UNE DÉCLARATION D’AMOUR — UNIVERSELLE VÉGÉTALISATION — D’APRÈS « EMPATHIE ET COMPASSION » DE SANDRA CARDOT

UNE DÉCLARATION D’AMOUR — D’APRÈS « EMPATHIE ET COMPASSION » DE SANDRA CARDOT

 

(Transformer notre conscience d’espèce) : « Ce nouveau grand tournant n’implique pas le refus de la raison. Bien au contraire, cela veut dire qu’il faut développer sa force critique au-delà de notre présent historique et de ses préjugés en la raccordant avec les sentiments d’empathie et de compassion qui ont été féminisés et dégradés. »
Giovanni Aloi in Au-delà de l’abîme…, p.167
(Souffrances animales et traditions humaines. Rompre le silence, sous la direction de Lucile Desblache)

 

(De l’empathie) : « Nous avons cette capacité merveilleuse d’habiter le corps des autres. »
Frans de Waal, p.184, in Le bonobo, Dieu et nous

 

   Commençons par un aveu exclusif. Ni K. ni moi ne sommes férus de « développement personnel ». D’autres appelleront ce dont nous parlons la « PNL » dite aussi « programmation neurolinguistique » ou que sais-je encore — ou bien vous farciront l’esprit d’accords toltèques (de Miguel Ruiz) sensés vous aider dans la vie, et des choses du genre de la maïeutique, de certaines formes de naturopathie et autres guérisseurs télépathes où bien souvent la libération supposée de votre parole, de votre être, sert des intérêts purement lucratifs, ne vous libère de rien ni en rien …et ça ne nous intéresse — mais alors ! — pas du tout.
   Pourquoi donc ? — Tout simplement parce qu’en étant ouverts à la littérature, à l’art, à la philosophie et dans une certaine mesure aux sciences (avec l’aide de la vulgarisation) cela suffit à nous épanouir. C’est par la lecture que nous sommes devenus véganes rappelez-vous, grâce en définitive, à Yes Vegan.
   Tout ça pour dire que nous étions loin du genre de livre dont on va vous entretenir ici, loin d’Empathie et compassion, Comment développer nos super-pouvoirs de Sandra Cardot.
   Toutefois on a jugé chez les éditions Michalon que nous aurions assez d’honnêteté pour en parler après lecture, et que ce blog des veganautes était un lieu propice, plutôt  raccord en somme. Quand certain-e-s campent sur des placements de produits alimentaires vegan (ce qui est bon pour les papilles bien entendu), nous c’est ce livre que l’on nous a proposé de découvrir. Si la curiosité est un vilain défaut, n’oublions pas ce que disait René Guénon comme quoi le mot curieux vient du latin curare (soigner). Et ça tombe bien, car à sa façon qui nous a à la fois intrigué, surpris, désorienté, et plu également, Sandra Cardot partage dans cet ouvrage son ardent désir de soin à l’adresse d’un monde humain dont il faut bien dire qu’il fait figure de grand malade, sans oublier le cas des animaux, l’auteure étant végane et les défendant haut et fort.
*
    C’est à la lumière des travaux actuels de l’éthologie comme ceux de Frans de Waal, que Sandra Cardot débute sa démonstration. Elle rappelle avec justesse que l’empathie n’est pas l’apanage de l’Humanité mais qu’elle provient d’il y a quelques 220 millions d’années (époque de l’extinction mineure du Trias et apparition des mammifères) en la personne de l’ancêtre de Speedy Gonzales, la souris Adelobasileus[1], première façon de nous rappeler ce qui nous unis profondément aux animaux en règle générale. L’auteur développe ici deux notions complémentaires. Celle d’empathie[2] qui est donc un moyen biologique propre à la survie et qui s’étend de manière interspécifique, et celle de la compassion qui pour elle correspond à la recherche bouddhique de L’Éveil (ou pleine conscience), reliant finalement la nature des choses d’un point de vue des connaissances strictement scientifiques, à la pratique de la spiritualité ayant pour objectif un détachement de l’ego pour favoriser une vie en commun respectueuse, pacifiée, assagie, heureuse à chaque instant présent (hic et nunc).
   Pour S. Cardot il y a une autre façon de gagner face à la terreur, la colère et la haine[3], et c’est là qu’entrent en scène ces improbables personnages de fiction (bandes dessinées, manga, films) pour vous convaincre que vous aussi vous pouvez « devenir de prodigieux héros » (p.13). Comme l’empathie, et pour reprendre stricto sensu les mots de l’auteure c’est aussi la faculté de se mettre « à la place de », en écartant tout mouvement affectif personnel et tout jugement moral[4], il fallait que nous allassions au bout la lecture malgré nos aprioris — qui sont en fait juste une différence de culture et d’appréhension du monde. En se laissant embarqué, qu’on soit sensible ou non aux phénomènes décrits par les « empathes » comme l’énergie des gens, leur aura (ce à quoi nous ne sommes pas réceptifs jusqu’ici…), force est de constater que l’emploi de personnages aux super-pouvoirs comme la super-héroïne de Marvel Jean Grey (que nous découvrons à la lecture de ce livre) n’est qu’un faire-valoir, un jeu de métaphores dans l’air du temps pour aller au-delà de l’aspect surnaturel de la chose, attirer l’attention du public afin de faire passer un message. Ce message bien sûr peut revêtir un aspect métaphysique correspondant aux appréciations de Sandra Cardot, mais il est tout autant très pragmatique. C’est celui qui consiste à faire voir que nous sommes, en tant qu’humains certes mais en tant que partie intégrante du règne animal, des êtres de contact. C’est auprès des autres, de toutes altérités, que nous nous construisons et trouvons notre équilibre. Cardot dénonce le « Béhaviorisme méthodologique » qui il y a un siècle a été pratiqué quand à cette époque les orphelinats cherchaient des solutions pour sauver les enfants et ils se rangèrent sur la pensée de [John Broadus] Watson. Pour lui il fallait couper toute relation sentimentale, affective, etc., entres mères et enfants, etc., car cela « portait préjudice à l’intégration sociale et intellectuel des enfants », en conséquence de quoi la mortalité fut de presque 100%[5]. Ça n’est pas sans rappeler certaines expériences (voir notre article Des souris, des chiens, des vaches…) menée sur des singes, à les rendre fous.
   Par le biais d’une certaine supra-naturalité Sandra Cardot nous amène à concevoir la réalité (le monde, le cosmos, la vie) comme quelque chose d’extraordinaire, où Leibniz s’extasierait disant « pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que sinon rien ? » — ah mais oui, il l’a dit en fait — et que tout se joue entre notre volonté et par effet de « boucle réentrante » (bootstrapping dans la théorie de la conscience chez Antonio R. Damasio), que nous sommes sous influence de nos fonctionnalités neurochimiques et réciproquement. L’auteure nous parle de biologie (invoque sérotonine et dopamine) et dans le même temps de l’Univers comme d’une totalité vaguement personnifiée où chaque fois que nous décidons de faire confiance, nous provoquons des décharges d’ocytocine qui relient nos neurones en activité[6] — grâce à quoi nous pouvons être bien avec humains, avec les animaux, avec les végétaux et qu’un processus d’attachement prend forme.
*
    Que nous autres, humbles veganautes, apportions du crédit ou pas à l’aperception du monde de Sandra Cardot n’a aucune importance. Si, selon elle, les « facultés des empathes » cela existe tel quel, et que ce sont les « amplifications de nos qualités ordinaires » (op. cit. p.62), eh bien nous sommes comme dit le langage commun sur une autre longueur d’onde. Nous mettrions un bémol concernant l’apparition des cancers et autres maladies auto-immunes comme émergences chez des personnes qui privilégient le « rationnel à l’émotionnel [et] s’autodétruisent » (p.75) car nous avons pu observer dans la vie des situations différentes, disons, plus relatives.
dessin de Pascale Salmon

 

   En dehors de cela reconnaître nos points en communs : la même implication à vouloir protégez le vivant[7], sans forcément se mêler de tout et tout le temps, sans se mettre nécessairement en avant. Dans le sens inverse — mais c’est égal — à Sandra Cardot, nous pouvons affirmer qu’il nous a été évident de devenir végane[8], et qu’alors nous avons pu retrouver un peu de l’innocence des enfants, [qui est] aussi celle des êtres sensibles[9] (qui est la clé pour ouvrir une des portes de la conscience, ajoute Sandra). Autrement dit pour nous pas d’Éveil particulier ; transcendons-nous seulement notre mental ? Aucune idée. Nous pourrions parfois être plus patients avec les autres (les humains) et témoigner plus de bonté, de gentillesse, de tendresse, de prévenance[10] […] parce que nous ne pouvons qu’être enclins à valider l’acception de l’auteure comme quoi « En protégeant les êtres innocents de ce monde, nous protégeons la vie dans toute sa pureté » (op. cit. pp.124-125).
   Après il est vrai, tout dépend de notre rapport à « l’angoisse de la mort » détournée par le martyre animal dans son exploitation, sa manducation, son incommensurabilité en lien étroit avec ce si funeste désir — comme redirait Pierre Klossowski —, celui du « survivre à tout prix » (p.162), Sandra Cardot à raison.
   Elle a mille fois raison (ou est-ce un effet de ce qui nous rassemble dans l’intersubjectivité ?) : le défi de l’Humanité[11], c’est de « vivre en paix avec le Vivant. » Et son témoignage et ses encouragements sont indéniablement — de quoi qu’il s’agisse en réalité — de bonnes et belles vibrations.

 

M.

 

Les éditions

 

   [1] Cf. p.22 in d’Empathie et compassion, Comment développer nos super-pouvoirs. « Cette petit souris va donner le top départ du développement empathique chez tous les mammifères de cette planète. » (p.23)
   [2] « La grande différence, écrit Sandra Cardot, entre l’empathie et la sympathie, c’est que l’empathie engendre la compréhension de l’autre, tandis que la sympathie s’arrête à l’étape de la communication avec l’autre et qu’elle ne se manifeste plus lorsque celle-ci n’est pas réciproque. » (pp.32-33)
   [3] Ibid., p.13.
   [4] Ibid., p.19.
   [5] Cf. p.29.
   [6] Ibid., p.38. Et voir : « Dans les années 90 des neuroscientifiques italiens ont découvert que parmi les 100 milliards de neurones dans notre cerveau, certains joueraient un rôle capital de l’apprentissage par mimétisme, [affect, empathie, etc.]. » (p.44)
   [7] Ibid., p.142.
   [8] Ibid., p.154.
   [9] Ibid., p.122.
   [10] Ibid., p.110.
   [11] Ibid., p.154.

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