BALLADE POUR UN HOMME À CONNAÎTRE, ET SES HISTOIRES D’ANIMAUX PLUS VRAIES QUE NATURE DANS « LOBO LE LOUP » DE E. T. SETON

UN HOMME À CONNAÎTRE, ET SES HISTOIRES D’ANIMAUX PLUS VRAIES QUE NATURE DANS « LOBO LE LOUP » DE E. T. SETON

 

« L’homme est le plus cruel de tous les animaux, il est le seul capable d’infliger une douleur à ses congénères sans autre motif que le plaisir. »
Mark Twain

 

« Tous les êtres vivants éprouvent de la peur en présence du danger. Le vrai courage consiste à faire face malgré la peur, et tu n’en manques pas. »
In Le Magicien d’Oz, Lyman Frank Baum — 1900.

 

« C’était la plus belle louve que j’ai jamais vue. Son manteau était en parfait état et presque blanc. […] elle lança le cri de ralliement de sa race. »
p.27 in Lobo le loup

 

   On connaissait Henry David Thoreau,
  On connaissait Emerson (Ralph Waldo),
  On connaissait John Muir, Mark Twain et Jack London,
  On connaît à présent Ernest Thompson Seton.

 

   C’est-à-dire qu’à la lecture de Lobo le loup, un joli recueil de nouvelles d’E. T. Seton proposé par les éditions José Corti dans la collection Biophilia, on fait plusieurs découvertes : celles d’un homme, d’un pays, d’une époque, et surtout des animaux qui vécurent à Currumpaw, cette très vaste étendue de pâturage au nord du Nouveau-Mexique.

lobo-le-loup-couv   Car ces histoires entre les animaux entre eux et avec les hommes, ou avec contre eux des hommes — dont un temps, Seton — ont d’indéniables qualités comme celle de nous révéler la nature véritable de certains animaux décrits par l’auteur qui aura été un de leurs plus grands admirateurs et observateurs. Comment donc la pensée et la parole de cet homme-là n’ont-elles pas contribué en leur temps à changer le monde ? C’est qu’alors on ne prenait pas au sérieux les « lanceurs d’alerte ». Regardez le temps que ça a pris à Rachel Carson pour que sa cause soit entendue ! Eh bien pour Seton, c’est la même chose. Il était un homme pleinement de son temps parce qu’en avance sur les autres. Comme il l’affirmait dès le début de l’ouvrage : « Mon sujet, c’est la vraie personnalité de l’individu — homme ou animal — et sa manière de vivre plutôt que les modes de vie de l’espèce en général, tels qu’ils sont considérés par un œil humain et hostile. » (p.9), rappelant au lecteur qu’un animal sauvage connaît toujours une fin tragique[1] car la nature en tant que pure « wilderness » (état sauvage) n’a rien de tendre, mettons : pas plus qu’elle n’a de volonté de nuire à ses êtres. Qu’il s’agisse de tempétueux et malicieux Lobo et sa superbe compagne la louve Blanca, du doyen des corneilles, du Lapin Feuille de Chou, de Wully thompson-wullyl’inquiétant chien de berger, du mustang ambleur ou la digne renarde acculée à l’extrême, « […] les animaux sont des créatures avec des désirs et des sensations qui ne diffèrent des nôtre qu’en termes de degré, ils possèdent assurément des droits. » (p.11), écrit E. T. Seton qui, outre le mérite d’avoir été un très bon conteur, s’est avéré donc penser la dureté de la sauvageté pas seulement en elle-même mais celle des humains à l’égard des autres espèces alentour. Comme le souligne son traducteur Bertrand Fillaudeau dans sa délicate postface biographique sur Seton, ce dernier a su déceler et allier le rôle déterminant du mimétisme, de la coévolution, de la compétition, de l’adaptation, de l’apprentissage, de l’entraide, de la collaboration entre espèces[2]. lobo-disney-1962Cette coexistence de la compétition et de la coopération entre les animaux a été l’occasion pour le « cow-boy » canado-écossais plus tard naturalisé américain qui fut un habile illustrateur, d’une expérience unique dans le Manitoba, fruit du croisement entre ses qualités artistiques et intellectuelles et son émancipation particulière d’un père tyrannique et exécrable. Ainsi pour lui, l’existence d’un animal sauvage peut être bien des fois plus captivante et enthousiasmante que la vie de bien des êtres humains[3].

 

lobo-et-blanca-par-seton
e-t-seton   Lorsque, après nous, vous emprunterez les épures paysagères de Currumpaw et que vous constaterez que là-bas comme dans les bois d’Erindale la gélinotte ou la renarde deviennent toujours libres[4] que dans leur disparition tragique, vous prendrez soin sans doute de ne pas effacer leurs traces sinon que de laisser les éléments s’en occuper. Et, comme Ernest Thompson Seton, vous aurez envie qu’on protège tout autant les descendants du génocide Indien et leurs cultures, que les bisons, les chacals, les coyotes et les perdrix — parce qu’un jour, armé ou non, le sachant ou non, vous avez porté atteinte à l’un d’entre eux.

Frederic Remington Moonlight Wolf (1909)

 Frederic Remington « Moonlight Wolf » (1909)

 

   Comme l’a dit E. T. Seton, même si elle ne parle pas « la même langue que nous », toute créature autre est une créature amie — animale ou humaine — et elle possède intrinsèquement des droits comme on en a trop récemment donné un peu aux animaux qui nous sont les plus proches. Pour autant ; questionnait Seton en 1898 : « Est-ce que les créatures sauvages n’ont aucun droit, ni droits moraux, ni droits légaux ? » (p.204 in op. cit.)lobo-piege

 

   On connaît maintenant Ernest Thompson Seton.
  On le connaît comme Henry David Thoreau,
  On connaît avec lui Emerson (Ralph Waldo),
  On le reconnaît tels John Muir, Mark Twain, Jack London.

 

M.

 

apex-detail-2010-ned-gannon

 

PS. En faisant nos recherches pour illustrer cet article, nous avons découvert Ned Gannon, un passionné, entre autres, de l’œuvre de Seton, et des loups. En cliquant sur ses images en bannières et haut et en bas, vous découvrirez ses œuvres, respectivement Halflight 1 (détail, 2010) et Apex (détail, 2010).

 

  [1] p.11 in Lobo le loup.
   [2] Ibid., p.212. Mutualité d’assistance superbement observée et décrite par E. T. Seton à propos  du geai bleu et du lapin. On se souvient de S. Moro nous parlant de la chasse faite ensemble par le mérou et la murène.
   [3] Ibid., p.37. Et p.67, Seton écrit : « Aucun animal sauvage ne meurt de vieillesse. Tôt ou tard, sa vie s’achève tragiquement. »
   [4] Cf. p.124 & p.154.
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