UN ESSAI DE REFONDATION POLITIQUE EN PHILOSOPHIE ANIMALE — LECTURE DE « UNE ÉTHIQUE ANIMALE POUR LE XXIe SIÈCLE » DE PATRICK LLORED — SUBLIME ZOOANTHROPOÉTHIQUE

UN ESSAI DE REFONDATION POLITIQUE EN PHILOSOPHIE ANIMALE — LECTURE DE « UNE ÉTHIQUE ANIMALE POUR LE XXIe SIÈCLE » DE PATRICK LLORED

 

« Toute rencontre avec l’animal encore plus qu’avec les humains est surgissement de sa vie dans la nôtre, […] »
p.45 in Mort d’un cheval dans les bras de sa mère, Jane Sautière (2018)

 

« […] mais la loi interdisait aux animaux, même dotés du statut de sous-être, d’aller se faire soigner dans un hôpital humain. Quand les sous-êtres tombaient malades, l’Instrumentalité se chargeait d’eux — dans des abattoirs. Il était plus facile de créer de nouveaux sous-êtres que de redonner la santé aux mal-portants. En outre, l’ambiance prévenante et attentive de l’hôpital aurait pu leur donner des idées : celle, par exemple, qu’ils étaient des personnes véritables […] »
p.435 in Les Seigneurs de l’Instrumentalité, Cordwainer Smith

 

« Le véritable amour de la nature, […], consiste en ce que la nature est aimée pour elle-même, c’est-à-dire précisément pour ceux de ses côtés qui n’ont rien d’humain. »
p.299 in Nature et formes de la sympathie, Max Scheller (1923)

 

 

 

 
Pour le bien de tout vivant !
 
     Dans son livre Ce que les bêtes nous apprennent de la politique, Brian Massumi écrit que […] la vie vit sa propre abstraction — le moindre de ses gestes étant une spéculation pragmatique sur la nature en train de se faire[1]. C’est cette abstraction qui fabrique a fortiori comme a posteriori une communauté de destin du vivant et à plus forte raison lorsque ce phénomène est incarné par un sujet[2] (un animal) et s’éprouve de quelque façon que ce soit au contact du monde, autrement dit contre les autres du monde, en s’appuyant sur eux autant qu’en devant parfois chercher à les éviter. Il s’agit plus en réalité d’un devenir par destination que par nature, puisque tout est dû au hasard et n’est jamais prémédité, à l’exception de l’entrée en jeu de la politique (pólis, πόλις) — la communauté de citoyens (humains jusqu’à présent) libres et autonomes formant une structure sociale capable de formuler par avance, c’est-à-dire de répondre à un désir commun de vivre, pour la construire ensemble, la cité idéale offrant à chacun la possibilité de s’émanciper et de s’épanouir en s’enrichissant auprès des autres et réciproquement. C’est en tout cas, des Antiques aux Lumières jusqu’à nos démocraties contemporaines, pour ce qu’elles parviennent à valoir, le projet que toutes les sociétés ont mené à leur manière avec plus ou moins de succès. Cette construction toujours à parfaire doit de toute évidence sa longévité, si l’on exclue de notre propos les injustices entre les humains, à la domination et à l’exploitation de sous-êtres auxquels on aura soutiré le plus souvent d’abord leur force vitale puis carrément leur propre vie. C’est donc contre les intérêts à vivre de ces sous-êtres que sont les animaux sous l’égide humaine, que nous humains sommes parvenus à maintenir les nôtres jusqu’à présent. Cela dit les temps changent et s’immisce peu à peu dans les consciences et dans le champ politique (politikos), l’idée que les animaux ne sont pas des choses dont on peut disposer, mais des êtres à part entière qui participent, plus prou que peu, à l’équilibre précaire de cette pragmatique spéculation qu’est cette abstraction pure : la vie. Cette vie qu’on voit disparaître par pans entiers à cause de notre industrieuse action sur le monde, au risque d’en pâtir nous-mêmes[3].

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KAIROS 2.0 — LETTRE À CORINE PELLUCHON. « LES LUMIÈRES À L’ÂGE DU VIVANT »

LETTRE À CORINE PELLUCHON. « LES LUMIÈRES À L’ÂGE DU VIVANT »

 

« Cette petite aventure
Va tourner en déconfiture
Éclaire-moi
[…]
Cherche un peu de lumière
Tout s’éclaire »
Axel Bauer — « Eteins la lumière » in album Sentinelles (1990)

 

« J’ai réalisé un saut éthique qui m’a non seulement réconforté l’âme mais consolidé dans mes réflexions sur la nature du pouvoir. »
p.123 in Tu m’as donné de la crasse et j’en ai fait de l’or — Pacôme Thiellement (2019)

 

« L’être est donné en tant que co-existence et dans la communauté ontologique avec d’autres êtres vivants il n’y a pas seulement des bêtes humaines objectivantes, mais tous les êtres pour lesquels l’expérience du monde (disjonction entre Welt et Umwelt annulée) existe. »
p.100 in Animalité — Jan-Ivar Lindén (2011)

 

 

 

omnes superluitates comburit
nullum animal ad usum sui rude est
 

 

     Chère Corine Pelluchon,
    Que raison garder serait d’aller toujours à l’essentiel. Non pas que l’essentiel soit identique pour tous chaque fois, toutefois entre la contingence et la nécessité, doit-on pouvoir — collectivement — pour le bien-commun, faire les choix qui nous éclairent, nous rassemblent sous le soleil de la vie, autrement dit faire œuvre de civilisation vraiment : développer un nouveau kairos : celui du bon acte au bon moment — il serait temps…
   C’est ce que se propose de nous aider à penser votre dernier essai philosophique paru au Seuil le 7 janvier dernier ; opus magnum s’il en est qui vient à la fois, dirait-on, couronner vos travaux précédents et, dans cette forme de clôture d’un long cycle (dé)constructif, prend à la fois la forme d’une ouverture vers des possibles non encore réalisés dont nous ferions bien de saisir les opportunités encore à porter de main avant que ces horizons ne se ferment, eux, peut-être définitivement.  Lire la suite

LA BIO-OBSOLESCENCE DÉPROGRAMMÉE — AVEC « RÉPARONS LE MONDE. HUMAINS, ANIMAUX, NATURE » DE CORINE PELLUCHON — PARFAIT DE PHILOZOOPHIE

LA BIO-OBSOLESCENCE DÉPROGRAMMÉE — AVEC « RÉPARONS LE MONDE. HUMAINS, ANIMAUX, NATURE » DE CORINE PELLUCHON

 

« La « défense de la nature » doit donc être comprise comme originairement la défense d’un monde vécu, lequel se définit notamment par le fait que le résultat des activités correspond aux intentions qui les portent, autrement dit que les individus sociaux y voient, comprennent et maîtrisent l’aboutissement de leurs actes. »
p.49 in Ecologica — André Gorz (2009)

 

« Il est absurde de penser qu’une société qui opprime les animaux non-humains sera capable de devenir une société qui n’opprimera pas les humains. Reconnaître l’oppression animale devient donc un préalable à tout changement social radical. »
Révolution Sociale et Libération Animale, Brian A. Dominick (1995)

 

(de la zoopolitique) : « Le retard français a des raisons philosophique (l’humanisme métaphysique), culturelle (gastronomie, corrida) et politique (le poids des lobbies). »
pp.105-106 in L’éthique animale, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (2011)

 

   Dans le dernier film de Benoit Delépine et Gustave Kervern Effacer l’historique, Marie (interprétée par Blanche Gardin) vient voir son fils de quinze ans chez son père dont elle est séparée. En plus de l’échec de son couple et qu’elle n’a pas de travail, elle lui parle soudain du monde qu’on a laissé s’abimer, des animaux qui ont disparus en masse, des océans qui se meurent… et son fils répond à cela qu’au moins avec son père il a pu avoir les derniers objets à la mode dont des baskets très tendance à 700 euros. La mère capitule à l’argument du consumérisme et du bonheur artificiel et fugace et s’en va…
   C’est que nous vivons dans un monde factice où tout est enregistré, sauvegardé, bon gré mal gré, excepté les véritables et vitales parties constituantes de celui-ci, à cause de l’impact majeur de nos activités dont nous ne sommes pour la plupart d’entre nous, pas en mesure de contrôler et freiner la progression, voire d’en infléchir la course, d’en ralentir le tempo frénétique — sauf peut-être à l’exception près qu’aura été le confinement quasi planétaire dû au coronavirus — et que dans l’ensemble, dans cette globalisation de l’impuissance […] le défi énergétique apparaît seulement comme un fardeau, et non comme une entreprise de réparation du monde à laquelle chacun pourrait prendre part[1], comme l’écrit Corine Pelluchon dans Réparons le monde. Humains, animaux, nature.

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À PROPOS DES MÉTHODES SUBSTITUTIVES À  L’EXPÉRIMENTATION ANIMALE

À PROPOS DES MÉTHODES SUBSTITUTIVES À  L’EXPÉRIMENTATION ANIMALE

 

 

« Pourquoi ce qui serait intolérable pour l’espèce humaine serait tolérable pour d’autres espèces ? »
p.217 in Profession : Animal de Laboratoire — Audrey Jougla

 

« L’animal est une métaphore quand on pense avec lui la structure sociale, une métonymie qui représente l’humain quand il l’utilise. »
(d’après Claude Lévi-Strauss) p.118 in La douleur des bêtes — la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France — Jean-Yves Bory

 

« La souris est un animal qui, tué en quantité suffisante et dans des conditions contrôlées, produit une thèse de doctorat. »
— Woody Allen

 

I
Hermès, Descartes, Claude Bernard & la Science
    Au sacrifice antique d’Iphigénie, Artémis lui substitue au dernier instant sur l’autel, une biche — pour la préserver de la folie des hommes. Symboliquement, cet échange mythologique peut signifier la fin des sacrifices humains et l’élévation de la Cité par l’arrêt du cannibalisme désormais remplacé par la chair animale, autre consumation carnée.
Détail - Bertholet Flemalle (1641-1675), Le sacrifice d'Iphigénie   De l’Antiquité, une autre divinité olympienne qu’Hermès (Ἑρμῆς) aura-t-elle jusqu’à nos jours autant d’influence sur nos existences et, par suite, sur celles des animaux ? Il ne s’agit toutefois pas du fait qu’Hermès influença l’histoire des Atrides et indirectement le sort d’Iphigénie. Celui-ci a marqué en effet de manière plus indélébile l’histoire de l’Occident et du monde. Dieu alchimique, il fut loué pour ses bienfaits pour se retrouver ensuite au cœur des recherches ésotériques du Moyen-Âge. Si les alchimistes de tous les horizons ne sont pas parvenu avec toute leur al-kimiya[1] à changer le plomb en or, peu à peu ces activités se sont transmuées après la Renaissance en chimie et sciences modernes telles que trivialement le grand public les connaît de nos jours. Lire la suite

POUR UNE VIE COMMUNE PLUS JUSTE — « L’ANTISPÉCISME » PAR VALÉRY GIROUX, COLLECTION « QUE SAIS-JE ? » — UN PAS DE CÔTÉ

« L’ANTISPÉCISME » PAR VALÉRY GIROUX, COLLECTION « QUE SAIS-JE ? » — UN PAS DE CÔTÉ

 

 

« Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent, solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l’homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels : Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur ! »
in « Les bons chiens », Petits poèmes en prose, Charles Baudelaire (1869)

 

« À travers ces barreaux de fer symboliques, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or ce joujou que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, était un rat vivant ! Les parents par économie, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. »
in « Morale du joujou », Le Monde littéraire, Charles Baudelaire (1853)

 

« J’entrai alors dans une porcherie
où je m’allongeai au milieu des porcs »
William Blake (1757-1827) in Poetry and Prose
cité par G. Bataille (La littérature et le mal — 1957)

 

 

   L’autre jour l’humaniste passionné de bioéthique, voyant que je lisais le « Que sais-je ? » n°4142 écrit par Valéry Giroux et publié aux PUF, a cherché à me convaincre de l’infondé de cet antispécisme qu’il juge assez dangereux pour les droits humains. C’était entre deux bureaux, pour ainsi dire sur un seuil en berge d’un petit couloir de sous-sol, et notre discussion fut aussi animée que brève, contradictoire que passionnée, et il ressort — à mon humble avis — que peu de choses diffèrent entre son humanisme et le mien.

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TRISTES TROPISMES — SUR « QU’EST-CE QU’UNE PLANTE ? ÉSSAI SUR LA VIE VÉGÉTALE » DE FLORENCE BURGAT — CONTRE L’ENRACINEMENT DU NON-SENS

TRISTES TROPISMES — SUR « QU’EST-CE QU’UNE PLANTE ? ÉSSAI SUR LA VIE VÉGÉTALE » DE FLORENCE BURGAT

 

 

« La femme est volontiers séduite par l’esthétique des plantes, par la paix qui émane d’elles, par leur parfum, par leur utilité comme aliment, comme épice ou comme médicament. L’homme, c’est clair, préfère l’animal, surtout s’il est « sauvage ». Faut-il y voir une sorte d’atavisme ? L’animal évoquerait la chasse, domaine masculin, sinon machiste, alors que la plante, ce serait plutôt la terre, la nourriture, la fécondité, domaines où la femme est plus à son aise. »
Francis Hallé in Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, p.27 (Points Sciences — 2015)

 

« Chez les Canaques, le corps emprunte ses caractères au règne végétal. Parcelle non détachée de l’univers, qui le baigne, il entrelace son existence aux arbres, aux fruits, aux plantes. »
David Le Breton in Anthropologie du corps et modernité, p.16 (Puf — 2013)

 

« Avant, ils allaient ramasser les plantes où elles se trouvaient. Mais avec la sédentarisation, ils commencent à importer les plantes à l’intérieur d’un enclos. C’est ça le début du brassage planétaire par les plantes. »
Gilles Clément à propos des pygmées forcés à la sédentarisation in Un sol commun. Lutter, habiter, penser, p.70 (textes réunis par Marin Schaffner, Wildproject éditions — 2019)

 

« Un pas, un seul et le soleil disparut, les maisons s’évanouirent. Dans ce lieu hors du Temps, seulement des Fleurs pourpres et… Tupper, le simple d’esprit de Milville… »
Extrait de Les fleurs pourpres de Clifford D. Simak (All Flesh is Grass — 1965)

 

 

   Au moins de mars de cette année (2020) est sorti dans toutes les bonnes librairies un essai rigoureux et pertinent de Florence Burgat, au sujet duquel il fallait que nous vous disions quelques mots.
   Ce livre aussi court que concis qu’on ne trouve d’ailleurs pas au rayon philosophie à la FNAC mais en botanique, bien qu’il complète à merveille les travaux de la philosophe, vient s’opposer à quelques idées saugrenues de notre temps. On peut dire qu’il déconstruit excellemment deux poncifs nés de l’inculture contemporaine qui sont que 1) les végétaux souffrent et que 2) les végétaux vivent leurs vies et ont des intentions tout comme nous, etc., ce qui est rigoureusement faux mais hélas entretenu par quelques littératures très en vogue et très imagées (au sens péjoratif du terme).

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VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE IV)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon
   Arrivés au milieu de ce cinquième exercice « véganosophique », nous ne savons pas tout à fait, comme toujours, où cela va nous mener que d’emprunter ce chemin. Nous savons quel sujet précis nous voulons évoquer et mettre en perspective. Néanmoins le trajet compte autant que l’arrivée, et c’est ce qui va ressortir à chaque pas que nous ignorons et qui fera sens. On peut dire ici plus précisément ce que c’est que ce « travail » (est-ce un travail ? car ça n’est pas un trepalium. En tout cas ce sont des tentatives à la fois mûrement et librement réfléchies). Ce que c’est, chaque fois, que de philosopher végane, c’est faire des semis. C’est prendre des semences existantes, toutes sortes de graines et de germes, de plus ou moins jeunes pousses et des plans que d’autres ont enté auparavant (le terme nous revient à la suite de l’animal (de) Derrida — mais dans quel ouvrage le philosophe parlait-il de greffes grammaticales et végétales ?…) et dont les résultats dans ce jardin potager de nourritures spirituelles jusqu’ici disséminées, sont enthousiasmant et donnent envie d’aller plus loin dans l’expérimentation et la réalisation d’une perma-culture délivrée des artifices empoisonnants. Aller ce chemin, haler sur ce chemin sachant que — grands dieux heureusement ! panta rhéi (Πάντα ῥεῖ), tout s’écoule, c’est avoir cette conviction que nous, en tant qu’animal rationale, êtres humains, pouvons encore faire quelque chose pour restituer à ce monde qui est le nôtre la qualité de monde accueillant, agréable à vivre, qu’on lui prête. « Où il fait bon vivre », ce monde l’est assurément lorsque nous sommes individuellement délivré de la nécessité de la prédation. Nous entendons ici prédation dans les deux directions de la chose. Délivrés d’avoir à être des proies éventuelles, et délivrés d’être des prédateurs. Ce monde est tout pour nous. Il peut être le plus terrifiant comme le plus merveilleux, le plus délicieux comme le plus amer. Il n’est rien de tout cela — que ce que nous en faisons. Il est le pharmakon, poison et antidote, il est l’archi-dialectique, l’espace-temps, le lieu unique des possibles où il ne tient qu’à nous d’assumer la facticité (contingence) du vivre et du vivre-ensemble. Nous avons cultivé notre jardin. Nous nous sommes fait zoocultivant-e-s et avons tenté au mieux, autant avec humilité qu’orgueil, de participer à l’élaboration d’un compost, d’un terreau universel, d’un humus donc d’un certain humanisme, d’une Terre généreuse à partager. Lire la suite

CES AUTRES-ANIMAUX — LE PRINCIPE D’ÉTHIQUE — D’APRÈS « POUR COMPRENDRE LEVINAS. UNE PHILOSOPHIE POUR NOTRE TEMPS » DE CORINE PELLUCHON

CES AUTRES-ANIMAUX — « POUR COMPRENDRE LEVINAS. UNE PHILOSOPHIE POUR NOTRE TEMPS » DE CORINE PELLUCHON

 

 

« Ni la destruction des choses, ni la chasse, ni l’extermination des vivants – ne visent le visage qui n’est pas du monde. »
(sur Totalité et Infini d’E. Levinas) p.54 in Une autre existence. La condition animale (Florence Burgat — 2012)

 

 

« Les discours de Heidegger et de Levinas restent pris à l’intérieur d’une métaphysique carno-phallogocentrique, parce qu’ils reconduisent, en le justifiant, le sacrifice des animaux, qui n’est pas seulement un sacrifice « réel », mais aussi, comme toujours, un sacrifice « symbolique ». »
Matthew Calarco des travaux de J. Derrida envers et avec J.-L. Nancy
p.123 in Philosophie animale. Différence, responsabilité et communauté (sous la direction de Hicham-Stéphane Afeissa et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer — 2010)

 

 

« L’infini actuel a-t-il un sens ? »
p.74 in Altérité et Transcendance (Emmanuel Levinas, 1967-1989)

 

 

   Ces quatre à cinq dernières années, nous avons plusieurs fois écrit à propos des travaux passionnants de la philosophe Corine Pelluchon. Nous nous sommes laissé dire il y a quelques semaines, sans douter un seul instant de la véracité de ce propos, que cette auteure importante engagée notamment pour la libération animale, était une excellente promotrice de la pensée d’Emmanuel Levinas, phénoménologue célèbre au seuil de la théologie. Pelluchon, nous a-t-on dit, vulgarise (dans le bon sens du terme) à merveille dans la discussion les idées de Levinas. Dans la foulée sortait dans toutes les bonnes librairies cet ouvrage : Pour comprendre Levinas. Une philosophie pour notre temps (23 janvier 2020). Bien entendu, nous nous sommes procuré le livre — c’était avant d’être confiné-e-s —, sûr-e-s d’y trouver une nouvelle fois un travail philosophique de grande profondeur et qualité. Nous n’avons pas été déçu-e-s.

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VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (SUI GENERIS)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR
— SUI GENERIS —

 

   Qu’il faut tout faire par soi-même.
   Voilà ce à quoi, archétypalement parlant pourrait-on dire, la privation des libertés d’autrui nous oblige. Car c’est notre propre liberté, savoir : ontiquement, en tant qu’étant-vivant, qui est amoindrie, affectée dans sa psychée et sa corporéité, lorsque l’autre est démis de la sienne. Et pis : bientôt désaffectée dans son envineronne-mentalité, lorsque peu à peu et de manière exponentielle et même si lentement, chose mue d’une telle accélération que ce qui diffère se voit presque de jour en jour vidé en substance — notre liberté d’être en propre ce qui est venant de l’Être et devient dans l’intervalle (khôra) un être singulier — localement ontifié — car mis en face des altérités qui le regardent, vit dans le risque de l’esseulement absolu. Et peut-être s’émeut. Se met en mouvement, et va pour faire ce qui doit être fait pour, au-delà de devenir, avoir à revenir, rejouer le tout pour le tout de l’Être une bonne fois pour toutes. Vonlontairement, vraiment ; donc en puissance, en apothéose, donc en être libre, attaché aux étantités qui me réalisent.
   Autrement dit nous allons parler de sur-vie et de survie, nous allons parler de la vie et de son en-vie. Nous allons pour cela, pour voir ce qu’on fabrique, nous élancer une fois de plus dans l’exercice d’une libre pensée (libre dans l’écart plutôt obtu de ce qu’elle connaît si peu) en quête de vérité de l’Être. Cela selon nous et pour des éons, ne peut qu’être l’affaire d’une zoopoéthique. Cela inclut : prendre avec soi la critique zoopolitique antispéciste ; prendre avec soi la menace anthropique décrite par Bernard Stiegler ; prendre avec soi un temps de recueillement philosophique médidatif aux côtés de Heidegger ; prendre avec soi la modalité radicalement rigoureuse d’un penser schürmannien ; prendre avec soi le plein sens de l’éthique en ce qu’elle est la considération de l’autre dans son ethos ; prendre avec soi le pur désir de créer — poïein (ποιεῖν).

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DES ÉBLOUISSEMENTS — AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — OU COMMENTAIRES POUR S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

 

 

« Toucher au privilège de statut d’humain vis-à-vis des cohabitants de la planète est un sujet pour le moins sensible. »
p.29 in Désobéir avec amour — Virginia Markus (2018)

 

« Tue ma famille, et tu tueras la tienne. C’est ce qui arrive à Julien, car l’homme, même « amputé, coupé de son animalité » est membre de l’immense famille des animaux. Tuer l’autre, c’est donc se tuer soi-même. »
À propos de La légende de Saint-Julien l’Hospitalier de G. Flaubert, p.106 in Après la nuit animale — Jonathan Palumbo (2018)

 

« La pensée mythique n’accepte la nature qu’à condition de pouvoir la répéter. »
p.374 in Tristes tropiques — Claude Lévi-Strauss (1955)

 

 

   Avant que « la fin du XVIIIe siècle réinvente l’homme en Zoon Politicon et fonde la république du droit naturel, celle de l’homme, premier animal devenu le centre à partir duquel se reconstruit la cité et toute l’organisation sociale, pensée telle un immense organisme animal », comme l’a écrit l’historien Pierre Serna[1], il aura fallu que quelques humains tentent durant ce siècle-là de faire la lumière sur les animaux, nos colocataires de la Terre. C’est dire combien, à l’encontre des mœurs et des préjugés, il fallait aller déjà pour défendre la dignité des individus non-humains, les « bêtes », ces êtres inférieurs. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire par ignorance de l’Histoire qu’on n’enseigne pas encore au lycée, des humains n’ont pas attendu que leur société soit devenue parfaite pour eux pour s’intéresser au sort des animaux. Le sujet n’est pas nouveau. C’est que ce fameux « siècle des Lumières » annonçant des temps révolutionnaires, avait pour devise comme le rappelait à juste titre Corine Pelluchon dans Les Nourritures une ambition pré-libertaire (et presque anarchiste) si on peut oser l’appeler ainsi — même si elle n’engendra vraiment que du libéralisme — et qui dit « ose penser par toi-même », emblème du laïcisme et du progrès, le latinisme Sapere aude[2]. Pensons donc par nous-mêmes. C’est ce à quoi nous incitent, parmi d’autres, les intellectuel-le-s de la cause animale. Depuis des années Renan Larue est de celleux-là. Lire la suite