VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE (ZOOMNÉSIS)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 
VÉGANOSOPHIA — GÉOPOLITIQUE ANTISPÉCISTE ET BIOPHILE — ZOONOSES, PANDÉMIES, EXTINCTION — UNE SOLUTION HÉTÉROBIOTIQUE
 
 
— ZOOMNÉSIS —
 
     Dans le « monde d’avant », le monde d’il y a encore très peu de temps mais dont le temps passant éloigne sa présentialité et qu’il n’en reste plus qu’un fond diffus distancialisé, on a presque chanté — célébration phantasmée anticipatrice, utopie désormais faite atopie, c’est-à-dire une allergie cosmopolitique grandissante — on a chanté, dit-on, le « monde d’après ». Ce monde suivant nous y sommes sans vraiment y être. Il n’est pas celui qu’il aurait voulu être, réenchanté, il n’y est pas là où on l’attendait, il n’est tout simplement pas. Il est un autre monde d’après, un monde comme avant à vrai dire, un monde en dévalement (Verfallen) (au sens heideggérien[1] d’une errance décevante où demeure ouverte la possibilité de retrouver l’essentiel). Mais a-t-on seulement véritablement voulu ce monde ? Ou n’était-ce pas uniquement une nouvelle fabula narratur histoire de faire passer le temps du confinement (illusoire parenthèse enchantée de l’extractivisme ralenti, du ciel rendu aux oiseaux, de territoires réanimalisés et de l’encloisement singulier collectif) comme le temps d’une retraite spirituelle, sanitaire et salutaire ; d’une remise en question de la question de l’Être-au-monde en attendant de revenir, bon an mal an, au monde d’avant : au même monde en oubliant de revenir au monde même ? Car le « monde d’après » cela devait être, dans ce rêve éveillé ou cette somnolence in-dolente, l’occasion de faire surgir le vrai monde, le monde réel, celui où il fait bon vivre et où l’on sait qu’on a un à-venir. Un monde imparfait, dont il faut penser les événements à l’aune de chaque vie individuelle, mais un monde conservant sa sustainabilité (de sustain et non de « durable »). Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE V)

 

   3) Un monde baroque : éthique et pharmakon (suite)
   Ce qui est le plus étrange, nous le disions la dernière fois, c’est l’incapacité — d’un point de vue général (ici volontairement simplifié) — des humains à confondre croire savoir et savoir. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE III)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (PARTIE III)

 

2) Souveraineté du vivant (suite)
   Comme on l’a vu, c’est la neutralité du fait biologique qui ouvre le champ libre à la recherche ontologique et biontique. Henri Laborit a raison lorsqu’il avance que nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé […] pour maintenir notre structure biologique[1] ; à cela s’ajoute cependant la possibilité pour les êtres conscients, dans certaines mesures (degrés de sentience-conscience), d’être en contemplation devant le monde et de s’y projeter en tant que subjectivités investigatrices. On peut même, au sens large, dire que cette « fonction de recherche » est commune à l’ensemble des formes de vies ou presque, du blob au protozoaire, du termite au Chimpanzé. Bien entendu, ça ne signifie pas que tous les êtres vivants sont en capacité d’explorer le monde comme le font les êtres humains en ayant « de l’esprit ». Chaque recherche s’effectue selon les besoins propres de l’espèce puis de l’individu. Bien sûr nous généralisons et n’avons pas la prétention, ni la possibilité, d’être exhaustifs ni de chercher les exceptions, confirmant la règle ou non. Bref ; nous sommes à présent toutefois certains d’une chose : le vivant est souverain en ce monde et il est peu probable que l’Homme puisse l’annihiler complètement. L’Homme est un des dangers actuels du vivant — de la vie — contre soi-même, autrement dit contre une grande partie de ses représentants les étant-vivants. La poétique doublée de l’éthique, vient à notre aide pour mieux comprendre l’autre-en-vie qui vient face à moi, car « […] il relève de la logique (non téléologique) de l’évolution et de la « combinatoire » du biomorphisme que nous comprenions intuitivement d’autres espèces qui nous sont apparentées […] » comme l’écrit Anne Simon (Zoopoétique, RSH n°328 « La zoopoétique, une approche émergente : le cas du roman », p.77). C’est à l’intérieur de la zoopoéthique que des êtres qui diffèrent en espèces parviennent à se comprendre dans les grandes lignes, au-delà même, fréquemment, de l’apparentage. Ce que nous voyons à travers elle, c’est possiblement ce que mentionne l’anthropologue Philippe Descola lorsqu’il écrit au sujet de l’animalisme qu’une phase de recomposition ontologique a peut-être débuté[2]. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR (SUI GENERIS)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

VÉGANOSOPHIA — PHARMACOZOOLOGIES EN TEMPS DE BIODÉSERTIFICATION. POUR UNE ZOOPOÉTHIQUE DE L’ÊTRE À VENIR
— SUI GENERIS —
   Qu’il faut tout faire par soi-même.
   Voilà ce à quoi, archétypalement parlant pourrait-on dire, la privation des libertés d’autrui nous oblige. Car c’est notre propre liberté, savoir : ontiquement, en tant qu’étant-vivant, qui est amoindrie, affectée dans sa psychée et sa corporéité, lorsque l’autre est démis de la sienne. Et pis : bientôt désaffectée dans son envineronne-mentalité, lorsque peu à peu et de manière exponentielle et même si lentement, chose mue d’une telle accélération que ce qui diffère se voit presque de jour en jour vidé en substance — notre liberté d’être en propre ce qui est venant de l’Être et devient dans l’intervalle (khôra) un être singulier — localement ontifié — car mis en face des altérités qui le regardent, vit dans le risque de l’esseulement absolu. Et peut-être s’émeut. Se met en mouvement, et va pour faire ce qui doit être fait pour, au-delà de devenir, avoir à revenir, rejouer le tout pour le tout de l’Être une bonne fois pour toutes. Volontairement, vraiment ; donc en puissance, en apothéose, donc en être libre, attaché aux étantités qui me réalisent.
   Autrement dit nous allons parler de sur-vie et de survie, nous allons parler de la vie et de son en-vie. Nous allons pour cela, pour voir ce qu’on fabrique, nous élancer une fois de plus dans l’exercice d’une libre pensée (libre dans l’écart plutôt obtu de ce qu’elle connaît si peu) en quête de vérité de l’Être. Cela selon nous et pour des éons, ne peut qu’être l’affaire d’une zoopoéthique. Cela inclut : prendre avec soi la critique zoopolitique antispéciste ; prendre avec soi la menace anthropique décrite par Bernard Stiegler ; prendre avec soi un temps de recueillement philosophique médidatif aux côtés de Heidegger ; prendre avec soi la modalité radicalement rigoureuse d’un penser schürmannien ; prendre avec soi le plein sens de l’éthique en ce qu’elle est la considération de l’autre dans son ethos ; prendre avec soi le pur désir de créer — poïein (ποιεῖν).

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE VII)

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   12) Léviathan — des dieux et des bêtes :
   S’il n’y avait pas d’État, cela serait-il pire — pour les animaux ? À notre avis non, car la législation ne légifère que très peu pour les animaux (en leur faveur), et lorsqu’une personne ou un groupe de personnes franchit un certain seuil afin de libérer un ou plusieurs animaux du système qui l’asservit, l’on voit bien que l’État réagit au nom même des mécaniques carno-économiques qu’il défend. Mis à part l’argent et sa circulation, et la paix relative dans la société afin que les affaires tournent, à quoi sert l’État aujourd’hui : à se porter garant que Justice soit rendue ? Pour cela, il faudrait qu’en tant qu’appareil l’État ne soit plus à la merci de trusts industriels et que les gouvernants qui se succèdent aient une vision du monde à la fois plus holistique et zoocentrée, et aient une idée véritable du juste, pas seulement d’une morale démagogique, mais une éthique.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE VI)

 

— VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   10) Philozoophies (suite) :
   Nous réprouvons la souffrance et la mort. Il faut biorésister !
   Mais la mort… nous dira-t-on, c’est bien normal. En tout état de cause c’est comme ça, à défaut d’être normal. Rarement les êtres vivants acceptent de mourir. Difficile, quand on vient presque du néant absolu, d’avoir à y retourner. Y retourner où ? Nulle part.

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE V)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   8) L’union et la force :
   On pourrait revenir un instant sur ce qui a fait les gros titres des journaux TV ou sur le web durant quelques semaines, et notamment en France et en Suisse. On veut parler des vitrines de commerces spécistes (carnistes). En réalité rien ne dit que chacun de ces actes ait été le fait d’antispécistes de manière certaine. Il faut se méfier, dans une société si complexe, des individus agissant dans l’ombre n’ayant d’autres revendications que quelques « invectives » ou « insultes » peintes sur des murs. Ainsi, concernant la lutte écologiste en Allemagne dans les années 80, G. Anders expliquait qu’il existait déjà des procédés qu’on peut appeler de « réalisation » (dans le sens de rendre réel) assez bien maîtrisés par le biopouvoir : « En produisant ces prétendus casseurs, on produit l’image des ennemis que l’on combat, des ennemis qui doivent être haïs par le public de la télévision […] » (La violence : oui ou non… p.124). Et à la fin, que ces actes soient le produit de factions antispécistes locales ou de groupuscules opposés à la libération animale et cherchant à discréditer le mouvement, il faut s’interroger sur leur portée dans la conscience collective, surtout à l’heure où les médias sont un filtre grossissant et parfois déformant donnant au public l’impression que dehors c’est la guerre, qu’il y a des extrémistes partout, de toutes sortes, qu’il faut se cacher dans le tout sécuritaire. Éteignez vos télés ! Faites le tri dans les informations que vous recevez via internet et les réseaux sociaux. Lire la suite

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE IV)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

 

   6) Défense — animale — légitime ?
   Si le pouvoir repose sur l’exercice de la violence, et que pour mettre fin à la violence il faut littéralement (re)prendre le pouvoir, alors il faut en retour user de violence. Chez Günther Anders, on trouve aussi cette idée qu’il peut se constituer une « violence défensive » en réponse à une situation critique qu’Anders appelle l’« état d’urgence », et que cette violence est donc une « légitime défense » (p.77 in La violence : oui ou non…). C’est l’idée basique qu’on peut être amené-e à être violent-e lorsqu’on est agressé-e afin d’échapper à la violence subie en premier. Par analogisme on ne sera pas surpris de voir les indiens d’Amérique réagir avec force contre la colonisation étrangère de leurs terres tant, on le sait bien et pour suivre Ghassan Hage dans sa démonstration, ce qui définit la domestication généralisée humaine, c’est l’acte d’occuper un espace en déclarant son intérêt propre comme principe d’organisation primaire. Ainsi, il établit un rapport avec les occupants antérieurs du même espace selon la manière dont leur être peut être exploité dans le but de faire avancer notre être. Ce qui gêne est exclu ou exterminé[1]. C’est toujours, direz-vous, la même histoire.
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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE III)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

 

   (4) Animals Revolution, suite : )
   On pourrait dès lors objecter à ces animalistes « farouches » engendrant un certain type de discours catégorique et jetant le discrédit sur l’engagement des « autres » jugé trop consensuel, trop politiquement correct (quand on ne traite pas de welfaristes des abolitionnistes ayant compris que le carnisme ne disparaîtra pas en un jour) qu’il y a peut-être dans ces comportements un complexe de supériorité prenant sa source dans des tréfonds personnels qui n’ont rien à apporter de bon aux animaux car hélas 1) les animaux n’ont que faire des querelles d’ego des humain-e-s et 2) au demeurant ces tentatives de moquerie et d’intimidation n’inciteront jamais à ce que les réprouvé-e-s rejoignent cette branche « élitiste » du mouvement, puis enfin 3) sur le web ces disputes doivent avoir l’air assez surréalistes pour les carnistes en étant spectateurs hasardeux ou… malicieux (il y a un voyeurisme carniste, une surveillance multiple sur les réseaux sociaux). Lorsqu’une association remarquable pour ses actions courageuses déclare : « On ne lutte pas pour la libération animale en « véganisant » les grandes marques de l’agro-alimentaire […] ni en collaborant avec […] l’injustice sociale : l’État et les industries ; on lutte en co-résistant avec les opprimé.e.s, en bloquant le système de production et en devenant une menace pour l’ordre spéciste.[1] », force est de constater l’incomplétude de la formule, de la même manière que si l’on disait : « On ne lutte pas pour la libération animale en freinant les journées de travail des abattoirs et forçant ainsi les cadences à reprendre plus tard plus vite et plus douloureusement pour les animaux et péniblement pour les employés, ou en brisant toutes les vitrines des boucheries en permettant aux exploiteurs des animaux de passer pour des victimes dont on sape le sacro-saint travail et d’inciter l’État à plus de répressions sur les véganes/antispécistes, puis en risquant de tou-te-s êtres fiché-e-s comme bioterroristes payant de fortes amendes ou finissant en prison, mais simplement en véganisant les offres de produits de consommation classiques et en soumettant des amendements en croisant les doigts pour qu’ils soient votés… » — on voit bien, on le constate depuis qu’elles existent, les méthodes de l’action directe ont une importance et une efficacité sur le plan politique pur par le prisme de la détermination du mouvement les pratiquant, la communiquant auprès du grand public via les médias. Mais pas plus la seule « véganisation » des produits manufacturés ni seulement les actions directes ne valent pour accélérer et fortifier l’entendement commun à la cause animale. Quel intérêt que dans le camp des défenseurs des animaux il y ait des détracteurs, une bien-pensance et de telles postures ? Par ailleurs, on a beau jeu de faire référence à des figures historiques comme Malcolm X, que vaut la parole — et par-là la pensée — de celle ou celui qui dénigre l’engagement et le travail de ses pairs ; […] peut-on dénoncer ce que l’on refait — même sous forme fictionnelle — sans tomber dans un certain impérialisme qui opposerait toujours des communautés divisées ?[2] demande-t-on à la suite d’Hélène Singer. Peut-on révolutionner un milieu en soi révolutionnaire ? Doit-on, dans le cadre de la condition animale, rejouer les mêmes actes que dans les diverses libérations humaines ? Le terme de co-résistance est certes recevable, encore que rares sont les animaux vraiment en mesure de pouvoir résister. Pour Yves Bonnardel aussi les animaux tentent de résister aux mauvais traitements qui leur sont infligés, mais ils n’ont bien évidemment pas la capacité de s’exprimer ou de s’organiser comme peuvent le faire des esclaves humains[3]. Le mot de biorésistance nous semble plus approprié. Et c’est en vertu qu’à l’ère du grand merchandising les figures révolutionnaires elles-mêmes sont devenues des objets publicitaires et de consommation, où tout est propice au spectaculaire, aux spéculations, qu’on devra se pencher sur la question des luttes internes au mouvement de libération animale comme symptomatique de la frustration à émerger sans se départir d’une attitude tutélaire en son sein propre comme vis-à-vis du monde extérieur qu’il reste à convaincre. Guy Debord n’avait pas tort en 1967 lorsqu’il affirmait que la théorie révolutionnaire est maintenant ennemie de toute idéologie révolutionnaire, et elle sait qu’elle l’est[4].

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VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES. PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES (PARTIE II)

 VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto
  « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

VÉGANOSOPHIA — BIORÉSISTANCES
PHILOZOOPHIES DES RÉVOLTES PARASITAIRES OU SYMBIOTIQUES

 

   2) De violentes conditions :
   Il y a longtemps qu’il y a péril en la demeure. Les mythologies plus ou moins millénaristes, plus ou moins théoriciennes du complot mondial, ne sont que les échos d’inquiétudes collectives qui existent depuis la nuit des temps quant à la « fin du monde ». Néanmoins les risques de destruction massive de l’écoumène (la biosphère habitée) sont bien réels, surtout à compter de l’essor industriel et de la pregnance croissante de la technologie et ses déchets. Cette peur fait partie des sociétés depuis la Bible jusqu’à Philip K. Dick ou Hans Jonas. On en a déjà parlé ailleurs, aussi ne va-t-on pas y revenir ici. Il faut signaler tout de même la symétrie entre le danger du nucléaire et celui de la perte de la biodiversité — même si ça n’est jamais en soi un problème d’espèce (pour les espèces) mais entre elles, dans ce qu’il convient d’appeler l’écosystème compris comme lieu des échanges vivants, Gestalt (structures de formes en mouvement permanent), plasticité des éléments vivants et non vivants du monde en équilibre. Pour dire les choses crument, c’est l’espace d’un carnage innocent ou rares sont les prédateurs n’étant pas eux-mêmes des proies. Philippe Descola, dans Par-delà nature et culture, évoque l’orthodoxie brahmanique dans laquelle on retrouve une représentation de la domination telle qu’exercée par les humains sur les non-humains en général : « [cette orthodoxie] elle-même met en avant une division plus fondamentale encore, entre les « mangeurs », les princes détenteurs de la force, et les « mangés », les sujets voués à l’obéissance et à la production. » (op. cit. p.517) D’où la prévalence de la viande telle qu’analysée par Carol J. Adams ou bien Florence Burgat. Les équilibres naturels, bien que dénués de sens (ils n’émanent pas d’une volition), n’en sont pas moins inévitables dans les relations interspécifiques, sauf à en faire disparaître tellement de pans qu’à force tout l’édifice s’effondre. C’est en soi, quand on l’envisage, une violence à l’encontre de notre commun instinct de survie ; au nôtre et à celui des animaux. La biotechnologie ça n’est pas que de la science-fiction. Ce sont les irradiés de Tchernobyl et toute cette nature qui, là-bas, paraît-il, se porte comme un charme, est resplendissante, mais ce sont aussi les animaux des laboratoires. C’est, malgré l’apologie de la vie portée par la culture humaine en général, ce qu’Elsa Dorlin désigne de thanatoétique.

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