LE DIFFICILE COMBAT DU SIMPLE BON SENS — SUR L’« INTRODUCTION AUX DROITS DES ANIMAUX » DE GARY FRANCIONE — PERSPECTIVE(S) À SUIVRE

SUR L’« INTRODUCTION AUX DROITS DES ANIMAUX » DE GARY FRANCIONE — PERSPECTIVE(S) À SUIVRE
L'éthique animale   Comme on peut le lire dans le livre L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, l’éthique animale est une notion remontant au XIXème siècle et qui a pris la signification qu’elle revêt aujourd’hui durant le XXème. Un moment celle-ci put autant vouloir évoquer le comportement des animaux entre eux, que celui des humains à leur égard. Finalement aujourd’hui, cette éthique très au cœur de l’éthique de manière plus globale, correspond à la question de fond des droits des animaux. Il ne s’agit par exemple plus d’accorder une quelconque condescendance envers les animaux. Comme l’écrivit Jacques Derrida, nous rappelle Jeangène Vilmer[1], cet « [L’]Animal » dont « on » parle, n’existe pas en face des hommes et chaque fois alors « on » « dit une bêtise ».
   Nous aimerions dans ce texte, avant que de vous parler du travail de Gary L. Francione, ouvrir la réflexion avec cette pensée :
introduction aux droits des animaux   Il semble qu’au sujet des droits des animaux, certains ont la crainte qu’elle ne soit un marchepied à une nouvelle forme d’eugénisme — donner des droits aux animaux dévaloriserait certaines catégories d’êtres humains (handicapés, séniles, amnésiques, etc.). C’est, nous paraît-il, réintroduire au sein de la communauté humaine des distinctions qui vont au-delà de la discrimination seule et mènent à nouveau au  ségrégationnisme via le spécisme. Bien au contraire, c’est en vertu qu’il y a des êtres à protéger qu’on peut rapprocher les animaux de certains humains incapables d’établir les règles (lois) de leur protection avec et au sein de la société. Alors bien entendu, nous ne formons pas tout à fait société avec les animaux…, sauf qu’en réalité si, il suffit de regarder les actions et interactions des animaux et des insectes dans nos villes ou nos campagnes pour voir qu’ils participent à équilibrer  l’écosystème. D’un point de vue holistique nous avons intérêt à prendre soin des intérêts des animaux dans leur (bio)diversité. Si ces « ensembles vivants » nous peuvent fournir du bien, les conserver tels quels revient à en protéger les individus. Et dans l’éthique animale et les droits qu’elle présuppose — ou desquelles elle découle — la notion d’individualité est prépondérante quant à la souffrance qui peut être infligée à un animal dont on a l’utilisation. Sur la question d’un eugénisme libéral, Jürgen Habermas note que certains pensent qu’il y a un « véritable commencement d’un processus évolutif qui non seulement s’auto-régule mais encore est déjà individué. […] tout ce qui peut être biologiquement défini comme spécimen humain doit être regardé comme une personne potentielle […]. » (p.51 in L’avenir de la nature humaine). En ce cas, dès lors qu’on s’est débarrassé des apriori et des oripeaux des préjugés anthropocentristes dévaluant les animaux en général et en particulier dans leur « usage », il apparaît cette chose flagrante que mentionne Habermas dans son livre sur l’eugénisme : « La communauté des êtres moraux qui se donnent à eux-mêmes leurs lois se rapporte, dans la langue des droits et des devoirs, à toutes les relations qui requièrent d’être réglées normativement ; toutefois, il n’y a que les membres de cette communauté qui puissent s’imposer mutuellement des obligations morales et attendre les uns des autres un comportement conforme à une norme. Il revient aux animaux de bénéficier des devoirs moraux que nous nous devons d’observer dans nos rapports à toutes les créatures sensibles à la souffrance, par seul égard pour elles. » (in op. cit. p.55).
   C’est de cet égard dont nous allons parler, qui est le sujet dont discute habilement Gary Francione dans son essai écrit aux Etats-Unis en 2000.

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