VÉGANOSOPHIA — LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE (PARTIE VII)

VEGANOSOPHIA 

Nihil animali a me alienum puto

 

   « L’objectif des veganosophia réside, dans le croisement de données et l’intertextualité ainsi produite, dans la volonté de poursuivre le questionnement philosophique fondamental du véganisme contre l’exploitation animale. Chaque partie publiée est susceptible d’être augmentée, développée ultérieurement à sa mise en ligne, ou prolongée de manière directe ou indirecte dans d’autres textes « véganosophiques ». »

 

LA BIOPOLITIQUE DANS L’ONTOLOGIE — MODALITÉ DES ÊTRES DU MONDE (PARTIE VII)

 

   12) Oikoumenê gê — l’usage de l’être (zoopolitique) :
   Comme on vient de le voir, la critique de la mégarde à l’endroit des animaux fait apparaître un maillage historico-économique complexe. Même s’il existe des gens qui prennent gratuitement plaisir à faire du mal à des animaux, la plupart d’entre nous sont amenés à le faire de manière tout à fait machinale — au travail. L’atteinte portée à l’encontre des animaux, pour n’en parler que de façon globale et dépersonnalisée, n’a d’autre but que de satisfaire des intérêts économiques (gains) sous couvert de servir des intérêts primesautiers vitaux. Témoin la pression de lobbies, notamment par la publicité, pour qu’on s’imagine qu’un produit (viande, lait) est absolument nécessaire dans notre alimentation. Et tout est bon pour esquiver le questionnement éthique auquel on oppose la culture, la tradition, la nature, la liberté, tandis que les prédicateurs (vendeurs comme acheteurs) de ces discours ne sont pas libres, pas naturels, exécutent des traditions qui leur échappent, et sont relativement acculturés. Ce phénomène d’acculturation est pourtant normal à une époque où l’on fait plusieurs métiers ou jobs dans sa vie, où on déménage souvent, où on se sépare, on tout est en mouvement, et en soi qu’importe du moment que chacun y trouve son compte mais ça n’est pas tout à fait le cas. C’est d’autant plus parce qu’on n’a plus guère de traditions véritables qu’on défend bec et ongle des us et coutumes soi-disant traditionnels quand bien même forgés de toute artificialité — l’artifice devient la tradition. L’adventice devient la norme. Le désêtre surplombe l’Être. Lire la suite

VILLE-MONDE VÉGANE — UTOPIA POUR LES VIVANTS — EN LISANT “ZOOPOLIS” DE SUE DONALDSON & WILL KYMLICKA

VILLE-MONDE VÉGANE — EN LISANT “ZOOPOLIS” DE SUE DONALDSON & WILL KYMLICKA
« Ils ne souffrent jamais qu’un citoyen tue aucune bête,
parce qu’ils pensent que par cela petit à petit
on pourrait perdre la pitié et la clémence,
qui est la plus humaine affection de notre nature. »
Raphaël à Morus, L’Utopie, livre second. Thomas More

 

« Nous entrons dans une pensée qui doit avoir de l’avenir — il en va de la sauvegarde écologique globale — de la zoopolitique. Il n’est pas besoin, en définitive, de donner des droits aux animaux, cette projection de nos propres Droits de l’Homme.
Il faut repenser notre façon de voir, de faire, de vivre notre politique. »
— d’après P. Llored — philosophe
lors de la conférence Du Coq à l’Âme
organisée par l’Association La Nuit avec un Moustique
Fontenay-sous-Bois ; 6 juin 2015

 

   Le conseil étant éclairé et motivant, nous n’avons pas pu attendre la publication en français de l’essai Zoopolis (A Political Theory of Animal Rights) (2011) de Sue Donaldson et Will Kymlicka.
Zoopolis   Bien que Patrick Llored explique qu’en fin de compte les animaux n’ont que faire d’avoir des droits, précisons tout de même pour les non anglophones, que Zoopolis est sous-titré : Une théorie politique des droits des animaux. C’est dire que l’ouvrage fait suite, d’un point de vue tout à fait anticipateur — façonnant au fil de la réflexion une sorte d’utopie créatrice — aux travaux des pairs de la philosophie de la question animale que sont Peter Singer, Tom Regan, Gary Francione, entre autres et pour les plus célèbres. À cela Sue Donaldson et Will Kymlicka ont structuré leur pensée à l’aide de penseurs écologues, de l’éthique de l’environnement tels que Clara Palmer, Martha C. Nussbaum ou encore John Baird Callicott ou Steve Sapontzis, etc. (penseurs de la deep ecology [écologie de fond] et de l’écosophie). Zoopolis est écrit sous un angle général libéral, où il faut ici entendre « libéralisme » dans le sens de l’émancipation et de la protection de tous les individus, en dehors de son usage courant (si ce n’est : galvaudé) associé à une économie capitalistique et, paradoxalement mais c’est un paradigme à la fois, concurrentielle. Si le capital se targue de ressembler à la Nature — d’être naturel — en cela que dans le procès du travail, dénoncé par Marx[1], de type production-forme-marchandise/ abandon de la forme-marchandise/ retour à la forme-marchandise, et par conséquent de se la jouer « éternel retour », il n’en va pas de même ici où le cadre social-économique ne se donne pas des airs faussement évolutionnistes pour se justifier. Ici tout est mis à plat, et on pourrait même dire mis à plat de manière ontique, c’est-à-dire aux sens des « étant-vivants » hic et nunc et ensemble sur cette Terre.
   Petit survol de cette ville-monde végane idéale. Lire la suite