ARCHIVE LITTÉRAIRE POUR LTTP #1 — « L’ÉVEIL / STADE I » DE JEAN-BAPTISTE DE PANAFIEU

    Fin avril nous avons chroniqué pour le magazine web Le Tofu Te Parle (le numéro 3). En attendant la sortie de notre billet dans le prochain numéro de LTTP, voici en archive ces quelques mots sur le très bon roman jeunesse de Jean-Baptiste de Panafieu.
   Nous vous proposons dans ce numéro une idée de lecture. Il s’agit d’une trilogie écrite par Jean-Baptiste de Panafieu. L’auteur est agrégé en sciences naturelles, docteur en océanographie, romancier et vulgarisateur scientifique.
L’Éveil est une œuvre de science-fiction, ou plutôt d’anticipation, en ce que de Panafieu raconte l’histoire dans un futur proche d’un éveil des animaux suite à un incident survenu lors de tests d’un virus destiné aux humains sur des rats de laboratoire. Par une succession de hasards, un peu à l’instar de l’apparition de la vie et de l’évolution, le fameux virus va se transmettre d’animal en animal, d’espèces en espèces, et provoquer l’éveil, c’est-à-dire une prise de conscience d’eux-mêmes et de leur condition chez les animaux.

   C’est ainsi que la scientifique Laura Goupil à l’origine du virus, va se retrouver avec les lycéens Alya, Gabriel, Clément, et le perroquet gris du Gabon Montaigne, la chienne Cabosse, le chat Chou-K et Sophie l’éléphante, entre autres, embarquée dans une aventure palpitante où les animaux éveillés vont devoir persévérer dans leur émancipation. Ils seront aidés par les jeunes du GLA (le groupe de libération animale) ou bien entrainés malgré eux dans ce qui ressemble à une quête initiatique, autant pour les jeunes que pour les animaux ou l’esprit scientifique, en devant faire face à des adversaires comme le WOOF (le consortium agro-alimentaire et pharmaceutique) ou l’ARNA qui milite pour l’écologie et le bien-être animal, mais ne voyant pas d’un bon œil l’éveil des animaux… (le directeur se nomme Henri Singlar, ça ne vous rappelle rien ?) qu’ils jugent devoir rester tels qu’on les a connu jusqu’alors.
   Ce roman dont on peut d’ores et déjà lire deux tomes (stade I et II), est pour nous — à ce stade — une réussite. Rien que le mot de « stade » évoque idéalement à la fois les notions de propagation, d’évolution ou encore de progression, ou de contamination [d’une maladie (épizootie)]. Avec une écriture simple mais bien sentie et rythmée, tout à fait appropriée et efficace, Jean-Baptiste de Panafieu parvient à nous embarquer cette une épopée qui ne laisse pas insensible. Les thématiques du roman sont tout à fait d’actualité : l’écologie, le vivant, l’exploitation animale, le militantisme et ses formes, ses ambiguïtés, le végétarisme… et bien entendu la subjectivité animale. En effet, le récit interroge, sans parti pris d’avance, la place de l’humain dans le monde, et celle de l’animal dans notre société. « S’il parlait, s’il pensait, il allait sans doute falloir le considérer comme un individu… » (p52) Un individu qu’on ne peut plus continuer à voir comme une simple mascotte ou une chose : « Un chien parlant, c’est peut-être au-dessus d’un bébé humain. » (p.63) Et c’est en essayant de respecter ce qui semble être leurs propres caractéristiques, que l’auteur décrit les animaux qui s’éveillent à la conscience d’eux-mêmes, ce que le monde humain alentour sauf ceux qui ont des intérêts économiques à défendre, met du temps à prendre au sérieux. « Cette épidémie était susceptible de provoquer l’effondrement de l’élevage des animaux domestiques. » (p.84)
   Le stade I de ce récit est une œuvre qui séduira le public adolescent dès 12-13 ans, mais il plaira également mêmes aux adultes qui lisent beaucoup, voire autre chose comme genre plus littéraire. La réflexion du livre nous questionne en fait sur ce que sont les limites : celles de la définition de l’humanité, comme par exemple avec Charles la corneille qui naît éveillé et qui veut fonder un empire, ou encore l’amitié du chien qui, même après l’éveil, aime rester auprès de ses humains malgré qu’il ait toujours trouvé, et maintenant plus encore, qu’avec eux qui sont toujours pressés les promenades sont trop courtes…
(Image du film Jumanji – 1995)
   Enfin, dans L’Éveil se profile l’idée que les animaux domestiques ne sont pas ceux qu’on croit, ni ce qu’on fait d’eux. Peut-être qu’entre la proximité et l’éloignement il existe « un troisième espace en chemin, hors du trajet des deux connus » comme dit René Char, afin que les animaux « sauvages » n’aient plus à nous fuir non plus, sans pour autant qu’on leur ôte leur liberté ? Que ce soit par accident ou naturellement, nous évoluons à côté des animaux, ensemble depuis toujours, et dans le roman de J.-B. de Panafieu surgit, lumineuse, la question des droits des animaux dans ce monde qui « […] est à nous tous, humains et chiens, et autres animaux. » (p.176)
Bonne lecture !

 

K&M

 

 

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