autour d’une partie du précieux travail de Giorgio Agamben, nous allons étudier notre position autophanique pour voir qu’elle ne peut qu’être qu’une sorte d’avant-poste à la conservation de l’hétérophanie biopolitique. C’est là que l’ontologie, la science de l’Être, nous intéresse en premier chef en ce que nous posons le refus de l’exploitation animale comme philosophie du devenir humain dans toutes les occurrences qu’on peut entendre. Nous rencontrons alors la pensée puissante et précise d’Agamben pour qui cette « philosophie première » qu’est l’ontologie n’est pas une discipline universitaire inoffensive, mais l’opération en tous sens fondamentale ou se réalise l’anthropogénèse, le devenir humain du vivant[2]. Lire la suite