HÉRAUTS DES TEMPS POSTMODERNES — SUR « L214, UNE VOIX POUR LES ANIMAUX » DE JEAN-BAPTISTE DEL AMO — UN ARTICLE POUR LES « NON », LES « ANTI », LES « PAS ENCORE » VÉGANES

HÉRAUTS DES TEMPS POSTMODERNES — « L214, UNE VOIX POUR LES ANIMAUX » DE JEAN-BAPTISTE DEL AMO — POUR LES « NON », LES « ANTI », LES « PAS ENCORE »  VÉGANES

 

 

 

« Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »
Article L214-1
In Chapitre IV : La protection des animaux du « Code rural et de la pêche maritime »
(en savoir plus : legifrance)

 

 

« La viande heureuse est un mythe. »
Sébastien Arsac, p.209 in L214, Une voix pour les animaux

 

 

« […] nous pouvons déstabiliser la dictature de la viande et installer une démocratie attentive à tous les êtres sentients. Chaque jour, chez nous. Ensemble dans notre société. »
Brigitte Gothière, p.13 in L214, Une voix pour les animaux

 

 

  Une fois n’est pas coutume, cet article ne présente aucun intérêt pour les véganes et autres antispécistes étant convaincu-e-s du bienfondé de la cause animale et de la libération des animaux. Animalistes, passez votre chemin, ce post s’adresse aux non, aux anti, aux « pas encore véganes », qu’ils soient des consommateurs tout à fait réguliers de produits animaux, ou bien qu’ils travaillent dans ces domaines où l’on charcute à tour de bras qui pour un steak sauce au poivre, qui pour une peau de lapin pour offrir à la maîtresse en maillot de bain, ou qui pour boire son cacao le matin en se rappelant sa tendre enfance, Bonne nuit les petits, Casimir et les Télétubbies — ah… le goût des bonnes choses d’antan. D’accord, mais on n’est plus dans ces temps-là justement.
    Allez, ouste ! — sortez de là les véganes !
   […]

 

 

   Ami-e-s dégustant et vous vêtant d’animaux de toutes sortes, vous devez lire ce livre : L214, Une voix pour les animaux.
   Pourquoi ?

   Eh bien parce que ce bouquin s’adresse à vous, oui oui : vous, même si je n’ai depuis sa sortie franchement pas vu beaucoup de monde le lire dans les transports en commun… bref, il s’agit d’un livre très franc, facile à lire, et qui montre que de toute évidence et contrairement à ce qu’on essaye parfois de faire croire, les véganes, les antispécistes, enfin bon les copains des animaux quoi, bah ce ne sont ni des hippies doux rêveurs farfelus, ni des empêcheurs de tourner en rond juste histoire de vous enquiquiner et de vous faire culpabiliser à cause de ce qu’il y a dans votre assiette. Il y a vraiment des choses plus sympathiques à faire dans la vie que d’enquêter en douce dans les abattoirs, que de sauver des animaux de laboratoires et autres bêtes maltraitées par certain-e-s, ou de manifester régulièrement pour mettre en lumière la souffrance des animaux. Une fois qu’on devient végane on ne le regrette jamais car c’est une cause juste, c’est éthique, mais on aimerait bien en finir avec ça et passer à d’autres réjouissances, voyez.
   Une autre raison de lire ceci est que c’est Jean-Baptiste Del Amo, récent lauréat du Prix du Livre Inter pour le roman Règne Animal qui l’a écrit. C’est dire que l’écriture de L214… est de bonne facture, même si dans ce cas Del Amo est resté stylistiquement très factuel, pratiquant la compilation documentaire et le journalisme. C’est toutefois plutôt bien amené, intelligemment construit ; je le redis : abordable par tous.
   En ce qui concerne les arguments en faveur du véganisme nous n’avons rien appris, c’est normal. Mais peut-être que la délicate approche de J.-B. Del Amo saura, en vous montrant l’histoire et les coulisses de l’association L214, vous rendre sensible à la cause animale. Finalement les défenseurs des animaux, ce ne sont rien que des gens ordinaires qui vivent comme tout le monde excepté pour ce qui provient de l’exploitation animale, des gens qui d’emblée ont envie de partager cette découverte qu’on peut faire autrement, aussi bien, parfois mieux, des gens tout simples qui ont compris que c’est leur tour de se faire des hérauts, messagers pour les sans-voix, les animaux.
   Il faut vraiment que vous jetiez un coup d’œil à ce bouquin, vous allez voir que rien ne distingue un animaliste d’un autre humain sinon son engagement pour la cause animale. Pis ! Même au sein des représentants de cette noble cause il y a les mêmes problèmes humains qu’en d’autres lieux : « Non seulement les enjeux de pouvoirs sont aussi présents qu’ailleurs, mais tout est analysé par ce filtre-là, et cette suspicion permanente finit par fausser les rapports humains. » dit Sébastien Arsac, cofondateur et porte-parole de L214 (p.42).
   Brigitte Gothière et Sébastien Arsac ? — des vieux d’la vieille ! pas des nouveaux parvenus dans la protection animale ayant pris le melon. Que nenni m’sieur-dames. Faut voir toutes les causes qu’ils ont défendues, les luttes qu’ils ont menées, jusqu’à ce que tout converge à ce qu’ils créent L214. Pourtant ils n’ont pas toujours été les communicants que vous voyez maintenant à la télé, car la volonté d’être dans la radicalité prenait le pas sur le combat que nous menions, et il y avait aussi une forme d’arrogance à juger et condamner ceux qui ne s’interrogent pas au sujet de la condition animale[1]. Eux là ? tout sages, patients, gentils tout plein ? Eh ouais. C’est qu’au commencement de L214 les choses étaient différentes et l’association fait son possible pour combler le retard français. Au début des années 2000, le débat sur la condition animale est bien plus avancé au niveau européen qu’en France, et c’est avec Stop Gavage que nous avons fait nos armes, et c’est cette méthode que nous continuons d’appliquer aujourd’hui avec L214 : croiser les informations, rédiger des rapports et des communiqués, donner à lire un vrai contenu, factuel et objectif, sans jamais tomber dans le pathos[2]. Voyez, comme quoi c’est pas — ou plus — très hystérique tout ça. Et puis Brigitte et Sèb mouillent la chemise. Lui, qui vient de la campagne, la vraie, s’est coltiné un des métiers les plus ingrats du monde, comme ça, pour le fun, se faire plaisir, un peu les vacances en somme : « Ce que m’a appris l’abattoir, c’est que n’importe lequel d’entre nous peut participer à un tel système d’extermination. J’ai senti ce glissement, cette habituation à la violence. » (p.57) Eh oui, s’infiltrer pour faire savoir ç’est un sacerdoce. C’est ne pas reculer face à ce qui vous révulse et vous révolte. Le militantisme à la L214, comme Gothière et Arsac — comme les employé-e-s, les adhérant-e-s de l’association et toutes les personnes qui se mobilisent sincèrement pour les animaux en tenant compte du début à la fin de la chaîne, — c’est quelque chose que vous pourriez faire si, vous aussi, un beau jour, vous cessiez de détourner le regard des pratiques injustes exercées sur les animaux, simplement pour manger de ci, porter de ça, s’amuser de, etc. À la lecture de ce livre et des témoignages vibrant qu’il nous offre, vous pourriez bien avoir envie de vous engager aux côtés de ces personnes qui sont comme tout le monde, comme vous. Ni plus. Ni moins.
   Pour ne pas vous en dire plus, parce que ce livre est bien fait et qu’il est un bon instantané en 2017 de la situation de la condition et de la cause animale en France, et dans le monde, juste vous donner si vous le permettez, ces quelques notes glanées au fil de ma lecture :
   Dans la Déclaration de Cambridge sur la conscience on lit que : « Par conséquent la force des preuves nous amène à conclure que les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience. »[3]
*
   « En 2015 la FAO estime à 795 millions le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde. La malnutrition affecte un enfant sur trois dans les pays en développement. Elle réduit la résistance des enfants aux maladies, provoque des handicaps mentaux et physique et accroît leur mortalité. »[4]
*
   « Près de 85% de la production mondiale de soja est destinée à l’alimentation animale. »[5]
*
   Dans le monde de l’élevage, de l’abattage et de leur règlement on trouve les doux euphémismes suivants :
   « protection des animaux » ; « bien-être animal » ; « alimentation assistée » ; « animaux de réforme » ; « l’équilibrage des nids » ; animaux « étourdis » ; « étourdissement en atmosphère modifiée » ; « endormissement »[6]
*
  Au Tribunal, déclaration d’un employé d’un abattoir ayant fait scandale suite aux images révélées par L214, où l’on voit que la misère animale est consubstantielle à la misère humaine :
— Ils peuvent avoir du ressenti : de la peur, de la douleur, du stress ? insiste la présidente.
— Oui, je pense. Il y a l’odeur de la mort, en plus, que les bêtes sentent. Ce jour-là, on a été filmés, on n’a pas eu de chance. » [7]
*
   Un employé de l’abattoir de Mauléon-Licharre : « Si tu fais tomber une brique, c’est pas grave, mais nous on travaille sur des êtres vivants. »[8]
*
    Puisque vous avez lu ceci jusqu’à la fin et que vous n’êtes pas encore végane, vous voyez que le débat ne porte en réalité que sur peu de choses. Quelles sont ces choses ? Eh bien tout bonnement celles que l’on fait au quotidien et qui portent atteinte à la vie d’autrui sans même y penser. D’ailleurs pour la plupart d’entre nous, nous n’avons pas envie de faire du mal à quiconque, y compris aux animaux. Comme il est implicitement impossible de profiter de leurs « produits » sans les contraindre et les torturer, gageons que nous ne perdons rien à cesser l’exploitation du vivant car nous avons tout le reste pour nous : les végétaux pourvoient entièrement à nos besoins vitaux, et pour ce qui est de nos besoins seconds, voire superficiels, nous pouvons les assouvir autrement, par exemple sans cautionner les cirques avec animaux ou les parcs aquatiques qui sont des prisons où les animaux ne sont pas heureux, obligés dans des conditions qui ne respectent pas l’article L214-1, de faire des choses qui n’ont pas de sens pour eux. L’éthique (animale) c’est juste cela, ça n’est que cela : vivre sa vie naturellement, en laissant les autres vivre la leur.
   Il y a plusieurs années en arrière, nous étions à mille lieux de penser à tout ceci.  Aujourd’hui, aux côtés des gens de l’association L214, nous vous tendons simplement la main afin que nous construisions, ensemble, une civilisation du respect, de l’empathie, partant que toute atteinte à cette construction très ancienne qu’est la vie animée de toutes ces vies, est par effet de ricochet une mise à mort de la dignité des animaux chaque fois dans leur individualité, une dévalorisation de notre propre « évolution », et un appauvrissement du monde, sa malheureuse désertification. S’il vous plaît, lisez le livre de Jean-Baptiste Del Amo, renseignez-vous, questionnez-nous ; et rejoignez-nous.

 

 

M.

 

 

Les 40 premières pages de L214, Une voix pour les animaux, en ligne et gratuit :

 

Exemple de campagne menée par L214 dénonçant le traitement des animaux :

 

 

 

   [1] In L214, Une voix pour les animaux, p.43.
   [2] Ibid., p.46 et 49.
   [3] Ibid., p.72.
   [4] Ibid., p.131.
   [5] Ibid., p.133.
   [6] Ibid., pp.155-156.
   [7] Ibid., p.231 (Amandine Abegg à Marc S.)
   [8] Ibid., p.249.

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