SUPER FICTION POUR MONTER EN CRÊTE — SELON « DIEU-DENIS OU LE DIVIN POULET » PAR ALEXIS LEGAYET — BONNE PLUME

SELON « DIEU-DENIS OU LE DIVIN POULET » PAR ALEXIS LEGAYET — BONNE PLUME

 

 

(Israël) :  « Cette pseudo-« première nation végane » reste l’un des pays au monde qui consomme le plus de viande, notamment de poulet… »
p.49 in Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser. Pourquoi les végans ont tout faux ! — Paul Ariès (2019)

 

« Imaginez les dégâts maintenant. (1967) À perte de vue des hangars a poulets, fierté économique de la région, couvraient ce qui jadis fut un bocage aux haies pleines de nid. J’ai eu envie de vomir. »
p.43 in De viandard a végane — Bruno Blum (2017)

 

(En France) : « 83% des poulets sont élevés de façon intensive. »
p.51 in Qui sommes-nous pour traiter ainsi les animaux ? — Marie-Pierre Hage (2018)

 

« […] il m’arrive encore de craquer pour un poulet rôti au restaurant ou chez des amis. »
p.14 in Lettre ouverte aux animaux (et a ceux qui les aiment) — Fréderic Lenoir

 

 

   Ah ! qui n’a pas entendu parler du coq qui, chantant comme tout coq sait le faire au lever du Soleil, s’est vu devoir ester en Justice — pauvre Maurice — se faire voler dans les plumes par ouï-dire que ce manant serait par trop bruyant ?! Si encore Maurice avait clapé tous les marrons-suisses on aurait compris, on aurait même témoigné tiens ! Mais là vraiment, au pays du cocorico-soleil-levant, quoi de plus-pire pour assombrir nos estivales questions ?
  Un procès ! c’est un procès ! un procès d’animal comme au Moyen-âge. Madame ou Monsieur le/la Juge, avant de statuer ne voudriez-vous pas entendre parler des travaux de Bernie Krause sur la bioacoustique ? Il serait bon, en effet, avant d’enduire le pauvre gallinacé de goudron et de lui faire connaître l’opprobre, de savoir ce qu’on risque de ne plus jamais entendre. Bref, nous ne sommes pas là pour remplacer le tribunal de La Rochelle ni pour nous fâcher contre ces personnes de l’Île d’Oléron qui ne supportent plus la « nature » et rêvent d’un impossible — et mortel — calme.

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DES ÉBLOUISSEMENTS — AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — OU COMMENTAIRES POUR S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

AUTOUR DE « LE VÉGÉTARISME DES LUMIÈRES » DE RENAN LARUE — S’ABSTENIR D’ÊTRE BÊTE

 

 

« Toucher au privilège de statut d’humain vis-à-vis des cohabitants de la planète est un sujet pour le moins sensible. »
p.29 in Désobéir avec amour — Virgina Markus (2018)

 

« Tue ma famille, et tu tueras la tienne. C’est ce qui arrive à Julien, car l’homme, même « amputé, coupé de son animalité » est membre de l’immense famille des animaux. Tuer l’autre, c’est donc se tuer soi-même. »
À propos de La légende de Saint-Julien l’Hospitalier de G. Flaubert, p.106 in Après la nuit animale — Jonathan Palumbo (2018)

 

« La pensée mythique n’accepte la nature qu’à condition de pouvoir la répéter. »
p.374 in Tristes tropiques — Claude Lévi-Strauss (1955)

 

 

   Avant que « la fin du XVIIIe siècle réinvente l’homme en Zoon Politicon et fonde la république du droit naturel, celle de l’homme, premier animal devenu le centre à partir duquel se reconstruit la cité et toute l’organisation sociale, pensée telle un immense organisme animal », comme l’a écrit l’historien Pierre Serna[1], il aura fallu que quelques humains tentent durant ce siècle-là de faire la lumière sur les animaux, nos colocataires de la Terre. C’est dire combien, à l’encontre des mœurs et des préjugés, il fallait aller déjà pour défendre la dignité des individus non-humains, les « bêtes », ces êtres inférieurs. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire par ignorance de l’Histoire qu’on n’enseigne pas encore au lycée, des humains n’ont pas attendu que leur société soit devenue parfaite pour eux pour s’intéresser au sort des animaux. Le sujet n’est pas nouveau. C’est que ce fameux « siècle des Lumières » annonçant des temps révolutionnaires, avait pour devise comme le rappelait à juste titre Corine Pelluchon dans Les Nourritures une ambition pré-libertaire (et presque anarchiste) si on peut oser l’appeler ainsi — même si elle n’engendra vraiment que du libéralisme — et qui dit « ose penser par toi-même », emblème du laïcisme et du progrès, le latinisme Sapere aude[2]. Pensons donc par nous-mêmes. C’est ce à quoi nous incitent, parmi d’autres, les intellectuel-le-s de la cause animale. Depuis des années Renan Larue est de celleux-là. Lire la suite

ROMAN ROSSE DE BLÖSCH — SUR « LA VACHE » DE BEAT STERCHI — D’UN RÉALISME À MORT L’AUTRE AVANCE SUR SON TEMPS

BLÖSCH — SUR « LA VACHE » DE BEAT STERCHI — D’UN RÉALISME À MORT L’AUTRE

 

« Il y a des animaux ainsi faits, ils ont beau être innocents et malheureux et tout, on le sait, on leur en veut quand même. Il leur manque quelque chose. »
Céline — Voyage au bout de la nuit (1932)

 

« Parce que l’homme était initialement herbivore, l’introduction de la faune sur la table suppose une mutation de la nature humaine. »
p.28 in Les nourritures divines. Essai sur les interdits alimentaires — Olivier Assouly (2002)

 

« […] cette échine qui ne se rompt pas, cette masculinité entêtée, et il y a la machine, la chaîne, […] »
p.59 in Abattoirs de Chicago — Jacques Damade (2016)

 

   Comment vous parler d’un des romans les plus crus, les plus violents que j’aie jamais lu ? Comment vous dire tout à la fois combien cette œuvre — cet écrit-ci de littérature pure, joyau brut qui vous frappe en plein cœur comme le matador sur le chanfrein de la bête affolée vous perfore, vous dévore, vous anaphore. Comment vous dire que ce roman inédit — on veut dire par là qu’il ne peut y en avoir aucun autre comparable — est un voyage dans une saison infernale qui ne prend fin qu’avec le supplice aux cent morceaux de Blösch ? Comment vous dire ? Comment vous dire la transfiguration de l’horreur, en une forme de beauté extatique qui n’enlève rien à l’épouvante de la réalité que livre la fiction mais y respire parmi la terre ensanglantée ces ultimes et maladives fleurs ?

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L’ESPRIT FRAPPEUR — PETIT THÉÂTRE POUR THOMAS LEPELTIER, D’APRÈS « LES VÉGANES VONT-ILS PRENDRE LE POUVOIR ? »

L’ESPRIT FRAPPEUR — D’APRÈS « LES VÉGANES VONT-ILS PRENDRE LE POUVOIR ? » DE THOMAS LEPELTIER

 

« Je me sers des animaux pour instruire les hommes. »
Jean de la Fontaine (1621-1695)

 

« Retracer l’essor de l’animal humain au cours des trois derniers millions d’années permet de mieux marquer l’inversion du mouvement récemment amorcée. »
p.635 in Le troisième chimpanzé — Jared Diamond (1992)

 

« Je m’assieds sur une chaise, me laisse tomber plutôt car tout à coup je pense avec accablement à notre planète en souffrance — oui, c’est le mot, ils souffrent tous, l’étang, les arbres, les insectes et les bêtes, comment en sommes-nous arrivés là ? »
p.150 in « Merlin » dans Nous sommes à la lisière — Caroline Lamarche (2019)

 

L’ESPRIT FRAPPEUR
Courte pièce de théâtre en trois actes très brefs
d’après Les véganes vont-ils prendre le pouvoir ?
de Thomas Lepeltier
   Les trois actes se déroulent dans un même lieu, avec les mêmes personnages ou presque. La scène : un terrain vague d’Ivry-sur-Seine où était autrefois implanté un abattoir. Les personnages principaux : des amis qui cherchent à investir leurs économies dans un projet de ferme immobilière parisienne pour redonner ses lettres de noblesses à l’élevage traditionnel. On ne connaît pas leurs noms mais juste leurs initiales. Il y a A. F., J. P., R. E., D. L., F. W., J.-P. D. et P. A. Passeront par-là le Végano-sceptique et enfin l’Esprit Frappeur et le Maire d’Ivry.
*
ACTE I
   Arrivés sur les lieux de leur projet, les amis forment un singulier conciliabule au beau milieu du grand terrain vague. Alentour d’immenses fosses ou mottes de terres. Quelques engins de chantiers. Quelques pans de murs de briques en ruines. Aux limites du terrain, des grillages ou des panneaux en métal graffés et tagués abondamment. Tandis qu’ils devisent sur leurs ambitions un des amis laisse tomber d’une des poches de son blaser un petit livre à la première de couverture colorée.
J. P. : Qu’est-ce que c’est… mais ! (se penchant plus prestement que le propriétaire du bouquin pour le ramasser) Tu lis ça toi ?

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A FINAL COUNTDOWN ? — LECTURE DE « L’EUROPE DES ANIMAUX » DE PASCAL DURAND ET CHRISTOPHE MARIE  — OU LA DERNIÈRE LECTURE AVANT LA FIN DU MONDE

« L’EUROPE DES ANIMAUX » DE PASCAL DURAND ET CHRISTOPHE MARIE  — OU LA DERNIÈRE LECTURE AVANT LA FIN DU MONDE

 

« […] un jour peut-être les hommes retourneront à la barbarie, un jour la Terre ne sera plus qu’une planète glacée. Dans cette perspective, tous les moments se confondent dans l’indistinction du néant et de l’être. »
p.149 in Pour une morale de l’ambiguïté, Simone de Beauvoir (1947)

 

 « […] la conscience du bien et du mal, n’établit pas, relativement à la moralité, une différence essentielle entre l’homme et les bêtes. »
Pierre-Joseph Proudhon in Qu’est-ce que la propriété ? (1840) cité in Anarchisme et cause animale, p.38 — Philippe Pelletier (2015)

 

« Mais derrière la brillante façade du cirque, ses lumières, ses musiques, ses couleurs et ses paillettes, il y a une réalité sordide : les cages. »
p.250 in Le propre de l’homme, Robert Merle (1989)

 

 

   Alors qu’approchent désormais à grands pas les élections européennes, vient de paraître à la très engagée maison d’édition Alma un ouvrage qui tranche un peu dans le paysage littéraire animaliste, il s’agit de L’Europe des animaux. Utiliser le levier politique européen pour la cause animale de l’eurodéputé écologiste Pascal Durand et de Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot. Tous deux nous exposent pourquoi il est important de soutenir le projet européen dans ce qu’il est capable d’engendrer de positif pour la cause animale — et ce intimement lié à un projet social humain dans la droite ligne de l’idée de progrès moral. Alors au lieu de lire le catastrophiste par défaut Plus grand défi de l’histoire de l’humanité d’Aurélien Barrau, notre dernier bouquin avant le grand effondrement ce sera peut-être bien celui de P. Durand et C. Marie. On fera du feu avec pour faire cuire notre soupe de pissenlits radioactive pendant que les humains se boufferont entre eux.

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DU CULTE DE LA VIANDE À LA VIANDE DE CULTURE — UNE LECTURE DE « CLEAN MEAT » DE PAUL SHAPIRO — OU COMMENT MANGER SAGEMENT MONSIEUR LE PRÉSIDENT

DU CULTE DE LA VIANDE À LA VIANDE DE CULTURE — UNE LECTURE DE « CLEAN MEAT » DE PAUL SHAPIRO

 

« Si quelqu’un est malheureux lorsqu’il y a un problème de bien-être animal, c’est l’éleveur le premier (…) C’est lui pleure quand un animal meurt. Ce n’est pas les gens qui sont dans des associations ou dans des bureaux. »
Emmanuel Macron au 71ème Congrès de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) — 2017

 

« Faudra-t-il attendre des crises majeures pour qu’enfin nous nous décidions à faire évoluer nos modes de vies ? »
p.208 in Guérir la Terre, nourrir les hommes — Perrine et Charles Hervé-Gruyer (2014)

 

« Tout se décide sur ce nexus entre la vastitude du pouvoir-être total et la finitude de l’horizon mortel. »
p.464  in La mémoire, l’histoire, l’oubli — Paul Ricœur (2003)

 

   Monsieur le Président,
   C’est un peu étrange de vous écrire par internet interposé. Assez curieux d’user d’une telle formule d’usage « Monsieur le Président ». Ça pourrait bien être n’importe qui. Comme il y a autant de chance — très peu — que vous lisiez ceci par ce biais que si l’on vous écrivait à l’Élysée où notre courrier serait implacablement filtré et possiblement détruit sans vous parvenir, autant resté-e-s dans le cadre de notre façon de militer. Car, Monsieur le Président, nous aussi sommes des citoyen-ne-s engagé-e-s, et nous œuvrons contre votre gouvernance. Nous défendons la dignité des animaux, et s’il est avéré que ça n’est pas votre cas, vous seriez bien inspiré d’entendre la raison végétarienne, celle qui s’éprend de compassion pour tous les êtres sensibles et conçoit depuis bien avant votre éphémère existence une biopolitique à mille lieues des aspirations court-termistes de votre gestion économico-matérialiste centrée sur l’argent, les dividendes, les profits, le dépôt-vente des institutions de l’État à des multinationales promptes au greenwashing et à la biodésertification.
   Il n’est point question de regarder de biais si oui ou non les cuisines de l’Élysée doivent satisfaire d’éventuels caprices gourmands de votre part de temps à autre, ou de geindre sur l’aménagement de la piscine de Madame. L’urgence est tout autre, c’est une éminence sans personne et bientôt sans sujets, si proche et plus forte que le rire jaune des gilets colériques. Tout ou presque tout — en tout cas l’essentiel, est contenu dans le terme de quoi nous allons vous entretenir : dans la viande.

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« VERS UNE SOCIÉTÉ VÉGANE » D’OLIVIER ROGNON — L’UTOPISTE ESSAI D’UN FOL IRRÉALISTE — MAIS SI POSSIBLE, ALORS POURQUOI PAS ?

« VERS UNE SOCIÉTÉ VÉGANE » D’OLIVIER ROGNON — SI POSSIBLE, POURQUOI PAS ?

 

 

« […] il y avait des foies et des rognons, et même une tête de veau sur un carré de marbre blanc, pauvre petit animal livide aux paupières closes, une tête pensive qui trônait au milieu de ce brouhaha profane, une tête plongée dans un profond rêve. »
p.125 in Chien-Loup, Serge Joncour — 2018

 

« […] c’est pour ne pas être cannibale qu’il a fallu les déshumaniser. »
(à propos des animaux) p.228 in Mangeurs de viande de la préhistoire à nos jours, Marylène Patou-Mathis (2009)

 

« « Aimer » ou « prendre parti » pour les animaux ne se résume plus à signer des pétitions, cotiser pour des ONG, fondations, associations, ou s’abstenir dans son coin de manger leur chair, mais implique la nécessité de militer activement pour que leur statut d’individu soit légalement reconnu. »
pp.22-23 in Désobéir avec amour, Virginia Markus — 2018

 

 

   Dans un très merveilleux essai — La vie des plantes (Une métaphysique du mélange) — renouvelant le genre de la réflexion métaphysique en donnant la part belle à l’idée d’une immersion du vivant dans le monde via l’efflorescence du végétal — et son auteur, Emanuele Coccia, a raison sur ce point —, où les plantes font le monde pour les autres vivants, il est dit, presque d’emblée, que les humains méprisent les plantes, le végétal en général. Quoi ? le végétal ce n’est rien que de l’ornement, non ? Eh bien non. Le végétal c’est l’essentiel, puisqu’il façonne le monde pour nous autres, le modèle à le rendre respirable et pour nous conséquemment : habitable (oikouménè gê, qu’on se rappelle Berque, puis Stolz). De ce pneuma, ce souffle où l’on s’immerge et qui nous traverse, nous y dissipant climatiquement, Emanuele Coccia dit qu’il est primordial et que la philosophie et les humanités l’ont oublié. D’ailleurs, dirions-nous, ne sommes-nous pas tournesols lorsqu’au printemps nous tournons notre visage au soleil et en respirons gourmandement les rayons ? Lire la suite